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Parce que c’est une femme
Au fond, pourquoi
s’étonner après coup que Ségolène Royal ait obtenu l’investiture du
PS alors qu’elle appartient au courant majoritaire dans ce parti et
qu’elle caracole en tête des sondages depuis quelques semaines déjà,
qui la donnent au surplus gagnante contre Nicolas Sarkozy à
l’élection présidentielle de l’année prochaine ?
A bien y
réfléchir, ce serait plutôt à ses compétiteurs d’expliquer pourquoi
ils avaient pensé qu’ils pouvaient se faire choisir alors que tout
les donnait perdants, tout ce qu’il y a de plus perdants. Ne serait
pas qu’ils fondaient tout compte fait leurs espoirs sur cela qu’elle
est une femme, et rien que sur cela ? Comme si le fait d’être une
femme pour quelqu’un qui veut être président de la République
française dépasse la mesure, et finira par connaître sa juste
sanction, car il n’est pas possible qu’un vice aussi rédhibitoire
puisse se jouer jusqu’au bout du bon sens des militants, seulement
parce que son porteur a de quoi séduire et qu’il sait lire dans le
cœur et les reins de l’opinion.
Sa victoire sur
Dominique Strauss-Kahn, mais plus encore sur Laurent Fabius, ne
constitue sans doute pas une surprise, puisqu’elle était donc
annoncée. Rien non plus ne permet d’affirmer, ou même de supposer,
que Ségolène Royal serait moins compétente que ces deux-là à la
fonction qu’elle ambitionne de remplir. Mais comment ne pas retenir
maintenant contre elle le fait que les sondages lui aient été
continuellement et très nettement favorables ? Car les sondages ne
sont pour ainsi dire dans le vrai, ne doivent être pris en
considération que lorsqu’ils sont démentis par les urnes. Dès lors
qu’ils commencent à anticiper, sans se tromper de beaucoup, sur le
choix des électeurs, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas,
quelque chose qui à l’évidence constitue une menace pour la
démocratie —la démocratie représentative s’entend. En effet,
pourquoi voter si l’on sait par avance de quoi l’urne va accoucher ?
On saurait à chaque fois qui va gagner et qui va perdre des semaines
avant l’échéance électorale, peut-être même des mois auparavant,
comme ce serait le cas précisément si, par malheur, Ségolène Royal
était élue en avril 2007.
Nul doute
qu’après cela des voix s’élèveraient pour dénoncer cette démocratie
qui ne ménage plus de surprises, où l’opinion, à tout propos
sollicitée, prononce ses décrets et dirige le pays en quelque sorte
au jour le jour grâce à l’obéissance des élus, qui se garderaient
bien alors de la prendre à rebrousse-poil. L’ère de la tyrannie de
l’opinion commencerait alors, peut-être même une nouvelle forme de
terreur, en tout cas un harcèlement moral ininterrompu des élites
par le reste de la société, dont on sait la méchanceté innée. Quant
à madame la présidente, elle serait bien capable, du moins dans un
premier temps, d’abonder dans le sens de cette contestation, qui
l’aurait d’ailleurs portée au pouvoir, et de faire adopter par la
rue une loi sur la participation citoyenne qui placerait tous les
élus, à quelque échelon qu’ils se trouvent, sous contrôle judiciaire
—pardon populaire. Athènes quoi ! Athènes avec ses tribunaux à ciel
ouvert, ses accusateurs, ses calomniateurs, ses redoutables
démagogues, sa haine sociale à fleur de peau, ses procès en
sorcellerie, sa plèbe remuante, ses proscriptions, ses tragédies.
Athènes avec sa démesure et la juste rétribution que celle-ci
appelle. Le mouvement royaliste pourrait bien alors s’en repentir,
car c’est d’abord vers lui que monterait le grondement perpétuel des
faubourgs. Il comprendrait trop tard ce que ordre juste veut dire.
D’ailleurs,
Ségolène Royal se doutait bien que c’était aussi parce qu’elle était
une femme qu’elle était en meilleure position pour l’emporter. Ce
trait-là la défavorisait si peu qu’elle le mettait en avant en
faisant passer ses concurrents pour des machistes refoulés qui ont
fini par se découvrir. L’argument valait ce qu’il valait, sans doute
pas grand-chose, mais il a fait mouche. Tant était irrésistible
l’ascension de celle qui en usait de façon sans doute peu probante,
mais où il y avait tout de même une part d’honnêteté, c’est qu’elle
savait que les socialistes voulaient investir une femme, une femme
d’abord, convaincus qu’ils sont que c’est en cela que réside leur
chance de remporter l’élection présidentielle.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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