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Code de la nationalité
Les binationaux
entre le marteau et l’enclume
Décidément, le
nouveau code de la nationalité ne fait pas l’unanimité. En fait, le
problème n’est pas tant dans son contenu, qui est jugé par certains
de révolutionnaire car il accorde désormais la nationalité
algérienne par filiation maternelle, sans tenir vraiment compte de
la nationalité et du lieu de naissance du père ; mais ce qui
chagrine beaucoup les binationaux, qui espéraient ces changements,
reste l’attitude du président de la République, qui a clairement
signifié sa position en déclarant que "ceux qui ont la double
nationalité doivent impérativement assumer leur choix et aller vivre
ailleurs".
Après cette
déclaration, les binationaux ne savent plus sur quel pied danser.
Eux qui espéraient tant voir des réformes concrètes du code de la
nationalité, en vigueur depuis 1968, et qui accordait la nationalité
algérienne uniquement par filiation paternelle, comme c’est le cas
dans plusieurs pays du Bassin méditerranéen, ont applaudi
l’avant-projet de loi qui modifie et complète l’ordonnance n° 70-86
du 15 décembre 1970, présenté lors du Conseil du gouvernement du 25
août 2004.
Cette nouvelle
mouture allait apporter un grand changement dans la mesure où il
était prévu d’accorder la nationalité aux enfants nés en Algérie, de
mère algérienne, même si le père n’est pas né en Algérie, ainsi
qu’aux enfants nés à l’étranger de mère algérienne et de père
étranger, avant ou après leur majorité. L’amendement a aussi prévu
d’octroyer la nationalité algérienne à tout étranger ou étrangère
marié à une Algérienne ou à un Algérien. En clair, le droit du sang
qui, à lui seul, déterminait la filiation est désormais conjugué
avec le droit du sol.
A l’issue de ce
conseil, un communiqué précise que "la nouvelle mouture vise à
consacrer, conformément à la Constitution, l’égalité entre la femme
et l’homme et assure une plus grande protection des enfants en
matière d’acquisition de la nationalité et prend en compte les
nouvelles situations apparues au sein de la société". Autrement dit,
le nouveau texte tend à mettre fin aux situations le plus souvent
inextricables dans lesquelles se retrouvent les enfants nés de
mariages mixtes et aussi le parent non-algérien. Et comme ces
mariages ont plutôt tendance à augmenter, les problèmes qui en
découlent sont parmi les facteurs qui font que leur durée de vie est
aléatoire. C’est pour que les Algériens puissent contracter des
mariages mixtes sans se soucier du devenir de leurs enfants qui, au
terme de ces amendements, auront sans aucune contrainte la
nationalité algérienne.
Ces réformes sont
considérées par l’une des responsables du collectif "20 ans barakat"
comme un vrai pas de géant, car, explique-t-elle, la reconnaissance
par l’Algérie de la double nationalité reflète une petite ouverture
sur le monde. "Nous sortons un peu du droit du sang et faisons un
pas vers les idéaux universalistes. "
C’est donc pour
adapter la législation algérienne aux mutations que le pays a
connues dans tous les domaines, mais c’est aussi et surtout pour
l’adapter aux normes internationales que ces nouvelles dispositions
ont été décidées par le gouvernement. Il faut croire aussi que
l’Algérie qui a participé, en 1999, à la vingtième session de la
convention relative à l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes, s’est montrée disponible à
œuvrer dans ce sens. Pour preuve, elle a accepté depuis de réviser
le code de la famille, qui est à l’origine d’un grand mécontentement
en Algérie, mais aussi de revoir le code de la nationalité.
Mais il faut dire
que la joie des binationaux à l’annonce des réformes du code de la
nationalité a été de courte durée. En effet, dans l’un de ses
discours, le président Bouteflika évoque le cas des binationaux en
Algérie et ne manque pas de citer l’exemple de la Mauritanie qui
radie de facto tout Mauritanien ayant opté pour une nationalité
différente. L’allusion est à peine voilée et les binationaux ont
tout de suite senti que désormais, ils auront à faire un choix des
plus difficiles.
Le président de la
République a été on ne peut plus clair : "L’Etat va désormais se
comporter avec eux exactement comme s’il s’agissait d’étrangers. "
La sentence est dure, mais elle est motivée par une fierté
ancestrale qui refuse tout rapprochement avec le pays colonisateur,
surtout qu’à cette époque, le consul général de France à Alger,
Francis Heude, avait déclaré dans une conférence de presse que 100
000 demandes de nationalité française ont été présentées par des
Algériens pour la seule année 2005 et que moins d’une centaine
seulement parmi elles ont connu un aboutissement favorable.
Autrement dit, la France ne souhaite pas voir vivre sur sa terre des
Algériens, même si nombreux sont à moitié français, résultant d’un
mariage mixte.
Donc les
binationaux, qui étaient plutôt contents de se voir accorder la
double nationalité, sont décontenancés par le fait qu’ils seront
considérés et traités comme des étrangers et qu’ils doivent choisir
entre la nationalité française et la nationalité algérienne. Ce
désarroi est apparent à travers une lettre adressée par le président
de l’association "St-Denis : vivre ensemble, vivre mieux" au
président de la République.
A travers cette
lettre, le président de l’association exprime sa crainte, sa
déception et aussi sa frustration qui, précise-t-il, sont également
celles de tous les immigrés algériens, devant l’annonce de la
réforme sur la double nationalité. L’inquiétude des immigrés et des
binationaux n’a rien d’ambigu.
Les déclarations
du président de la République signifient-elles que le glas a sonné
pour la double nationalité ? Les binationaux se verront-ils
interdire la délivrance d’un passeport algérien ? Autant de
questions que les binationaux se posent. Ils n’arrivent surtout pas
à imaginer qu’on puisse leur infliger un choix difficile. " Mon
désarroi est grand à l’idée de devoir choisir entre la nationalité
française et la nationalité algérienne. Devoir choisir entre ma
patrie d’origine et ma patrie d’adoption est inimaginable et cruel.
J’aime ces deux pays du même amour. Demande-t-on à une mère de
choisir entre ses deux enfants ?" Le ton est des plus émouvants,
d’autant plus qu’il reflète l’état d’esprit de beaucoup d’immigrés ?
"Monsieur le Président, permettez à l’immigration, souvent vécue
douloureusement, d’être finalement une richesse et non un échec.
Faite-nous la grâce de ne pas nous priver de notre drapeau", écrit
le président de l’association "St-Denis : vivre ensemble, vivre
mieux".
Demander à ces
bi-nationaux d’opter pour une nationalité plutôt qu’une autre serait
assurément les mettre devant un choix difficile. Ce serait aussi les
priver d’une partie d’eux-mêmes, les amputer d’une culture qui ne
peut être qu’enrichissante. Ceux qui ne demandent qu’à être des
passerelles entre l’Orient et l’Occident pour que le meilleur de
chaque culture se côtoie et apprenne à se connaître, à se comprendre
et à s’accepter.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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La mise au point de Bouteflika
Ces binationaux qui nous toisent
Certes, il n’y avait aucune urgence de s'en prendre aux binationaux.
On ne comprend pas l'irritation du Président qui, dans son discours,
dénie le droit de garder la nationalité algérienne à ceux qui optent
pour une autre nationalité. S'il a décrit des situations
paradoxales, il a mis également en exergue son option à ce sujet. Le
président Bouteflika souligne que «l'émigration ne résoudra pas nos
problèmes» ; il est vrai que celle-ci est loin de constituer un
apport en IDE conséquent. Le Président s'interroge aussi : «Est-il
normal qu'un Algérien fasse la queue devant le consulat à l'étranger
pour demander un visa pour rentrer dans son propre pays ?» Dans le
même temps, il prend l'exemple de la Mauritanie, «ce pays voisin
qui retire systématiquement la nationalité mauritanienne à ceux de
ses ressortissants qui en choisissent une autre», où effectivement
les étrangers sont les bienvenus sans que les Mauritaniens qui
optent pour une autre nationalité puissent garder leur nationalité
d'origine.
Mais
si on peut concevoir les fondements et les convictions qui animent
le Président à propos des binationaux, on ne comprend pas comment
des ministres actuels du gouvernement – cela n'a rien d'un secret
–détiennent une citoyenneté étrangère en plus de l'algérienne. Mais
le Président est catégorique : «Celui des Algériens qui détient un
passeport étranger est libre de l'avoir, mais il ne pourra pas
garder celui algérien», soulignant au passage : «Je ne connais aucun
pays au monde qui donne des postes de souveraineté à des
binationaux.»
Cette déclaration a été analysée à l'étranger comme les prémices
d’une nouvelle version du code de la nationalité, récemment amendé
d'ailleurs, voire une interdiction légale pour tout ex-Algérien de
garder la nationalité algérienne. Le Président semble en tous les
cas intraitable : «Nous allons nous comporter avec eux comme avec
des étrangers. Qu'ils viennent nous faire profiter de leurs
compétences, nous les paierons comme des étrangers, s'ils le
souhaitent. Mais qu'ils arrêtent de nous prendre de haut !» Il
souligne que ceux qui veulent travailler en Algérie comme expatriés
le feront aux conditions des expatriés.
Il
rappelle, au cours de son discours, certains errements puisqu'on
permettait à un Algérien détenteur d'une seconde nationalité,
notamment française, de choisir «de passer son service militaire ici
ou dans un pays étranger». Il rappelle également l'épisode cocasse
évoquant des Algériens résidant à l'étranger, naturalisés, «qui
viennent nous faire des propositions bizarres». Parlait-il de Ali
Benouari ?
Cet
ancien ministre du budget, naturalisé Suisse, candidat aux élections
cantonales sur une liste d'extrême droite, s'était invité pour
défendre avec force la convertibilité totale du dinar.
Mais
le discours du Président, s'il n’a pas suscité de nombreuses
réactions dans le pays, n'est pas passé inaperçu, en France
notamment, où on compte le plus grand nombre d'Algériens détenteurs
d'une double nationalité.
Le
phénomène a pris une nouvelle ampleur alors qu'il n'est plus lié à
des considérations légales ou pratiques.
Selon le journal français Le Figaro, le consul général de France à
Alger a indiqué récemment qu'il a reçu 100 000 demandes de
«réintégration dans la nationalité française» en 2005. Les
procédures engagées sont nombreuses en France ; des cabinets
d'avocats (souvent propriété de défenseurs d'origine algérienne,
binationaux également) se sont spécialisés dans ce genre de
procédures.
Est-ce cette situation qui a fâché le président Bouteflika ?
Peut-être, mais peut-on retiréer sur simple décision admirative ou
judiciaire l'appartenance d'un individu à un pays ? Récemment, Assia
Djebbar est entrée à l'Académie française. A-t-elle perdu de son
algérianité ? Certes non. On peut aujourd'hui se référer à ses
écrits et à son parcours lorsqu'on évoque la littérature algérienne
de langue française, qui n’a rien de binational celle-là mais est
bien de chez nous, même si elle s'exprime dans une langue héritée de
la pire des colonisations que l'humanité ait connue.
Quant à Zidane, ce Français qui a porté hauts les couleurs de
l'équipe nationale française, il a rappelé qu'il était bien algérien
en assenant à Materazzi le coup de tête – un art de combat
spécifiquement maghrébin apparemment – le plus célèbre dans le
monde.
Amine Esseghir
En France aussi
Dans
une lettre ouverte adressée par la Coalition nationale des harkis et
des associations de harkis, au président français Jacques Chirac,
les harkis réagissent violemment au discours tendant à donner plus
de crédit aux déclarations du Président algérien.
«Nous sommes surpris, voire atterrés, à juste titre, par l'absence
incompréhensible de réaction d'indignation du chef de l'Etat et de
son gouvernement, lors des odieuses bordées d'injures réitérées, de
la part de la dictature algérienne envers ses ressortissants même
binationaux franco-algériens – mais sont-ils vraiment des français
selon notre constitution et leur allégeance illimitée et
passionnelle à leur patrie d'origine ? – et de leurs supporters
marxistes. Les harkis, qui reprochent à la France d'avoir été
spoliés et trahis, ne cessent de mettre en exergue les déclarations
du président Bouteflika les concernant, alors que leur plus gros
souci reste la reconnaissance par la France de ce qu'ils appellent
‘leurs souffrances’.
Pour
eux, s'affirmant d'authentiques français, un pays aussi glorieux que
la France (terni, cependant, depuis quelques décennies, par sa
classe politique défaillante et à la probité trop aléatoire) doit
savoir admettre et réparer ses turpitudes les plus perfides plutôt
que de s'évertuer à les occulter. Pour être complet, je soutiens au
plus fort que votre résolution de faire déclasser tout l'alinéa 2 de
l'article 4 de la loi du 23 février 2005 (incluant, dans sa seconde
partie, l'insertion dans les manuels scolaires d'un chapitre sur les
harkis sans rapport avec l'œuvre positive de la présence française
outre-mer) fut une erreur magistrale, un camouflet pour les harkis
et un feu vert implicite pour tous les racistes anti-harkis qui ont
cru voir un signal de votre part.»
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