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Rafik Hariri
assassiné dans un attentat
Une nouvelle
ère d’incertitudes ?
C’est à la faveur
d’un évènement tragique, à savoir l’assassinat de l’ancien Premier
ministre Rafik Hariri, que le Liban occupe depuis le 14 février
dernier les devants de la scène médiatique de pratiquement tous les
pays du monde. En Algérie également, les médias nationaux n’ont pas
manqué de traiter l’assassinat, dans des conditions atroces, de
l’homme qui représentait, de l’avis de l’éditorialiste du Jour
d’Algérie (édition du 16 février 2005) “l’un des symboles et
artisans de l’unité nationale du Liban”. Un pays, rappelle le
commentateur de La Tribune paraissant le même jour, “qui commençait
à peine à remonter la harassante pente de la reconstruction”. Mieux
encore, la veille, le commentateur d’un autre titre, La Nouvelle
République en l’occurrence, avait souligné que le pays avait vécu
“quinze années de paix qui ont presque réussi à faire oublier que le
Liban avait sombré dans la violence”.
Pays en danger
C’est pourquoi au
lendemain de cet assassinat, le 15 février donc, des titres de la
presse écrite n’ont pas manqué de souligner le risque que cet acte
fait courir au pays. “Le Liban assis sur une poudrière” a titré La
Nouvelle République. “Le trouble s’installe de nouveau au Liban”
souligne de son côté El Watan, “au bord de la guerre civile”. “La
disparition de Rafik Hariri sonne le retour du spectre de la guerre
civile au Liban” estime pour sa part le quotidien arabophone El Youm.
Cette même crainte est partagée par Le Jour d’Algérie, qui estime
que “le Liban (est) au bord de la guerre civile”. Mais si le devenir
du pays suscite des inquiétudes que la presse nationale n’a pas
manqué de relever, il reste qu’elle s’est également penchée sur le
pourquoi de cet assassinat. “Voilà un attentat qui va relancer les
spéculations sur l’identité des commanditaires”, a souligné à juste
titre La Nouvelle République du 15 février. Et le commentateur de ce
quotidien ne s’est pas trompé. Tout comme celui qui a estimé que “la
piste qui est la plus empruntée est celle qui mène vers la Syrie en
tenant compte du fait que Hariri était perçu comme le futur
vainqueur des élections prochaines et qu’il revendiquerait le départ
du Liban des troupes syriennes”. Nombre de titres ont annoncé, dès
mercredi, sur la base d’accusations portées par l’opposition
libanaise et des officiels américains, que “la Syrie (est) montrée
du doigt” ( titre de Une d’El Watan du 16 février 2005). Ce titre
rappelle que “récemment soudée face à Damas, l’opposition libanaise
a accusé la Syrie et le régime libanais pro- syrien d’être
responsables de l’attentat”. Le rédacteur ajoutera que “de fortes
suspicions internationales pèsent aussi sur Damas”. De son côté, El
Khabar du même jour a repris, en pages internationales, les propos
tenus par Djoumblat qui a déclaré que “le régime policier syrien est
derrière l’attentat”. Du reste, El Ahdeth a estimé dans un
commentaire publié dans son édition du jeudi 17 février que
“l’assassinat de Hariri est le point de non retour entre la Syrie et
l’opposition”, d’autant, estime le rédacteur, que “si cette
accusation portée à l’encontre de la Syrie ne réside sur aucune
preuve, elle est néanmoins tirée d’une conclusion qui veut que la
Syrie et le gouvernement libanais, considéré comme une fabrication
syrienne, sont la seule partie à en tirer avantage”.
Ce n’est pas la
Syrie
Pour se
positionner sur la question, El Djazair News du 17 février a préféré
donner la parole à un sénateur algérien membre de la commission des
affaires étrangères. Prié de donner son avis, le sénateur estimera
que “quand bien même il est difficile de disculper la Syrie de tout
ce qui se produit, car son histoire au Liban n’est pas blanche comme
neige”, il reste persuadé, dira-t-il, que “Hariri ne constituait pas
un danger pour la Syrie au point qu’il faille son élimination”.
En fait, la
question de savoir à qui profite l’assassinat de Hariri est la
question centrale qu’il y a lieu de poser pour tenter d’identifier
les commanditaires. Et c’est la question que s’est posé La Tribune,
dès le lendemain de l’attentat, sans pour autant y répondre. Le
commentateur a rappelé quelques réalités qui pourraient inciter à la
réflexion ; le seul fait tangible est que “le crime (…) vise
manifestement à replonger le Liban dans une nouvelle guerre
fratricide en éveillant les démons qui sommeillent aussi bien chez
les chiites que chez les sunnites et les maronites”. Dans un autre
écrit, le quotidien rappelle que “le Liban (est) au centre de
diverses convoitises”. C’est le sens dans lequel abonde un
commentaire d’El Ahdeth, pour qui il est clair “et toutes les
preuves l’attestent, souligne-t-il, que l’assassinat de Hariri n’est
pas un acte isolé, mais qu’il est la première phase dans la guerre
régionale et internationale qui a commencé pour la mainmise sur le
Liban et ce, depuis que le Conseil de sécurité a adopté la
résolution relative à la récupération par ce pays de sa
souveraineté”.
Etouffer la
démocratie
Pour sa part, le
billettiste du Jour d’Algérie ( édition du jeudi 17 février) – dont
l’éditorialiste est loin de partager la thèse de la piste syrienne
pour la simple raison, souligne-t-il, “qu’il ne fait pas l’ombre
d’un doute (…) que jamais ce pays ne se risquera à allumer un
brasier à ses frontières, sachant les graves menaces que fait planer
l’administration américaine sur le régime de Bachar El-Assad” –
estime quant à lui que cette “liquidation” est “préventive”. Une
conviction à laquelle il est parvenu après avoir écouté “une longue
interview réalisée à la fin 2004”. Selon le billettiste, “Rafik
Hariri laisse entrevoir les véritables raisons qui ont concouru à
son assassinat”. L’une d’elle parait depuis ce 14 février évidente,
est-il souligné, c’est “son attachement forcené à la démocratie”.
La commentatrice
d’Al Fadjr, elle, n’y va pas par quatre chemins. Les commanditaires
de cet assassinat ne peuvent être que les USA. Elle en voudra pour
preuve à la méthode suivie par l’administration américaine en vue de
justifier la destruction de l’Irak. Cet assassinat fournira, de son
avis, l’alibi parfait pour s’attaquer à la Syrie, d’autant
rappelle-t-elle, “que ce pays est classé en deuxième position après
l’Irak dans la liste des pays de l’axe du mal”.
Nadia Kerraz
Haut
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