Semaine du 23 au 29 Novembre 2005

 

Etats-Unis

La politique irakienne divise les Américains

La CIA aurait créé des centres du renseignement à l'étranger

Espagne

Le franquisme fait encore recettes

 

 
 
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La politique irakienne divise les Américains

Alors qu'il y a près de trois ans la plupart des Américains soutenaient la décision prise par George Bush d'intervenir en Irak, le pays, aujourd'hui beaucoup moins unanime à ce sujet, exige de son gouvernement qu'il présente un plan de sortie du conflit.  

Le Sénat - contrôlé par les républicains - a sonné la charge cette semaine en adoptant une résolution plaidant pour une accélération du processus d'émancipation de l'Irak, un premier pas symbolique qui n'augure pas pour autant du retrait prochain des 153.000 soldats américains déployés dans ce pays. Cette résolution appelle les Irakiens à devenir plus autonomes dans le domaine de la sécurité d'ici la fin de l'année 2006 et demande à l'administration Bush d'exposer clairement ses objectifs et de mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour les réaliser.   L'initiative des sénateurs coïncide avec le lancement par la Maison-blanche d'une contre-offensive visant ceux qui reprochent vivement à l'administration Bush l'utilisation qu'elle a faite, pour justifier la guerre, de renseignements depuis discrédités sur la dangerosité du régime de Saddam Hussein. Le démocrate John Murtha, un "faucon" siégeant à la Chambre des représentants qui avait soutenu le déclenchement de la guerre, a jeté de l'huile sur le feu en appelant le gouvernement à retirer immédiatement les troupes américaines d'Irak. "Les Etats-Unis ne peuvent rien accomplir de plus militairement en Irak, il est temps de rapatrier nos troupes", a-t-il précisé. Longtemps, les Américains ont hésité à remettre en question la gestion par Bush de la crise irakienne, acceptant implicitement l'argument selon lequel ce conflit revêtait une importance cruciale dans la guerre mondiale contre le terrorisme lancée après les attentats du 11 septembre 2001.

 Mais vu le déclin de la cote de popularité du président et l'accroissement du nombre de soldats américains tués sur le sol irakien - plus de 2.000 -, les parlementaires, à l'approche des élections de mi-mandat prévues l'an prochain, semblent retrouver leur liberté de parole.

Selon un sondage Gallup publié cette semaine, 63% des Américains sont mécontents de la gestion par Bush du dossier irakien. Un même sondage mené en mars 2003, avant le déclenchement de la guerre, indiquait que 66% des sondés seraient favorables à l'entrée en guerre contre l'Irak si son dirigeant, Saddam Hussein, ne se pliait pas aux exigences de Bush. Pour Judith Yaphe, spécialiste du Moyen-Orient au sein de l'Université nationale de la défense, "ce qui se passe au Sénat montre que les deux parties comprennent que ce sujet suscite une préoccupation croissante dont il faut s'occuper, et ils veulent être en première ligne".

A présent, Bush est défié sur ce sujet non seulement par l'opposition démocrate mais aussi dans les rangs de son propre parti. "Quelle que soit la manière dont la  Maison-blanche compte présenter la chose, le Sénat des Etats-Unis a voté cette semaine une motion de censure sur la guerre en Irak. Il était temps", estime jeudi le New York Times dans un éditorial.  Par 79 voix contre 19, le Sénat a estimé que 2006 devrait "être une période de transition vers une souveraineté irakienne complète, les forces de sécurité irakiennes se chargeant de la sécurité d'un Irak libre et souverain, créant ainsi les conditions d'un retrait progressif des forces américaines d'Irak".Cette résolution, destinée à "clarifier et recommander des changements" dans la politique américaine en Irak, demande en outre la présentation au Congrès de rapports trimestriels sur l'évolution de la situation. Les démocrates avaient exigé l'élaboration d'un plan de retrait, mais leur demande a été rejetée. Les détracteurs de la motion ont estimé qu'elle encouragerait l'insurrection sunnite en Irak et rappelait le précédent malheureux de la débâcle américaine au Vietnam, en 1975. Les analystes prédisent le maintien en Irak, dans les deux à trois ans à venir, d'une importante présence militaire américaine en Irak - qui pourrait être de 100.000 soldats - même si les effectifs dépendront de la définition de la mission des forces américaines, dont certains estiment qu'elle devrait être reformulée.

 

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  La CIA aurait créé des centres du renseignement à l'étranger

La CIA a créé dans plus d'une vingtaine de pays des centres gérés conjointement avec les services de renseignement locaux et destinés à la lutte antiterroriste, a rapporté récemment le Washington Post. Citant des responsables actuels et passés des services de renseignement américains et étrangers, le journal ajoute que la CIA dispose d'installations de ce type en Europe, au Proche-Orient et en Asie. Ces Centres du renseignement contre-terroriste (CTIC) sont des installations secrètes, différentes toutefois des prisons fantômes, ou "sites noirs", gérées par la CIA dans huit pays étrangers, souligne le Post. Dans ces CTIC, les agents américains et leurs homologues locaux prennent chaque jour des décisions sur des captures de suspects, sur les interrogatoires et sur les détentions. Ils étudient également les moyens de priver le réseau Al Qaïda de ses soutiens.  La CIA a refusé de répondre aux questions du journal.  Les CTIC s'inscrivent dans une "évolution fondamentale et permanente de la mission de la CIA, qui a débuté peu après les attentats de 2001" et a été orchestrée par le directeur de l'agence à l'époque, George Tenet, poursuit le Washington Post

 

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  Espagne

Le franquisme fait encore recettes

Trente ans après sa mort, et malgré les changements survenus depuis, il n'est pas nécessaire de gratter très profondément pour raviver les vieilles blessures que le général Francisco Franco a laissées en héritage à la société espagnole. En témoigne l'émoi suscité parmi la vieille garde du généralissime par le débat sur le renforcement de l'autonomie des régions espagnoles ou la réforme scolaire qui dévalorise l'enseignement religieux.   Franco, arrivé au pouvoir après la victoire de ses troupes fascistes sur les républicains, les communistes et les anarchistes lors de la guerre de 1936-39, est mort le 20 novembre 1975. L'Espagne s'est alors engagée dans une mutation radicale qui en a fait une démocratie stable, membre de l'Union européenne à l'économie prospère.  Mais que le gouvernement socialiste de José Rodriguez Zapatero décide, l'an passé, de retirer en pleine nuit l'une des dernières statues de Franco dans Madrid et aussitôt des centaines de nostalgiques franquistes se réunissent.

Aujourd'hui, c'est l'évolution du statut de la Catalogne et les réformes sociétales de Zapatero qui alimentent la colère de groupes d'extrême droite. Ce statut, rédigé par l'assemblée locale de la "generalitat", définit la Catalogne comme une nation au sein de la nation espagnole. Le texte est en débat aux Cortes, le Parlement national, où il devrait vraisemblablement être amendé, comme l'ont annoncé les socialistes. Mais le PSOE juge exagérément alarmistes les craintes du Parti populaire (PP, droite), qui voit dans cette évolution institutionnelle une menace contre l'unité de l'Espagne et une atteinte à sa constitution. Cette controverse renvoie par un effet de miroir aux divisions des années 1930 et semble traduire une cristallisation des divergences depuis l'arrivée au pouvoir de Zapatero, au lendemain des attentats de Madrid en mars 2004.  "Les vestiges de Franco peuvent encore se voir très nettement au sein de la droite, sur laquelle le nationalisme catholique dispose encore d'une énorme influence", juge Santiago Carrillo, ex-chef du Parti communiste espagnol qui est, à 90 ans, l'un des derniers symboles vivants de la République défaite par les troupes franquistes.  "La droite, poursuit-il, est au fond d'elle-même une droite très autoritaire, bloquée sur l'idée d'un Etat centralisateur."  Editorialiste du quotidien conservateur ABC, Francisco Rodriguez Adrados a comparé lui le gouvernement Zapatero au "Frente popular" issu des élections de 1936. "Ils sont anti-Américains, antimilitaristes et anticléricaux", écrivait-il récemment. Zapatero ne cache pas qu'il est influencé par son grand-père, un Républicain abattu pendant la guerre et qui, quelques heures avant sa mort, laissait un ultime message: "Je meurs innocent, et je pardonne". L'Eglise catholique, dont quelque 6.000 prêtres et religieuses furent tués entre 1936 et 1939 selon des historiens, s'est opposée à plusieurs reprises aux socialistes.

Carlos Esteban, rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire catholique Alba, juge qu'en agissant de la sorte, le gouvernement Zapatero enterre tout espoir de voir un jour la hiérarchie catholique présenter ses excuses pour le soutien apporté à Franco.  Au-delà de ces affrontements politiques, c'est tout un pan de la société espagnole qui semble vouloir secouer la chappe de plomb coulée en 1975. Durant la période dite de "la transition démocratique", qui s'est ouverte juste après la mort de Franco, les Espagnols avaient en effet préféré se concentrer sur leur avenir plutôt que de se pencher sur le lourd bilan de la dictature. En 1976, le congrès espagnol adoptait une loi d'amnistie qui libérait tous les prisonniers politiques du franquisme mais, dans le même temps, préconisait "l'oubli et le pardon" pour les actes considérés comme des crimes contre l'humanité.    Mais le juge espagnol Baltazar Garzon a préconisé la mise en place d'une "commission vérité" chargée d'enquêter sur les crimes contre l'humanité commis sous la dictature. En juillet, Amnesty International a estimé que l'Espagne devait rendre justice aux milliers de victimes de la répression franquiste, tuées, "disparues" ou torturées pendant les 40 ans de guerre civile et de dictature. Selon le rapport d'Amnesty, environ 30.000 personnes ont disparu après avoir été arrêtées entre 1939 et 1975.

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