Semaine du 22 au 28 décembre 2004

 

La trame du mercredi

En principe, l’amnistie c’est aussi une transition

 

 

 
 
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La trame du mercredi

En principe, l’amnistie c’est aussi une transition

C’est un fait que tout tend à démontrer : le pays s’achemine bien vers l’amnistie générale, question sur quoi le Président ne s’est guère appesanti quand il l’a abordée pour la première fois, voilà bientôt deux mois. Il a même donné alors le sentiment de quelqu’un qui s’en remettait pour l’essentiel au temps, adoptant pour sage maxime de ne pas en précipiter le cours, c’est-à-dire de veiller à ne pas interférer dans son œuvre apaisante vis-à-vis de blessures encore vives, et ce en prenant des décisions qui auraient pour effet de rouvrir celles-ci, de réveiller des démons qu’une pente en quelque sorte naturelle incline vers l’étiolement.

Mais maintenant que la télévision est à pied d’œuvre, avec pour objectif d’amener l’opinion à donner son assentiment, on est bien obligé d’admettre que les promoteurs du projet, dont le chef de file n’est autre que le président de la République, ont l’intention de conclure l’affaire dans un délai relativement court. Comme s’ils s’étaient aperçus de prime abord qu’ils avaient surestimé les obstacles placés en travers de leur chemin.

Bien entendu, ils conservent du champ devant eux, le temps ne les presse d’aucun aiguillon impérieux, s’étant en particulier mis à la tâche précocement pour voir venir les difficultés, et les éluder le cas échéant, néanmoins tout indique qu’ils veulent maintenant imprimer au processus un rythme plus rapide que celui qu’ils avaient d’abord retenu. Farouk Ksentini, à qui a échu le rôle d’en être le héraut, est d’avis que le dossier sera bouclé dans les premiers mois de l’année prochaine. Comment expliquer cette allure vive alors qu’il n’y a pas vraiment urgence ? Alors que le Président ne semblait pas si pressé en évoquant le sujet ? On croirait presque qu’une partie de l’orchestre a attaqué sa partition avant même que le chef n’ait donné le moindre signe pour cela, puis, s’étant aperçue qu’elle joue à contretemps, éprouve maintenant de la difficulté à mettre une sourdine à son enthousiasme, à revenir dans le ton général. C’est qu’il y a eu dans le passé un cas où le Président avait paru sur le point de s’atteler à la mise en œuvre d’un projet revêtant une certaine importance à ses yeux, or il renoncerait contre toute attente à la réalisation envisagée. Rappelons-nous, en effet, le projet de révision constitutionnelle, qu’il voulait entreprendre au cours de son premier mandat, mais qu’il a différé sine die, à moins qu’il n’ait définitivement changé d’avis sur ce point, ce qui paraît toutefois peu probable. La circonspection commande de ne pas écarter, dans le cas qui nous occupe, un report, où même un abandon, même si le processus semble déjà enclenché. Un ajournement reste une hypothèse forte, tant que le Président se confine dans l’attitude de retrait qu’il observe pour le moment par rapport à une affaire aussi importante, qui plus est hérissée de difficultés.

En l’occurrence, de surcroît, il n’y a pas qu’une mesure d’amnistie à prendre, il s’agit également de se prémunir contre ses effets indésirables sur les plans les plus divers. D’autant que ses partisans soutiennent qu’elle n’a pas pour seul objectif d’effacer des fautes et d’empêcher des poursuites, elle doit et mettre le point final à une période troublée et ouvrir une nouvelle ère, marquée, elle, par la réconciliation nationale. Or, celle-ci ne peut pas ne pas être une reconstruction politique. Sans doute cette question n’est-elle pas du ressort de Farouk Ksentini, ni d’aucun des conférenciers qui se “dévouent” dès maintenant à la cause, ou dont la mission, en fait, consiste à sonder les cœurs et les reins des Algériens sur une question exigeant beaucoup de doigté. Néanmoins, l’amnistie générale, (telle du moins qu’elle ressort des propos tenus par ces premiers messagers, et notamment dans les interventions du président de la Commission consultative des droits de l’homme, encore que tous ces gens disent en ignorer les termes exacts) comporte des conséquences politiques de nature à agir sur elle en retour pour conditionner sa réussite, ou provoquer son échec. Il n’est pas possible de décréter l’amnistie générale sans proposer par la même occasion une transition vers un ordre politique bien meilleur que celui qui existe, et sans énoncer des règles qui seront autant de digues garantissant contre une nouvelle déferlante terroriste.

Pas d’amnistie générale digne de ce nom qui ne concoure fortement à la transition à la démocratie.

M. Habili

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