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Etats-Unis
La politique irakienne divise les Américains
Alors qu'il y a près de trois ans la plupart des
Américains soutenaient la décision prise par George Bush d'intervenir en Irak,
le pays, aujourd'hui beaucoup moins unanime à ce sujet, exige de son
gouvernement qu'il présente un plan de sortie du conflit.
Le Sénat - contrôlé par les républicains - a sonné
la charge cette semaine en adoptant une résolution plaidant pour une
accélération du processus d'émancipation de l'Irak, un premier pas symbolique
qui n'augure pas pour autant du retrait prochain des 153.000 soldats américains
déployés dans ce pays. Cette résolution appelle les Irakiens à devenir plus
autonomes dans le domaine de la sécurité d'ici la fin de l'année 2006 et demande
à l'administration Bush d'exposer clairement ses objectifs et de mettre en
oeuvre les moyens nécessaires pour les réaliser. L'initiative des sénateurs
coïncide avec le lancement par la Maison-blanche d'une contre-offensive visant
ceux qui reprochent vivement à l'administration Bush l'utilisation qu'elle a
faite, pour justifier la guerre, de renseignements depuis discrédités sur la
dangerosité du régime de Saddam Hussein. Le démocrate John Murtha, un "faucon"
siégeant à la Chambre des représentants qui avait soutenu le déclenchement de la
guerre, a jeté de l'huile sur le feu en appelant le gouvernement à retirer
immédiatement les troupes américaines d'Irak. "Les Etats-Unis ne peuvent rien
accomplir de plus militairement en Irak, il est temps de rapatrier nos troupes",
a-t-il précisé. Longtemps, les Américains ont hésité à remettre en question la
gestion par Bush de la crise irakienne, acceptant implicitement l'argument selon
lequel ce conflit revêtait une importance cruciale dans la guerre mondiale
contre le terrorisme lancée après les attentats du 11 septembre 2001.
Mais vu le déclin de la cote de popularité du
président et l'accroissement du nombre de soldats américains tués sur le sol
irakien - plus de 2.000 -, les parlementaires, à l'approche des élections de
mi-mandat prévues l'an prochain, semblent retrouver leur liberté de parole.
Selon un sondage Gallup publié cette semaine, 63%
des Américains sont mécontents de la gestion par Bush du dossier irakien. Un
même sondage mené en mars 2003, avant le déclenchement de la guerre, indiquait
que 66% des sondés seraient favorables à l'entrée en guerre contre l'Irak si son
dirigeant, Saddam Hussein, ne se pliait pas aux exigences de Bush. Pour Judith
Yaphe, spécialiste du Moyen-Orient au sein de l'Université nationale de la
défense, "ce qui se passe au Sénat montre que les deux parties comprennent que
ce sujet suscite une préoccupation croissante dont il faut s'occuper, et ils
veulent être en première ligne".
A présent, Bush est défié sur ce sujet non
seulement par l'opposition démocrate mais aussi dans les rangs de son propre
parti. "Quelle que soit la manière dont la Maison-blanche compte présenter la
chose, le Sénat des Etats-Unis a voté cette semaine une motion de censure sur la
guerre en Irak. Il était temps", estime jeudi le New York Times dans un
éditorial. Par 79 voix contre 19, le Sénat a estimé que 2006 devrait "être une
période de transition vers une souveraineté irakienne complète, les forces de
sécurité irakiennes se chargeant de la sécurité d'un Irak libre et souverain,
créant ainsi les conditions d'un retrait progressif des forces américaines
d'Irak".Cette résolution, destinée à "clarifier et recommander des changements"
dans la politique américaine en Irak, demande en outre la présentation au
Congrès de rapports trimestriels sur l'évolution de la situation. Les démocrates
avaient exigé l'élaboration d'un plan de retrait, mais leur demande a été
rejetée. Les détracteurs de la motion ont estimé qu'elle encouragerait
l'insurrection sunnite en Irak et rappelait le précédent malheureux de la
débâcle américaine au Vietnam, en 1975. Les analystes prédisent le maintien en
Irak, dans les deux à trois ans à venir, d'une importante présence militaire
américaine en Irak - qui pourrait être de 100.000 soldats - même si les
effectifs dépendront de la définition de la mission des forces américaines, dont
certains estiment qu'elle devrait être reformulée.
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La CIA aurait créé des centres du renseignement
à l'étranger
La CIA a créé dans plus d'une vingtaine de pays des
centres gérés conjointement avec les services de renseignement locaux et
destinés à la lutte antiterroriste, a rapporté récemment le Washington Post.
Citant des responsables actuels et passés des services de renseignement
américains et étrangers, le journal ajoute que la CIA dispose d'installations de
ce type en Europe, au Proche-Orient et en Asie. Ces Centres du renseignement
contre-terroriste (CTIC) sont des installations secrètes, différentes toutefois
des prisons fantômes, ou "sites noirs", gérées par la CIA dans huit pays
étrangers, souligne le Post. Dans ces CTIC, les agents américains et leurs
homologues locaux prennent chaque jour des décisions sur des captures de
suspects, sur les interrogatoires et sur les détentions. Ils étudient également
les moyens de priver le réseau Al Qaïda de ses soutiens. La CIA a refusé de
répondre aux questions du journal. Les CTIC s'inscrivent dans une "évolution
fondamentale et permanente de la mission de la CIA, qui a débuté peu après les
attentats de 2001" et a été orchestrée par le directeur de l'agence à l'époque,
George Tenet, poursuit le Washington Post
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Espagne
Le franquisme fait encore recettes
Trente ans après sa mort, et malgré les changements
survenus depuis, il n'est pas nécessaire de gratter très profondément pour
raviver les vieilles blessures que le général Francisco Franco a laissées en
héritage à la société espagnole. En témoigne l'émoi suscité parmi la vieille
garde du généralissime par le débat sur le renforcement de l'autonomie des
régions espagnoles ou la réforme scolaire qui dévalorise l'enseignement
religieux. Franco, arrivé au pouvoir après la victoire de ses troupes
fascistes sur les républicains, les communistes et les anarchistes lors de la
guerre de 1936-39, est mort le 20 novembre 1975. L'Espagne s'est alors engagée
dans une mutation radicale qui en a fait une démocratie stable, membre de
l'Union européenne à l'économie prospère. Mais que le gouvernement socialiste
de José Rodriguez Zapatero décide, l'an passé, de retirer en pleine nuit l'une
des dernières statues de Franco dans Madrid et aussitôt des centaines de
nostalgiques franquistes se réunissent.
Aujourd'hui, c'est l'évolution du statut de la
Catalogne et les réformes sociétales de Zapatero qui alimentent la colère de
groupes d'extrême droite. Ce statut, rédigé par l'assemblée locale de la "generalitat",
définit la Catalogne comme une nation au sein de la nation espagnole. Le texte
est en débat aux Cortes, le Parlement national, où il devrait vraisemblablement
être amendé, comme l'ont annoncé les socialistes. Mais le PSOE juge exagérément
alarmistes les craintes du Parti populaire (PP, droite), qui voit dans cette
évolution institutionnelle une menace contre l'unité de l'Espagne et une
atteinte à sa constitution. Cette controverse renvoie par un effet de miroir aux
divisions des années 1930 et semble traduire une cristallisation des divergences
depuis l'arrivée au pouvoir de Zapatero, au lendemain des attentats de Madrid en
mars 2004. "Les vestiges de Franco peuvent encore se voir très nettement au
sein de la droite, sur laquelle le nationalisme catholique dispose encore d'une
énorme influence", juge Santiago Carrillo, ex-chef du Parti communiste espagnol
qui est, à 90 ans, l'un des derniers symboles vivants de la République défaite
par les troupes franquistes. "La droite, poursuit-il, est au fond d'elle-même
une droite très autoritaire, bloquée sur l'idée d'un Etat centralisateur."
Editorialiste du quotidien conservateur ABC, Francisco Rodriguez Adrados a
comparé lui le gouvernement Zapatero au "Frente popular" issu des élections de
1936. "Ils sont anti-Américains, antimilitaristes et anticléricaux", écrivait-il
récemment. Zapatero ne cache pas qu'il est influencé par son grand-père, un
Républicain abattu pendant la guerre et qui, quelques heures avant sa mort,
laissait un ultime message: "Je meurs innocent, et je pardonne". L'Eglise
catholique, dont quelque 6.000 prêtres et religieuses furent tués entre 1936 et
1939 selon des historiens, s'est opposée à plusieurs reprises aux socialistes.
Carlos Esteban, rédacteur en chef adjoint de
l'hebdomadaire catholique Alba, juge qu'en agissant de la sorte, le gouvernement
Zapatero enterre tout espoir de voir un jour la hiérarchie catholique présenter
ses excuses pour le soutien apporté à Franco. Au-delà de ces affrontements
politiques, c'est tout un pan de la société espagnole qui semble vouloir secouer
la chappe de plomb coulée en 1975. Durant la période dite de "la transition
démocratique", qui s'est ouverte juste après la mort de Franco, les Espagnols
avaient en effet préféré se concentrer sur leur avenir plutôt que de se pencher
sur le lourd bilan de la dictature. En 1976, le congrès espagnol adoptait une
loi d'amnistie qui libérait tous les prisonniers politiques du franquisme mais,
dans le même temps, préconisait "l'oubli et le pardon" pour les actes considérés
comme des crimes contre l'humanité. Mais le juge espagnol Baltazar Garzon a
préconisé la mise en place d'une "commission vérité" chargée d'enquêter sur les
crimes contre l'humanité commis sous la dictature. En juillet, Amnesty
International a estimé que l'Espagne devait rendre justice aux milliers de
victimes de la répression franquiste, tuées, "disparues" ou torturées pendant
les 40 ans de guerre civile et de dictature. Selon le rapport d'Amnesty, environ
30.000 personnes ont disparu après avoir été arrêtées entre 1939 et 1975.
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