Semaine du 22 au 28 novembre 2006

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Parce que c’est une femme

 

 
 
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Parce que c’est une femme

Au fond, pourquoi s’étonner après coup que Ségolène Royal ait obtenu l’investiture du PS alors qu’elle appartient au courant majoritaire dans ce parti et qu’elle caracole en tête des sondages depuis quelques semaines déjà, qui la donnent au surplus gagnante contre Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de l’année prochaine ?

 A bien y réfléchir, ce serait  plutôt à ses compétiteurs d’expliquer pourquoi ils avaient pensé qu’ils pouvaient se faire choisir alors que tout les donnait perdants, tout ce qu’il y a de plus perdants. Ne serait pas qu’ils fondaient tout compte fait leurs espoirs sur cela qu’elle est une femme, et rien que sur cela ? Comme si le fait d’être une femme pour quelqu’un qui veut être président de la République française dépasse la mesure, et finira par connaître sa juste sanction, car il n’est pas possible qu’un vice aussi rédhibitoire puisse se jouer jusqu’au bout du bon sens des militants, seulement parce que son porteur a de quoi séduire et qu’il sait lire dans le cœur et les reins de l’opinion.

Sa victoire sur Dominique Strauss-Kahn, mais plus encore sur Laurent Fabius, ne constitue sans doute pas une surprise, puisqu’elle était donc annoncée. Rien non plus ne permet d’affirmer, ou même de supposer, que Ségolène Royal  serait moins compétente que ces deux-là à la fonction qu’elle ambitionne de remplir. Mais comment ne pas retenir maintenant  contre elle le fait que les sondages lui aient été continuellement et très nettement favorables ? Car les sondages ne sont pour ainsi dire dans le vrai, ne doivent être pris en considération que lorsqu’ils sont démentis par les urnes. Dès lors qu’ils commencent à anticiper, sans se tromper de beaucoup, sur le choix des électeurs, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose qui à l’évidence constitue une menace pour la démocratie —la démocratie représentative s’entend. En effet, pourquoi voter si l’on sait par avance de quoi l’urne va accoucher ? On saurait à chaque fois qui va gagner et qui va perdre des semaines avant l’échéance électorale, peut-être même des mois auparavant, comme ce serait le cas précisément si, par malheur, Ségolène Royal était élue en avril 2007.

 Nul doute qu’après cela des voix s’élèveraient pour dénoncer cette démocratie qui ne ménage plus de surprises, où l’opinion, à tout propos sollicitée, prononce ses décrets et dirige le pays en quelque sorte au jour le jour grâce à l’obéissance des élus, qui se garderaient bien alors de la prendre à rebrousse-poil. L’ère de la tyrannie de l’opinion commencerait alors, peut-être même une nouvelle forme de terreur, en tout cas un harcèlement moral ininterrompu des élites par le reste de la société, dont on sait la méchanceté innée. Quant à madame la présidente, elle serait bien capable, du moins dans un premier temps, d’abonder dans le sens de cette contestation, qui l’aurait d’ailleurs portée au pouvoir, et de faire adopter par la rue une loi sur la participation citoyenne qui placerait tous les élus, à quelque échelon qu’ils se trouvent, sous contrôle judiciaire —pardon populaire. Athènes quoi ! Athènes avec ses tribunaux à ciel ouvert, ses accusateurs, ses calomniateurs, ses redoutables démagogues, sa haine sociale à fleur de peau, ses procès en sorcellerie, sa plèbe remuante, ses proscriptions, ses tragédies. Athènes avec sa démesure et la juste rétribution que celle-ci appelle. Le mouvement royaliste pourrait bien alors s’en repentir, car c’est d’abord vers lui que monterait le grondement perpétuel des faubourgs. Il comprendrait trop tard ce que ordre juste veut dire.

D’ailleurs, Ségolène Royal se doutait bien que c’était aussi parce qu’elle était une femme qu’elle était en meilleure position pour l’emporter. Ce trait-là la défavorisait si peu qu’elle le mettait en avant en faisant passer ses concurrents pour des machistes refoulés qui ont fini par se découvrir. L’argument valait ce qu’il valait, sans doute pas grand-chose, mais il a fait mouche. Tant était irrésistible l’ascension de celle qui en usait de façon sans doute peu probante, mais où il y avait tout de même une part d’honnêteté, c’est qu’elle savait que les socialistes voulaient investir une femme, une femme d’abord,  convaincus qu’ils sont que c’est en cela que réside leur chance de remporter l’élection présidentielle.

M. Habili

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