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Les relations
algéro-marocaines convulsent de nouveau
Une décision et
des conséquences
Le réchauffement
des relations algéro-marocaines n’aura duré que le temps d’un
printemps. En effet, ce début d’été semble annonciateur d’un
refroidissement sans pareil depuis fort longtemps. Pourtant, tout
semblait aller pour le mieux, au point même qu’une visite du chef du
gouvernement avait été annoncée par l’ambassadeur du Maroc à Alger
et confirmée par M. Belkhadem, ministre d’Etat, représentant
personnel du président de la République. Mais c’était avant que le
chef du gouvernement ne jette la confusion en affirmant tout ignorer
de cette prétendue visite. Suite à cette déclaration, les choses
n’ont pas tardé à s’envenimer. Le Maroc a déterré la hache de
guerre. La presse nationale, qui ne pouvait rester indifférente à
cette situation, s’est faite l’écho de la déclaration d’hostilité
des Marocains. Les quotidiens paraissant ce samedi 18 juin 2005 ont,
en majorité, traité le sujet.
Vers une rupture
des relations ?
Il y a lieu
toutefois de souligner le “flair” de l’éditorialiste du Jour
d’Algérie qui, dès le mercredi 15 juin, évoquait la question. “Cela
suffit comme cela !” est le titre de l’éditorial qui appelait à “une
rupture des relations diplomatiques pure et simple”. Car pour ce
quotidien, “les provocations marocaines qui se font de plus en plus
violentes contre notre pays, contre notre armée, contre notre presse
n’incitent (…) à aucun geste amical de la part de notre
gouvernement”. Cet éditorial, rédigé au moment où l’opinion publique
ne savait plus qui croire de Belkhadem qui annonçait la visite au
Maroc du chef du gouvernement ou de Ouyahia qui la démentait, prend
toute sa valeur au lendemain de l’annonce publiée par les autorités
marocaines qualifiant la visite du chef de l’Exécutif algérien
“d’inopportune”. Une telle attitude aurait eu le mérite de sauver
l’honneur de la diplomatie algérienne.
Dans son éditorial
du 18 juin, Liberté estime que “Rabat opte pour l’escalade dans ses
relations avec Alger”. Le rédacteur poursuit en soulignant que “le
royaume chérifien refuse désormais le dialogue avec l’Algérie”,
rappelant au passage que “de toutes les manières, le déplacement du
chef du gouvernement algérien chez le voisin de l’Ouest n’a pas été
programmé à l’initiative unilatérale d’Alger”. Reste, conclut ce
quotidien, que “l’annulation d’une visite de ce niveau de
représentation, la première du genre, ne peut avoir que des
incidences négatives sur les relations entre les deux pays,qui
replongent dans une nouvelle phase de crispation”.
Les calculs du
Maroc
Le Soir d’Algérie
du même jour annonce en Une qu’entre l’Algérie et le Maroc “c’est
l’escalade”. De son côté, El Watan rappelle que “le palais royal
juge sa visite inopportune” et annonce que “Ouyahia n’ira pas au
Maroc”. Dans un autre article intitulé “les masques sont tombés”, le
quotidien estime que “le royaume du Maroc vient de commettre un
nouveau faux pas diplomatique en décrétant indésirable la visite
d’Ahmed Ouyahia”. Pour le rédacteur, il va sans dire que “l’objectif
d’une telle démarche consiste à détourner l’attention sur
l’isolement international dans lequel se trouve le royaume par
rapport au conflit du Sahara occidental”. D’autant que, pour El
Watan, “le Maroc est passé maître dans cette politique de fuite en
avant”. C’est dire que sous cet angle, le titre de La Nouvelle
République annonçant “le Maroc se fâche” pourrait être inapproprié,
bien que son confrère Le Jeune Indépendant présente les raisons de
cette fâcherie.
Ainsi, dans le
communiqué “très ferme” du ministère des Affaires étrangères
marocain, il est demandé, rapporte ce quotidien, “une clarification
de la position algérienne et des intentions réelles,actuelles et
futures, de l’Algérie quant à ses rapports avec le Maroc”.
La Tribune met
l’accent sur la réaction algérienne ; “l’Algérie déplore la
radicalisation de la position marocaine”, est-il souligné en Une de
son édition du samedi 18 juin. Cependant, bien que déplorant la
radicalisation de la position des autorités du Maroc, l’article en
question relève que la réaction des autorités algériennes, reprise
par le biais de l’APS, corrobore “ainsi de manière officielle
l’existence d’un projet de visite de haut niveau au Maroc”.
Quelques
quotidiens arabophones de ce même jour ont opté pour le même titre,
“Ouyahia indésirable au Maroc”. C’est le cas, entre autres, d’Al
Fadjr et d’El Youm. Pour le dernier cité, le communiqué du ministère
des Affaires étrangères marocain “a surpris tous les milieux
politiques au Maroc et en Algérie”.
El Ahdeth, quant à
lui, tout en soulignant
la dangereuse
escalade diplomatique, annonce que “Rabat refuse la visite
d’Ouyahia”.
Dimanche 19 juin,
les quotidiens nationaux reviennent sur le sujet en annonçant la
position officielle algérienne. Elle est venue de Belkhadem – encore
lui – qui a déclaré que la décision marocaine est “politiquement
étrange et diplomatiquement maladroite”. Déclaration reprise en une
de Liberté, de La Tribune, du Jeune Indépendant, d’El Watan et d’El
Youm.
Pour Le Jour
d’Algérie, il ne fait pas l’ombre d’un doute que “le Maroc joue avec
le feu”. Dans un commentaire, ce quotidien soutient qu”’à la lumière
de cet affront qui emprunte dangereusement l’allure d’une brusque
rupture diplomatique, tout indique que les relations bilatérales
entreront dans une nouvelle phase de convulsions”. Et ce quotidien
était loin de se tromper puisque la presse du lundi 20 juin fait
état de provocations, marocaines s’entend, devant les ambassades
algériennes. Elles ont été carrément “assiégées” rapporte Le Jour
d’Algérie. C’est la preuve, comme le souligne El Watan que “le
palais royal perd son sang-froid”. Et si l’on en croit La Nouvelle
République, il aurait bien de raisons. Et pour cause : “une grave
crise sociale couve au Maroc” est-il rapporté. D’autant que du côté
algérien, comme le témoigne cette déclaration de Belkhadem rapportée
en une d’El Khabar “l’ouverture des frontières demeure tributaire du
respect par le Maroc de la légitimité internationale”. C’est dire,
comme le soutient le commentateur de La Tribune que “le Maroc joue
et perd”.
Nadia Kerraz
Haut
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