Semaine du 23 février au 1er mars 2005

 

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Pour qui sonne le glas

 

 
 
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Pour qui sonne le glas

L’assassinat de Rafik Hariri a quelque chose de commun avec la fausse accusation que l’Irak était détenteur d’armes de destruction massive : s’il ne signe pas l’arrêt de mort du régime syrien, du moins l’annonce-t-il. De même que l’Irak de Saddam Hussein n’avait pas pu prouver la véracité de ses dénégations, de même la Syrie de Bachar Al-Assad ne réussira pas à établir son innocence. Elle y parviendra, du reste, d’autant moins que les plus fortes présomptions pèsent sur elle. Elle est coupable parce qu’on imagine mal qu’elle ne le soit pas. Qui d’autre qu’elle aurait intérêt à la disparition de Rafik Hariri ? Israël ? Qui verrait quelque avantage à lui faire porter le chapeau.

Mais l’intérêt d’Israël ne serait-il pas plutôt de garder en vie l’ex-Premier ministre libanais, qui n’a pas peu renforcé le camp demandant le départ de l’armée syrienne en le ralliant il y a quelques mois ?

Il y a peu de chance pour que l’enquête réclamée par les Etats-Unis et la France aboutisse à la découverte du coupable. Quel qu’il soit, celui-ci a dû veiller soigneusement à ne laisser aucun indice susceptible de mener jusqu’à lui. L’attentat était un attentat-suicide. Et sa revendication n’avait certes pas pour objectif d’élucider le forfait. De sorte que la recherche de la vérité est une entreprise qui n’a pas beaucoup de sens. La véritable question est de savoir si les Etats-Unis, peut-être en accord avec la France, vont contraindre avec les moyens appropriés le régime syrien de retirer ses troupes du Liban. En d’autres termes, s’ils vont réagir conformément aux vœux de Rafik Hariri, ou s’ils estimeront que toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour le passage à l’acte. Certes, les Etats-Unis ont déjà exigé le retrait immédiat de l’armée syrienne. Et le régime syrien vient de dire qu’il est disposé à examiner toute demande du gouvernement libanais en ce sens. Le plus probable cependant est que les Américains n’entreprendront rien sans déclaration de guerre en bonne et due forme, c’est-à-dire avant que le Conseil de sécurité n’adopte une résolution enjoignant à la Syrie de retirer son armée. La résolution 1559, en vertu de laquelle Américains et Français demandent ce retrait, présente l’inconvénient de ne pas s’adresser directement et exclusivement à la Syrie.

Les Etats-Unis ont tout intérêt cette fois-ci à agir dans le plus grand respect de la légalité internationale. Il se trouve de plus que la France ne trouvera rien à redire, étant sur la même position qu’eux. Elle aussi réclame le retrait syrien. Mieux : il y a tout lieu de penser qu’elle ne répugnerait pas à prendre sa part des hostilités si une résolution autorisait l’emploi de la force.

Or la Syrie ne pouvait pas ignorer la tournure que prendraient les événements après l’assassinat de R. Hariri. L’argument qu’elle invoque pour sa défense, c’est justement qu’elle ne peut pas avoir commis un tel acte, pour la bonne raison qu’il est suicidaire. Si bien que celui qui veut prouver sa culpabilité doit aussi pouvoir établir son aspiration à s’autodétruire.

Il est douteux que ce plaidoyer fasse grande impression sur les Américains ou sur les Français, qui ne seront éventuellement neutralisés que par le retrait syrien, pour autant qu’il est accompli dans les plus brefs délais, et même contre toute attente. Et encore, il ne serait pas sans risque, en ce qu’il est susceptible de tenir lieu d’aveu de culpabilité.

Une autre interprétation est possible : en se vengeant sur Rafik Hariri, la Syrie savait nécessairement ce qu’elle faisait. Elle a pu penser que puisque de toute façon la guerre était inévitable, autant choisir le moment de la déclencher, d’autant qu’elle est assurée que l’Iran, cible des Américains autant sinon plus qu’elle, n’aura d’autre choix que de s’y engager à ses côtés, étant donné que c’est une question de vie ou de mort pour le régime des mollahs.

Au fond, ni les Syriens, ni les Iraniens n’ont le moindre intérêt à attendre que les Américains parviennent à pacifier l’Irak, encore moins à y instaurer la démocratie. Pour peu qu’on leur prête cette ressource la mieux partagée : l’instinct de survie et il devient raisonnable d’envisager qu’ils prennent l’initiative d’ouvrir le feu.

M. Habili

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