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«Enquêtes» sur le terrorisme international
La réalité des
mensonges
Vous êtes
chercheur, enquêteur ou journaliste ? Vous avez étudié, écrit des
rapports ou des articles sur le terrorisme international sur la base
d’un livre intitulé Ben Laden, la vérité interdite, publié en France
le 14 novembre 2001 par Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié
sur «le financement des terroristes d’Al-Qaîda» ? Alors revoyez
votre copie, vos certitudes et vos conclusions. Car ce sont les
auteurs eux-mêmes qui avouent que leurs allégations à propos des
liens qu’auraient eu deux familles saoudiennes dans le financement
du terrorisme «sont entièrement et manifestement fausses»(1).
Des aveux qui enlèvent tout crédulité à l’œuvre de ces deux
«enquêteurs». Le pire est que hormis le réseau Voltaire, très peu,
voire aucun média français ne fait état de ce mea culpa de
Jean-Charles Brisard et de Guillaume Dasquié dans un communiqué
publié (à leurs frais) dans un grand quotidien français.
Le 31 octobre
2006, Le Figaro publie un encart publicitaire dans lequel les
auteurs de «l’enquête» adressent leurs excuses à deux familles
saoudiennes pour s’excuser auprès d’elles des allégations dont elles
ont été l’objet dans leur livre Ben Laden, la vérité interdite
publié à peine deux mois après les attentats du 11 septembre 2001.
«Nous, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, sommes les auteurs
de La Vérité interdite, un livre qui a bénéficié d’une circulation
importante depuis sa publication initiale à l’automne 2001. Je
soussigné, Jean-Charles Brisard, suis également l’auteur d’un
rapport intitulé Le Financement du terrorisme publié en décembre
2002. Ce livre et ce rapport contiennent des allégations extrêmement
sérieuses et diffamatoires concernant le cheik Khalid Bin Mahfouz et
le cheik Abdulrahman Bin Mahfouz, alléguant de leur soutien au
terrorisme par le biais de leurs entreprises, familles et œuvres de
bienfaisance et par voie directe. A la lumière de ce que nous savons
aujourd’hui, nous acceptons et reconnaissons que l’ensemble de ces
allégations vous concernant et concernant vos familles, entreprises
et œuvres de bienfaisance sont entièrement et manifestement
fausses.»
Si les aveux de
ces deux «experts», auteurs d’un livre qui a fait sensation et qui a
eu un succès retentissant auprès de la presse en particulier car
présenté comme une «enquête» contenant des «vérités», ne prêtent à
aucune équivoque, il y a lieu de s’interroger sur la validité des
«informations» dont le monde a été gavé après le 11 septembre et,
dans ce genre de situations, sur la limite entre l’information et la
propagande.
Qui manipule
qui ?
Les auteurs
affirment que les allégations contenues dans leur livre et le
rapport «reposaient sur des informations qui, comme nous avons pu
aujourd’hui l’établir, ont été en grande partie rétractées ou
réfutées au cours des années qui ont suivi la publication initiale
de La Vérité interdite et qui, à notre connaissance, n’ont jamais
été confirmées». Ils tentent de faire acte de bonne foi en
expliquant qu’ils n’avaient pas envisagé, au moment de la rédaction
du livre et du rapport, que les informations sur lesquelles ils
s’étaient basés «seraient ultérieurement rétractées ou réfutées».
Par conséquent, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié affirment
«renier sans réserve l’ensemble des allégations» concernant les deux
familles saoudiennes et s’engagent «à ne jamais les réitérer».
Jean-Charles
Brisard a été conseiller d’un député et d’un sénateur américains,
puis responsable du renseignement financier et économique chez
Vivendi Universal. Il dirige actuellement une société de
renseignements financiers et fournit des rapports à la Direction de
la sécurité du territoire (DST)(2) et écrit dans la Revue
de la Défense nationale(3). Il est également co-auteur
d’une biographie officielle de Charles Pasqua, ancien ministre
français de l’Intérieur(4). Quant à Guillaume Dasquié, il
est journaliste d’investigation et rédacteur en chef d’Intelligence
on-line, un site spécialisé dans les questions de renseignement et
qui passe pour être une référence pour ceux qui recherchent des
scoops.
Le fait est que
ces deux «spécialistes» sont très souvent cités (par la presse
notamment) dans des écrits relatifs aux réseaux financiers du
terrorisme. Et ils viennent de nous donner la preuve que l’on ne
peut se fier aveuglément à toute information pourvu qu’elle
corresponde et qu’elle cadre avec notre propre perception des faits,
sans se soucier de la véracité de cette information ni exiger des
preuves irréfragables surtout lorsqu’il s’agit d’accuser des gens
d’être les commanditaires ou les financiers d’actes de terrorisme.
Le réseau Voltaire
qui suit de près tout ce qui se dit et se publie sur les attentats
terroristes du 11 septembre, fournit le cheminement chronologique du
rapport de M. Brisard. «En 1999, M. Brisard rédige un premier
rapport sur ce sujet qui circule rapidement au sein de l’OCDE»,
lit-on sur le site du réseau. Selon cette même source, «au lendemain
des attentats du 11 septembre 2001 (…) Jean-Charles Brisard produit
une version actualisée de son rapport d’enquête. Sur 71 pages, il y
étudie la nébuleuse financière d’Oussama Ben Laden et démontre
l’implication des plus hauts financiers saoudiens dans le
financement du terrorisme international». La presse française le
présente comme «un rapport d’enquête officiel franco-américain».
Guillaume Dasquié publie ce même document sur Intelligence On-line,
en précisant qu’«il est l’œuvre d’un expert international ayant
travaillé sur ce sujet dans le cadre d’une mission pour un organisme
fiscal». D’autres médias français «le répercutent, croyant pouvoir
s’appuyer sur un rapport qui a été ainsi visé par tant
d’institutions», comme Le Monde qui croit savoir que le document «a
été commandité par le FBI», ajoute un article du réseau Voltaire.
Après avoir
publié, en janvier 2005, un autre ouvrage consacré cette fois à
Zarkaoui, le nouveau visage d’Al-Qaîda, Jean-Charles Brisard est
sollicité comme «expert» par un juge espagnol qui enquête sur les
attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Dans son rapport, il accuse
Zarkaoui d’être le commanditaire de ces attentats «pour punir
l’Espagne d’avoir envoyé des troupes en Irak», selon le réseau
Voltaire, qui précise qu’une commission d’enquête parlementaire a
complètement démenti ces allégations. «Deux ans plus tard,
Jean-Charles Brisard établira avec autant d’assurance un lien entre
les prétendus auteurs des attentats de Madrid et ceux de Londres»,
ajoute la même source.
Cette affaire
doit-elle pour autant être close ? Ne devient-il pas urgent de
s’interroger sur ce qui est présenté, ici ou ailleurs, comme étant
des «enquêtes», voire des certitudes (notamment lorsqu’il s’agit du
domaine sécuritaire) que le lecteur doit se faire l’honneur de gober
sans commentaire ? Le débat reste ouvert.
Abdelkader
Djalil
Sources
1: Site Web du
réseau Voltaire (http://www.voltairenet.org
)
2 : Le journal L’Humanité
du 17 novembre 2001 (http://www.humanite.presse.fr/journal/2001-11-17/2001-11-17-253660).
3 et 4 : Réseau
Voltaire.
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