Semaine du 22 au 28 juin 2005

 

Les relations algéro-marocaines convulsent de nouveau

Une décision et des conséquences

 

 
 
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Les relations algéro-marocaines convulsent de nouveau

Une décision et des conséquences

Le réchauffement des relations algéro-marocaines n’aura duré que le temps d’un printemps. En effet, ce début d’été semble annonciateur d’un refroidissement sans pareil depuis fort longtemps. Pourtant, tout semblait aller pour le mieux, au point même qu’une visite du chef du gouvernement avait été annoncée par l’ambassadeur du Maroc à Alger et confirmée par M. Belkhadem, ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République. Mais c’était avant que le chef du gouvernement ne jette la confusion en affirmant tout ignorer de cette prétendue visite. Suite à cette déclaration, les choses n’ont pas tardé à s’envenimer. Le Maroc a déterré la hache de guerre. La presse nationale, qui ne pouvait rester indifférente à cette situation, s’est faite l’écho de la déclaration d’hostilité des Marocains. Les quotidiens paraissant ce samedi 18 juin 2005 ont, en majorité, traité le sujet.

 

Vers une rupture des relations ?

Il y a lieu toutefois de souligner le “flair” de l’éditorialiste du Jour d’Algérie qui, dès le mercredi 15 juin, évoquait la question. “Cela suffit comme cela !” est le titre de l’éditorial qui appelait à “une rupture des relations diplomatiques pure et simple”. Car pour ce quotidien, “les provocations marocaines qui se font de plus en plus violentes contre notre pays, contre notre armée, contre notre presse n’incitent (…) à aucun geste amical de la part de notre gouvernement”. Cet éditorial, rédigé au moment où l’opinion publique ne savait plus qui croire de Belkhadem qui annonçait la visite au Maroc du chef du gouvernement ou de Ouyahia qui la démentait, prend toute sa valeur au lendemain de l’annonce publiée par les autorités marocaines qualifiant la visite du chef de l’Exécutif algérien “d’inopportune”. Une telle attitude aurait eu le mérite de sauver l’honneur de la diplomatie algérienne.

Dans son éditorial du 18 juin, Liberté estime que “Rabat opte pour l’escalade dans ses relations avec Alger”. Le rédacteur poursuit en soulignant que “le royaume chérifien refuse désormais le dialogue avec l’Algérie”, rappelant au passage que “de toutes les manières, le déplacement du chef du gouvernement algérien chez le voisin de l’Ouest n’a pas été programmé à l’initiative unilatérale d’Alger”. Reste, conclut ce quotidien, que “l’annulation d’une visite de ce niveau de représentation, la première du genre, ne peut avoir que des incidences négatives sur les relations entre les deux pays,qui replongent dans une nouvelle phase de crispation”.

Les calculs du Maroc

Le Soir d’Algérie du même jour annonce en Une qu’entre l’Algérie et le Maroc “c’est l’escalade”. De son côté, El Watan rappelle que “le palais royal juge sa visite inopportune” et annonce que “Ouyahia n’ira pas au Maroc”. Dans un autre article intitulé “les masques sont tombés”, le quotidien estime que “le royaume du Maroc vient de commettre un nouveau faux pas diplomatique en décrétant indésirable la visite d’Ahmed Ouyahia”. Pour le rédacteur, il va sans dire que “l’objectif d’une telle démarche consiste à détourner l’attention sur l’isolement international dans lequel se trouve le royaume par rapport au conflit du Sahara occidental”. D’autant que, pour El Watan, “le Maroc est passé maître dans cette politique de fuite en avant”. C’est dire que sous cet angle, le titre de La Nouvelle République annonçant “le Maroc se fâche” pourrait être inapproprié, bien que son confrère Le Jeune Indépendant présente les raisons de cette fâcherie.

Ainsi, dans le communiqué “très ferme” du ministère des Affaires étrangères marocain, il est demandé, rapporte ce quotidien, “une clarification de la position algérienne et des intentions réelles,actuelles et futures, de l’Algérie quant à ses rapports avec le Maroc”.

 La Tribune met l’accent sur la réaction algérienne ; “l’Algérie déplore la radicalisation de la position marocaine”, est-il souligné en Une de son édition du samedi 18 juin. Cependant, bien que déplorant la radicalisation de la position des autorités du Maroc, l’article en question relève que la réaction des autorités algériennes, reprise par le biais de l’APS, corrobore “ainsi de manière officielle l’existence d’un projet de visite de haut niveau au Maroc”.

Quelques quotidiens arabophones de ce même jour ont opté pour le même titre, “Ouyahia indésirable au Maroc”. C’est le cas, entre autres, d’Al Fadjr et d’El Youm. Pour le dernier cité, le communiqué du ministère des Affaires étrangères marocain “a surpris tous les milieux politiques au Maroc et en Algérie”.

El Ahdeth, quant à lui, tout en soulignant

la dangereuse escalade diplomatique, annonce que “Rabat refuse la visite d’Ouyahia”.

Dimanche 19 juin, les quotidiens nationaux reviennent sur le sujet en annonçant la position officielle algérienne. Elle est venue de Belkhadem – encore lui – qui a déclaré que la décision marocaine est “politiquement étrange et diplomatiquement maladroite”. Déclaration reprise en une de Liberté, de La Tribune, du Jeune Indépendant, d’El Watan et d’El Youm.

Pour Le Jour d’Algérie, il ne fait pas l’ombre d’un doute que “le Maroc joue avec le feu”. Dans un commentaire, ce quotidien soutient qu”’à la lumière de cet affront qui emprunte dangereusement l’allure d’une brusque rupture diplomatique, tout indique que les relations bilatérales entreront dans une nouvelle phase de convulsions”. Et ce quotidien était loin de se tromper puisque la presse du lundi 20 juin fait état de provocations, marocaines s’entend, devant les ambassades algériennes. Elles ont été carrément “assiégées” rapporte Le Jour d’Algérie. C’est la preuve, comme le souligne El Watan que “le palais royal perd son sang-froid”. Et si l’on en croit La Nouvelle République, il aurait bien de raisons. Et pour cause : “une grave crise sociale couve au Maroc” est-il rapporté. D’autant que du côté algérien, comme le témoigne cette déclaration de Belkhadem rapportée en une d’El Khabar “l’ouverture des frontières demeure tributaire du respect par le Maroc de la légitimité internationale”. C’est dire, comme le soutient le commentateur de La Tribune que “le Maroc joue et perd”.

Nadia Kerraz

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