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S’il est vrai que
l’Etat a besoin d’un grand appareil partisan pour stabiliser les
institutions et la société, rien ne dit que son choix devrait
impérativement se porter sur le FLN. Ses préférences devant même
objectivement plutôt aller au RND qui reste, quoi qu’on dise,
l’expression de sa volonté de ne pas rester en tête à tête avec un
FLN qui a franchi toutes les lignes rouges en s’alliant avec le FIS
et en couvrant de son autorité morale les crimes abominables
perpétrés par le GIA à travers son adhésion au contrat de Rome.
Le FLN y croit
vraiment. Son secrétaire général, en tout cas, en est convaincu, le
FLN serait indispensable à l’Algérie et pour reprendre ses propres
mots, il en serait même la colonne vertébrale. Tragique confusion
s’il en est ; le FLN est certes indispensable au régime, au système
politique, tel que construit dès les premiers jours de
l’indépendance, mais ni à l’Etat algérien, encore moins à la société
algérienne. Et ce n’est certainement pas parce que des calculs
politiciens à courte vue ont rendu inévitable cette étape d’un
retour en grâce de l’ancien parti unique qu’il est permis pour
autant à ce dernier de jouer les fiers-à-bras.
Car s’il est vrai
que l’Etat a besoin d’un grand appareil partisan pour stabiliser les
institutions et la société, rien ne dit que son choix devrait
impérativement se porter sur le FLN. Ses préférences devant même
objectivement plutôt aller au RND qui reste, quoi qu’on dise,
l’expression de sa volonté de ne pas rester en tête à tête avec un
FLN qui a franchi toutes les lignes rouges en s’alliant avec le FIS
et en couvrant de son autorité morale les crimes abominables
perpétrés par le GIA à travers son adhésion au contrat de Rome.
Beaucoup se poseront alors la question de savoir comment il se fait
que nous en soyons arrivés à cette terrible régression politique,
qui remet au centre du jeu politique un parti qui représente avec
autant d’éclat l’immobilisme et le conservatisme le plus rigoriste.
Sans oublier que son secrétaire général est l’archétype même des
fameux “barbéfélènes” qui deviendront par la suite les plus fidèles
alliés de l’islam radical et les fervents avocats d’un FIS entré en
rébellion ouverte contre l’Etat. Quelle logique a bien pu présider à
cette architecture pour le moins paradoxale, qui fait un vainqueur
du grand perdant de la lutte contre l’intégrisme.
Un élément
pourrait expliquer en partie ce mystère. La grande peur qu’a vécu le
candidat Abdelaziz Bouteflika de voir le FLN s’aligner sur son rival
dans la course à la Présidence. Une peur qui n’est due en vérité
qu’à la volonté du président de la République de repêcher à tout
prix un parti pour lequel il conserve une étrange affection, en
dépit de tous ses errements. Cela commencera par la désignation de
Mohamed Chérif Messaâdia à la tête du Sénat, pour se poursuivre par
le coup de pouce du ministère de l’Intérieur aux listes FLN aux
dernières consultations communales et législatives et enfin la
nomination de Ali Benflis au poste de chef du gouvernement, alors
que la tendance était par ailleurs de nommer des technocrates à ce
poste. Pour des raisons que lui seul connaît, Abdelaziz Bouteflika a
donc décidé de rompre avec cette tendance qui consiste à jouer sur
le couple technocrates-RND pour repositionner en profondeur un parti
dont il attendait certainement une reconnaissance éternelle. Entre
une recette politique dont il n’était pas l’auteur et une nouvelle
reconfiguration politique qu’il pensait contrôler à cent pour cent,
il n’a pas hésité une seconde, quitte à bouleverser en profondeur
des équilibres élaborés dans un souci d’éviter à l’Etat de nouvelles
mauvaises surprises. Seulement, il se trouve que ses calculs ont été
pris en compte par d’autres centres de pouvoir – notamment au sein
de l’état-major de l’ANP version Lamari – qui ont réussi à gagner à
leur cause le secrétaire général du FLN en lui faisant miroiter la
possibilité de devenir lui-même le prochain président de la
République. Une manœuvre qui a fait perdre à l’état-major l’amitié
du RND, mais qui a bien failli réussir n’eut été la vigilance du
reste du haut commandement militaire qui s’est opposé à l’aventure.
Aussi est-il pour
le moins incompréhensible qu’on s’obstine à vouloir remettre au cœur
du jeu politique un parti qui a, à maintes reprises, laissé voir
qu’on ne pouvait pas lui faire confiance et qui a si souvent mis en
péril la sécurité de l’Etat dans son ensemble. La seule explication
restant dans la croyance par le président de la République qu’il ne
peut pas aller trop loin dans ses projets de réconciliation
nationale avec le RND et qu’il a besoin, pour le conforter dans son
action, d’un FLN qui n’a jamais caché ses sympathies pour le parti
dissous. Une croyance qui repose une fois encore sur une analyse
très superficielle de la réalité, tant le FLN n’a jamais eu de
position de principe sur quoi que ce soit, l’essentiel pour lui
étant de garder ou de récupérer le pouvoir quitte à s’allier avec
les pires éradicateurs si cela s’avérait nécessaire, alliance qui a
du reste été passée avec Lamari du temps de Benflis. Alors que le
moyen le plus sûr d’obtenir une réconciliation nationale solide
autant que durable serait au contraire de la faire avaliser grâce au
RND, qui représente une bien plus grande garantie de respect des
engagements difficiles qu’elle implique.
Mais pour cela
faudrait-il encore que le président de la République réalise enfin
qu’il est d’abord le chef de l’Etat avant d’être un enfant du FLN et
qu’il cesse de vouloir inlassablement réconcilier deux entités que
l’Histoire a définitivement séparées. Il devrait également méditer
cette phrase de Belkhadem qui dit : “Le FLN n’est pas une monture
qu’on peut prendre pour accéder à des postes ou à des privilèges.”
Le message est-il suffisamment clair, ou faut-il le décrypter pour
ce qu’il est, c’est-à-dire “ne compte pas sur nous pour un troisième
mandat” ?
A. M.
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