Semaine du 23 février au 1er mars 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

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S’il est vrai que l’Etat a besoin d’un grand appareil partisan pour stabiliser les institutions et la société, rien ne dit que son choix devrait impérativement se porter sur le FLN. Ses préférences devant même objectivement plutôt aller au RND qui reste, quoi qu’on dise, l’expression de sa volonté de ne pas rester en tête à tête avec un FLN qui a franchi toutes les lignes rouges en s’alliant avec le FIS et en couvrant de son autorité morale les crimes abominables perpétrés par le GIA à travers son adhésion au contrat de Rome.

Le FLN y croit vraiment. Son secrétaire général, en tout cas, en est convaincu, le FLN serait indispensable à l’Algérie et pour reprendre ses propres mots, il en serait même la colonne vertébrale. Tragique confusion s’il en est ; le FLN est certes indispensable au régime, au système politique, tel que construit dès les premiers jours de l’indépendance, mais ni à l’Etat algérien, encore moins à la société algérienne. Et ce n’est certainement pas parce que des calculs politiciens à courte vue ont rendu inévitable cette étape d’un retour en grâce de l’ancien parti unique qu’il est permis pour autant à ce dernier de jouer les fiers-à-bras.

Car s’il est vrai que l’Etat a besoin d’un grand appareil partisan pour stabiliser les institutions et la société, rien ne dit que son choix devrait impérativement se porter sur le FLN. Ses préférences devant même objectivement plutôt aller au RND qui reste, quoi qu’on dise, l’expression de sa volonté de ne pas rester en tête à tête avec un FLN qui a franchi toutes les lignes rouges en s’alliant avec le FIS et en couvrant de son autorité morale les crimes abominables perpétrés par le GIA à travers son adhésion au contrat de Rome. Beaucoup se poseront alors la question de savoir comment il se fait que nous en soyons arrivés à cette terrible régression politique, qui remet au centre du jeu politique un parti qui représente avec autant d’éclat l’immobilisme et le conservatisme le plus rigoriste. Sans oublier que son secrétaire général est l’archétype même des fameux “barbéfélènes” qui deviendront par la suite les plus fidèles alliés de l’islam radical et les fervents avocats d’un FIS entré en rébellion ouverte contre l’Etat. Quelle logique a bien pu présider à cette architecture pour le moins paradoxale, qui fait un vainqueur du grand perdant de la lutte contre l’intégrisme.

Un élément pourrait expliquer en partie ce mystère. La grande peur qu’a vécu le candidat Abdelaziz Bouteflika de voir le FLN s’aligner sur son rival dans la course à la Présidence. Une peur qui n’est due en vérité qu’à la volonté du président de la République de repêcher à tout prix un parti pour lequel il conserve une étrange affection, en dépit de tous ses errements. Cela commencera par la désignation de Mohamed Chérif Messaâdia à la tête du Sénat, pour se poursuivre par le coup de pouce du ministère de l’Intérieur aux listes FLN aux dernières consultations communales et législatives et enfin la nomination de Ali Benflis au poste de chef du gouvernement, alors que la tendance était par ailleurs de nommer des technocrates à ce poste. Pour des raisons que lui seul connaît, Abdelaziz Bouteflika a donc décidé de rompre avec cette tendance qui consiste à jouer sur le couple technocrates-RND pour repositionner en profondeur un parti dont il attendait certainement une reconnaissance éternelle. Entre une recette politique dont il n’était pas l’auteur et une nouvelle reconfiguration politique qu’il pensait contrôler à cent pour cent, il n’a pas hésité une seconde, quitte à bouleverser en profondeur des équilibres élaborés dans un souci d’éviter à l’Etat de nouvelles mauvaises surprises. Seulement, il se trouve que ses calculs ont été pris en compte par d’autres centres de pouvoir – notamment au sein de l’état-major de l’ANP version Lamari – qui ont réussi à gagner à leur cause le secrétaire général du FLN en lui faisant miroiter la possibilité de devenir lui-même le prochain président de la République. Une manœuvre qui a fait perdre à l’état-major l’amitié du RND, mais qui a bien failli réussir n’eut été la vigilance du reste du haut commandement militaire qui s’est opposé à l’aventure.

Aussi est-il pour le moins incompréhensible qu’on s’obstine à vouloir remettre au cœur du jeu politique un parti qui a, à maintes reprises, laissé voir qu’on ne pouvait pas lui faire confiance et qui a si souvent mis en péril la sécurité de l’Etat dans son ensemble. La seule explication restant dans la croyance par le président de la République qu’il ne peut pas aller trop loin dans ses projets de réconciliation nationale avec le RND et qu’il a besoin, pour le conforter dans son action, d’un FLN qui n’a jamais caché ses sympathies pour le parti dissous. Une croyance qui repose une fois encore sur une analyse très superficielle de la réalité, tant le FLN n’a jamais eu de position de principe sur quoi que ce soit, l’essentiel pour lui étant de garder ou de récupérer le pouvoir quitte à s’allier avec les pires éradicateurs si cela s’avérait nécessaire, alliance qui a du reste été passée avec Lamari du temps de Benflis. Alors que le moyen le plus sûr d’obtenir une réconciliation nationale solide autant que durable serait au contraire de la faire avaliser grâce au RND, qui représente une bien plus grande garantie de respect des engagements difficiles qu’elle implique.

Mais pour cela faudrait-il encore que le président de la République réalise enfin qu’il est d’abord le chef de l’Etat avant d’être un enfant du FLN et qu’il cesse de vouloir inlassablement réconcilier deux entités que l’Histoire a définitivement séparées. Il devrait également méditer cette phrase de Belkhadem qui dit : “Le FLN n’est pas une monture qu’on peut prendre pour accéder à des postes ou à des privilèges.” Le message est-il suffisamment clair, ou faut-il le décrypter pour ce qu’il est, c’est-à-dire “ne compte pas sur nous pour un troisième mandat” ?

A. M.

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