Semaine du 23 février au 1er mars 2005

 

Rafik Hariri assassiné dans un attentat

Une nouvelle ère d’incertitudes ?

 

 
 
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Rafik Hariri assassiné dans un attentat

Une nouvelle ère d’incertitudes ?

C’est à la faveur d’un évènement tragique, à savoir l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, que le Liban occupe depuis le 14 février dernier les devants de la scène médiatique de pratiquement tous les pays du monde. En Algérie également, les médias nationaux n’ont pas manqué de traiter l’assassinat, dans des conditions atroces, de l’homme qui représentait, de l’avis de l’éditorialiste du Jour d’Algérie (édition du 16 février 2005) “l’un des symboles et artisans de l’unité nationale du Liban”. Un pays, rappelle le commentateur de La Tribune paraissant le même jour, “qui commençait à peine à remonter la harassante pente de la reconstruction”. Mieux encore, la veille, le commentateur d’un autre titre, La Nouvelle République en l’occurrence, avait souligné que le pays avait vécu “quinze années de paix qui ont presque réussi à faire oublier que le Liban avait sombré dans la violence”.

Pays en danger

C’est pourquoi au lendemain de cet assassinat, le 15 février donc, des titres de la presse écrite n’ont pas manqué de souligner le risque que cet acte fait courir au pays. “Le Liban assis sur une poudrière” a titré La Nouvelle République. “Le trouble s’installe de nouveau au Liban” souligne de son côté El Watan, “au bord de la guerre civile”. “La disparition de Rafik Hariri sonne le retour du spectre de la guerre civile au Liban” estime pour sa part le quotidien arabophone El Youm. Cette même crainte est partagée par Le Jour d’Algérie, qui estime que “le Liban (est) au bord de la guerre civile”. Mais si le devenir du pays suscite des inquiétudes que la presse nationale n’a pas manqué de relever, il reste qu’elle s’est également penchée sur le pourquoi de cet assassinat. “Voilà un attentat qui va relancer les spéculations sur l’identité des commanditaires”, a souligné à juste titre La Nouvelle République du 15 février. Et le commentateur de ce quotidien ne s’est pas trompé. Tout comme celui qui a estimé que “la piste qui est la plus empruntée est celle qui mène vers la Syrie en tenant compte du fait que Hariri était perçu comme le futur vainqueur des élections prochaines et qu’il revendiquerait le départ du Liban des troupes syriennes”. Nombre de titres ont annoncé, dès mercredi, sur la base d’accusations portées par l’opposition libanaise et des officiels américains, que “la Syrie (est) montrée du doigt” ( titre de Une d’El Watan du 16 février 2005). Ce titre rappelle que “récemment soudée face à Damas, l’opposition libanaise a accusé la Syrie et le régime libanais pro- syrien d’être responsables de l’attentat”. Le rédacteur ajoutera que “de fortes suspicions internationales pèsent aussi sur Damas”. De son côté, El Khabar du même jour a repris, en pages internationales, les propos tenus par Djoumblat qui a déclaré que “le régime policier syrien est derrière l’attentat”. Du reste, El Ahdeth a estimé dans un commentaire publié dans son édition du jeudi 17 février que “l’assassinat de Hariri est le point de non retour entre la Syrie et l’opposition”, d’autant, estime le rédacteur, que “si cette accusation portée à l’encontre de la Syrie ne réside sur aucune preuve, elle est néanmoins tirée d’une conclusion qui veut que la Syrie et le gouvernement libanais, considéré comme une fabrication syrienne, sont la seule partie à en tirer avantage”.

Ce n’est pas la Syrie

Pour se positionner sur la question, El Djazair News du 17 février a préféré donner la parole à un sénateur algérien membre de la commission des affaires étrangères. Prié de donner son avis, le sénateur estimera que “quand bien même il est difficile de disculper la Syrie de tout ce qui se produit, car son histoire au Liban n’est pas blanche comme neige”, il reste persuadé, dira-t-il, que “Hariri ne constituait pas un danger pour la Syrie au point qu’il faille son élimination”.

En fait, la question de savoir à qui profite l’assassinat de Hariri est la question centrale qu’il y a lieu de poser pour tenter d’identifier les commanditaires. Et c’est la question que s’est posé La Tribune, dès le lendemain de l’attentat, sans pour autant y répondre. Le commentateur a rappelé quelques réalités qui pourraient inciter à la réflexion ; le seul fait tangible est que “le crime (…) vise manifestement à replonger le Liban dans une nouvelle guerre fratricide en éveillant les démons qui sommeillent aussi bien chez les chiites que chez les sunnites et les maronites”. Dans un autre écrit, le quotidien rappelle que “le Liban (est) au centre de diverses convoitises”. C’est le sens dans lequel abonde un commentaire d’El Ahdeth, pour qui il est clair “et toutes les preuves l’attestent, souligne-t-il, que l’assassinat de Hariri n’est pas un acte isolé, mais qu’il est la première phase dans la guerre régionale et internationale qui a commencé pour la mainmise sur le Liban et ce, depuis que le Conseil de sécurité a adopté la résolution relative à la récupération par ce pays de sa souveraineté”.

Etouffer la démocratie

Pour sa part, le billettiste du Jour d’Algérie ( édition du jeudi 17 février) – dont l’éditorialiste est loin de partager la thèse de la piste syrienne pour la simple raison, souligne-t-il, “qu’il ne fait pas l’ombre d’un doute (…) que jamais ce pays ne se risquera à allumer un brasier à ses frontières, sachant les graves menaces que fait planer l’administration américaine sur le régime de Bachar El-Assad” – estime quant à lui que cette “liquidation” est “préventive”. Une conviction à laquelle il est parvenu après avoir écouté “une longue interview réalisée à la fin 2004”. Selon le billettiste, “Rafik Hariri laisse entrevoir les véritables raisons qui ont concouru à son assassinat”. L’une d’elle parait depuis ce 14 février évidente, est-il souligné, c’est “son attachement forcené à la démocratie”.

La commentatrice d’Al Fadjr, elle, n’y va pas par quatre chemins. Les commanditaires de cet assassinat ne peuvent être que les USA. Elle en voudra pour preuve à la méthode suivie par l’administration américaine en vue de justifier la destruction de l’Irak. Cet assassinat fournira, de son avis, l’alibi parfait pour s’attaquer à la Syrie, d’autant rappelle-t-elle, “que ce pays est classé en deuxième position après l’Irak dans la liste des pays de l’axe du mal”.

Nadia Kerraz

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