|
Accueil.
La sortie de Zerhouni fait l’actualité
Assurances et
mises en garde
Décidemment, les
mesures portant application de la Charte pour la paix et la
réconciliation nationale continueront longtemps encore à faire
parler d’elles. Les moindres déclarations de responsables ou
d’hommes politiques sont reprises, analysées et disséquées sous tous
les angles. Et ce travail revient à la presse qui s’est octroyé ce
droit qui dépasse de loin celui d’informer.
Lectures
Mais ce qu’il y a
lieu de souligner, c’est que les conséquences de cet exercice ne
sont pas sans retombées sur le lectorat national. Et pour cause, ce
dernier, dérouté par des analyses aussi pertinentes les unes que les
autres, aboutissant à des conclusions tout aussi déroutantes, ne
sait plus à quel quotidien se vouer pour se faire sa propre opinion
sur cette actualité nationale qui fait jaser. Preuve en est
l’intervention, samedi, sur les ondes de la Chaîne III, du ministre
de l’Intérieur et des Collectivités locales à la Une de tous les
titres paraissant le dimanche 19 mars. Ainsi, s’agissant de la
libération d’El-Para et de Boumaarafi dans le sillage des mesures
adoptées, les trois titres qui ont consacré leur une à cette
question rapportent trois approches différentes qui pourraient être
réservées au dossier. Pour Le Jour d’Algérie, «Zerhouni laisse la
porte ouverte». Le quotidien souligne toutefois que le ministre
«avouera que ces cas sont très délicats». La Nouvelle République
relève cette remarque : «Des cas délicats», reprise en Une de son
édition du jour. El Djazaïr News est plus catégorique : «Il est
exclu qu’une grâce touche El-Para et Boumaarafi», annonce-t-il
.Reste que La Nouvelle République estime, sur la base de l’ensemble
des propos tenus par M. Zerhouni tout au long de l’émission
radiophonique, que «le ministre de l’Intérieur multiplie les sorties
médiatiques pour rassurer l’opinion quant à l’engagement pris par le
gouvernement de veiller à a stricte application des dispositions
contenues dans la Charte pour la paix et la réconciliation
nationale». Ce qui n’est pas une mauvaise chose, selon ce quotidien,
dont le rédacteur estime que «ces assurances s’avèrent utiles et
nécessaires pour deux raisons : la première est qu’une certaine
opinion commençait à s’inquiéter sérieusement du comportement de
certains anciens dirigeants islamistes, récemment élargis dans le
care de la Charte ; l’autre raison est que le processus de la mise
en application de cette Charte est toujours en cours et qu’il
revient au gouvernement, en même temps, d’y mettre du sien pour
stimuler ce processus».
Pour La Nouvelle
République, cette sortie médiatique s’assimile à une «véritable mise
en garde qui se suffit à elle-même». Partant, estime le
commentateur, «elle se passe de tout commentaire».
Le Soir d’Algérie,
d’une certaine manière, abonde dans ce même sens. Pour ce quotidien,
l’intervention de Zerhouni est perçue comme un«rappel à l’ordre» qui
tombe «après la libération des terroristes». La rédactrice déduit,
après avoir écouté les propos tenus, que «l’Etat semble ne pas
ignorer les risques politiques et sécuritaires induits par la
libération de plusieurs centaines de personnes condamnées pour des
affaires liées au terrorisme, dont certaines étaient affiliées à
l’ex-FIS et aux organisations terroristes». Preuve en est,
relève-t-elle en citant M. Zerhouni, «les détenus libérés peuvent
réintégrer leur travail chez le privé et au niveau de certaines
sociétés nationales, mais pas les fonctions sensibles.» Et de
préciser que «l’administration a le droit et la possibilité de
radier toute personne tout en lui garantissant ses indemnités». Car
d’une certaine manière, le ministre de l’Intérieur et des
Collectivités locales persiste et signe dans la ligne de conduite
qui a été la sienne ces dernières années. Une ligne qu’El Khabar se
chargera de rappeler en reprenant cette déclaration de l’invité de
la radio : «Je ne permettrai pas aux personnes armées de se porter
candidates aux élections tant que suis ministre de l’Intérieur.»
Tant que je
suis ministre…
El Watan semble se
féliciter de ce rappel. Il en a fait sa première ouverture : «Pas
de politique pour les anciens du FIS.» Pour ce quotidien, le doute
n’est plus permis : «Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités
locales a tranché l’éventualité de voir les anciens responsables du
FIS postuler pour des mandats électifs ou exercer une activité
politique.» Pour étayer cette déduction, le rédacteur reprend entre
guillemet les propos tenus : «C’est clair, la Charte exclut ces
gens-là, du moins tant que je suis encore ministre de l’Intérieur.»
Pour El Watan, Zerhouni est d’autant plus ferme à ce propos qu’il
n’est pas question, d’après lui, de faire dans les deux poids deux
mesures. Pour Zerhouni, est-il rappelé, il est hors question
«d’appliquer les dispositions favorables de la Charte au détriment
d’autres». Et puis, indique La Dépêche de Kabylie, qui rapporte
également des propos tenus par le ministre, «les terroristes libérés
seront surveillés». le quotidien souligne par ailleurs que l’invité
de la Chaîne III a dit que «les mouvements terroristes les plus
importants sont signalés essentiellement dans les wilayas de
Boumerdes et Tizi Ouzou», ajoutant qu’il a relevé que «les membres
du GSPC se limitent au racket et autres activités qui n’ont rien à
voir avec ce que nous avons vécu pendant les années 1990».
La Tribune,
rappelant cette phrase de Zerhouni qui considère que la Charte «est
un package à respecter dans sa totalité», estime par ailleurs que
«la réintégration sociale n’est pas synonyme de réintégration
politique». Ce quotidien rappelle aussi quelques données chiffrées
livrées lors du passage du ministre à la radio nationale : «Depuis
le référendum sur la Charte, moins d’une centaine d’éléments des
groupes armés se sont rendus aux autorités.»
De son côté, El
Fadjr rapporte que «700 à 800 terroristes sont toujours en activité
en Algérie».
Le volet
sécuritaire et les retombées de l’application de la Charte évoqués
lors de cette émission n’ont pas suscité l’intérêt du Maghreb. Ce
dernier, qui désormais s’inscrit dans le registre des quotidiens
spécialisés, a retenu du passage du ministre ses propos relatifs aux
projets de codes communal et de wilaya. «Il est nécessaire de
réformer le budget de l’Etat», a ainsi affirmé le ministre.
Le Jeune
Indépendant est peut-être le seul quotidien à ne pas avoir accordé
sa Une aux propos du ministre ; c’est Belkhadem, invité du forum
d’El Moudjahid, qui a bénéficié de cet espace. Ses déclarations
portant sur l’organisation des élections législatives de 2007 ont
suscité l’intérêt du quotidien. «Le gouvernement ne doit pas subir
de pression partisane», a-t-il affirmé. D’autres quotidiens ont
repris ses déclarations relatives au refus du FLN de porter sur ses
listes de candidature des membres de l’ex-FIS.
Nadia Kerraz
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |