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Pour qui sonne le glas
L’assassinat de
Rafik Hariri a quelque chose de commun avec la fausse accusation que
l’Irak était détenteur d’armes de destruction massive : s’il ne
signe pas l’arrêt de mort du régime syrien, du moins l’annonce-t-il.
De même que l’Irak de Saddam Hussein n’avait pas pu prouver la
véracité de ses dénégations, de même la Syrie de Bachar Al-Assad ne
réussira pas à établir son innocence. Elle y parviendra, du reste,
d’autant moins que les plus fortes présomptions pèsent sur elle.
Elle est coupable parce qu’on imagine mal qu’elle ne le soit pas.
Qui d’autre qu’elle aurait intérêt à la disparition de Rafik Hariri
? Israël ? Qui verrait quelque avantage à lui faire porter le
chapeau.
Mais l’intérêt
d’Israël ne serait-il pas plutôt de garder en vie l’ex-Premier
ministre libanais, qui n’a pas peu renforcé le camp demandant le
départ de l’armée syrienne en le ralliant il y a quelques mois ?
Il y a peu de
chance pour que l’enquête réclamée par les Etats-Unis et la France
aboutisse à la découverte du coupable. Quel qu’il soit, celui-ci a
dû veiller soigneusement à ne laisser aucun indice susceptible de
mener jusqu’à lui. L’attentat était un attentat-suicide. Et sa
revendication n’avait certes pas pour objectif d’élucider le
forfait. De sorte que la recherche de la vérité est une entreprise
qui n’a pas beaucoup de sens. La véritable question est de savoir si
les Etats-Unis, peut-être en accord avec la France, vont contraindre
avec les moyens appropriés le régime syrien de retirer ses troupes
du Liban. En d’autres termes, s’ils vont réagir conformément aux
vœux de Rafik Hariri, ou s’ils estimeront que toutes les conditions
ne sont pas encore réunies pour le passage à l’acte. Certes, les
Etats-Unis ont déjà exigé le retrait immédiat de l’armée syrienne.
Et le régime syrien vient de dire qu’il est disposé à examiner toute
demande du gouvernement libanais en ce sens. Le plus probable
cependant est que les Américains n’entreprendront rien sans
déclaration de guerre en bonne et due forme, c’est-à-dire avant que
le Conseil de sécurité n’adopte une résolution enjoignant à la Syrie
de retirer son armée. La résolution 1559, en vertu de laquelle
Américains et Français demandent ce retrait, présente l’inconvénient
de ne pas s’adresser directement et exclusivement à la Syrie.
Les Etats-Unis ont
tout intérêt cette fois-ci à agir dans le plus grand respect de la
légalité internationale. Il se trouve de plus que la France ne
trouvera rien à redire, étant sur la même position qu’eux. Elle
aussi réclame le retrait syrien. Mieux : il y a tout lieu de penser
qu’elle ne répugnerait pas à prendre sa part des hostilités si une
résolution autorisait l’emploi de la force.
Or la Syrie ne
pouvait pas ignorer la tournure que prendraient les événements après
l’assassinat de R. Hariri. L’argument qu’elle invoque pour sa
défense, c’est justement qu’elle ne peut pas avoir commis un tel
acte, pour la bonne raison qu’il est suicidaire. Si bien que celui
qui veut prouver sa culpabilité doit aussi pouvoir établir son
aspiration à s’autodétruire.
Il est douteux que
ce plaidoyer fasse grande impression sur les Américains ou sur les
Français, qui ne seront éventuellement neutralisés que par le
retrait syrien, pour autant qu’il est accompli dans les plus brefs
délais, et même contre toute attente. Et encore, il ne serait pas
sans risque, en ce qu’il est susceptible de tenir lieu d’aveu de
culpabilité.
Une autre
interprétation est possible : en se vengeant sur Rafik Hariri, la
Syrie savait nécessairement ce qu’elle faisait. Elle a pu penser que
puisque de toute façon la guerre était inévitable, autant choisir le
moment de la déclencher, d’autant qu’elle est assurée que l’Iran,
cible des Américains autant sinon plus qu’elle, n’aura d’autre choix
que de s’y engager à ses côtés, étant donné que c’est une question
de vie ou de mort pour le régime des mollahs.
Au fond, ni les
Syriens, ni les Iraniens n’ont le moindre intérêt à attendre que les
Américains parviennent à pacifier l’Irak, encore moins à y instaurer
la démocratie. Pour peu qu’on leur prête cette ressource la mieux
partagée : l’instinct de survie et il devient raisonnable
d’envisager qu’ils prennent l’initiative d’ouvrir le feu.
M. Habili
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