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Amnistie générale
Une démarche
des plus problématiques
Une amnistie,
surtout quand elle est générale et inconditionnelle, est, dans son
principe même, incompatible avec le droit international. Si elles ne
provoquent pas le rejet unanime de la communauté internationale, en
général peu désireuse d’entraver le processus de réconciliation,
dont l’une des conditions est justement l’amnistie, elle n’est pas
non plus chaleureusement accueillie par elle d’autant que des
protestations se feront entendre en provenance de diverses
organisations.
L’adoption d’une
mesure d’amnistie générale destinée à clore un chapitre
particulièrement tourmenté de l’histoire d’un pays est une démarche
universelle. Il n’y a peut-être pas d’exemple dans le monde où la
décision politique n’a pas été prise, une fois la paix restaurée,
que ce soit peu après l’arrêt de la violence ou bien des années plus
tard, de suspendre les poursuites relatives à des actes commis par
les protagonistes, quel que soit le bord auxquels ceux-ci ont
appartenu. Partout dans le monde, on a pris cette mesure parce qu’on
a estimé que l’intérêt de la collectivité nationale est de regarder
vers l’avenir ; il fallait empêcher que “la guerre” ne se poursuive
par d’autres méthodes au-delà du terme naturel auquel elle avait
abouti. Pourtant un conflit se termine par un vainqueur et un
vaincu.
Au bout du compte,
le premier se trouve en position d’appliquer les lois à l’encontre
du second. Il ne le fait pas cependant, non pas seulement par
grandeur d’âme, mais pour des considérations politiques, la plus
importante étant de favoriser la réconciliation entre tous. Il sait,
de plus, ne pas avoir été irréprochable quand la violence faisait
rage. Dans tous les cas connus, des agents de l’Etat, ou carrément
une institution en tant que telle, se sont rendus coupables d’actes
illicites graves, comme des disparitions. Si la loi devait être
appliquée équitablement à l’égard de tous les protagonistes, ces
agents seraient condamnés pour les violations qu’ils ont perpétrées.
Si une mesure de
ce genre n’a rien d’original, il reste qu’elle est contestée par des
secteurs de l’opinion nationale, difficiles à apprécier au point de
vue du nombre, et, à l’échelle internationale, par des ONG de
défense des droits de l’homme, qui ne manqueront sans doute pas de
la dénoncer, encore qu’il ne leur soit pas facile d’obtenir une
large mobilisation, le temps présent différant beaucoup de la
période où l’Algérie était exposée, du fait de leur activisme, à une
condamnation universelle, et à la menace d’une enquête
internationale sur les violations des droits de l’homme commises au
plus fort de la lutte antiterroriste. Il n’empêche, une amnistie,
surtout quand elle est générale et inconditionnelle, est, dans son
principe même, incompatible avec le droit international. Si elle ne
provoque pas le rejet unanime de la communauté internationale, en
général peu désireuse d’entraver le processus de réconciliation,
dont l’une des conditions est justement l’amnistie, elle n’est pas
non plus chaleureusement accueillie par elle d’autant que des
protestations se feront entendre en provenance de diverses
organisations, qui estiment de leur devoir d’appuyer les demandes de
vérité et de justice formulées par les familles des victimes d’un
bord comme de l’autre. La campagne qu’elles mèneront sera nourrie
par l’opposition déployée par ces dernières, à travers les
associations, mais aussi avec l’aide d’organisations politiques,
tant nationales qu’internationales, celles-là même qui se sont
illustrées par le passé pour leur attitude de compréhension envers
les terroristes du temps où ceux-ci ravageaient le pays. Nul doute
qu’elles auront du mal à provoquer le tollé général qu’elles se
préparent déjà à soulever. On aurait tort cependant de penser
qu’elles n’entreprendront rien pour contrer la disposition
d’amnistie, ou que leur influence est réduite à néant depuis le 11
septembre. Le plus probable même est qu’elles se saisiront de
l’occasion ainsi offerte pour relancer leur campagne contre
l’impunité, devenu inaudible ces derniers temps. Car pour ce secteur
de l’opinion internationale, la véritable finalité de l’amnistie n’a
pas grand chose à voir avec celle que lui assignent publiquement les
autorités des pays concernés. Pour celles-ci, en effet, il s’agit
pour l’essentiel de retrouver l’unité qui prévalait avant que le
conflit n’éclate, de favoriser la réconciliation, condition d’un
nouveau départ sur de nouvelles bases politiques, tandis que pour
nombre d’organisations internationales, au premier chef le Comité
des droits de l’homme des Nations unies, le véritable but est
d’empêcher que des poursuites soient engagées contre les éléments
des forces de sécurité impliqués dans des violations de droits de
l’homme. “Les lois d’amnistie, écrit le Comité dans son observation
générale n° 20 du 10 avril 1992, qui s’étendent aux violations des
droits de l’homme, sont généralement incompatibles avec le devoir de
l’Etat d’enquêter sur les violations des droits de l’homme, de
garantir le droit d’être à l’abri de telles violations dans les
limites de sa juridiction et d’assurer que des violations similaires
ne se reproduiront pas à l’avenir”. Ailleurs, le comité précise que
“la législation interne ne peut pas modifier les obligations
internationales contractées par un Etat partie en vertu du pacte
(relatif aux droits civils et politiques, ndlr)”.
L’on comprend que
du point de vue d’un pays affecté par la violence, l’essentiel est
ailleurs, dans le dépassement de la crise précisément, serait-ce au
prix d’une disposition d’exception qui transgresse grandement le
cours ordinaire de la justice. Pour autant, il sait que ses
engagements internationaux ne sont pas suspendus le temps dont il a
besoin pour ramener la concorde à l’intérieur de ses frontières.
C’est ainsi qu’une amnistie ne met pas à l’abri de poursuites
enclenchées auprès d’instances judiciaires internationales ; elle
n’est pas opposable aux victimes dans tous les cas de figure. On
peut être à peu près certain que, s’agissant de l’Algérie, il ne se
passera pas beaucoup de temps entre le moment où une loi de ce genre
entre en vigueur et celui où des organisations par principe hostiles
à ce genre d’arrangements locaux prêtent leurs concours pour faire
prendre en considération des recours contre l’amnistie. Du moment,
en effet, qu’il est admis qu’une amnistie n’efface pas certains
crimes imperceptibles, elle n’a pas vocation, en conséquence, à
éteindre toutes les poursuites possibles. A y regarder de plus près,
le bénéfice tiré d’une amnistie par une collectivité nationale est
avant tout d’ordre politique, pour autant, bien entendu, que tous
les ingrédients soient réunis pour en assurer la réussite. Une
amnistie couronnée de succès n’est pas nécessairement celle qui
octroie l’impunité, toute l’impunité, c’est surtout celle qui
restaure la paix, et fonde une nouvelle construction politique.
C’est ce qu’atteste l’exemple de l’Afrique du Sud : réconciliation
et amnistie constituent un seul processus, qui conduit à un nouvel
ordre politique, la démocratie édifiée sur les décombres du système
de l’apartheid. Sans véritable changement politique, il n’y a pas
réellement de garantie, même dans le cas du recours à un référendum.
Les engagements internationaux du pays en matière de droits de
l’homme, l’obligation qui en découle de mettre la loi nationale en
conformité avec eux, peuvent apporter des restrictions à la loi
d’amnistie de façon tout à fait imprévisible. Un cas peut surgir,
comme cela s’est produit au Chili comme en Argentine, qui, à
l’examen, s’avèrera ne pas être couvert par la loi. Dans le cas
algérien, le risque est grand que les imprévus soient encore plus
nombreux. D’une part, en effet, le terrorisme persiste, et un
courant politique, ou plutôt une mouvance, d’où la plupart des
groupes armés sont issus, revendique sa réhabilitation, et fait
valoir dès maintenant que les notions de réconciliation et
d’amnistie sont dénués à ses yeux de signification si elles ne lui
ouvrent pas la voie du retour à la légalité.
M. Habili
Haut
L’Algérie ne sera pas membre du pacte
Nous et l’OTAN
Quelle place pour
l’Algérie dans ses relations avec l’OTAN ? La question est posée au
moment où on parle d’exercices militaires communs avec la marine
nationale, et que le partenariat militaire passe aussi comme toute
autre actualité sous les feux de la rampe. Au-delà, il y a des
enjeux stratégiques à long terme qui ne peuvent se suffire
d’explications superficielles.
Il faut dire que
ce rapprochement OTAN-Algérie, même s’il n’inquiète pas, n’est pas
pour plaire à tout le monde, notamment nos voisins marocains ou
libyens. Alors que le leader libyen Mouammar El Gueddafi a indiqué
que son pays voulait se défaire de la présidence de l’Union du
Maghreb arabe, il évoquait le différend qui l’oppose aux
Mauritaniens pour leur rapprochement avec Israël, mais reprochait en
même temps à l’Algérie - à mots couverts certes - ses velléités de
coopération militaire avec l’OTAN et l’Europe, et même sa
participation à des exercices militaires «qui nuisent à la sécurité
de ce groupe (UMA, ndlr)».
En voulant
atténuer l’ampleur prise par la coopération militaire de l’Algérie
avec l’OTAN, on lit dans un journal marocain proche du palais,
Aujourd’hui le Maroc, qu’il n’ y a pas lieu de s’étonner, mais que
c’est le processus de dialogue méditerranéen initié par l’OTAN qui
est en train de prendre de la vitesse. Quant à ses objectifs, c’est
l’instauration d’un climat d’amitié entre les deux rives de la
Méditerranée. Le but étant, note le journal marocain, «d’arrimer la
région sud de la Méditerranée à l’idée d’un partenariat politique et
militaire que l’OTAN a mûri dans un monde qui doit faire face à des
menaces diverses qui exigent une réponse commune». La même idée que
le Maroc aurait déjà comprise et pour laquelle il œuvre de manière
acharnée, souligne Aujourd’hui le Maroc.
De toute évidence,
les conséquences d’une coopération militaire de l’Algérie avec ses
voisins du nord de la Méditerranée n’est pas pour plaire. Cela fait
d’abord d’elle un pays crédible aux yeux du monde occidental et qui,
de fait, peut compter sur le soutien de ses alliés européens en cas
de différend grave avec ses voisins immédiats. Il ne faut pas que
l’on se trompe : l’Algérie entretient des relations tendues avec le
Maroc à cause du Sahara occidental et de ses relations en dents de
scie avec la Libye, alors que l’on évoque de manière équivoque son
surarmement hypothétique.
Mais que
s’est-il réellement passé avec l’OTAN ?
D’abord un nombre
impressionant de visites à l’étranger de hauts responsables
militaires algériens. Si à son époque Mohamed Lamari a eu des
entretiens dans les capitales qui comptent, récemment, son
successeur le général Gaïd Salah était à Bruxelles au siège de
l’OTAN puis à Stuttgart au siège du commandement des forces
américaines en Europe.
Puis des navires
de pays membres de l’OTAN ont mouillé dans les ports algériens avant
d’organiser des exercices pour tester l’interopérabilité des
équipements. Dans les faits, en une année, au moins une trentaine de
bâtiments de guerre européens ont accosté dans les ports algériens.
Des navires européens, mais pas seulement ceux de l’OTAN. Il y a eu
ceux de l’Euromarfor (les forces navales de sept pays d’Europe
méridionale), la frégate française La Motte-Picquet.
Il est vrai qu’il
est difficile de faire la différence tant les pays se confondent
entre leurs pactes et leurs alliances. La majorité des pays
européens membres de l’Euromarfor sont aussi membres de l’OTAN.
Il est clair que
l’Algérie se trouve au milieu d’une compétition entre Européens et
Américains, selon que l’on se place côté face pour l’OTAN ou côté
pile pour la force commune européenne.
L’Algérie
tente-t-elle de faire jouer la concurrence entre les deux
puissances ? Certainement pas, mais elle a des besoins en termes de
modernisation et de professionalisation de son armée, et a surtout
besoin de reconnaissancece alors que l’armée algérienne a été
accusée de tous les maux durant les dix ans de guerre contre le
terrorisme. Aujourd’hui, c’est une armée respectable (et non une
armée de putchistes) dont les chefs sont accueillis partout dans le
monde. Au-delà, c’est l’assistance que pourrait apporter l’armée
algérienne aux unités en action dans la Méditerranée ou inversement
qui doit être recherchée. Les raisons du déploiement de forces quant
à elles se retrouvent dans les nouveaux défis lancés à la communauté
internationale avec la fin du bloc de l’Est. Terrorisme, immigration
clandestine et trafics en tous genres nécessitent certainement une
approche plus efficace, dotée de grands moyens, donc militaire.
Quant aux
objectifs des Européens, il y a sans nul doute le Projet européen de
sécurité et de défense (Pesd) qui est visible et dont un des aspects
les plus pratiques sera la mise en place de treize unités rapides en
Méditerranée. Pour les Américains, on évoque le projet du Grand
Moyen-Orient et dans les deux cas, lorsqu’elle est consultée,
l’Algérie fait entendre son point de vue.
Cela dit, tout
semble s’inscrire dans le lointain avenir, d’autant que nous ne
sommes qu’au moment des exercices communs et des manœuvres à petite
échelle. Des exercices suffisants pour connaître les capacités
d’intervention réelles de l’armée algérienne. D’ici cinq ans,
l’Algérie deviendra un des principaux fournisseurs de l’UE en gaz
naturel. Avec trois gazoducs sous la mer, il y aura lieu de
s’assurer la sécurité de ces installations et leur protection alors
qu’ils devraient permettre de fournir 85 milliards de m3 de gaz par
an à l’Europe. Dans ce cas, il ne fait aucun doute que l’Algérie
deviendra forcément un allié stratégique de l’Europe, quels que
soient les commentaires des Américains ou des Libyens.
Amine Esseghir
Haut
Bipartite
Les patrons
invités à s’acquitter de leurs obligations
Partis chez
Ouyahia pour arracher des avantages, les représentants des
principales organisations patronales privées sont repartis
bredouilles. Après l’UGTA, le chef du gouvernement a mis KO le
patronat lors de la bipartite de jeudi dernier. En répondant aux
doléances de ses invités, le chef de l’exécutif a eu l’occasion de
leur rappeler qu’ils doivent impérativement s’acquitter de leurs
obligations avant de demander des privilèges, que l’économie de
marché n’est plus à réinventer, et qu’un secteur privé doit
nécessairement accepter l’ouverture à la concurrence.
La Coordination
des organisations patronales, composée de la CGEA, la CAP, la CIPA
et le CNPA et SEVE (association des femmes entrepreneurs), était
arrivée au Palais du gouvernement avec une série de revendications
touchant à huit domaines : le “financement de l’investissement”, la
question du foncier industriel, “l’assainissement de l’activité
informelle”, la mise à niveau des entreprises, “l’assainissement de
l’environnement administratif”, la révision des dispositions
juridiques relatives au travail, la fiscalité et la privatisation.
Si, dans ses
réponses, le gouvernement n’a pas balayé d’un revers de main les
revendications des patrons, il a néanmoins tenu à remettre dans
l’ordre certaines choses.
En matière de
“financement de l’investissement”, et en particulier en ce qui
concerne la revendication de faciliter l’accès aux crédits
bancaires, le gouvernement a estimé que “la politique du crédit doit
(désormais) obéir à des règles universelles”. Sans nier les
faiblesses du secteur bancaire, Ouyahia a quand même relevé
qu’actuellement ce sont les entreprises du secteur privé qui captent
l’essentiel des crédits, et que sur 120.000 entreprises constituant
le portefeuille des crédits bancaires “les entreprises publiques ne
représentent que 1%”.
D’un autre côté,
et pour que les banques puissent traiter dans les délais les
dossiers de demande de crédit, les opérateurs privés sont invités à
coopérer en livrant aux banques une “information réelle” relative
aux “risques-crédits”. Concernant l’accès revendiqué aux lignes de
crédits extérieurs, le gouvernement a rappelé un principe selon
lequel une ligne de crédit, lorsqu’elle est accordée, doit être
utilisée pour l’importation de produits et de services en provenance
du pays qui accorde l’argent, “au détriment de la production
nationale” lorsqu’elle existe.
Sur le même
registre, le gouvernement trouve que “l’assainissement de la
situation des entreprises déstructurées du fait des circonstances
vécues entre 1984 et 1998” (période de l’ajustement structurel)
revendiqué par le patronat, n’a plus lieu d’être, puisque plusieurs
dispositifs de “compensation” ont été déjà lancés par le passé à cet
effet par les pouvoirs publics. Ouyahia estime que ce dossier doit
être désormais traité entre les banques publiques et les entreprises
clientes.
Balayer
l’informel devant sa porte
Parmi les
revendications des organisations patronales figure la question de la
lutte contre le secteur informel. Par informel, ces dernières ne
comptabilisent que les revendeurs ne disposant pas de registre de
commerce. Ils ont également demandé “la mise en place d’un
observatoire du marché informel” et l’instauration de “mesures
douanières et fiscales” pour encourager le secteur formel.
Sur ce point, la
réponse du gouvernement a été très claire. La lutte contre le
secteur informel n’est pas l’unique souci de l’exécutif, mais qu’il
s’agit surtout de “combattre la fraude sous toutes ses formes”.
Décodée, la déclaration du gouvernement s’adresse en particulier aux
organisations patronales et aux entreprises qu’elles représentent.
Ouyahia les a, d’ailleurs, appelé à participer à la “lutte contre la
contrebande, l’évasion fiscale et le non-paiement des charges
patronales”, en “mobilisant leurs adhérents à s’acquitter de leurs
devoirs”.
A travers le volet
de la “révision des dispositions juridiques”, la coordination des
organisations patronales a soulevé la question de la “lourdeur des
charges sociales” et “ses effets dissuasifs sur la création
d’emplois”. Les patrons privés usent d’un argument supplémentaire
pour demander le “réaménagement du code du travail”, en affirmant
que les charges sociales “encouragent la fuite sociale et favorisent
les activités marchandes”.
Dans sa réponse,
et concernant la réforme de la législation, le gouvernement rappelle
que cette question de la révision de la législation doit être
discutée dans le cadre de la tripartite (en présence du partenaire
social). Une chose est sûre, c’est que cette révision ne se fera pas
sur le dos des travailleurs pour ne pas aboutir à une “situation de
prospérité bâtie au détriment de l’un ou de l’autre des acteurs”.
Néanmoins, Ouyahia a rappelé que l’Etat est résolu à “réprimer et
réduire la fraude au versement des obligations sociales par les
employeurs”. Le gouvernement, a-t-il averti, fera en sorte de
“revenir graduellement aux dispositions de la loi qui fait
obligation aux employeurs de régler les cotisations sociales dues à
leurs employés y compris les allocations familiales”. “A défaut,
soutient le gouvernement, le maintien de cette situation (qui fait
qu’une partie des allocations familiales sont payées par l’Etat et
l’autre par les employeurs, ndlr) dictée, temporairement par le
passé, par les effets de l’ajustement structurel, obligeront le
budget de la Nation à verser, au nom de l’égalité de traitement, les
charges y compris aux opérateurs étrangers travaillant en Algérie,
ce qui est actuellement le cas pour ceux déjà présents sur notre
marché».
Ni défiscalisation
ni avantages spécifiques pour la privatisation
Les revendications
des patrons ne s’arrêtent pas à ce niveau. Jeudi, ils ont réclamé la
réduction de certaines impositions (IBS et IRG) et la suppression
d’autres comme la TAP et le VF.
Sur ce point, le
gouvernement a rappelé les efforts déjà entrepris en matière
d’allègements fiscaux, tout en considérant que “toute démarche qui
aboutirait à une quasi défiscalisation de l’activité économique ne
serait (…) pas bénéfique pour l’ensemble de la collectivité
nationale, ni adaptée aux règles de concurrence internationales”.
Quant à la
préférence dont souhaitent bénéficier les opérateurs économiques
privés dans le cadre de la privatisation des entreprises publiques,
la réponse du gouvernement est : Niet !
En effet,
l’exécutif considère qu’il n’est pas question d’accorder un “accès
prioritaire” aux éventuels repreneurs algériens. Même réponse en ce
qui concerne les avantages réclamés pour l’accès aux marchés
publics. Le gouvernement estime que l’enveloppe de 50 milliards de
dollars (environ 4.000 milliards de dinars) qui sera allouée pour
les cinq prochaines années pour financer des commandes publiques est
suffisante pour “mobiliser toutes les capacités locales et
nécessiter l’appel aux opérateurs extérieurs”.
Concernant l’accès
au foncier industriel, le gouvernement estime que la question se
pose avec acuité dans les grandes villes et non pas à l’intérieur du
pays. Et que, par conséquent, “l’Etat entend inciter
l’investissement à s’orienter vers toutes les régions, y compris
celles actuellement défavorisées”.
Résultat des
courses, les patrons du secteur privé n’ont pas obtenu grand-chose
de la bipartite. Ils ont même été mis devant leurs responsabilités
de respecter la législation et de cesser de ne réclamer que les bons
côtés de l’économie de marché. Des avantages sans les inconvénients.
Abdelkader
Djalil
Haut
Entreprises nationales et mondialisation
La peur qui
paralyse
L’aboutissement
des accords avec l’Union européenne était considéré par le chef du
gouvernement comme un choix stratégique pouvant aider «les
entreprises à aller vite», cette déclaration faite il y a trois ans,
jour pour jour, a été donnée comme réponse à la question relative à
l’opportunité de conclure lesdits accords, considérée alors comme
une précipitation. Des années sont passées, les accords ne sont
signés que par quatre pays européens sur les 25 que compte
actuellement l’Europe, quant aux entreprises nationales elles ont,
pour la plupart, évolué timidement en se mettant souvent face à la
direction du vent des changements.
Paraphé le 19
décembre 2001, l’accord avec l’UE s’étendra sur trois étapes
essentielles jusqu’à démantèlement tarifaire total. La première
étape a concerné la liste comportant les produits non fabriqués en
Algérie, soumis de ce fait au taux réduit de 5 à 15%, applicable dès
l’entrée en vigueur de l’accord, la deuxième liste concerne les
produits agricoles et les biens équipements et entre en vigueur à
partir de la troisième année, faisant suite à la date de la
conclusion des accords, le restant des produits, surtout de
consommation seront exempts de tarification à partir de la troisième
année et ce, sur une période de 10 ans, jusqu’à horizon 2012 soit un
démantèlement total.
L’option des trois
taux 5,15 et 30% comme instituée par la loi de finances de 2001,
répond à la volonté de se confirmer aux taux praticables à
l’intérieur de l’OMC, alors que l’on n’y est toujours pas, le pic à
30% devait inciter les opérateurs à investir donc assainir le marché
de l’informel quant à la protection du marché national, répond
théoriquement, de l’avis du gouvernement de cette époque, à la
capacité des entreprises à améliorer leurs performances et toute
autre protection venant de la part de l’Etat est désormais caduque.
La négociation a toutefois abouti à l’acceptation, ce qui est n’est
point un acquis puisque contenu dans les lois régissant
l’Organisation mondiale du commerce, une disposition soit article 11
permettant à l’Algérie de prendre des mesures exceptionnelles sous
forme de droit de douanes majoré ou établi afin de “soutenir”
provisoirement les industries nationales qui seraient en difficulté
et par conséquent susceptibles d’entraîner des problèmes sociaux.
Tous ont adhéré à
la démarche, qu’ils soient opérateurs économiques ou partenaire
social. Ne restait plus que gérer les après accords, afin d’éviter à
notre pays de se trouver en “position de partenaire faible.”
L’UE s’est refusée
de négocier ou d’introduire comme ce fut de tradition la question
des droits de l’homme préférant se fier à la réalité algérienne, ce
que par contre elle a maintenu scellé et non négociable, c’est la
levée du secret bancaire, afin de protéger ses institutions
financières, une autre réserve et pas des moindres, a été introduite
par l’Europe, a concerné la subvention des produits agricoles, tout
comme d’ailleurs la réserve dont a été frappée la libre circulation
des personnes. C’est dire, le rapport de force déjà exercé au départ
par le partenaire européen, c’est dire également les défis auxquels
sont confrontées les entreprises économiques pour se faire des
partenaires compétitifs.
S’associer à
l’Europe s’avère un exercice périlleux, plus penché du côté
européen, qu’il ne l’est pour l’économie nationale. A la lecture des
clauses de l’accord il apparaît clairement que les inégalités
économiques sont là pour rappeler la vulnérabilité de nos
entreprises devant une mondialisation effrénée dont la mise en place
d’une zone de libre-échange, l’offre d’aide financière et
l’assistance technique ne sont que les arguments de l’offre
européenne à l’Algérie. Aller vers l’Europe, combien même dans la
précipitation n’altère en rien les choix établis du fait qu’il
devient urgent de lever le cloisonnement de l’Algérie, le
rendez-vous est inscrit pour un jour ou l’autre. Le temps par
contre, jusqu’à là n’a pas été saisi par les investisseurs nationaux
qui eux, ont une grande responsabilité dans le manque à gagner
enregistré. Le cas de la mise à niveau des entreprises renseigne sur
bien des attitudes des opérateurs nationaux qui évoluent trop
lentement pour suivre la vitesse de la mise en place des accords.
Les entreprises nationales demeurent confinées dans leurs statuts
d’entreprises familiales sans grande transparence sur leur
trésorerie ni sur leurs stratégies de management, la déclaration
d’un haut responsable est révélatrice de cet état de fait. Des
rapports d’auditeurs étrangers ont fait état de refus de certains
patrons classés parmi les plus importants de surcroît demandeurs de
l’aide pour la mise à niveau, ont refusé de fournir leur bilan
fiscal et ce, au moment où ils ont été les plus virulents quant à la
revendication de mise à niveau, “je n’ai pas d’argent frais à
donner”, répliquait ce même responsable. L’aide financière étant
comptabilisée en étude et autres prestations de service devant
soutenir les entreprises postulantes à se perfectionner encore
faut-il pour ces entreprises, “jouer” dans la transparence.
Bipartite ou
tatami
Le dernière
bipartite a révélé plus d’une lacune dans la démarche hasardeuse des
investisseurs privés venus en rangs dispersés, toutefois unanimes
sur une sorte de plate-forme de revendications épousant par moments
des contours syndicaux en se confondant de la sorte dans le statut
de partenaire social alors qu’il leur appartient de faire un groupe
de pression. Défiscalisation, baisse du taux d’intérêt et traitement
préférentiel dans la reprise de l’entreprise sur le marché ont été
les mots clé d’un dialogue, qui très vite a montré ses limites
malgré les 18 heures qu’aura duré la négociation en bipartite. Ce
fut aussi l’expression de l’incapacité des organisations patronales
à représenter de véritables contre-pouvoir en termes de propositions
ajouté au manque de poids réel sur le plan économique qu’il convient
de négocier en de pareils cas. Disparates, sans aucune
représentativité réelle, les patronats élus à la négociation avec le
gouvernement restent les interminables demandeurs de faveurs. Ce qui
va simplifier la tâche au gouvernement qui se montra plus enclin à
signifier une fin de non- recevoir.
Le blâme est venu
des autres investisseurs peu nombreux certes, mais ceux qui
produisent une plus-value en se contentant d’évoluer en dehors des
cercles de concertation dont la bipartite. Réagissant à l’échec de
leurs homologues, ils relèveront la faiblesse de la négociation pour
dénoncer le caractère revendicatif des opérateurs partenaires du
gouvernement et donc l’absence de maturité qui n’a pas tardé à
conforter le gouvernement dans sa position de meneur du bal.
Faut-il avoir
peur de l’horizon 2012 ?
Le coup est aussi
dur pour le gouvernement qui continue d’user de sa position de force
que pour les représentants des entreprises nationales en général.
L’échéance 2012 sera le tournant décisif qui pourrait emporter bien
des «prétentions». Celles du gouvernement, pour n’avoir pas fait
vite en se contentant de maintenir une gestion d’un secteur public
défectueux et une privatisation qui traîne en longueur faute de
repreneurs potentiels. Mais pour avoir surtout opté pour le rapport
de force en se désignant des interlocuteurs faibles, au moment où,
des choix sont à faire. De l’autre côté il y a le patronat divisé
mais surtout miné de «patrons de circonstance» plus enclins à
l’assistanat qu’à un véritable poids économique. Pour ces derniers,
2012 se rapproche beaucoup d’une fin biologique de par la mise en
application du système de réciprocité dans le traitement entre
opérateurs qu’ils soient nationaux ou étrangers. Ils le seront
davantage par l’instauration de la délocalisation également
consacrée par la mondialisation, avec tout ce que cela réserve comme
surprise sur la main-d’œuvre locale. Quant à l’aspect avantage
comparatif il faudra encore proposer des produits. La disparition
pure et simple de certaines PME du fait de la férocité de la
concurrence est une perspective bien douloureuse et pourtant, si les
choses sont maintenues en l’état, elle a de fortes chances de
devenir réalité. Donc, c’est sur leur présence même que le risque
pèse, pèsera ensuite sur celui du gouvernement qui, dans de pareils
cas, va devoir gérer le marché national comme étant une grande
extension des produits étrangers européens sur lequel vont se
concurrencer les produits européens, c’est l’impact sur le volet
social qu’il faudra ensuite prendre avec beaucoup de sérieux.
Difficile pour l’Etat de reprendre sa place de régulateur sur un
marché déréglé par le seul fait qu’il s’ouvre aux quatre vents sans
contrepartie aucune sinon qu’on est bien dans la mondialisation.
Samira Mana
Haut
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