Semaine du 23 au 29 août 2006

 

La trame du mercredi

Une paix vacillante

 

 
 
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La trame du mercredi

Une paix vacillante

Il faut s’aveugler soi-même pour ne pas voir que le Moyen-Orient se trouve à la veille d’une guerre qui, à la fois par son intensité et sa portée, ne ressemblera pas à celles qui ont précédé. Le cessez-le-feu n’est pas plus tôt entré en vigueur, en application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qu’il est violé par Israël, qui s’était accordé le droit de traquer sans répit les membres du Hezbollah. Il est plus que probable que des incidents de ce genre éclatent dans les jours qui viennent. Les menaces du gouvernement libanais d’arrêter le déploiement de son armée à la frontière avec Israël, si les Nations unies ne condamnent pas cette première violation, sont empreintes de pathétique, outre qu’elles n’augurent rien de bon pour une paix que la communauté internationale a eu du mal à obtenir et que, du reste, elle ne semble pas déterminée à faire respecter. N’est-il pas étrange qu’une armée mette des conditions à poursuivre l’occupation d’une partie de son propre territoire, qu’elle a dû quitter voilà des années, dans l’incapacité où elle était de la défendre, et où elle est maintenant accueillie avec une liesse populaire dont sont reçues généralement les forces libératrices? Il faut dire que le gouvernement libanais n’est pas seul  à vouloir réviser sa position  devant la tournure que menacent de prendre les événements. La force onusienne d’interposition tarde à se mettre en place, en particulier à cause des réticences brusquement manifestées par la France, elle qui a donné à penser au cours des négociations en vue de l’arrêt des hostilités qu’elle était prête à fournir le plus important contingent  de la Finul renforcée, cet engagement implicite ayant d’ailleurs beaucoup pesé dans l’élaboration et l’adoption de la résolution 1701. En décidant de limiter sa contribution à 200 soldats, qui plus est destinés au déblaiement des gravats et à la reconstruction, du moins tant que la mission de la Finul n’est pas entourée de toutes les garanties souhaitables, la France marque un tel recul par rapport à ses premières dispositions qu’on peut légitimement se demander si le déploiement de la force internationale, censée venir seconder l’armée régulière libanaise, aura lieu avant  que les armes ne se donnent à nouveau libre cours. Cette attitude est compréhensible. La  France veut éviter des mésaventures comme celles qu’elle a subies dans le passé, à Beyrouth d’abord, en Bosnie-Herzégovine ensuite,  dans le cadre de missions de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Or, elle sait que la situation prévalant actuellement au Moyen-Orient est bien plus dangereuse que toutes celles qu’elle a connues sur d’autres fronts, chaque fois au service de la paix dans le monde. Au Liban sud, ses soldats seraient exposés aux attaques de la Syrie et de l’Iran, les tuteurs du Hezbollah, vis-à-vis desquels elle mène pour l’essentiel une politique identique à celle des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Comme la résolution 1701 ne fait pas obligation à la force d’interposition de désarmer la milice chiite, il n’est pas bien difficile d’imaginer le piège dans lequel tomberaient des bataillons déployés pour assurer la paix mais qui seraient en réalité privés de la possibilité de rendre coup pour coup, qui seraient pris entre deux feux, qui deviendraient par moments la cible de l’un ou l’autre camp, quand ce n’est pas des deux à la fois, ces derniers étant  engagés, en ce qui les concerne, dans une guerre sans merci.

Le moyen d’instaurer la paix quand les belligérants sont d’accord pour estimer qu’ils sont loin d’avoir vidé leur querelle ! Bien que condamné par L’ONU pour son opération commando près de la frontière syrienne, Israël n’a pas caché qu’il se préparait à un second round avec le Hezbollah. Impossible de dire plus clairement  que son premier souci est de torpiller la paix. C’est qu’Israël ne peut pas rester sur une défaite sans mettre son existence en péril. Non qu’il craigne d’être écrasé, sa supériorité militaire le garantissant pour longtemps encore contre un tel désastre, toutefois, pour son malheur, il lui suffit de perdre une bataille pour risquer de tout perdre, de se perdre. Il vient de subir une défaite, ou ce qui, du moins, passe pour une défaite. Ce qui  revient au même, car  c’est dans sa propre opinion que se déroule  la partie décisive. De tous ses mythes fondateurs, celui de l’invincibilité de son armée est le plus fort, le plus agissant, le plus secourable. C ‘est de lui qu’il dépend encore que son implantation dans la région se poursuive ou que s’inverse le processus enclenché depuis le début du siècle dernier, et que commence alors une nouvelle diaspora.

Mohamed Habili  

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