Semaine du 23 au 29 mars 2005

 

Afghanistan

La réconciliation en marche

Proche Orient

Une paix fragile et précaire

 

 
 
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Afghanistan

La réconciliation en marche

Même s’ils ont perdu en puissance et se cantonnent à des attaques sporadiques, les talibans restent une menace en Afghanistan, selon le commandement de la coalition menée par les Etats-Unis dans ce pays.

Les militants de l’ancien régime fondamentaliste mènent, depuis trois ans, une guérilla dans le sud et le sud-est du pays. Ils ont certes gardé leur capacité de nuisance et maintenu un climat d’insécurité dans certaines régions, mais ils n’ont pas réussi à faire dérailler la première élection présidentielle de l’histoire afghane, qui s’est tenue sans effusion de sang.

Le scrutin du 9 octobre dernier, qui a porté Hamid Karzaï à la présidence du pays, s’était déroulé dans la crainte d’opération d’envergure des milices intégristes. Son déroulement sans grand incident majeur a affecté le moral des troupes, qui n’ont pu empêcher sa tenue malgré les avertissements en cascade.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement afghan, avec l’aide des Américains, s’efforce de mettre en place une “réconciliation” avec des responsables du régime taliban renversé à l’automne 2001. Hamid Karzaï lui-même a proposé un accord “armes contre amnistie” aux talibans, à l’exception d’un noyau de quelques 150 d’entre eux, considérés comme des criminels de guerre ou suspectés de liens avec le réseau Al-Qaîda d’Oussama ben Laden.

L’ancien ministre taliban des Affaires étrangères, Wakeel Ahmed Mutawakil, joue un “rôle-clé” dans ce processus de réconciliation et il faut s’attendre, dans un futur proche, au lancement d’un processus de réintégration des groupes intégristes dans la société. Les autorités afghanes espèrent que si un grand nombre de combattants talibans de base, estimés à un millier, commencent à déposer les armes, cela un choc majeur dans la chaîne de commandement.

Reste que même en cas de reddition massive, un petit groupe de militants irréductibles peut continuer à mener des opérations spectaculaires…

Leïla Heraoua

 

Proche Orient

Une paix fragile et précaire (suite et fin de l'édition précédente)

Les conséquences de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais sur la “stabilité” du Proche-Orient et l’engouement de la collusion américano-française à déposer une nouvelle résolution contraignante enjoignant les Syriens à obtempérer et à évacuer l’ensemble du territoire libanais se font de plus en plus précises.

Alors que les événements semblent s’accélérer après l’attentat perpétré contre Hariri, la majorité des médias se sont focalisés sur la Syrie, la tenant pour responsable du carnage de Beyrouth, voilà encore que la Syrie est accusée de l’attentat de Tel-Aviv, qui corrobore que tous ces événements donnent à Sharon l’opportunité de mener une politique à géométrie variable où la “volonté dominatrice” d’Israël rencontre la “honteuse servilité” dans le monde.

L’Italie, qui pleure Nicola Calipari, agent secret tué par les Américains en Irak, est en train de payer un lourd tribut son obstination à ne pas retirer ses troupes d’Irak. Les Américains, peu enclins à favoriser un dénouement heureux dans les enlèvements de ressortissants des pays participant à la coalition en Irak, ont adressé une sévère mise en garde qui n’apparaît qu’en filigrane afin de maintenir leur politique sanguinaire, sectaire et inhumaine en Irak, tuant volontairement Calipari pour dissuader les Etats d’engager des tractations avec les ravisseurs d’otages en vue de leur libération. Cette mort sert d’avertissement aux Etats ayant un ressortissant en captivité en Irak.

Bavure ou assassinat ?

La France, qui est sur le qui-vive à propos de la séquestration de la journaliste Florence Aubenas, devra engager au préalable des négociations avec les forces US pour espérer sa libération, redoutant que le scénario “à la Calipari” ne se reproduise.

La polémique sur les circonstances de la mort de Nicola Calipari enfle en Italie, alors que l’hypothèse la plus plausible est que les Américains, sous couvert de la Maison Blanche, ont rejeté le 7 mars les propos de la journaliste italienne Giuliana Sgrena qui a laissé entendre que des soldats américains avaient délibérément ouvert le feu sur le convoi qui l’amenait à l’aéroport de Bagdad, tuant un des agents des services spéciaux venus de la libérer. Comme toujours, “nous déplorons cet incident et nous allons enquêter totalement pour savoir ce qui s’est exactement passé”, a réaffirmé la Maison Blanche.

Alors que l’affaire de la séquestration de la journaliste Giuliana Sgrena avait connu un heureux dénouement et que L’Italie avait rendu un vibrant hommage à l’agent des services secrets Nicola Calipari, tué le 4 mars en Irak par des balles américaines alors qu’il accompagnait la journaliste Giuliana Sgrena, tout juste libérée par ses ravisseurs, à l’aéroport de Bagdad, l’Italie était profondément choquée de voir un de ses agents secrets tué par les Etats-Unis.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – qui s’opposent au paiement de rançons en Irak, un geste qui encouragerait, selon eux, les enlèvements – ont provoqué la mort de cet agent, ce qui a engendré une vive polémique en Italie tant sur les responsabilités de l’armée américaine que sur la politique pro-américaine du gouvernement en Irak, démontrant l’aveuglement de la politique américaine en Irak où ses forces d’occupation ne font plus de distinction entre les groupes armées et les médiateurs chargés de négocier une libération avec les ravisseurs des otages occidentaux.

Comme à l’accoutumée, les forces d’occupation, qui nient en bloc leur responsabilité dans la mort de cet agent secret, veulent nous laisser croire que les Etats-Unis ouvriront une enquête pour déterminer les responsables de cette bavure, si cela en est toutefois une, alors que le gouvernement italien a expressément demandé à ce que les responsables de cette bavure soient punis tout en affirmant que cet incident ne remettrait pas en cause son soutien à la politique du président américain George Bush et qu’il n’était pas question de retirer ses troupes déployées en Irak. Et comme il est de notoriété publique que Washington n’aime pas rendre de comptes à la justice internationale, l’enquête sur la mort de Calipari, à supposer qu’elle soit diligentée, ne mettra jamais en cause les Américains.

Ce qui s’est passé va encore exacerber les passions et renforcer une certaine hostilité qu’ont les Européens vis-à-vis de la politique américaine ; cette tuerie délibérée pourrait être utilisée comme alibi pour raviver l’anti-américanisme européen.

Les politiques sulfureuses russe et israélienne

Le chef indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, qui avait présidé cette petite République du Caucase avant d’être remplacé par un homme de Moscou, a été tué dans un raid de l’armée russe. Cet incident risque d’accentuer la lutte séparatiste, alors que les forces rebelles menacent de continuer le combat jusqu’à “élimination une bonne fois pour toutes de la menace venue du Nord”.

La politique israélienne, qui a fait des émules dans le monde, a réussi à exporter ses méthodes guerrières et de lutte anti-guerrilla en Tchétchénie, où Vladimir Poutine à mis à exécution la liquidation du chef tchétchène Aslan Maskhadov, ne laissant aucune porte entrouverte pour la diplomatie et les négociations entre Grozny et Moscou. Il suffira pour le Président russe de dire que tous les résistants tchétchènes sont des terroristes afin de continuer sa sale guerre et de convaincre l’Occident et les Etats-Unis de la nécessité impérieuse de conduire cette politique d’extermination en Tchétchénie.

Au lendemain de l’assassinat ciblé de leur chef Aslan Maskhadov dans une “opération spéciale” menée par les forces russes, les séparatistes tchétchènes ont juré, le 9 mars, de continuer le combat alors que les Occidentaux n’ont jamais daigné porter leur regard sur la population tchétchène qui vit un véritable calvaire. Les Occidentaux prompts à célébrer en grande pompe le 60e anniversaire de la libération du camp d’Aushwitz-Birkenau (Pologne), se retranchent derrière des tergiversations et des palabres à propos de la situation drastique qui prévaut en Tchétchénie ainsi qu’en Irak où chaque jour qui passe la population s’enfonce davantage dans un chaos indescriptible.

Le nouveau tsar de Russie

Il est clair que la mort de Maskhadov, figure emblématique de la rébellion tchétchène, ne peut constituer pour Poutine une victoire car la disparition de ce chef indépendantiste n’est pas susceptible d’accélérer la fin de la guerre en Tchétchénie mais de l’envenimer encore plus. Cet événement confirme que Moscou a délibérément souscrit à une politique d’usure tout en prônant le pourrissement de la situation endémique que vit cette ancienne république de l’ex-Union soviétique.

Avec la mort de Maskhadov, les Russes sous la bannière de leur nouveau “tsar”, Vladimir Poutine, qui vient d’ouvrir une ère d’incertitude croissante, ont pris le risque d’une véritable confrontation armée entre Grosny et Moscou et de représailles sanglantes. La recrudescence des attentats ne pourra être enrayée qu’à à condition que Moscou s’implique fermement dans le dialogue – au point mort actuellement – entre les deux protagonistes, vu la politique de marbre dans laquelle s’enfonce Poutine, qui exclut toute perspective de rapprochement entre les deux Etats.

Avec la mort du président de Tchétchénie, élu en 1997, qui incarnait la résistance tchétchène modérée, le leader indépendantiste est devenu un paria et un terroriste par la politique criminelle de Moscou. Ce chef indépendantiste, qui avait devancé largement Chamil Bassaev, a été tué par les forces spéciales russes après cinq ans de traque. Une grande victoire annoncée le 8 mars par Moscou, mais qui risque de radicaliser plus encore la lutte séparatiste. Moscou qui, comme Israël, liquide les principales figures de proue du militantisme tchétchène, s’est inspiré des méthodes barbares de Sharon. Poutine, qui exulte devant cet assassinat, se croit renforcé dans sa politique sans issue d’extermination et d’épuration ethnique contre les Tchétchènes et leurs revendications indépendantistes, alors que la crise ne fait que se compliquer face à la disparition d’un interlocuteur connu de Moscou qui a fait dissidence.

Face au quatrième génocide du XXe siècle qui se prolonge, tel qu’exprimé par l’intellectuel André Glucksmann, un Français d’origine juive, l’Occident reste de marbre, figé sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais. Moscou, qui triomphe dans une apothéose, salue la mort de Maskhadov sans se rendre compte de son erreur gravissime avec la disparition du leader indépendantiste alors que les forces rebelles promettent une guerre totale accompagnée d’attentats en série.

L’exploitation des attentats

Est-ce que les attentats de Beyrouth et de Tel-Aviv seraient le prélude du déclenchement d’hostilités envers Damas suite à une machination orchestrée par l’axe Washington-Tel-Aviv qui s’ingénie à ne pas relâcher la pression sur la Syrie puisque l’occasion est trop belle pour rebrousser chemin en raison de la surmédiatisation à ce sujet ? Est-ce que ces deux attentats augureraient d’une rupture radicale de la trêve entre l’Autorité palestinienne et Israël ? Rien n’est moins sûr si l’on se réfère aux déclarations des plus hauts dirigeants israéliens, qui préconisent qu’Abbas doit redoubler d’efforts pour décimer les groupes armées les plus radicaux. En même temps, le spectre d’une attaque contre Damas n’est pas exclue car dans le passé, Israël avait attaqué des cibles en territoire syrien, supposées être des camps d’entraînement pour les groupes armés alors qu’il s’était avéré que le camp était déserté. Est-ce que, encore, l’attentat de Beyrouth qui vise en réalité à isoler la Syrie et à torpiller “le processus de paix qui pourrait être enclenché ultérieurement” par les deux protagonistes est destiné à mettre de nouveau la Syrie dans la ligne de mire de ses principaux détracteurs éternels ? Est-ce que, encore, l’attentat de Tel-Aviv, qui augure d’un avenir assombrissant les tentatives de rapprochement et de réconciliation entre les deux principaux acteurs de la crise, aura des répercussions négatives sur la continuité des efforts de paix dans le cadre du processus de normalisation des relations et du dialogue entre Abbas et Sharon et incite au pessimisme ?

Est-il vrai qu’il aura fallu un nouvel attentat anti-israélien, comme celui qui a frappé une discothèque à Tel-Aviv le 26 février, pour voir tous les efforts s’estomper et les espoirs du dialogue renoués entre l’Autorité palestinienne et Israël s’amenuiser et voir simultanément la remise sur les rails de la feuille de route compromise et la relance du processus de paix, capoté et réduit à néant ? Force est de constater que l’Autorité palestinienne, qui a fait un grand pas en avant en faveur de la paix et du démantèlement des groupes armés, se retrouvant au pied du mur, n’en sort ni victorieuse ni amoindrie car cette fois, l’Etat hébreu a exploité cet attentat en l’attribuant à la Syrie pour accroître la pression. Les dirigeants israéliens disent avoir la certitude que ce carnage a été planifié à partir de la Syrie, tout comme l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Hariri a été mis sur le dos de Damas. Un faisceau de présomptions n’a jamais constitué une preuve.

Pour un observateur averti, cette recrudescence d’attentats dans la région peut prédisposer les Etats-Unis et sa chasse gardée à adresser un message ferme et irrévocable à la Syrie afin qu’il démantèle toutes les organisations armées palestiniennes et ses infrastructures basées sur son territoire, alors que Damas annonce que leurs activités ont été gelées depuis des lustres.

Alors que la Syrie fait l’objet d’un harcèlement systématique de la part de la collusion américano-sioniste et américano-française, Damas, qui réfute toutes les accusations portées contre elle, veut coopérer dans la lutte contre les groupes terroristes puisque ce sont les Syriens qui auraient permis l’arrestation du demi-frère de Saddam Hussein pour obtenir des concessions sur le Liban tout en mettant en garde leurs détracteurs contre la poursuite des provocations.

La Syrie a décidé de livrer aux Américains huit responsables de l’ancien régime irakien réfugiés sur son territoire, dont la liste avait été fournie au président Assad par Richard Armitage lors de son dernier voyage à Damas. Mais une livraison au compte-gouttes, pour en tirer le plus de “bénéfices” et de concessions, notamment au Liban, ne peut laisser penser à une quelconque diminution des pressions sur ce pays par les Etats-Unis. Mais cette politique risque d’être contre-productive, car elle atteste de l’implication syrienne en Irak, hypothèse que Damas avait toujours rejetée.

Damas, qui clame très fort qu’elle est étrangère à l’attentat du 26 février, après qu’elle ait annoncé il y a un peu plus d’une semaine qu’elle n’était pas impliquée dans l’assassinat du Premier ministre libanais le 14 février, a provoqué en même temps une hystérie collective. Une levée de boucliers s’est déchaînée contre la Syrie visant à lui endosser tous les attentats survenant dans la région. Tout ce remue-ménage est destiné à donner à ses ennemis plus d’arguments préfabriqués afin de déclencher une opération militaire contre ce pays et formater à volonté une nouvelle configuration de la carte géopolitique de la région.

Les Israéliens qui colonisent, spolient les Palestiniens de leur terre en construisant des colonies, matent toute velléité de révolte palestinienne en assassinant des leaders politiques tout en projetant de s’en prendre à la Syrie lorsque la situation leur sera favorable.

Une mystification : les “gestes de bonne volonté” israéliens

En dépit de la relance du processus de paix à un moment opportun, Sharon, qui pratique toujours la politique de la terre brûlée, ne s’est pas pour autant engagé à fond, contrairement à ce que pouvait penser la communauté internationale. Le tortionnaire a une tout autre conception de privilégier les efforts de paix pour arriver à une réelle entente durable. L’armée israélienne se livre toujours à des exactions contre la population palestinienne, tandis que Sharon réclame des concessions et l’arrêt des violences. Sharon, qui a une conception particulière de la paix, expropriait, au moment même des pourparlers entre l’Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien, des centaines de familles palestiniennes au sud d’Hébron et rasait leurs maisons pour construire le Mur et annexer par là même un peu plus de terres pour empiéter sur le territoire de Cisjordanie.

Au moment où le monde entier se réjouissait un peu trop tôt d’un rapprochement entre Israéliens et Palestiniens et que Sharon faisait de chaudes recommandations à Mahmoud Abbas pour “faire cesser les violences palestiniennes”, l’armée israélienne poursuivait ses exactions dans les territoires palestiniens en toute impunité.

En dépit des déclarations officielles lénifiantes des autorités israéliennes, sans commune mesure avec le ferme engagement de Mahmoud Abbas de juguler les attentats anti-israéliens et relatives à l’allégement des restrictions portant sur l’occupation militaire israélienne des territoires palestiniens, l’armée israélienne continue à maintenir fermées partiellement ou complètement toutes les frontières et intersections dans la Bande de Gaza, imposant de sévères restrictions à la circulation au sein de la Cisjordanie, créant de nouveaux barrages y compris à Jérusalem.

Il est clair que pour pouvoir faire cesser les violences israéliennes, il faudrait déjà commencer par en faire état et ne pas étouffer ou censurer ce que les organes de presse ont rapporté malgré le black-out des Israéliens.

N. Rahal

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