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Affrontons le
problème
Après l’unanimisme
de façade qui a été le catalyseur des graves événements d’octobre
1988 en ce que cette attitude a occulté les profondes contradictions
qui agitent le pouvoir algérien, nous avons droit aujourd’hui à «un
consensus national à construire» pour consolider l’unité de la
nation. Le concept est en soi tout à fait acceptable, mais pas dans
le contexte dans lequel il est évoqué, à savoir celui de la mise en
œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Tant
il est vrai que l’esprit et la lettre de cette Charte ont été
définitivement cernés par le référendum du 29 septembre 2005 lors
duquel le peuple algérien s’est prononcé sur son acceptation des
principes fondamentaux qui la sous-tendent. Et, faut-il le préciser,
la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, de même que
les textes de sa mise en œuvre, ne mentionnent en aucune manière
une quelconque étape supplémentaire dite de consensus national à
construire qui servirait de surcroît à réintégrer dans le jeu
politique «toutes celles et tous ceux qui se sont marginalisés ou
qui ont été marginalisées du fait des vicissitudes de la vie
politique, des maladresses et de l’entêtement de certains». Sachant
que les dites vicissitudes de la vie politique, les maladresses et
l’entêtement ne sont rien d’autre que l’activité insurrectionnelle
et subversive d’individus, du reste clairement évoqués et condamnés
par les textes portant Charte pour la paix.
Il ne faut donc
plus continuer à nous voiler la face plus longtemps. Le chef de
l’Etat, dans son dernier message lu le jour de la commémoration du
20-Août à Béjaïa, révèle enfin ses véritables intentions, ses
motivations profondes et son ancrage de plus en plus prononcé dans
le peloton de tête du courant islamo-conservateur, en manœuvrant de
toutes les façons possibles pour ouvrir une brèche à la
réhabilitation des anciens du FIS dissous et leur permettre de venir
à la rescousse d’un FLN en panne d’énergies et de perspectives. Le
constat est sans appel et ne pas le faire aujourd’hui revient à nous
préparer de bien mauvaises surprises dans un avenir proche, tant le
projet politique véritable de Abdelaziz Bouteflika se décline sous
nos yeux depuis maintenant plus de deux ans en mysticisme appuyé, en
fermeture de plus en plus évidente du champ de l’expression et en
retour des réflexes d’immobilisme et de stagnation chers au parti
dont il s’avère être le seul vrai patron. Réflexes qui l’ont
d’ailleurs conduit, par deux fois, à geler totalement son activité
présidentielle pour imposer son rythme et ses vues au reste des
institutions de la République. Une première fois au début de l’année
2005, pour tenter de peser sur le contenu jugé trop favorable aux
forces de sécurité et à l’ANP des textes portant paix et
réconciliation nationale. Une seconde fois depuis le 15 juillet de
cette année, en s’éclipsant de la scène sans aucune explication et
mettant, pendant plus d’un mois maintenant, l’Etat dans une
situation de flottement difficilement supportable au moment où
s’annonce une rentrée sociale désastreuse, dans un contexte
international particulièrement sensible où l’Algérie ne peut pas
continuer de rester ainsi sans voix. Ces deux bouderies, qui
ressemblent étrangement à des formes de pression qui ne disent pas
leur nom, se produisent autour d’un seul problème, fondamental pour
le FLN, celui de la tentative de remise en selle des anciens
dirigeants du FIS dissous. Une remise en selle qui est l’unique voie
de salut pour un parti et une force politique disqualifiés par
l’Histoire depuis octobre 1988. Cependant, ce qui gêne le plus dans
tout cela est qu’on continue à prendre les Algériens pour des
enfants incapables de comprendre les problèmes des adultes et à qui
on essaye constamment de dissimuler la vérité. Jusqu’à quand ?
Sachant que ces mêmes Algériens ont non seulement toujours eu cette
étonnante capacité à comprendre ce qui se passait vraiment dans leur
pays, mais aussi à anticiper sur les événements et à peser sur eux
d’une façon très responsable. C’est ainsi que c’est grâce à
l’implication du peuple algérien que le 20 août 1955 a pu marquer un
tournant dans la Guerre de Libération nationale en la rendant…
populaire ; qu’en décembre 1960 il sortit dans la rue pour exiger
son indépendance ; qu’en juin 1965 il n’est pas intervenu, laissant
ainsi l’ANP le délivrer de la mégalomanie de Ben Bella ; qu’en
octobre 1988 il laissa juste les enfants régler son compte à un FLN
usé ; qu’en janvier 1992 il ne suivit pas le FIS dans son aventure
suicidaire et que le 29 septembre 2005, il ne s’opposa pas à
l’adoption d’une loi portant paix et réconciliation nationale qui
condamne sans appel le FIS et rend un hommage appuyé à l’ANP et aux
forces de sécurité.
Le peuple algérien
est donc loin d’être un peuple d’enfants à qui il faut cacher le
divorce consommé entre les supposés adultes. Et le divorce est là,
sous nos yeux, avec pour preuve matérielle patente le retrait du
président de la République de toute vie politique réelle depuis
plus de 38 jours maintenant sans qu’aucune explication officielle ne
puisse être donnée pour la justifier. Et ce n’est pas le silence
pesant de la classe politique ou l’autocensure de plomb que s’impose
la presse privée qui vont arranger les choses. Bien au contraire,
parce qu’aujourd’hui déjà, cette omerta institutionnelle nationale
est en train de pousser les Algériens à ne plus croire en personne
ni en rien, même pas à une presse qui restait à ses yeux le dernier
bastion de la vérité.
A. M.
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