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Un étrange différend
Décidément, il
faut admettre que la vie politique du pays est hautement dominée par
la dualité FLN-RND, à l’exclusion des autres partis, sauf peut-être
du MSP qui ne tire son épingle du jeu qu’en débordant ses pairs de
l’Alliance par sa très ambiguë campagne contre la corruption. Après
le flou entretenu sur le projet de révision constitutionnelle, l’on
sait qu’entre les deux principales formations politiques, l’enjeu du
moment tourne autour de l’aboutissement final de la réconciliation
nationale, dont on ne sait encore d’ailleurs s’il est derrière ou
devant. Tout à tour donc, Abdelaziz Belkhadem et Ahmed Ouyahia, deux
chefs de formations qu’on croyait agir totalement sur instruction du
président de la République et nul autre, étalent au grand jour leurs
divisions et se renvoient la balle, sans discontinuer d’épaissir la
confusion générale sur le sujet.
Quand Ahmed
Ouyahia annonce avec une surprenante assurance que Rabah Kebir
n’aura pas son parti politique, Abdelaziz Belkhadem rétorque, quant
à lui, que les personnes impliquées dans le terrorisme ne peuvent
plus exercer la politique. A priori, cela semble cohérent, voire
complémentaire. En fait, il n’en est rien. On ne peut absolument pas
dire qu’il s’agit là d’un alignement du FLN sur la position du RND,
dans la mesure où le chef du gouvernement parle exclusivement des
groupes armés cependant que son rival entend d’abord barrer la route
aux politiques de l’ex-Fis. Il faut entendre donc qu’une distinction
semble suffisamment établie par l’un et par l’autre s’agissant de
l’avenir à réserver à l’une et à l’autre des tendances du FIS
dissous. L’on sait que Rabah Kébir, qui a effectué une tournée de
prospection à l’issue de laquelle il n’a livré aucune conclusion,
est rentré en Algérie sur invitation de Abdelaziz Belkhadem qui,
d’ailleurs, l’a reçu, tout comme d’autres personnalités politiques
qui semblent favorables à ce que ce soit lui qui prenne les rênes
d’un nouveau parti islamiste, fondamentalement considéré comme
l’héritier de l’ex-FIS. Tous, sauf justement Ahmed Ouyahia, lequel
cela dit n’a jamais dit non plus qu’il avaliserait un jour l’idée
d’un parti politique qui serait créé par les repentis des groupes
armés.
Mais revenons à
l’idée que les deux chefs de parti sont sensés agir pour le compte
d’un seul décideur. Alors de deux choses l’une. Soit les deux partis
ont pour ordre de jouer une partition en contrechamp, récitée duo
par nécessité de conjoncture, soit le FLN et le RND sont
effectivement en compétition ouverte et leurs passes d’armes
successives ne sont que la face apparente de négociations
laborieuses et à plusieurs cycles en haut lieu. De quoi déduire
ainsi qu’il n’y a donc pas de consensus au sommet sur le problème
Kébir. Cette dernière idée reste du domaine du possible, encore que
la facilité avec laquelle l’exilé de Bonn a pu entrer et circuler en
Algérie, mener des consultations et tenir des conférences de presse
(ce qui signifie qu’il fait effectivement déjà de la politique)
renseigne que si divergence il y a, elle ne concerne pas le principe
de la solution d’un nouveau parti islamiste, mais juste un ou
quelques-uns de ses aspects.
Dans cette veine,
faut-il penser que pendant que le RND s’adresse aux politique du
FIS, le FLN, lui, a choisi d’en découdre avec les anciens émirs de
l’AIS ? Car Madani Mezrag et Ahmed Benaïcha avaient maintes fois
promis qu’ils se présenteraient sous la bannière du FLN lors des
législatives de 2007, malgré les démentis itératifs de Belkhadem.
Pour saisir que,
dans cette affaire, en fait, l’obstacle est plus celui de la forme
que du fond, il n’y a qu’à ne pas oublier qu’entre l’AIS et Kébir,
il n’y a pas grande divergence et presque aussi aucune différence.
N’est-ce pas d’ailleurs Mezrag qui fut l’un des premiers à prendre
dans ses bras Kébir à l’aéroport, pour lui servir pratiquement
d’attaché de presse par la suite ?
L’interdiction
dont parle donc Abdelaziz Belkhadem, qui se réfère à la Charte pour
la réconciliation nationale, non sans la contredire, sonne plutôt
comme une menace claire et nette qui laisse entrevoir que quelque
part, il y a bel et bien enjeu en la forme que devra prendre le
parti islamiste qui sera, par sa création et l’absorption d’une aile
de l’islamisme qui ne se reconnaît pas dans les partis actuels, la
preuve éclatante de la réussite du processus de réconciliation
nationale. La forme, donc les objectifs et aussi le programme. Et
bien entendu la direction chargée de mettre tout cela en musique.
Le fait est que
pour comprendre le niveau réel des enjeux qui tournent autour de
l’avenir de la réconciliation nationale, il faut sans doute aucun
remonter aux origines du processus, savoir ce qui s’est exactement
passé avant que l’AIS ne décrète, en 1997, sa trêve unilatérale.
N. B.
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