|
Accueil
Proche-Orient
Sombres
perspectives pour 2005
Les Palestiniens
ont perdu leur chef historique, leur aspiration d’indépendance ne
semble pas près de se réaliser et la répression israélienne qui
ensanglante les territoires «autonomes» continue. L’année 2004
s’achève dans l’inquiétude, alimentée par l’alignement total de la
politique américaine dans la région sur celle de l’Etat hébreu.
Israël entend se
retirer de la bande de Ghaza, non sans y avoir créé le chaos. Le
“plan de désengagement unilatéral” du Premier ministre Ariel Sharon,
approuvé par Washington et les capitales européennes, prévoit
l’évacuation en 2005 des colonies de la bande de Ghaza. Un plan
considéré par les Palestiniens comme une tempête dans un verre
d’eau, dont le principal objectif est d’usurper la plus grande
partie des terres de Cisjordanie et de transformer la bande de Ghaza
en une grande prison. Un stratagème supplémentaire du chef de
l’exécutif israélien pour se débarrasser de portions de territoires
ingérables, Ghaza par exemple, et cela tout en consolidant la
mainmise de Tel Aviv sur les autres territoires palestiniens.
L’armée
israélienne a multiplié les opérations militaires dans la bande de
Ghaza ces derniers mois, détruisant des milliers de maisons et
faisant des centaines de morts, notamment à Rafah, Khan Younès (sud)
et Jabaliya (nord). Il s’agit ainsi pour Tel Aviv de tout raser
avant d’évacuer, tout en maintenant le contrôle sur tous les points
de passage de la bande de Ghaza, son espace aérien et ses eaux
territoriales.
Pour appliquer son
plan de “désengagement”, le chef de l’exécutif israélien peut
compter sur l’appui de George W. Bush, qui est devenu en 2004 le
premier président américain à légitimer le maintien des blocs de
colonies juives en Cisjordanie, en estimant “irréaliste” un retrait
israélien de tout ce territoire jusqu’aux lignes du 4 juin 1967. Il
a en outre estimé qu’“il y avait de bonnes chances de création d’un
Etat palestinien” d’ici 2009, alors que sa création était prévue par
la feuille de route, le dernier plan de paix international resté
lettre morte.
Fort du soutien
des Etats-Unis, Ariel Sharon se dit à présent prêt à négocier avec
la direction palestinienne d’un règlement de paix et à ne plus la
boycotter, après la mort de Yasser Arafat le 11 novembre. Reste
qu’il est loisible d’imaginer la paix telle qu’envisagée par Israël,
et qui a toutes les allures du diktat.
Le décès du père
de la révolution palestinienne, suivi par la mise en place rapide
d’une direction considérée comme modérée, a ouvert une nouvelle ère,
empreinte d’incertitudes après plus de quatre années d’Intifadha.
L’ancien Premier ministre Mahmoud Abbas, qui n’a jamais caché son
opposition à une Intifadha armée, la considérant comme “une erreur
tactique”, s’est trouvé propulsé à la tête de l’Organisation de
libération de la Palestine (OLP), et il est quasiment assuré de
l’emporter haut la main au scrutin présidentiel du 9 janvier. Son
principal rival, Marwan Barghouti, figure de proue de l’Intifadha,
qui purge une peine de prison à vie en Israël, s’est retiré de la
course suite aux pressions de la vieille garde palestinienne.
Répondant aux
attentes de la Maison-Blanche, Mahmoud Abbas vient d’appeler à la
démilitarisation de l’Intifadha, prenant ainsi le risque de se
mettre à dos non seulement les principaux mouvements armés comme le
Hamas, le Djihad islamique et les martyrs d’El Aqsa, mais aussi
l’opinion publique palestinienne ; co-fondateur (avec Yasser Arafat)
à la fin des années 1950, du Fatah, principale composante de l’OLP,
il s’est rapidement déclaré convaincu que la solution au conflit
israélo-palestinien passait par la négociation, une position dont il
ne s’est jamais écarté. Mais jusqu’à l’heure, Ariel Sharon n’a
jamais appliqué une autre politique que celle du fait accompli…
Leïla Heraoua
Haut
Côte
d’Ivoire
La France
déclarée persona non grata
On ne comprend pas
pourquoi deux forces d’interposition sont actuellement sur place en
Côte d’Ivoire. D’une part, le dispositif onusien fort de 6 000
hommes et qui atteindraient présentement le chiffre de 10 000, dont
une grande partie est déployée dans la zone de confiance, cette
bande démilitarisée qui fait tampon entre le Nord et le Sud en plus
des 4 000 hommes de l’opération Licorne, prêts à intervenir comme
force de réaction rapide et qui sont stationnés “en deuxième
rideau”, en quelque sorte en couverture pour ne pas servir de chair
à canon. En principe, aux termes de la résolution 1528 du Conseil de
sécurité de l’ONU, la seule présence en Côte d’Ivoire des 10 000
soldats des forces impartiales, dont l’action s’inscrivait aussi,
faut-il le rappeler, dans le cadre d’un processus de démobilisation,
désarmement, réinsertion - dont on est loin aujourd’hui - aurait dû
dissuader les belligérants de velléités de reprise des hostilités et
démobiliser l’ensemble du dispositif entrant dans le cadre de
l’opération “Licorne” afin que la force d’interposition
internationale puisse prendre la relève. Ce qui est loin d’être le
cas puisque le contingent français n’entend pas plier bagage et
rentrer au bercail. Doit-on encore rappeler que la Côte d’Ivoire est
un pays indépendant et que sa souveraineté n’est pas négociable et
qu’elle ne peut faire l’objet de surenchères et de récupération
médiatique au profit d’intérêts occultes français.
Ce qui devait être
considéré comme une erreur de cible ou de simples dommages
collatéraux a entraîné la réplique délibérée immédiate de Paris,
avec la destruction de la totalité de l’aviation militaire
ivoirienne, ce qui a conduit des milliers de partisans du président
Gbagbo à descendre dans la rue, plutôt encouragés par le pouvoir
pour provoquer de violentes émeutes antifrançaises à Abidjan.
On annonçait que
le 9 novembre, “le président sud-africain Thabo Mbeki s’était envolé
pour la Côte d’Ivoire afin d’y mener une médiation dont l’objectif
était de ramener le calme dans le pays et d’élaborer une solution
politique à la crise qui y sévissait. On en déduisait par conséquent
que le sommet de Marcoussis était un échec consommé et que nombre
d’observateurs qui insistaient à ce que des médiateurs africains
pourraient régler cette crise n’avaient pas du tout tort.
L’humble
acceptation par Pretoria de cette mission correspondait bien à sa
volonté de trouver des solutions politiques à tous les conflits sur
le continent africain. Et dans ce but, le médiateur africain avait
l’intention de coopérer avec l’UA, la CEDEAO et les autorités
ivoiriennes qui préconisaient un processus favorable destiné à faire
revenir à la raison tous les protagonistes déchaînés. Si Paris et
Abidjan lançaient des appels au calme, l’ambassadeur ivoirien à
l’ONU avait déclaré le 9 novembre que son pays cherchait à faire
condamner l’action française par le Conseil de sécurité, faisant
référence à son action du 6 novembre et constituant “une violation
flagrante de la souveraineté” ivoirienne. Cet ambassadeur a confirmé
que le bombardement des forces françaises à Bouaké par l’aviation
ivoirienne n’avait pas été intentionnel et a accusé la France dans
un réquisitoire virulent de s’être livré, sans enquête préalable, à
“des actes de représailles unilatérales” caractérisés par “un usage
excessif de la force”. L’ambassadeur ivoirien s’était ensuite livré
à un réquisitoire contre la France, qu’il a accusée de s’être rangée
aux côtés des rebelles : “Je ne peux pas qualifier les Français de
bouclier du président, quand ils tirent sur les palais
présidentiels, encerclent avec 100 chars le palais présidentiel,
détruisent la flotte aérienne nationale, quand ils nous humilient,
nous frustrent, quand ils tirent d’hélicoptères sur des foules
désarmées”, avait-il déclaré. “La France a massacré, humilié et
mutilé des citoyens innocents”, avait-il ajouté. Brandissant des
photos montrant des cadavres, il avait affirmé qu’il s’agissait de
victimes “de tirs directs dans la foule, à partir d’hélicoptères”.
Il s’était toutefois félicité de la mise en place de patrouilles
mixtes composées de forces françaises, de l’ONU et du gouvernement
ivoirien.
On apprenait le 10
novembre que les premiers Français qui avaient exprimé le désir de
quitter la Côte d’Ivoire étaient rapatriés, faussant ainsi la
stratégie française qui compte sur le maintien de ses ressortissants
pour pérenniser sa présence, alors que la présence du dispositif
“Licorne” fortement impliqué dans ce pays est à l’origine des
tensions de plus en plus grandissantes et perceptibles et qui n’a
finalement contribué qu’à aggraver la situation. On apprenait
également que 60 Ivoiriens avaient été tués dans les violentes
manifestations anti-françaises et que des avions étaient affrétés
pour rapatrier les Français qui le souhaitaient et ravitailler ceux
qui en avaient besoin.
Paris, qui peut
maintenant difficilement se servir de cet alibi d’évacuer les
ressortissants français, continuera toujours à clamer ce prétexte
fallacieux en évacuant seulement une partie de ses ressortissants
pour des questions de stratégie politique. Paris ne peut même pas se
servir du motif des accords de défense liant les deux pays pour
maintenir sa présence en raison des déclarations de la ministre de
la Défense française les jugeant caducs.
La campagne
antifrançaise orchestrée par la presse gouvernementale
Les organes de
presse qui diffusent la propagande n’ont cessé d’accuser la France
de tous les maux face à la dégradation de la situation qui a sévi
dans tout le pays. Comment la France qui s’est embourbée dans le
piège ivoirien et qui a vu son rôle de tuteur pris à partie, alors
que les organes de presse pro-Gbagbo ne cessaient de lui rappeler
que son intervention dans la région ne faisait que nuire à la
stabilité et à la réconciliation nationale entre tous les Ivoiriens
et de lui faire remarquer que la Côte d’Ivoire était un pays
indépendant et que la France cherchait désespérément à récupérer
cette colonie qu’elle considère dans son imagination comme étant un
territoire d’outre-mer.
Dans cette crise
qui n’en finit pas, le soutien tacite apporté par Paris à Laurent
Gbagbo n’a été que temporaire, latent et s’est vite transformé en
une confrontation où, présentement, l’ex-puissance qui n’a pas cessé
de manger à tous les râteliers se voit accusée de faire le jeu des
rebelles et de les armer, et vu le rapport de force qui semblerait
toujours favorable à l’armée régulière, Ouagadougou serait tenté de
réarmer discrètement les rebelles.
On se demande
pourquoi face à l’incident de Bouaké, la France a riposté
brutalement en détruisant non seulement les deux Sukhoï qui ont
effectué les bombardements, mais aussi tous les aéronefs des forces
armées ivoiriennes.
Reste aussi que
dans la presse loyaliste, le discours d’apaisement affiché par le
chef de l’Etat ivoirien a cédé le pas à un discours de haine
virulente et de défiance guerrière à l’égard de la France, accusée
de tous les maux qui frappent le pays, et notamment de vouloir
renverser Laurent Gbagbo au profit des rebelles du Nord. Nous avions
toujours dit que la France est le vrai tuteur de la rébellion
ivoirienne, dont l’objectif est de faire tomber le régime de Gbagbo,
soutenait la presse gouvernementale et les loyalistes. Quant aux
militaires français tués par le bombardement des forces loyalistes
ivoiriennes, ils ne seraient qu’un prétexte et leur mort une
“pseudo-bavure” exploitée par Paris pour faire la guerre et
s’ingérer en profondeur dans la crise ivoirienne. D’ailleurs, les
corps des neuf soldats français n’ont jamais été montrés à la
télévision et Paris savait ce qui se tramait 24h avant l’attaque
gouvernementale. Une certaine presse en arrivait à douter de la
réalité de l’attaque de Bouaké. Paris qui a riposté précipitamment
sans même vérifier si l’attaque de Bouaké visait véritablement des
troupes françaises alors que celles-ci devraient être cantonnées
dans la zone de démarcation n’a fait qu’engendrer un climat de haine
sans précédent envers les étrangers, et surtout, et on le comprend
très bien, envers les Français par le biais de pillages des
résidences européennes et d’affrontements violents. Paris a continué
le 11 novembre à organiser le rapatriement des Français qui
voulaient fuir la violence en Côte d’Ivoire, tout en prenant le soin
de garder encore des ressortissants français sur le sol ivoirien
pour des questions de stratégie politique, et déploré les appels “à
la haine” qui visaient les étrangers dans son ancienne colonie, où
la situation restait tendue. Devra-t-on encore rappeler que cette
attaque des forces aériennes gouvernementales aurait reçu l’aval des
hauts responsables du dispositif “Licorne” qui aurait agi avec
l’accord de Paris pour contraindre le président Gbagbo à suivre le
diktat français sans réserve, ce qui permettait aussi aux Français
de pérenniser mieux leur présence en Côte d’Ivoire et même
d’envisager un scénario à la “Aristide” à Abidjan.
Cependant, pour
Gbagbo, cité par Fraternité Matin, le péril de la guerre civile ne
venait pas de lui, mais de l’intervention de combattants étrangers.
“Les combattants de Charles Taylor se regroupent régulièrement entre
la Côte d’Ivoire, la Guinée et sur le sol libérien. Certains
viennent prêter main-forte à la rébellion ivoirienne, nous avons
affaire aux désœuvrés de la guerre civile du Liberia et de la Sierra
Leone. C’est cette main-d’œuvre armée qui alimente toutes les
guerres civiles en Afrique de l’Ouest.”
Que cache
officiellement l’obstination des Français à surseoir de quitter le
pays mais bien au contraire à s’y installer confortablement, tout en
renforçant, à chaque fois que la situation se détériore, le
dispositif “Licorne” en hommes et en matériel ? Pourquoi la France
n’affiche-t-elle pas clairement ses intentions dans la crise
ivoirienne ? L’incident de Bouaké n’était qu’un simple prétexte
saisi par Chirac pour accomplir le vieux rêve de s’attaquer au
régime Gbagbo et de faire main basse sur la Côte d’Ivoire, cette
poule aux œufs d’or et cette région de l’Afrique de l’Ouest tant
convoitée par les Français qui tiennent à sécuriser d’abord leurs
intérêts avant ceux des Ivoiriens qui sont pourtant chez eux et qui
viennent de prendre conscience que leur pays devra difficilement
entamer une deuxième indépendance.
Le rôle
d’Israël dans la déstabilisation de la côte d’ivoire
Israël qui
semblerait partie prenante dans ce conflit selon toute vraisemblance
jouerait un rôle clé dans la crise ivoirienne. Elle aurait pris
position en faveur du camp des rebelles et entamé des contacts avec
le MPCI (Mouvement patriotique de la Côte d’Ivoire) et en même temps
participé conjointement à l’opération de l’attaque de Bouaké, ce qui
peut sembler paradoxal.
Le MPCI a
effectivement établi de nombreux contacts avec le peuple d’Israël,
des hommes politiques, des parlementaires de la Knesset et des
organisations de promotion des droits de l’homme. Le MPCI a fait
valoir que les règles démocratiques qui régissent ce pays qu’est
Israël intéressaient ce parti d’opposition afin qu’il aide ce pays
qui s’enlise dans le sous-développement démocratique. En plus de
l’ingérence des Français, voilà qu’un parti d’opposition veut
solliciter les bons offices de l’entité sioniste afin de l’aider à
reconquérir tout le pays et réaliser ses desseins en chassant le
président ivoirien Laurent Gbagbo.
Les Français
pris dans l’engrenage de la guerre
La France qui
devait jouer un rôle de médiateur sans parti pris est bel et bien
prise dans l’engrenage de la dégradation de la situation politique
qui sévit en Côte d’Ivoire.
La reprise des
hostilités et la brusque détérioration de la situation en Côte
d’Ivoire ont marqué indéniablement l’échec de la médiation française
en Côte d’Ivoire et son peu d’empressement à réunir les différents
protagonistes en vue de trouver une solution à la crise, si ce n’est
que l’Union africaine qui a chargé le président sud-africain de
jouer le rôle de médiateur entre les différents interlocuteurs qui
s’affrontent depuis le début de la crise. De plus, l’attitude de
l’ancienne puissance coloniale n’est pas exempte d’interrogations et
de critiques dans la presse africaine et surtout dans la presse
favorable au président Laurent Gbagbo qui tire à boulets rouges sur
le revirement de la France et la politique jugé néocoloniale et
foncièrement partiale de Jacques Chirac à qui il est directement
reproché la détérioration de la situation ayant entraîné des
affrontements à Abidjan entre la population ivoirienne qui s’en est
pris à tout ce qui représentait la France, ses symboles et les
ressortissants Français. Pour occulter son incapacité à résoudre la
crise ivoirienne et justifier la présence indéterminée de
l’opération “Licorne”, Le chef d’état-major des armées françaises
s’est retranché derrière des palabres et a fustigé le 12 novembre
“la meute de pillards, de violeurs” ivoiriens qui s’en sont pris aux
ressortissants étrangers de Côte d’Ivoire. Le ridicule s’est emparé
de ce chef d’état-major lorsqu’il s’est dit “extrêmement choqué des
accusations qui sont portées contre l’armée française”. “Je pense
que c’est une manipulation inacceptable de la part des autorités
ivoiriennes”, a-t-il rétorqué laconiquement. De plus, pour
accréditer la thèse que les Français sont étrangers à ces dérives en
permanence et qu’ils seraient neutres lors des manifestations
anti-françaises, des femmes ont été victimes de viols, a déclaré le
11 novembre le commandant de la force française Licorne, façon très
habile de détourner le rôle prépondérant de la France dans la
déstabilisation de la Côte d’ivoire qui s’enfonce dans les tréfonds
de l’insécurité et de la peur au quotidien.
N. Rahal
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |