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La trame du mercredi
Dans le doute s’abstenir
A la façon dont le RCD fait campagne pour les
élections partielles du 24 novembre, on peut deviner qu’il se sent en grande
difficulté. Il serait certainement plus cohérent s’il savait qu’il obtiendrait
des résultats qui ne remettraient pas en cause son statut de deuxième formation
en Kabylie, juste derrière le FFS. C’est l’insupportable perspective d’être
supplanté dans son fief, encore que celui-ci soit d’abord voué au FFS, notamment
par le FLN ou le RND, et plus horrible encore par les deux à la fois, qui le met
dans tous ses états. On a connu un Saïd Sadi plus pondéré, plus lucide que ça.
Certains des arguments qu’il avance pour mobiliser l’électorat concernent
d’ailleurs moins les élections que le jour d’après, quand il sera question
d’expliquer aux militants à quoi est due la sanction très négative des urnes. Le
leader du RCD, qui était sûr lors de l’échéance présidentielle d’avril 2004 que
le président sortant, un certain Abdelaziz Bouteflika, ne passerait pas, s’est
dépensé moins pendant la campagne qu’après elle, dans le but évidemment
d’atténuer le choc ressenti par ses militants et ses électeurs au vu de la
grande modestie de son score. Il est en train d’inventer une manière unique de
faire campagne, ça consiste à appeler les électeurs à se mobiliser pour des
consultations où la fraude est par définition au programme. Le mérite de ce
type de campagne est que toute défaite s’en trouve par avance justifiée, et
mieux encore, expliquée, analysée, décortiquée point par point à l’usage des
militant et des sympathisants, qui seraient alors bien obligés, sauf à vouloir
faire le jeu des fraudeurs, de renouveler leur confiance au leader. En somme, il
s’agit moins de se faire élire, ou de faire élire, que de prévenir la
contestation de la direction par des militants qui voudraient sortir du cycle de
l’échec recommencé. Admettons qu’il n’y a effectivement pas de plus intelligent
à faire quand on est tout le temps sûr de sa prochaine déroute.
Or, par résultats en l’espèce, il ne s’agit pas
seulement d’arracher sa part en quelque sorte légitime de sièges dans les
assemblées locales de son bastion, il faut également, il faut surtout engranger
un nombre suffisant de suffrages, ce qui suppose à tout le moins une
participation importante. Pour le RCD, mais à cet égard, pour le FFS aussi, le
plus redoutable adversaire lors de l’échéance du 24 novembre, c’est moins la
volonté affichée du FLN et du RND de leur damer le pion dans leur fief commun,
que l’abstention massive, qui les réduirait eux aussi à la portion congrue en
Kabylie, et qui pourrait avoir de graves conséquences sur leur cohésion interne.
Il se trouve que cette sombre perspective s’affirme de jour en jour. Il serait
vraiment surprenant si la participation était finalement conforme à la norme
régionale, qui est basse comme on le sait.
Pourtant rien ne les obligeait à courir au devant
d’une déconfiture annoncée. Ils auraient pu choisir de faire comme le prescrit
l’adage : dans le doute s’abstenir. En réalité, ils avaient le devoir de
s’abstenir à cette occasion, étant donné que l’un et l’autre, mais plus
particulièrement le FFS, avaient commencé par dénoncer la dissolution des
assemblées. Le FFS s’était soulevé avec une telle véhémence contre cette mesure,
qu’il avait qualifiée à juste titre d’anticonstitutionnelle, qu’il devait opter
tout naturellement pour le boycott de l’échéance. Mais il y avait une raison
supplémentaire de faire ce choix, c’est l’abstention massive qui avait
caractérisé le référendum du 29 septembre, et qui elle touchait tout le pays.
Entre boycotter, parce que l’ambiance était à l’échelle nationale à
l’abstention, et s’éviter ainsi le désaveu populaire, dans la seule région de
plus où l’on est véritablement implanté, où participer en courant le risque de
rompre avec son électorat peut-être définitivement, il n’y avait pas à balancer
tout bien considéré.
Il semble bien, compte tenu du fait qu’il a
beaucoup hésité avant d’annoncer sa participation, que c’est là le choix
qu’aurait fait le FFS… s’il avait résisté à la pression qu’a constitué pour lui
la participation annoncée du RCD. Et celui-ci aussi se serait au bout du compte
déterminé pour la participation s’il avait commencé par hésiter, et s’il avait
vu que le FFS était lui par contre partant. C’est surtout ce jeu-là que leurs
électeurs menacent de sanctionner le 24 novembre.
M. Habili
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