|
Accueil
Afghanistan
La
réconciliation en marche
Même s’ils ont
perdu en puissance et se cantonnent à des attaques sporadiques, les
talibans restent une menace en Afghanistan, selon le commandement de
la coalition menée par les Etats-Unis dans ce pays.
Les militants de
l’ancien régime fondamentaliste mènent, depuis trois ans, une
guérilla dans le sud et le sud-est du pays. Ils ont certes gardé
leur capacité de nuisance et maintenu un climat d’insécurité dans
certaines régions, mais ils n’ont pas réussi à faire dérailler la
première élection présidentielle de l’histoire afghane, qui s’est
tenue sans effusion de sang.
Le scrutin du 9
octobre dernier, qui a porté Hamid Karzaï à la présidence du pays,
s’était déroulé dans la crainte d’opération d’envergure des milices
intégristes. Son déroulement sans grand incident majeur a affecté le
moral des troupes, qui n’ont pu empêcher sa tenue malgré les
avertissements en cascade.
Depuis plusieurs
mois, le gouvernement afghan, avec l’aide des Américains, s’efforce
de mettre en place une “réconciliation” avec des responsables du
régime taliban renversé à l’automne 2001. Hamid Karzaï lui-même a
proposé un accord “armes contre amnistie” aux talibans, à
l’exception d’un noyau de quelques 150 d’entre eux, considérés comme
des criminels de guerre ou suspectés de liens avec le réseau
Al-Qaîda d’Oussama ben Laden.
L’ancien ministre
taliban des Affaires étrangères, Wakeel Ahmed Mutawakil, joue un
“rôle-clé” dans ce processus de réconciliation et il faut
s’attendre, dans un futur proche, au lancement d’un processus de
réintégration des groupes intégristes dans la société. Les autorités
afghanes espèrent que si un grand nombre de combattants talibans de
base, estimés à un millier, commencent à déposer les armes, cela un
choc majeur dans la chaîne de commandement.
Reste que même en
cas de reddition massive, un petit groupe de militants irréductibles
peut continuer à mener des opérations spectaculaires…
Leïla Heraoua
Proche Orient
Une paix
fragile et précaire (suite et
fin de
l'édition précédente)
Les conséquences
de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais sur la
“stabilité” du Proche-Orient et l’engouement de la collusion
américano-française à déposer une nouvelle résolution contraignante
enjoignant les Syriens à obtempérer et à évacuer l’ensemble du
territoire libanais se font de plus en plus précises.
Alors que les
événements semblent s’accélérer après l’attentat perpétré contre
Hariri, la majorité des médias se sont focalisés sur la Syrie, la
tenant pour responsable du carnage de Beyrouth, voilà encore que la
Syrie est accusée de l’attentat de Tel-Aviv, qui corrobore que tous
ces événements donnent à Sharon l’opportunité de mener une politique
à géométrie variable où la “volonté dominatrice” d’Israël rencontre
la “honteuse servilité” dans le monde.
L’Italie, qui
pleure Nicola Calipari, agent secret tué par les Américains en Irak,
est en train de payer un lourd tribut son obstination à ne pas
retirer ses troupes d’Irak. Les Américains, peu enclins à favoriser
un dénouement heureux dans les enlèvements de ressortissants des
pays participant à la coalition en Irak, ont adressé une sévère mise
en garde qui n’apparaît qu’en filigrane afin de maintenir leur
politique sanguinaire, sectaire et inhumaine en Irak, tuant
volontairement Calipari pour dissuader les Etats d’engager des
tractations avec les ravisseurs d’otages en vue de leur libération.
Cette mort sert d’avertissement aux Etats ayant un ressortissant en
captivité en Irak.
Bavure ou
assassinat ?
La France, qui est
sur le qui-vive à propos de la séquestration de la journaliste
Florence Aubenas, devra engager au préalable des négociations avec
les forces US pour espérer sa libération, redoutant que le scénario
“à la Calipari” ne se reproduise.
La polémique sur
les circonstances de la mort de Nicola Calipari enfle en Italie,
alors que l’hypothèse la plus plausible est que les Américains, sous
couvert de la Maison Blanche, ont rejeté le 7 mars les propos de la
journaliste italienne Giuliana Sgrena qui a laissé entendre que des
soldats américains avaient délibérément ouvert le feu sur le convoi
qui l’amenait à l’aéroport de Bagdad, tuant un des agents des
services spéciaux venus de la libérer. Comme toujours, “nous
déplorons cet incident et nous allons enquêter totalement pour
savoir ce qui s’est exactement passé”, a réaffirmé la Maison
Blanche.
Alors que
l’affaire de la séquestration de la journaliste Giuliana Sgrena
avait connu un heureux dénouement et que L’Italie avait rendu un
vibrant hommage à l’agent des services secrets Nicola Calipari, tué
le 4 mars en Irak par des balles américaines alors qu’il
accompagnait la journaliste Giuliana Sgrena, tout juste libérée par
ses ravisseurs, à l’aéroport de Bagdad, l’Italie était profondément
choquée de voir un de ses agents secrets tué par les Etats-Unis.
Les Etats-Unis et
la Grande-Bretagne – qui s’opposent au paiement de rançons en Irak,
un geste qui encouragerait, selon eux, les enlèvements – ont
provoqué la mort de cet agent, ce qui a engendré une vive polémique
en Italie tant sur les responsabilités de l’armée américaine que sur
la politique pro-américaine du gouvernement en Irak, démontrant
l’aveuglement de la politique américaine en Irak où ses forces
d’occupation ne font plus de distinction entre les groupes armées et
les médiateurs chargés de négocier une libération avec les
ravisseurs des otages occidentaux.
Comme à
l’accoutumée, les forces d’occupation, qui nient en bloc leur
responsabilité dans la mort de cet agent secret, veulent nous
laisser croire que les Etats-Unis ouvriront une enquête pour
déterminer les responsables de cette bavure, si cela en est
toutefois une, alors que le gouvernement italien a expressément
demandé à ce que les responsables de cette bavure soient punis tout
en affirmant que cet incident ne remettrait pas en cause son soutien
à la politique du président américain George Bush et qu’il n’était
pas question de retirer ses troupes déployées en Irak. Et comme il
est de notoriété publique que Washington n’aime pas rendre de
comptes à la justice internationale, l’enquête sur la mort de
Calipari, à supposer qu’elle soit diligentée, ne mettra jamais en
cause les Américains.
Ce qui s’est passé
va encore exacerber les passions et renforcer une certaine hostilité
qu’ont les Européens vis-à-vis de la politique américaine ; cette
tuerie délibérée pourrait être utilisée comme alibi pour raviver
l’anti-américanisme européen.
Les politiques
sulfureuses russe et israélienne
Le chef
indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, qui avait présidé cette
petite République du Caucase avant d’être remplacé par un homme de
Moscou, a été tué dans un raid de l’armée russe. Cet incident risque
d’accentuer la lutte séparatiste, alors que les forces rebelles
menacent de continuer le combat jusqu’à “élimination une bonne fois
pour toutes de la menace venue du Nord”.
La politique
israélienne, qui a fait des émules dans le monde, a réussi à
exporter ses méthodes guerrières et de lutte anti-guerrilla en
Tchétchénie, où Vladimir Poutine à mis à exécution la liquidation du
chef tchétchène Aslan Maskhadov, ne laissant aucune porte
entrouverte pour la diplomatie et les négociations entre Grozny et
Moscou. Il suffira pour le Président russe de dire que tous les
résistants tchétchènes sont des terroristes afin de continuer sa
sale guerre et de convaincre l’Occident et les Etats-Unis de la
nécessité impérieuse de conduire cette politique d’extermination en
Tchétchénie.
Au lendemain de
l’assassinat ciblé de leur chef Aslan Maskhadov dans une “opération
spéciale” menée par les forces russes, les séparatistes tchétchènes
ont juré, le 9 mars, de continuer le combat alors que les
Occidentaux n’ont jamais daigné porter leur regard sur la population
tchétchène qui vit un véritable calvaire. Les Occidentaux prompts à
célébrer en grande pompe le 60e anniversaire de la libération du
camp d’Aushwitz-Birkenau (Pologne), se retranchent derrière des
tergiversations et des palabres à propos de la situation drastique
qui prévaut en Tchétchénie ainsi qu’en Irak où chaque jour qui passe
la population s’enfonce davantage dans un chaos indescriptible.
Le nouveau tsar
de Russie
Il est clair que
la mort de Maskhadov, figure emblématique de la rébellion
tchétchène, ne peut constituer pour Poutine une victoire car la
disparition de ce chef indépendantiste n’est pas susceptible
d’accélérer la fin de la guerre en Tchétchénie mais de l’envenimer
encore plus. Cet événement confirme que Moscou a délibérément
souscrit à une politique d’usure tout en prônant le pourrissement de
la situation endémique que vit cette ancienne république de
l’ex-Union soviétique.
Avec la mort de
Maskhadov, les Russes sous la bannière de leur nouveau “tsar”,
Vladimir Poutine, qui vient d’ouvrir une ère d’incertitude
croissante, ont pris le risque d’une véritable confrontation armée
entre Grosny et Moscou et de représailles sanglantes. La
recrudescence des attentats ne pourra être enrayée qu’à à condition
que Moscou s’implique fermement dans le dialogue – au point mort
actuellement – entre les deux protagonistes, vu la politique de
marbre dans laquelle s’enfonce Poutine, qui exclut toute perspective
de rapprochement entre les deux Etats.
Avec la mort du
président de Tchétchénie, élu en 1997, qui incarnait la résistance
tchétchène modérée, le leader indépendantiste est devenu un paria et
un terroriste par la politique criminelle de Moscou. Ce chef
indépendantiste, qui avait devancé largement Chamil Bassaev, a été
tué par les forces spéciales russes après cinq ans de traque. Une
grande victoire annoncée le 8 mars par Moscou, mais qui risque de
radicaliser plus encore la lutte séparatiste. Moscou qui, comme
Israël, liquide les principales figures de proue du militantisme
tchétchène, s’est inspiré des méthodes barbares de Sharon. Poutine,
qui exulte devant cet assassinat, se croit renforcé dans sa
politique sans issue d’extermination et d’épuration ethnique contre
les Tchétchènes et leurs revendications indépendantistes, alors que
la crise ne fait que se compliquer face à la disparition d’un
interlocuteur connu de Moscou qui a fait dissidence.
Face au quatrième
génocide du XXe siècle qui se prolonge, tel qu’exprimé par
l’intellectuel André Glucksmann, un Français d’origine juive,
l’Occident reste de marbre, figé sur l’assassinat de l’ex-Premier
ministre libanais. Moscou, qui triomphe dans une apothéose, salue la
mort de Maskhadov sans se rendre compte de son erreur gravissime
avec la disparition du leader indépendantiste alors que les forces
rebelles promettent une guerre totale accompagnée d’attentats en
série.
L’exploitation
des attentats
Est-ce que les
attentats de Beyrouth et de Tel-Aviv seraient le prélude du
déclenchement d’hostilités envers Damas suite à une machination
orchestrée par l’axe Washington-Tel-Aviv qui s’ingénie à ne pas
relâcher la pression sur la Syrie puisque l’occasion est trop belle
pour rebrousser chemin en raison de la surmédiatisation à ce sujet ?
Est-ce que ces deux attentats augureraient d’une rupture radicale de
la trêve entre l’Autorité palestinienne et Israël ? Rien n’est moins
sûr si l’on se réfère aux déclarations des plus hauts dirigeants
israéliens, qui préconisent qu’Abbas doit redoubler d’efforts pour
décimer les groupes armées les plus radicaux. En même temps, le
spectre d’une attaque contre Damas n’est pas exclue car dans le
passé, Israël avait attaqué des cibles en territoire syrien,
supposées être des camps d’entraînement pour les groupes armés alors
qu’il s’était avéré que le camp était déserté. Est-ce que, encore,
l’attentat de Beyrouth qui vise en réalité à isoler la Syrie et à
torpiller “le processus de paix qui pourrait être enclenché
ultérieurement” par les deux protagonistes est destiné à mettre de
nouveau la Syrie dans la ligne de mire de ses principaux détracteurs
éternels ? Est-ce que, encore, l’attentat de Tel-Aviv, qui augure
d’un avenir assombrissant les tentatives de rapprochement et de
réconciliation entre les deux principaux acteurs de la crise, aura
des répercussions négatives sur la continuité des efforts de paix
dans le cadre du processus de normalisation des relations et du
dialogue entre Abbas et Sharon et incite au pessimisme ?
Est-il vrai qu’il
aura fallu un nouvel attentat anti-israélien, comme celui qui a
frappé une discothèque à Tel-Aviv le 26 février, pour voir tous les
efforts s’estomper et les espoirs du dialogue renoués entre
l’Autorité palestinienne et Israël s’amenuiser et voir simultanément
la remise sur les rails de la feuille de route compromise et la
relance du processus de paix, capoté et réduit à néant ? Force est
de constater que l’Autorité palestinienne, qui a fait un grand pas
en avant en faveur de la paix et du démantèlement des groupes armés,
se retrouvant au pied du mur, n’en sort ni victorieuse ni amoindrie
car cette fois, l’Etat hébreu a exploité cet attentat en
l’attribuant à la Syrie pour accroître la pression. Les dirigeants
israéliens disent avoir la certitude que ce carnage a été planifié à
partir de la Syrie, tout comme l’assassinat de l’ancien Premier
ministre libanais Hariri a été mis sur le dos de Damas. Un faisceau
de présomptions n’a jamais constitué une preuve.
Pour un
observateur averti, cette recrudescence d’attentats dans la région
peut prédisposer les Etats-Unis et sa chasse gardée à adresser un
message ferme et irrévocable à la Syrie afin qu’il démantèle toutes
les organisations armées palestiniennes et ses infrastructures
basées sur son territoire, alors que Damas annonce que leurs
activités ont été gelées depuis des lustres.
Alors que la Syrie
fait l’objet d’un harcèlement systématique de la part de la
collusion américano-sioniste et américano-française, Damas, qui
réfute toutes les accusations portées contre elle, veut coopérer
dans la lutte contre les groupes terroristes puisque ce sont les
Syriens qui auraient permis l’arrestation du demi-frère de Saddam
Hussein pour obtenir des concessions sur le Liban tout en mettant en
garde leurs détracteurs contre la poursuite des provocations.
La Syrie a décidé
de livrer aux Américains huit responsables de l’ancien régime
irakien réfugiés sur son territoire, dont la liste avait été fournie
au président Assad par Richard Armitage lors de son dernier voyage à
Damas. Mais une livraison au compte-gouttes, pour en tirer le plus
de “bénéfices” et de concessions, notamment au Liban, ne peut
laisser penser à une quelconque diminution des pressions sur ce pays
par les Etats-Unis. Mais cette politique risque d’être
contre-productive, car elle atteste de l’implication syrienne en
Irak, hypothèse que Damas avait toujours rejetée.
Damas, qui clame
très fort qu’elle est étrangère à l’attentat du 26 février, après
qu’elle ait annoncé il y a un peu plus d’une semaine qu’elle n’était
pas impliquée dans l’assassinat du Premier ministre libanais le 14
février, a provoqué en même temps une hystérie collective. Une levée
de boucliers s’est déchaînée contre la Syrie visant à lui endosser
tous les attentats survenant dans la région. Tout ce remue-ménage
est destiné à donner à ses ennemis plus d’arguments préfabriqués
afin de déclencher une opération militaire contre ce pays et
formater à volonté une nouvelle configuration de la carte
géopolitique de la région.
Les Israéliens qui
colonisent, spolient les Palestiniens de leur terre en construisant
des colonies, matent toute velléité de révolte palestinienne en
assassinant des leaders politiques tout en projetant de s’en prendre
à la Syrie lorsque la situation leur sera favorable.
Une
mystification : les “gestes de bonne volonté” israéliens
En dépit de la
relance du processus de paix à un moment opportun, Sharon, qui
pratique toujours la politique de la terre brûlée, ne s’est pas pour
autant engagé à fond, contrairement à ce que pouvait penser la
communauté internationale. Le tortionnaire a une tout autre
conception de privilégier les efforts de paix pour arriver à une
réelle entente durable. L’armée israélienne se livre toujours à des
exactions contre la population palestinienne, tandis que Sharon
réclame des concessions et l’arrêt des violences. Sharon, qui a une
conception particulière de la paix, expropriait, au moment même des
pourparlers entre l’Autorité palestinienne et le Premier ministre
israélien, des centaines de familles palestiniennes au sud d’Hébron
et rasait leurs maisons pour construire le Mur et annexer par là
même un peu plus de terres pour empiéter sur le territoire de
Cisjordanie.
Au moment où le
monde entier se réjouissait un peu trop tôt d’un rapprochement entre
Israéliens et Palestiniens et que Sharon faisait de chaudes
recommandations à Mahmoud Abbas pour “faire cesser les violences
palestiniennes”, l’armée israélienne poursuivait ses exactions dans
les territoires palestiniens en toute impunité.
En dépit des
déclarations officielles lénifiantes des autorités israéliennes,
sans commune mesure avec le ferme engagement de Mahmoud Abbas de
juguler les attentats anti-israéliens et relatives à l’allégement
des restrictions portant sur l’occupation militaire israélienne des
territoires palestiniens, l’armée israélienne continue à maintenir
fermées partiellement ou complètement toutes les frontières et
intersections dans la Bande de Gaza, imposant de sévères
restrictions à la circulation au sein de la Cisjordanie, créant de
nouveaux barrages y compris à Jérusalem.
Il est clair que
pour pouvoir faire cesser les violences israéliennes, il faudrait
déjà commencer par en faire état et ne pas étouffer ou censurer ce
que les organes de presse ont rapporté malgré le black-out des
Israéliens.
N. Rahal
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |