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Le
FLN groggy
Depuis l’adoption,
par le Conseil des ministres et le Parlement, des ordonnances et
décrets présidentiels portant paix et réconciliation nationale, et
surtout depuis le début de leur très rapide mise en œuvre, le FLN
est pratiquement le seul parti à ne pas trop se montrer sur la scène
politique. Une attitude qui ne ressemble bien sûr pas beaucoup à une
formation qui a énormément, si ce n’est complètement occupé
l’espace politique national depuis au moins une année. Son
secrétaire général donnant même de lui l’air d’un agent polyvalent
de l’Etat intervenant dans tous les domaines et se mêlant de tous
les sujets. Ce qui serait tout à fait normal pour un simple
secrétaire général de parti, sauf que Abdelaziz Belkhadem est en
même temps ministre d’Etat, représentant personnel du président de
la République, et qu’à ce titre, il n’engage pas que sa personne
mais l’Etat tout entier et son chef en premier. Cela pour dire que
le soudain mutisme du FLN ne peut que refléter un embarras qui
l’empêche de se positionner clairement par rapport à une évolution
de la situation politique à laquelle il ne s’attendait manifestement
pas. Pour deux raisons essentielles. La première étant la puissance
de l’intervention de Abdelaziz Bouteflika dans le traitement de la
question des textes portant réconciliation nationale. Cette
intervention ne se contentant pas, en effet, de régler la question
en un temps record, mais empruntant la voie imparable de
l’ordonnance et du décret présidentiels qui empêche le FLN de
modifier ne serait-ce que d’un iota les dispositions légales
mettant en œuvre la Charte pour la paix et la réconciliation
nationale. La seconde raison étant, quant à elle, le contenu même
des textes confectionnés. Un contenu qui est, bien entendu, aux
antipodes des objectifs que s’est assigné l’ancien parti unique de
vouloir réintégrer à tout prix le FIS dissous dans le jeu politique
et mettre en situation d’accusation l’institution militaire.
Ce brutal
positionnement de Abdelaziz Bouteflika, supposé être le président
d’honneur du FLN, en totale conformité avec les valeurs les plus
sacrées de la République et en opposition irréductible avec tout ce
qui peut menacer de nous faire revenir à la situation d’instabilité
provoquée par la politisation de la religion, a en effet de quoi
déstabiliser un parti qui pensait être en train de regagner tout le
terrain perdu par l’intermédiaire d’un chef de l’Etat supposé
entièrement acquis à sa cause. La déception est donc à présent si
grande, dans les rangs de l’ancien parti unique, qu’il ne sait même
plus comment réagir à une pareille déconvenue. Un parti qui continue
d’ailleurs à se demander si Abdelaziz Bouteflika a vraiment joué
consciemment la carte de la manipulation et de la désinformation
pour le tromper délibérément, s’il a seulement subi des pressions
auxquelles il ne pouvait pas résister ou bien encore s’il ne recule
pas pour mieux sauter dans un avenir plus ou moins proche et
adjoindre des textes supplémentaires à l’ordonnance 06-01 qui
remettraient en cause les dispositions les plus contraignantes pour
le courant islamiste.
Partagé entre ces
trois hypothèses, le FLN a donc décidé d’observer un mutisme
politique de circonstance pour bien manifester sa réserve, tout en
essayant de forcer le champ médiatique à jouer la carte de la
médiatisation des chefs islamistes libérés et en essayant, par là
même, de rendre caduques les dispositions de l’article 26 de
l’ordonnance 06-01 portant réconciliation nationale. La tâche de la
remise en cause frontale des textes du même nom étant réservée aux
alliés stratégiques que sont devenus, depuis quelques années, le FFS
d’abord, le PT ensuite qui glisse de plus en plus rapidement sur les
traces de son ancien ennemi irréductible au nom du populisme le plus
primaire. Sans oublier toutes les organisations plus ou moins liées
à l’Internationale socialiste qui n’ont cessé de dénoncer une
réconciliation nationale à laquelle ils étaient pourtant tous
attachés au point de prendre la défense des groupes terroristes au
plus fort de la poussée insurrectionnelle islamiste.
Cependant, le FLN
sait bien qu’il ne lui reste plus beaucoup de marge de manœuvre,
aujourd’hui, et qu’il peut difficilement compter sur la pression
terroriste, quasi inexistante à présent, pour imposer d’autres
textes que ceux qui viennent de commencer à être mis en œuvre. Il ne
peut pas compter non plus sur une Internationale socialiste en panne
d’arguments sérieux depuis le 11 septembre 2001, de même qu’il est
parfaitement conscient de la fragilité de sa position au sein des
appareils de l’Etat et au sein de l’opinion publique. En d’autres
termes, le FLN est parfaitement conscient d’avoir perdu l’essentiel
de ses capacités de nuisance face à un Etat qui a recouvré
l’essentiel de sa puissance et de sa légitimité, précisément grâce à
celui qui en est le président d’honneur. Sauf à risquer d’intégrer
sans tarder le musée – ce qui n’a rien de particulièrement offensant
– le FLN a en vérité tout intérêt à accepter le verdict de
l’Histoire et à laisser l’Algérie aller de l’avant.
A. M.
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