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La presse évalue la bipartite Gouvernement-patronat

L’échec sous un certain angle

Les bipartites entre gouvernement et patronat ne bénéficient pas en général du même intérêt que celles qui réunissent le gouvernement et l’UGTA. En raison de l’impact de chaque partenaire sur le monde du travail ?  Certainement. D’autant que les patrons traînent comme un boulet une certaine réputation. Et pourtant cette fois-ci, et contrairement à ses habitudes, la presse nationale a manifesté un intérêt particulier pour cette bipartite. Les mauvaises langues affirment que ce regain d’intérêt est plus que professionnel. Il est à chercher du côté de la manne financière que représentent ces patrons d’entreprises pour tout support médiatique.  Bien avant la réunion de jeudi, certains titres lui ont consacré leurs unes. Globalement, les quotidiens sont revenus sur les attentes du patronat algérien en cette conjoncture économique bien particulière pour le pays.

 

Les patrons reviennent bredouilles

Mais au regard des comptes rendus publiés dès samedi 18 décembre, force est de souligner que ces attentes ont été déçues.  “Les patrons rentrent les mains vides”, annonce Liberté. Ce quotidien souligne qu’après “douze heures de négociations”, le chef du gouvernement Ahmed  Ouyahia “a rejeté la quasi-totalité des propositions avancées par les organisations patronales”. Un échec que l’éditorialiste de ce quotidien tente néanmoins de  positiver. Selon lui, “les patrons doivent avoir (…) la sérénité de celui qui s’est acquitté de son devoir”. Comment ? Le rédacteur s’explique : “Ils ont exprimé au gouvernement leurs propositions et préoccupations sans résultat, certes, mais un bout de chemin dans le dialogue a été effectué”. Reste, estime-t-il, que “travailleurs et patrons ne peuvent résoudre leurs problèmes s’ils continuent dans leur tête-à-tête avec le gouvernement”.  L’éditorialiste préconise une autre démarche. En quoi consiste-t-elle ? Selon lui, “le dialogue devrait, en fait, devenir un débat associant toutes les compétences et toutes les sphères concernées pour passer ensuite à la négociation avec les opérateurs économiques et les partenaires sociaux”. Il est aussi reproché au gouvernement “l’opacité de sa stratégie”. Un point de vue que ne semble partager ni Le Maghreb ni El Ahdath.  Puisque selon le premier quotidien cité, “cette bipartite a été plus une réunion de clarification qu’une rencontre qui peut déboucher sur des résultats (…)”. D’où le titre retenu pour le compte-rendu publié : “Ouyahia : “pas de privatisation préférentielle”. Tandis que le second a également mis l’accent sur la position du premier responsable du gouvernement : “Ouyahia : les conditions du patronat pour acquérir les entreprises sont refusées”. Reste que cette intransigeance affichée par le chef du gouvernement risque d’être mise à mal, voire abandonnée, en raison de la réalité économique du pays.

 

Le gouvernement aura-t-il le choix ?

C’est du moins ce que nous explique l’éditorialiste du Jour d’Algérie. Ce dernier qui rappelle les conditions historiques dans lesquelles est né le privé algérien – son statut de privilégié a été “acquis au lendemain du coup d’Etat de 1965, à travers lequel a été mis sur pied un secteur privé “toléré-encouragé” par le Président Boumediène” – estime néanmoins qu’aujourd’hui, ce même privé “ne revendique rien d’autre que la reconduction tacite” de ce statut. L’éditorialiste est ahuri devant le fait que ces patrons “demandent à l’Etat une mise à niveau”. Mais “le drame, souligne-t-il, réside dans le fait qu’il faudra malheureusement en passer par là pour assurer le passage qualitatif vers un secteur privé enfin autonome et capable d’assumer ses nouvelles missions” qui sont celles de “supplanter le rôle historique  joué jusque-là par le secteur économique public”. C’est pourquoi “l’échec du patronat “ annoncé en une de l’édition d’El Watan serait en somme relatif. Cela vaut également pour la conclusion à laquelle a abouti Le Jeune Indépendant qui affirme que “la montagne a accouché d’une souris”, estimant par ailleurs que “les organisations patronales (…) ont quitté le Palais du gouvernement les mains vides après 18 heures de discussions”. D’où la question que n’a pas manqué de se poser le quotidien : à savoir si cette bipartite n’est pas la “rencontre de trop ?” El Fedjr est sorti avec la même impression : “20 heures de négociations qui n’aboutissent à rien”, fera-t-il remarquer.  Le Jour d’Algérie qui revient le dimanche 19 décembre sur les résultats de cette bipartite explique “les raisons” de cet échec “total”. “Il trouve son origine, de l’avis du rédacteur, dans la démarche du patronat lui-même. Explication. Le patronat “souffre de tares structurelles et fonctionnelles”, est-il avancé comme raison à son incapacité à évoluer. “Il est, fera-t-il également remarquer, des organisations patronales comme des partis politiques par rapport au processus démocratique : il ne suffit pas que celles-ci existent pour qu’elles soient totalement en mesure d’opérer une synergie de tous les entrepreneurs du pays et encore moins de devenir une force de proposition”.  Et ce n’est pas là la seule aberration qui lui est reprochée par le rédacteur du Jour d’Algérie.

 

Un autre son de cloche

Nuançant son commentaire, El Khabar a estimé qu’”Ouyahia et les patrons se sont quittés sur des promesses”. Les deux seuls quotidiens à avoir laissé entendre qu’il y a eu accord entre les deux parties sont El Youm et La Tribune. Le premier a annoncé en une de son édition qu’un “front  entre le gouvernement et le patronat a été constitué pour faire face aux barons de l’informel”. C’est également l’aspect qu’El Djazaïr News a retenu. “Ouyahia déclare la guerre aux barons de l’informel”, est-il souligné. Mieux encore, El Youm a estimé que “c’est la première bipartite qui sauve la face à Ouyahia par apport au dossier de la privatisation et embarrasse davantage Sidi Saïd”. Le second a affirmé que “des attentes (ont été) satisfaites, d’autres repoussées à la prochaine tripartite”. A noter que Le Soir d’Algérie n’a pas jugé intéressant de reprendre l’information relative à cette rencontre en une de son édition de ce samedi 18 décembre. Elle est traitée en page intérieure sous le titre : “Exigence du patronat, promesses du gouvernement”.

Nadia Kerraz

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