Semaine du 22 au 28 novembre 2006

 

  La presse, les malfaiteurs et Bouteflika

Bizarreries

 

 
 
 Les Quotidiens en débat

ccueil.

La presse, les malfaiteurs et Bouteflika

Bizarreries

Une fois n’est pas coutume. Cette revue de presse hebdomadaire commence par un article paru sur les colonnes du  Figaro du 18 novembre 2006. Dans l’article, l’auteur fait une espèce d’état des lieux. Il est rappelé que «la plupart des journaux restent regroupés à la Maison de la presse, dans une ancienne caserne. A l'exception de l'arabophone El-Khabar et du francophone El-Watan, les titres phares de la presse privée, les journaux sont toujours imprimés sur des rotatives appartenant à l'Etat». Mais le journaliste français semble surtout regretter que la presse privée se soit départie de sa «turbulence». Comprendre, sous la plume de ce journaliste français, son insolence. Selon lui, la presse algérienne a été «remise au pas après la réélection d'Abdelaziz Bouteflika en avril 2004» et que «la turbulente presse privée algérienne a été recadrée».  Depuis, de son avis, «un ressort s'est cassé». Il en veut pour preuve le fait que «les traditionnelles blagues algériennes en vogue sous le parti unique et durant les années d'insurrection islamiste ont disparu».

Mais peut-être aussi, cher confrère, que la presse algérienne a compris qu’effectivement, «l'air du temps n'est plus à la dérision» mais au professionnalisme et qu’une caricature d’Ali Dilem continuant, à partir de Paris, comme vous le dites, «à croquer le Président algérien en nain assis dans un trône trop grand pour lui et à brocarder les militaires présentés comme les parrains d'un système mafieux» n’est en définitive d’aucun  apport. Le combat que la presse est appelée à mener se situe ailleurs. Et surtout, il doit se mener ici à Alger. Un combat qu’elle se doit de mener contre la corruption en médiatisant tous ces procès intentés contre des gestionnaires publics et privés ayant – volontairement ou pas, c’est à la justice de le prouver – dans des affaires de dilapidation de deniers publics. L’affaire  des 1 100 milliards dilapidés à la BADR en est une. Après un procès, le verdict est enfin tombé.

Milliards et portables

«8 ans de prison pour le patron de Digimex» annonce en Une de son édition du dimanche 19 novembre Le Jour d’Algérie, qui indique que «l’ex-P-DG de la BADR a été condamné à trois années de prison ferme». Et à ce quotidien de souligner que la peine prononcée a été «revue à la baisse par rapport au réquisitoire du représentant du ministère public qui avait demandé, lors du procès, huit années de prison ferme contre cet ex-responsable». Un verdict qui pourrait susciter quelques grincements de dents  d’autant que la veille, Le Jeune Indépendant annonçant les nouvelles mesures prises contre la petite délinquance, révélait que «les procureurs ont été instruits pour demander systématiquement la peine maximale dans certains délits, jugés auparavant comme mineurs». Ainsi, soulignait-il, «un projet de loi en préparation prévoit même des peines aggravées pour le simple vol de portable» ; les voleurs risquent désormais de «trois à six ans ferme». Mieux, ajoutait-il, une nouveauté est prévue puisque «après le prononcé des peines définitives, les prisonniers seront transférés dans des prison situées loin de leur lieu de résidence afin de couper les malfaiteurs de leur milieu habituel».

La même information est rapportée en une d’Al Fadjr. Il faut avouer toutefois qu’entre le préjudice occasionné par des gestionnaires de banques, pour ne citer que cette catégorie de commis de l’Etat, et celui occasionné par le vol d’un portable, il n’y a pas photo. Pourtant, les deux sont des malfaiteurs. Sauf que dans le cas du premier, celui qui commet le délit est habillé en costume et chaussures italiennes et que le second en jeans en basket Nike.

L’occasion ratée de Soltani

 Dès lors, quel crédit accorder aux propos d’un chef de parti et néanmoins ministre d’Etat qui appelle, dans un meeting, à l’abolition de l’immunité ?  Soltani, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a, selon Le Soir d’Algérie (édition du 18 novembre) qui rapporte ses déclarations, affirmé : «Je suis pour l’ouverture des dossiers des ministres, des walis  et des responsables militaires.» il a ajouté qu’il faut «lever toutes les formes d’immunité et de protection».

El Djazaïr News en a fait également sa première ouverture en précisant que «Soltani déclare la guerre à la corruption». A l’entendre parler de la sorte, on croirait que le monsieur est blanc comme neige. Pourtant, à en croire le billettiste de La Dépêche de Kabylie, c’est loin d’être le cas. Il révèle que «celui qui exprime cette demande n’a même pas daigné faire sa déclaration de patrimoine, foulant ainsi aux pieds les lois de la République» ; c’est pourquoi, suggère-t-il, «avant de demander quoi que ce soit, Soltani devrait voir de plus près ce qui se passe dans son parti».  Le billettiste enfonce encore le clou en ajoutant qu’«en parlant de l’immunité qui garantit l’impunité, le chef du MSP devrait faire œuvre de pédagogie en se soumettant lui-même de plein gré à cette exigence». Et de poursuivre en expliquant que «la campagne électorale a déjà commencé avec les deniers de l’Etat». Il termine avec cette interrogation, que la majorité des Algériens se posent tous les jours : «Mais qui va s’attaquer à un ministre d’Etat ?», avant d’y répondre : «Personne, impunité oblige.» Mais cette réponse est connue de tous.

«Point final»

 Moins connue est la réponse à une autre question que l’opinion publique se pose : celle relative à l’état de santé du Président. Les titres du mercredi 15 novembre y ont apporté une réponse. Tous, ou presque,  ont repris en Une de leurs éditions les propos tenus par Abdelaziz Bouteflika à un journaliste français qui l’a interrogé sur ce sujet. El Youm,  Al Ahdeth,   La Tribune,  La Dépêche de Kabylie, Le Jour d’Algérie, Liberté,  Le Soir d’Algérie ont mis l’accent sur cette information. Liberté a indiqué que «le secret a été levé. Le président de la République a évoqué pour la première fois son état de santé, tout en assurant que sa maladie relève du passé».

Dans un commentaire intitulé Point final, Le Jour d’Algérie souligne que cette sortie du Président signifie que «Abdelaziz Bouteflika a voulu prendre le taureau par les cornes pour lancer aux journalistes une mise au point qui ne concerne pas que sa personne, mais parce qu’il sait que la question a immédiatement trait au premier symbole de la République algérienne». Alors, s’interroge le commentateur, «simple coup de gueule ?». «Certainement non, répond-il, car un chef d’Etat ne peut pas se permettre de réagir  épidermiquement aux attaques dont il a l’habitude.»

Nadia Kerraz 

   

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