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La presse, les malfaiteurs et Bouteflika
Bizarreries
Une fois n’est pas
coutume. Cette revue de presse hebdomadaire commence par un article
paru sur les colonnes du Figaro du 18 novembre 2006. Dans
l’article, l’auteur fait une espèce d’état des lieux. Il est rappelé
que «la plupart des journaux restent regroupés à la Maison de la
presse, dans une ancienne caserne. A l'exception de l'arabophone
El-Khabar et du francophone El-Watan, les titres phares de la presse
privée, les journaux sont toujours imprimés sur des rotatives
appartenant à l'Etat». Mais le journaliste français semble surtout
regretter que la presse privée se soit départie de sa «turbulence».
Comprendre, sous la plume de ce journaliste français, son insolence.
Selon lui, la presse algérienne a été «remise au pas après la
réélection d'Abdelaziz Bouteflika en avril 2004» et que «la
turbulente presse privée algérienne a été recadrée». Depuis, de son
avis, «un ressort s'est cassé». Il en veut pour preuve le fait que
«les traditionnelles blagues algériennes en vogue sous le parti
unique et durant les années d'insurrection islamiste ont disparu».
Mais peut-être
aussi, cher confrère, que la presse algérienne a compris
qu’effectivement, «l'air du temps n'est plus à la dérision» mais au
professionnalisme et qu’une caricature d’Ali Dilem continuant, à
partir de Paris, comme vous le dites, «à croquer le Président
algérien en nain assis dans un trône trop grand pour lui et à
brocarder les militaires présentés comme les parrains d'un système
mafieux» n’est en définitive d’aucun apport. Le combat que la
presse est appelée à mener se situe ailleurs. Et surtout, il doit se
mener ici à Alger. Un combat qu’elle se doit de mener contre la
corruption en médiatisant tous ces procès intentés contre des
gestionnaires publics et privés ayant – volontairement ou pas, c’est
à la justice de le prouver – dans des affaires de dilapidation de
deniers publics. L’affaire des 1 100 milliards dilapidés à la BADR
en est une. Après un procès, le verdict est enfin tombé.
Milliards et
portables
«8 ans de prison
pour le patron de Digimex» annonce en Une de son édition du dimanche
19 novembre Le Jour d’Algérie, qui indique que «l’ex-P-DG de la BADR
a été condamné à trois années de prison ferme». Et à ce quotidien de
souligner que la peine prononcée a été «revue à la baisse par
rapport au réquisitoire du représentant du ministère public qui
avait demandé, lors du procès, huit années de prison ferme contre
cet ex-responsable». Un verdict qui pourrait susciter quelques
grincements de dents d’autant que la veille, Le Jeune Indépendant
annonçant les nouvelles mesures prises contre la petite délinquance,
révélait que «les procureurs ont été instruits pour demander
systématiquement la peine maximale dans certains délits, jugés
auparavant comme mineurs». Ainsi, soulignait-il, «un projet de loi
en préparation prévoit même des peines aggravées pour le simple vol
de portable» ; les voleurs risquent désormais de «trois à six ans
ferme». Mieux, ajoutait-il, une nouveauté est prévue puisque «après
le prononcé des peines définitives, les prisonniers seront
transférés dans des prison situées loin de leur lieu de résidence
afin de couper les malfaiteurs de leur milieu habituel».
La même
information est rapportée en une d’Al Fadjr. Il faut avouer
toutefois qu’entre le préjudice occasionné par des gestionnaires de
banques, pour ne citer que cette catégorie de commis de l’Etat, et
celui occasionné par le vol d’un portable, il n’y a pas photo.
Pourtant, les deux sont des malfaiteurs. Sauf que dans le cas du
premier, celui qui commet le délit est habillé en costume et
chaussures italiennes et que le second en jeans en basket Nike.
L’occasion
ratée de Soltani
Dès lors, quel
crédit accorder aux propos d’un chef de parti et néanmoins ministre
d’Etat qui appelle, dans un meeting, à l’abolition de l’immunité ?
Soltani, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a, selon Le Soir
d’Algérie (édition du 18 novembre) qui rapporte ses déclarations,
affirmé : «Je suis pour l’ouverture des dossiers des ministres, des
walis et des responsables militaires.» il a ajouté qu’il faut
«lever toutes les formes d’immunité et de protection».
El Djazaïr News en
a fait également sa première ouverture en précisant que «Soltani
déclare la guerre à la corruption». A l’entendre parler de la sorte,
on croirait que le monsieur est blanc comme neige. Pourtant, à en
croire le billettiste de La Dépêche de Kabylie, c’est loin d’être le
cas. Il révèle que «celui qui exprime cette demande n’a même pas
daigné faire sa déclaration de patrimoine, foulant ainsi aux pieds
les lois de la République» ; c’est pourquoi, suggère-t-il, «avant de
demander quoi que ce soit, Soltani devrait voir de plus près ce qui
se passe dans son parti». Le billettiste enfonce encore le clou en
ajoutant qu’«en parlant de l’immunité qui garantit l’impunité, le
chef du MSP devrait faire œuvre de pédagogie en se soumettant
lui-même de plein gré à cette exigence». Et de poursuivre en
expliquant que «la campagne électorale a déjà commencé avec les
deniers de l’Etat». Il termine avec cette interrogation, que la
majorité des Algériens se posent tous les jours : «Mais qui va
s’attaquer à un ministre d’Etat ?», avant d’y répondre : «Personne,
impunité oblige.» Mais cette réponse est connue de tous.
«Point final»
Moins connue est
la réponse à une autre question que l’opinion publique se pose :
celle relative à l’état de santé du Président. Les titres du
mercredi 15 novembre y ont apporté une réponse. Tous, ou presque,
ont repris en Une de leurs éditions les propos tenus par Abdelaziz
Bouteflika à un journaliste français qui l’a interrogé sur ce sujet.
El Youm, Al Ahdeth, La Tribune, La Dépêche de Kabylie, Le Jour
d’Algérie, Liberté, Le Soir d’Algérie ont mis l’accent sur cette
information. Liberté a indiqué que «le secret a été levé. Le
président de la République a évoqué pour la première fois son état
de santé, tout en assurant que sa maladie relève du passé».
Dans un
commentaire intitulé Point final, Le Jour d’Algérie souligne que
cette sortie du Président signifie que «Abdelaziz Bouteflika a voulu
prendre le taureau par les cornes pour lancer aux journalistes une
mise au point qui ne concerne pas que sa personne, mais parce qu’il
sait que la question a immédiatement trait au premier symbole de la
République algérienne». Alors, s’interroge le commentateur, «simple
coup de gueule ?». «Certainement non, répond-il, car un chef d’Etat
ne peut pas se permettre de réagir épidermiquement aux attaques
dont il a l’habitude.»
Nadia Kerraz
Haut
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