|
Accueil
La trame du mercredi
Une paix
vacillante
Il faut s’aveugler
soi-même pour ne pas voir que le Moyen-Orient se trouve à la veille
d’une guerre qui, à la fois par son intensité et sa portée, ne
ressemblera pas à celles qui ont précédé. Le cessez-le-feu n’est pas
plus tôt entré en vigueur, en application de la résolution 1701 du
Conseil de sécurité, qu’il est violé par Israël, qui s’était accordé
le droit de traquer sans répit les membres du Hezbollah. Il est plus
que probable que des incidents de ce genre éclatent dans les jours
qui viennent. Les menaces du gouvernement libanais d’arrêter le
déploiement de son armée à la frontière avec Israël, si les Nations
unies ne condamnent pas cette première violation, sont empreintes de
pathétique, outre qu’elles n’augurent rien de bon pour une paix que
la communauté internationale a eu du mal à obtenir et que, du reste,
elle ne semble pas déterminée à faire respecter. N’est-il pas
étrange qu’une armée mette des conditions à poursuivre l’occupation
d’une partie de son propre territoire, qu’elle a dû quitter voilà
des années, dans l’incapacité où elle était de la défendre, et où
elle est maintenant accueillie avec une liesse populaire dont sont
reçues généralement les forces libératrices? Il faut dire que le
gouvernement libanais n’est pas seul à vouloir réviser sa position
devant la tournure que menacent de prendre les événements. La force
onusienne d’interposition tarde à se mettre en place, en particulier
à cause des réticences brusquement manifestées par la France, elle
qui a donné à penser au cours des négociations en vue de l’arrêt des
hostilités qu’elle était prête à fournir le plus important
contingent de la Finul renforcée, cet engagement implicite ayant
d’ailleurs beaucoup pesé dans l’élaboration et l’adoption de la
résolution 1701. En décidant de limiter sa contribution à 200
soldats, qui plus est destinés au déblaiement des gravats et à la
reconstruction, du moins tant que la mission de la Finul n’est pas
entourée de toutes les garanties souhaitables, la France marque un
tel recul par rapport à ses premières dispositions qu’on peut
légitimement se demander si le déploiement de la force
internationale, censée venir seconder l’armée régulière libanaise,
aura lieu avant que les armes ne se donnent à nouveau libre cours.
Cette attitude est compréhensible. La France veut éviter des
mésaventures comme celles qu’elle a subies dans le passé, à Beyrouth
d’abord, en Bosnie-Herzégovine ensuite, dans le cadre de missions
de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Or, elle sait que la
situation prévalant actuellement au Moyen-Orient est bien plus
dangereuse que toutes celles qu’elle a connues sur d’autres fronts,
chaque fois au service de la paix dans le monde. Au Liban sud, ses
soldats seraient exposés aux attaques de la Syrie et de l’Iran, les
tuteurs du Hezbollah, vis-à-vis desquels elle mène pour l’essentiel
une politique identique à celle des Etats-Unis et de la
Grande-Bretagne. Comme la résolution 1701 ne fait pas obligation à
la force d’interposition de désarmer la milice chiite, il n’est pas
bien difficile d’imaginer le piège dans lequel tomberaient des
bataillons déployés pour assurer la paix mais qui seraient en
réalité privés de la possibilité de rendre coup pour coup, qui
seraient pris entre deux feux, qui deviendraient par moments la
cible de l’un ou l’autre camp, quand ce n’est pas des deux à la
fois, ces derniers étant engagés, en ce qui les concerne, dans une
guerre sans merci.
Le moyen
d’instaurer la paix quand les belligérants sont d’accord pour
estimer qu’ils sont loin d’avoir vidé leur querelle ! Bien que
condamné par L’ONU pour son opération commando près de la frontière
syrienne, Israël n’a pas caché qu’il se préparait à un second round
avec le Hezbollah. Impossible de dire plus clairement que son
premier souci est de torpiller la paix. C’est qu’Israël ne peut pas
rester sur une défaite sans mettre son existence en péril. Non qu’il
craigne d’être écrasé, sa supériorité militaire le garantissant pour
longtemps encore contre un tel désastre, toutefois, pour son
malheur, il lui suffit de perdre une bataille pour risquer de tout
perdre, de se perdre. Il vient de subir une défaite, ou ce qui, du
moins, passe pour une défaite. Ce qui revient au même, car c’est
dans sa propre opinion que se déroule la partie décisive. De tous
ses mythes fondateurs, celui de l’invincibilité de son armée est le
plus fort, le plus agissant, le plus secourable. C ‘est de lui qu’il
dépend encore que son implantation dans la région se poursuive ou
que s’inverse le processus enclenché depuis le début du siècle
dernier, et que commence alors une nouvelle diaspora.
Mohamed Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
|