Semaine du 22 au 28 Mars 2006

Etats-Unis

Bush réaffirme sa doctrine de guerre préventive

Irak

L'armée américaine révise ses manuels de formation

Après trois ans d’occupation

L’Irak, un avenir sombre ?

 

 
 
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Etats-Unis

Bush réaffirme sa doctrine de guerre préventive

George W. Bush persiste et signe. Malgré le bourbier Irakien, le président américain réaffirme encore une fois dans un texte publié récemment le bien-fondé de sa doctrine de guerre préventive contre les terroristes et les pays jugés hostiles à l'Occident, « l’axe du mal » enrichi. Dans ce document de 49 pages, le chef de la Maison Blanche pointe du doigt plusieurs pays, au premier rang desquels l'Iran, tout en soulignant que la diplomatie reste la voie privilégiée par Washington pour empêcher la propagation des armes de destruction massive.  Mais le locataire du bureau ovale avertit: « Si nécessaire, toutefois, en vertu de principes d'autodéfense de longue date, nous n'excluons pas l'usage de la force avant le déclenchement d'attaques, même si l'incertitude subsiste sur le lieu et le moment de l'attaque ennemie. » Intitulé « Stratégie de sécurité nationale », le document expose la doctrine présidentielle pour protéger l’hyperpuissante Amérique contre les menaces extérieures. Il s'agit d'une actualisation d'un texte adopté en 2002, un an après les attentats du 11-Septembre, qui officialisait le principe de la guerre préventive adopté par Washington.  Le nouveau constat montre clairement que M. Bush n'a pas changé d'avis, même si aucune arme de destruction massive n'a été trouvée en Irak. « Quand les conséquences d'une attaque avec des armes de destruction massive sont potentiellement dévastatrices, on ne peut pas se permettre de rester passif alors que les dangers se matérialisent. La place de l'action préventive dans notre stratégie de sécurité nationale reste la même », souligne-t-il. Le président ne mâche pas ses mots à l'égard de l'Iran, accusé de soutenir des terroristes, de menacer l’enfant chéri de l’Amérique : Israël et de gêner la démocratisation de l'Irak. Selon M. Bush, les efforts diplomatiques visant à persuader Téhéran de mettre fin à ses activités nucléaires sensibles doivent "réussir pour éviter une confrontation".  Il ne précise pas ce qui se passerait en cas d'échec des négociations avec l'Iran. L'administration Bush tente actuellement de convaincre la Russie et la Chine de soutenir une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU exigeant que Téhéran mette fin à son programme d'enrichissement d'uranium. George Bush ne s’en tient pas là, il use d'un langage similaire à l'égard de la Corée du Nord, qui, écrit-il, constitue un problème grave en matière de prolifération nucléaire, se livre au trafic de drogue, à la fabrication de fausse monnaie (des dollars américains en particulier), menace ses voisins et affame son peuple. « Le régime nord-coréen doit changer de politique, ouvrir son système politique et offrir la liberté à son peuple », explique-t-il. « En attendant, nous continuerons à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger notre sécurité nationale et économique des effets négatifs de sa mauvaise conduite. » Il qualifie par ailleurs la Syrie de tyrannie abritant des terroristes et parrainant des activités de cette nature. Concernant la Russie, il évoque un engagement moins important en faveur des libertés et institutions démocratiques. « Le renforcement de notre relation dépendra des politiques, étrangère et intérieure, que la Russie adoptera », prévient-il. George Bush invite aussi la Chine à plus de réformes et d'ouverture. « Les dirigeants de la Chine doivent comprendre (...) qu'ils ne peuvent rester sur ce chemin pacifique tout en s'accrochant à d'anciennes manières de penser et d'agir qui exacerbent l'inquiétude dans l'ensemble de la région et dans le monde. » Par ces « vieilles habitudes », il entend l'extension des capacités militaires chinoises d'une façon non transparente, une volonté de diriger les marchés intérieurs plutôt que de les ouvrir et le soutien à des pays exportateurs d'énergie quel que soit leur comportement. La nouvelle doctrine évoque également une série de tactiques pour promouvoir la démocratie dans le monde, un concept à géométrie variable pour les stratèges américains…

 

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  L’Irak

L’armée américaine révise ses manuels de formation

A la lumière de l'intervention en Irak, l'armée américaine a refondu ses manuels et ses techniques de formation, convaincue désormais qu'elle doit préparer ses troupes à des conflits que la puissance militaire seule ne pourra faire basculer. A eux seuls, les Etats-Unis consacrent à leur armée un budget supérieur aux quinze pays suivants. Leur supériorité dans le cadre des conflits conventionnels est écrasante et aucun pays au monde ne peut aujourd'hui rivaliser avec la puissance de feu de l'Amérique. Mais cela ne peut constituer en aucune façon une garantie de succès contre des ennemis qui utilisent les techniques de la guérilla, comme en Irak ou en Afghanistan, ou mettent au point de nouveaux types d'agression, comme les attentats du 11 septembre 2001 où des avions de ligne furent transformés en armes de destruction massive. Face à cet environnement changeant, relèvent les autorités militaires américaines, il a fallu changer la formation des nouvelles recrues. « L'accent était mis sur l'enseignement de ce qu'il fallait penser. Aujourd'hui, il s'agit d'enseigner à nos élèves officiers comment penser », disent-ils. Autrement dit, former les futurs cadres de l'armée américaine aux guerres qui « seront menées simultanément en des pays multiples de la planète », pour reprendre les termes utilisés par le Pentagone. Les modifications intervenues sur les théâtres des opérations signifient désormais que tout officier de l'armée américaine doit être formé à des conflits non conventionnels. En mars 2003, la lutte contre les insurrections et la reconstruction ne figuraient pas dans les bagages des unités blindées qui ont fait tomber en vingt jours le régime de Saddam Hussein. Depuis, les attentats suicides, les explosions et les embuscades ont fait dix fois plus de victimes dans les rangs des forces américaines que l'opération « Iraqi Freedom » proprement dite.

 

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Après trois ans d’occupation

L’Irak, un avenir sombre ?

Au mieux un pessimisme résigné, au pire une vision apocalyptique de l'avenir, prévalent en Irak pour ce troisième anniversaire, de l'intervention militaire américaine qui a renversé Saddam Hussein et occupé le pays. La première séance du nouveau Parlement issu des élections du 15 décembre aurait dû la mi-mars achevé le processus politique concocté par Washington. Mais les blocages sur la formation d'un gouvernement d'unité nationale et la menace de guerre civile ternissent encore le tableau. Les violences intercommunautaires  qui ont éclaté depuis l'attentat commis le 22 février contre la Mosquée d'or de Samarra, lieu sacré du chiisme, ont considérablement alourdi l'atmosphère politique. L'objectif est d'installer une coalition capable de rester en place pendant quatre ans et des forces de sécurité suffisamment organisées pour se passer de l’importante présence militaire américaine. Les plus optimistes et ils se comptent sur le bout des doigts tablent sur un succès du gouvernement d'unité nationale et une amélioration des conditions de vie. D'autres prédisent une catastrophe. « La reconstruction est vouée à l'échec », estime Pierre-Jean Luizard, spécialiste français de l'Irak au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). « L'Irak est condamné à une guerre civile sans fin. » Pour d'autres spécialistes, la seule certitude, c'est qu'on ne peut en avoir aucune.  « Après ces trois ans, personne ne peut prédire à quoi ressemblera l'Irak dans trois mois », estime l'analyste Walid al Zoubaidi, pour qui l'une des grandes inconnues reste le calendrier de retrait de l'armée américaine.  Henner Fuertig, de l'Institut allemand des études sur le Moyen-Orient, envisage plusieurs scénarios allant du succès du plan prévu par les Américains  à une guerre civile. « La reconstruction peut marcher. Il y a encore une chance », estime-t-il.  Au regard des événements de ces dernières semaines, l'enfoncement dans la guerre civile semble de plus en plus probable. Autre possibilité: une nouvelle dictature, probablement chiite. Elle est notamment envisagée par l'historien britannique Charles Tripp, qui brandit le spectre d'un pays livré à l'anarchie et aux seigneurs de guerre. Devant un avenir plein d'incertitudes, les Irakiens se préparent au pire. Certains s'arment, d'autres fuient leur domicile quand ils se sentent minoritaires et ceux qui le peuvent quittent le pays.  Par ailleurs, les nouvelles forces de sécurité irakiennes n'ont pas encore fait leurs preuves et beaucoup pensent qu'elles pourraient se diviser selon les appartenances ethniques en cas de conflit généralisé. Pour éviter une violente rupture, certains stratèges prônent un divorce pacifique, au risque de morceler le pays. « Si dans trois ans il y a trois Irak, dans cinq ans il y en aura cinq ou dix », estime un diplomate à Bagdad, rappelant les violents combats des années 1990 au sein de la seule communauté kurde. La peur de l'autre a submergé les Irakiens, au point de faire douter de leur capacité à se forger un destin commun. « Plus le temps passe (...) et plus il est difficile de trouver une solution car du sang a été versé », estime Pierre-Jean Luizard, qui s'est rendu en Irak cette année. « La situation est vraiment désespérée ». Les Etats-Unis peuvent se « targuer » d’une chose, ils ont provoqué le chaos dans ce pays en l’envahissant...

 

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