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La
trame du mercredi
En principe,
l’amnistie c’est aussi une transition
C’est un fait que
tout tend à démontrer : le pays s’achemine bien vers l’amnistie
générale, question sur quoi le Président ne s’est guère appesanti
quand il l’a abordée pour la première fois, voilà bientôt deux mois.
Il a même donné alors le sentiment de quelqu’un qui s’en remettait
pour l’essentiel au temps, adoptant pour sage maxime de ne pas en
précipiter le cours, c’est-à-dire de veiller à ne pas interférer
dans son œuvre apaisante vis-à-vis de blessures encore vives, et ce
en prenant des décisions qui auraient pour effet de rouvrir
celles-ci, de réveiller des démons qu’une pente en quelque sorte
naturelle incline vers l’étiolement.
Mais maintenant
que la télévision est à pied d’œuvre, avec pour objectif d’amener
l’opinion à donner son assentiment, on est bien obligé d’admettre
que les promoteurs du projet, dont le chef de file n’est autre que
le président de la République, ont l’intention de conclure l’affaire
dans un délai relativement court. Comme s’ils s’étaient aperçus de
prime abord qu’ils avaient surestimé les obstacles placés en travers
de leur chemin.
Bien entendu, ils
conservent du champ devant eux, le temps ne les presse
d’aucun aiguillon impérieux, s’étant en particulier mis à la tâche
précocement pour voir venir les difficultés, et les éluder le cas
échéant, néanmoins tout indique qu’ils veulent maintenant imprimer
au processus un rythme plus rapide que celui qu’ils avaient d’abord
retenu. Farouk Ksentini, à qui a échu le rôle d’en être le héraut,
est d’avis que le dossier sera bouclé dans les premiers mois de
l’année prochaine. Comment expliquer cette allure vive alors qu’il
n’y a pas vraiment urgence ? Alors que le Président ne semblait pas
si pressé en évoquant le sujet ? On croirait presque qu’une partie
de l’orchestre a attaqué sa partition avant même que le chef n’ait
donné le moindre signe pour cela, puis, s’étant aperçue qu’elle joue
à contretemps, éprouve maintenant de la difficulté à mettre une
sourdine à son enthousiasme, à revenir dans le ton général. C’est
qu’il y a eu dans le passé un cas où le Président avait paru sur le
point de s’atteler à la mise en œuvre d’un projet revêtant une
certaine importance à ses yeux, or il renoncerait contre toute
attente à la réalisation envisagée. Rappelons-nous, en effet, le
projet de révision constitutionnelle, qu’il voulait entreprendre au
cours de son premier mandat, mais qu’il a différé sine die, à moins
qu’il n’ait définitivement changé d’avis sur ce point, ce qui paraît
toutefois peu probable. La circonspection commande de ne pas
écarter, dans le cas qui nous occupe, un report, où même un abandon,
même si le processus semble déjà enclenché. Un ajournement reste une
hypothèse forte, tant que le Président se confine dans l’attitude de
retrait qu’il observe pour le moment par rapport à une affaire aussi
importante, qui plus est hérissée de difficultés.
En l’occurrence,
de surcroît, il n’y a pas qu’une mesure d’amnistie à prendre, il
s’agit également de se prémunir contre ses effets indésirables sur
les plans les plus divers. D’autant que ses partisans soutiennent
qu’elle n’a pas pour seul objectif d’effacer des fautes et
d’empêcher des poursuites, elle doit et mettre le point final à une
période troublée et ouvrir une nouvelle ère, marquée, elle, par la
réconciliation nationale. Or, celle-ci ne peut pas ne pas être une
reconstruction politique. Sans doute cette question n’est-elle pas
du ressort de Farouk Ksentini, ni d’aucun des conférenciers qui se
“dévouent” dès maintenant à la cause, ou dont la mission, en fait,
consiste à sonder les cœurs et les reins des Algériens sur une
question exigeant beaucoup de doigté. Néanmoins, l’amnistie
générale, (telle du moins qu’elle ressort des propos tenus par ces
premiers messagers, et notamment dans les interventions du président
de la Commission consultative des droits de l’homme, encore que tous
ces gens disent en ignorer les termes exacts) comporte des
conséquences politiques de nature à agir sur elle en retour pour
conditionner sa réussite, ou provoquer son échec. Il n’est pas
possible de décréter l’amnistie générale sans proposer par la même
occasion une transition vers un ordre politique bien meilleur que
celui qui existe, et sans énoncer des règles qui seront autant de
digues garantissant contre une nouvelle déferlante terroriste.
Pas d’amnistie
générale digne de ce nom qui ne concoure fortement à la transition à
la démocratie.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |