Semaine du 22 au 28 Mars 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Le FLN groggy

 

 
 
 Editorial

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Le FLN groggy

Depuis l’adoption, par le Conseil des ministres et le Parlement,   des ordonnances et décrets présidentiels portant paix et réconciliation nationale, et surtout depuis le début de leur  très rapide mise en œuvre, le FLN est pratiquement le seul parti à ne pas trop se montrer sur la scène politique. Une attitude qui ne ressemble bien sûr pas beaucoup à une formation qui a énormément,  si ce n’est complètement occupé l’espace politique national depuis au moins une année. Son secrétaire général donnant même de lui l’air d’un agent polyvalent de l’Etat intervenant dans tous les domaines et se mêlant de tous les sujets. Ce qui serait tout à fait normal pour un simple secrétaire général de parti, sauf que Abdelaziz Belkhadem est en même temps ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République,  et qu’à ce titre, il n’engage pas que sa personne mais l’Etat tout entier et son chef en premier. Cela pour dire que le soudain mutisme du FLN  ne peut que refléter un embarras qui l’empêche de se positionner clairement par rapport à une évolution de la situation politique à laquelle il ne s’attendait manifestement pas. Pour deux raisons essentielles. La première étant la puissance de l’intervention de Abdelaziz Bouteflika dans le traitement de la question des textes portant réconciliation nationale. Cette intervention ne se contentant pas, en effet, de régler la question en un temps record, mais empruntant la voie imparable de l’ordonnance et du décret présidentiels qui empêche le FLN de modifier ne serait-ce que d’un iota  les dispositions légales mettant en œuvre la Charte pour la paix et  la réconciliation nationale. La seconde raison étant, quant à elle, le contenu même des textes confectionnés. Un contenu qui est, bien entendu, aux antipodes des objectifs que s’est assigné l’ancien parti unique de vouloir réintégrer à tout prix le FIS dissous dans le jeu politique et mettre en situation d’accusation l’institution militaire. 

Ce brutal positionnement de Abdelaziz Bouteflika,  supposé être le président d’honneur du FLN, en totale conformité avec les valeurs les plus sacrées de la République et en opposition irréductible avec tout ce qui peut menacer de nous faire revenir à la situation d’instabilité provoquée par la politisation de la religion, a en effet de quoi déstabiliser un parti qui pensait être en train de regagner tout le terrain perdu par l’intermédiaire d’un chef de l’Etat supposé entièrement acquis à sa cause. La déception est donc à présent si grande, dans les rangs de l’ancien parti unique, qu’il ne sait même plus comment réagir à une pareille déconvenue. Un parti qui continue d’ailleurs à se demander si Abdelaziz Bouteflika a vraiment joué consciemment la carte de la manipulation et de la désinformation pour le tromper délibérément, s’il a seulement subi des pressions auxquelles il ne pouvait pas résister ou bien encore s’il ne recule pas pour mieux sauter dans un avenir plus ou moins proche et adjoindre des textes supplémentaires à l’ordonnance 06-01 qui remettraient en cause les dispositions les plus contraignantes pour le courant islamiste.

Partagé entre ces trois hypothèses, le FLN a donc décidé d’observer un mutisme politique de circonstance pour bien manifester sa réserve, tout en essayant de forcer le champ médiatique à jouer la carte de la médiatisation des chefs islamistes libérés et en essayant, par là même, de rendre caduques les dispositions de l’article 26 de l’ordonnance 06-01 portant réconciliation nationale. La tâche de la remise en cause frontale des textes du même nom  étant réservée aux alliés stratégiques que sont devenus, depuis quelques années, le FFS d’abord, le PT ensuite qui glisse de plus en plus rapidement sur les traces de son ancien ennemi irréductible au nom du populisme le plus primaire.  Sans oublier toutes les organisations plus ou moins liées à l’Internationale socialiste qui n’ont cessé de dénoncer une réconciliation nationale à laquelle ils étaient pourtant tous attachés  au point de prendre la défense des groupes terroristes au plus fort de la  poussée insurrectionnelle islamiste.

Cependant, le FLN sait bien qu’il ne lui  reste plus beaucoup de marge de manœuvre, aujourd’hui, et qu’il peut difficilement compter sur la pression terroriste, quasi inexistante à présent,   pour imposer d’autres textes que ceux qui viennent de commencer à être mis en œuvre. Il ne peut pas compter non plus sur une Internationale socialiste en panne d’arguments sérieux depuis le 11 septembre 2001, de même qu’il est parfaitement conscient de la fragilité de sa position au sein des appareils de l’Etat et au sein de l’opinion publique. En d’autres termes, le FLN est parfaitement conscient d’avoir perdu l’essentiel de ses capacités de nuisance face à un Etat qui a recouvré l’essentiel de sa puissance et de sa légitimité, précisément grâce à celui qui en est le président d’honneur. Sauf à risquer d’intégrer sans tarder le musée – ce qui n’a rien de particulièrement offensant – le FLN a en vérité tout intérêt à accepter le verdict de l’Histoire et à laisser l’Algérie aller de l’avant.

A. M.

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