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Évangélisation
Les constantes
nationales et le sous-entendu kabyle
Ne cachons pas le
soleil avec un tamis : dès que l’on parle d’évangélisation, c’est à
une certaine région du pays que l’on se surprend déjà à penser. On
parle de prosélytisme catholique, on accuse l’église méthodiste, on
apprend même de la riposte des cellules anti-évangélisation
distribuant le Coran en tamazight. La Kabylie, que certains
soupçonnaient de vouloir changer de drapeau, serait-elle disposée à
épouser une autre religion que celle de la majorité ? Mais pourquoi
ce qui n’était point advenu en 132 ans d’occupation serait-il devenu
probable aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nécessite que l’on s’occupe
impérativement de la sécurité collective menacée, sachant que tout
ce qui sera décidé ne sera fait, en définitive, que dans cette seule
région du pays ? Pour y répondre, il faut d’abord trancher la
question de savoir si nous sommes dans le terrain du religieux ou
celui, plus pernicieux, du politique, avec les fines frontières et
les fortes passerelles que l’on devine entre l’opium et le bâton.
A tous points de
vue, la décision du gouvernement relative aux cultes autres que
musulman constitue un précédent. Elle n’en représente pas moins une
source de contradictions d’ordre constitutionnel, juridique et moral
et réveille les vieux tabous que la société algérienne ne cesse
d’éluder. Un débat qui, au vu du désintérêt des politiques et de la
société civile, étonne par l’indifférence générale qu’il tente en
vain d’ébrécher. Bien entendu, il ne peut pas y avoir de gêne à
appréhender la question religieuse parmi la société algérienne qui,
historiquement, s’est exprimée à travers ses dirigeants réels ou
autoproclamés comme appartenant à sphère arabo-musulmane. Fait qui,
par les tenants historiques, est de nature à lui seul à trancher
tous les débats. A tout le moins, pourrait-on ajouter, tant que les
tabous ne souffrent d’aucun dérangement. Il n’est pas besoin de
démontrer ici le caractère éminemment majoritaire de l’islam dans la
société, le reste des religions ne concernant pas plus de 0,5% des
Algériens, selon les chiffres statistiques officielles. Le passé de
l’Algérie, ses origines, font qu’elle est le produit d’une
révolution indépendantiste qui a opposé non seulement colonisé et
colonisateur, mais aussi musulman (autrefois dit français musulman)
et chrétien, avec ceci de particulier que s’il n’était pas question
de mener une guerre sainte au nom de l’islam, mais une guerre
d’indépendance, bien que l’union des Algériens n’a pu se faire sans
le levier de la religion comme référent identitaire et idéologique
commun et en tant que ciment de la solidarité collective. Aussi, il
était quasiment une fatalité de l’histoire que, dans le cours d’une
guerre ou tout se faisait par rapport à l’ennemi, s’affirment non
pas les plus faibles d’entre les nuances, mais les différences les
plus marquées qui conditionnent le combat et la détermination de ses
meneurs. C’est de cela, entre autres, que sera porteuse la
plate-forme de la Soummam en août 1956 lorsqu’il s’agissait de doter
la Guerre de Libération d’un contenu idéologique devant être le
prélude du futur Etat algérien indépendant, en consacrant une
identité nationale puisée des référents arabo-musulmans. Soulignons
au passage que jamais sur des questions aussi délicates et décisives
comme la religion, la génération de Novembre ne s’est permis de
commettre la moindre erreur qui déteindrait sur le prestige de la
lutte ou atténuerait de la portée humaniste du combat mené alors.
C’est ainsi que, de la proclamation du 1er Novembre 1954
aux accords d’Evian, il n’a nulle part été question de jeter une
quelconque ligne de démarcation autour de la religion. On parlait
d’Européens, de Pied-noirs, mais jamais de chrétiens ou de juifs et,
en tous cas, il s’agissait de laisser libres de leur choix les
non-musulmans de rester en Algérie et de conformer aux lois de l’Etat
naissant ou de quitter le pays. Jamais le FLN (historique) n’a fait
de différence entre les Algériens et les non-Algériens qui ont
combattu parmi ses rangs, ceux qui ont parfois payé de leur vie la
liberté de ceux qu’ils ne sont pas censés rencontrer au paradis. La
principale place de la capitale porte bien le nom d’un chrétien
(Maurice Audin) et ce ne sont pas les exemples qui manqueraient pour
étayer ce propos, de même que l’existence au grand jour des diverses
communautés chrétiennes et juives à travers le territoire national
qui ont eu, elles aussi, leur lot des vicissitudes qui ont affecté
le pays.
La pertinence
d’une décision
Cette trame
historique concernant le lien des différences religieuses avec les
conditions de l’avènement de l’Algérie indépendantes ne doivent pas
être perdues de vue afin de mieux entrevoir le chemin parcouru par
rapport à la question religieuse en Algérie. Car aujourd’hui, la
réalité est autre, et notamment au niveau des principes.
Le fait dont il
est question est que le Conseil de gouvernement a adopté un
avant-projet de loi fixant les conditions et règles d’exercice des
cultes autres que musulman (présenté par le ministre de la Justice).
"L’avant-projet de loi vise à combler un vide juridique quant au
cadre d’exercice de toute activité ou manifestation religieuse autre
que musulmane. Pris sur la base des dispositions constitutionnelles
et des lois en vigueur, le texte fixe les conditions d’exercice des
cultes tant au plan des principes que des procédures, tout comme il
conforte la portée de l’article 2 de la Constitution qui proclame
l’Islam religion de l’Etat. " A cet effet, l’avant-projet de loi
énonce que "la pratique de cultes autres que musulman doit se faire
dans un cadre associatif, au sein d’associations à caractère
religieux qui seront constituées conformément aux lois et règlements
en vigueur régissant ce domaine d’activité». De même, "le texte
recèle des dispositions visant à mettre un terme aux activités
anarchiques d’associations ainsi que de personnes étrangères en
Algérie et à contenir par la force de la loi les entreprises de
prosélytisme menées à l’endroit des musulmans dans notre pays".
Pour s’en tenir à
l’esprit de la Constitution seulement, on ne peut s’empêcher
d’évoquer l’article 36 qui garantit la liberté de conscience. Cette
notion, vague, floue, sans définition aucune par aucun texte de loi,
peut être interprétée comme le droit pour un Algérien de penser et
de croire en toute liberté, ce qui veut dire aussi différemment. Le
législateur a-t-il sciemment omis de ne pas parler de liberté de
culte, notion plus claire et qui consiste en la liberté de croire ou
de ne pas croire, de même qu’en celle d’adopter n’importe quelle
religion et, bien évidemment, d’en changer ? Tout de même, cela
reste loin de suffire lorsqu’il s’agit d’expliquer le déni de
l’individualité de la foi (autre que musulmane dans ce cas de
figure), par l’exigence de l’association.
Le fait est qu’il
importe d’être clair : la liberté et la démocratie sont
incompatibles avec des privilèges accordés à une religion au
détriment des autres. Nous ne sommes plus dans des questions liées à
la laïcité, mais dans le rapport des différentes religions entre
elles du point de vue de l’Etat algérien. Car de tout temps, la
propagation de la foi musulmane est revendiquée comme un droit à
l’étranger et notamment là où les communautés musulmanes sont
fortement représentées.
La décision du
gouvernement de passer outre ce principe à domicile ne manquera pas
de creuser le fossé séparant l’Algérie des Etats construits par les
peuples libres et de renforcer la réaction raciste en Occident.
A titre d’exposé
des motifs, le gouvernement s’estime être dans une situation
d’autodéfense. De la sorte, ce n’est pas de culte qu’il est
question, mais de riposte de l’Etat à une menace extérieure. C’est
un sujet qui ne se présente pas sans ses aspects sécuritaires, donc,
et il serait intéressant de connaître les atouts de cette force
ennemie et ses capacités à repousser la foi musulmane dans le cœur
des Algériens, si d’aventure on laisserait son œuvre se dérouler à
son terme. N’est-ce pas déjà suffisamment inconcevable qu’un
Algérien – à moins de ne pas connaître les Algériens ou alors c’est
qu’il s’agit d’autre chose, en fait – décide de changer de religion
sur simple récitation de quelque chose d’autre que ce à quoi ils ont
toujours cru ?
A aucun moment et
d’aucune façon, le gouvernement n’explique sa décision. Il n’est
même pas fait état d’un éventuel rapport du ministère des Affaires
religieuses ou de l’Intérieur, il n’est donné aucun chiffre et
aucune partie n’est accusée de ce qu’il n’est plus désormais permis
de faire. Impossible de situer, donc, par les voies officielles, la
nature de cette menace chrétienne en Algérie.
La nature d’une
menace
Monseigneur Henri
Tessier, archevêque d’Alger, a eu publiquement à dégager la
responsabilité des religieux et des religieuses de l’église
d’Algérie dans l’apparition de ces nouvelles communautés
évangéliques. "Ce n’est pas nous qui les avons suscitées ni qui en
assurons la promotion. Nous ne les avons pas organisées et nous ne
les animons pas", a-t-il déclaré au Quotidien d’Oran. "Depuis
quarante ans, nous avons des bibliothèques ouvertes pour les
étudiants. En quarante ans, nous n’en avons pas baptisé un seul.
Nous avons ouvert ces bibliothèques parce que nous pensons que nous
pouvons aider des jeunes à réussir leurs examens, à avancer s’ils en
ont les moyens", a-t-il indiqué.
Mais la réalité
est là et même que l’évangélisation gagnerait du terrain en Kabylie.
C’est le constat final qui a inquiété les participants à un colloque
organisé en mai 2004 par l’Université des sciences islamiques
Emir-Abdelkader. Comment tolérer l’existence de quinze églises à
Tizi Ouzou, alors que deux seulement sont officiellement agréées par
les autorités ? Selon l’un de ces universitaires, M. Haouli, cité
par l’AFP, 30,58% des habitants de cette région, qui compte environ
six millions d’habitants, fréquentent les églises. Fions-nous à
cette prodigieuse précision pour conclure que cela donne, au moins,
déjà pas moins de deux millions de chrétiens en Algérie ! Cette même
source, à la fiabilité des plus discutables, indique néanmoins que
74% des personnes allant à la messe le font essentiellement pour
«profiter des aides financières des missionnaires».
Notre confrère Le
Jeune Indépendant, dans une enquête consacré au sujet, a estimé que
«des missionnaires qui, mettant à profit la détérioration des
conditions sociales, exacerbées dans les années 1990 par la violence
terroriste et un taux d’analphabétisme important, proposent leurs
services au démunis, distribuant gratuitement des livres et autres
publications faisant l’éloge du Christ». Interrogé par la presse
pour donner son avis, un universitaire de Tizi Ouzou a affirmé que
"ce qui se passe en Kabylie n’est qu’un point de départ d’une
campagne qui vise tout le pays". "C’est pourquoi 10.000 exemplaires
du Coran traduits en tamazight ont été distribués par la cellule de
lutte contre l’évangélisation", a-t-il assuré, révélant aussi
l’existence d’un projet d’explication des préceptes de l’Islam en
tamazight "pour contrer le prosélytisme chrétien en Kabylie".
Selon des
statistiques officieuses citées en 2003 par l’ONU, l’Algérie, pays
de 30 millions d’habitants à 99% musulmans, ne compterait qu’environ
10 000 catholiques et 5 000 à 20 000 protestants. Il semblerait, de
plus, que ce phénomène de christianisation soit assez mineur et le
fait d’évangélistes venus de l’étranger, sans lien avec les églises
catholique et réformée présentes sur place. Le rapporteur onusien
Abdelfattah Amor a également cité, il y a un peu plus d’un an, la
Direction des libertés publiques du ministère algérien de
l’Intérieur selon lequel ce phénomène n’aurait "aucune ampleur". Du
reste, dans une déclaration à la presse étrangère, le chargé de la
communication du ministère des Affaires religieuses soutenait que
"le phénomène était mineur et que de toute manière, la majorité des
convertis étaient des faux qui ne visaient que l’obtention du visa
pour l’étranger".
Qui évangélise
qui ?
Bouabdellah
Ghlamallah, qui s’était d’abord offusqué du "prosélytisme chrétien
en Kabylie", avait évoqué le "risque d’effusion de sang". Quelques
semaines plus tard, il se rétractait et déclarait que
"l’évangélisation n’est pas un danger", estimant que "chacun est
libre de se convertir à la religion qu’il estime bonne pour lui.
Nous ne sommes pas contre la liberté de culte". Très peu pour celui
qui cherche à mieux comprendre le phénomène, alors que les
différends écrits sur le sujet s’adonnent à moult interprétations.
Certaines vont même très loin, et pas nécessairement par quatre
chemins.
Pour Charles
Saint-Prot, directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques et
membre du réseau altermondialiste Voltaire, "il est notoire que la
Maison-Blanche, le Congrès et la CIA suivent et gèrent avec un grand
intérêt l’expansion des Églises évangéliques". "L’effort de
conversion des musulmans constitue l’aspect le plus spectaculaire de
l’activité des évangéliques. La stratégie états-unienne
d’évangélisation ciblant les peuples musulmans s’appuie sur des
acteurs organisés en réseau, mais aussi sur l’élaboration d’un
message évangélique adapté au message coranique. Cette
évangélisation vise en particulier certaines communautés musulmanes
dont les origines ethniques pourraient être utilisées pour des
projets sécessionnistes et anti-arabes : c’est le cas avec les
minorités kurdes d’Irak et de Syrie, mais aussi avec les Kabyles et
les Berbères au Maghreb", estimé dans un long article publié dans le
site Internet de l’Observatoire. Cette stratégie ne viserait pas que
l’Algérie, mais le Maghreb et même l’ensemble du monde arabe. "Au
Maroc, une multitude d’organisations évangéliques, surtout
états-uniennes, opère plus ou moins secrètement dans les régions
déshéritées ainsi que dans les grandes villes." En janvier 2005, à
l’occasion de la visite au Maroc du télé-évangéliste Josh McDowell,
représentant le mouvement Crusade for Christ International (7 000
volontaires dans le monde), le Journal-hebdo écrivait "Le Maroc
assailli par les néo-protestants US. " On parle aujourd’hui d’une
multitude de chaînes de télévisions montées par des capitaux US et
versant dans la propagande évangéliste. L’église méthodiste est
directement mise à l’index, notamment par les médias français qui
brandissent surtout le nom de l’église méthodiste.
Un nouveau
prétexte pour le MAK ?
Plus sérieusement,
la question qui se pose sous l’angle strictement national est de
savoir ce que peut préfigurer un tel traitement du phénomène. S’il
se confirme que les actions de "mise en ordre" privilégieront la
Kabylie, il y aurait alors matière à inquiétude. La région, sortant
à peine de la crise dans laquelle elle a été plongée dès 2001, a
vécu un traumatisme qui a prolongé son statut de région spécifique.
Les manœuvres des uns et des autres, pouvoir politique compris, dans
leur tentative de récupérer la situation à leur avantage, n’ont fait
que permettre l’émergence au grand jour d’une entité politique
profondément autonomiste. Le Mouvement pour l’autonomie de la
Kabylie (MAK) de Ferhat M’henni, dont le semblant d’aura a été
réduit à la portion insignifiante depuis le retour à une relative
sérénité en Kabylie, l’amorce du dialogue aarouch-gouvernement – à
cause en fait de la lassitude des populations locales vis-à-vis des
discours politiques – risque de trouver dans l’épisode qui s’annonce
un prétexte inespéré pour rebondir et rappeler, ici comme à
l’étranger, la justesse de son combat contre une répression
sélective. Il ne manquera pas de dénoncer les concessions du régime
faites aux islamistes, dont la Kabylie devra encore une fois payer
le prix. Sauf que cette fois, c’est d’une minorité à substances
superposées, dont la plus ancienne est culturelle et la toute
nouvelle éminemment religieuse. Ce dont, convenons-en, l’Algérie est
loin d’avoir besoin.
Nabil Benali
Haut
Le secteur de l’agroalimentaire en Algérie
L’industrie de la
dépendance
L’Algérie a
importé plus de 3,6 milliards de dollars de produits alimentaires en
2004. C’est, sans doute, le chiffre le plus élevé qu’ait connu le
pays depuis l’indépendance. C’est aussi le signe que l’industrie
agroalimentaire algérienne bat de l’aile et n’est plus en mesure de
satisfaire, aussi bien quantitativement que qualitativement, les
besoins de la population. Tant que le prix du pétrole se porte bien,
voire à merveille, la solution est vite trouvée : accroître les
importations. Mais au cas où les prix venaient à dégringoler, ce qui
n’est pas du tout exclu à court terme, comment l’Algérie va-t-elle
subvenir à ses besoins alimentaires ?
Entre 2003 et
2004, le montant des importations algériennes de produits
alimentaires est passé de 2,5 à 3,6 milliards de dollars, soit une
augmentation de près d’environ 45% (1,1 milliard de dollars) en une
seule année. La tendance à la hausse des importations de produits
alimentaires n’a pas été démentie depuis au moins 1999. C’est à se
demander quel est le rôle de l’industrie agroalimentaire algérienne
en matière d’autosuffisance alimentaire. Bien évidemment, les
chiffres parlent d’eux-mêmes, il ne faut pas trop compter sur ce
secteur dont la situation ne cesse de se détériorer au point d’être
parmi les derniers de la classe dans la région méditerranéenne.
C’est ce qui conforte l’idée selon laquelle l’industrie
agroalimentaire algérienne ne va pas trop souffrir des ouvertures du
commerce extérieur opérées dans le cadre de l’Accord d’association
avec l’Union européenne ou de l’OMC, puisqu’elle est depuis
longtemps largement supplantée par les importations.
Une étude récente
menée par le réseau ANIMA des agences méditerranéennes de promotion
de l’investissement conforte ce constat établi à partir des
statistiques de l’évolution des importations algériennes en produits
alimentaires. Publiée en octobre 2005, cette étude relative à la
branche agroalimentaire dans la région MEDA (Algérie, Egypte,
Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie, Turquie,
Chypre et Malte) trouve qu’en Algérie (comme en Egypte) ce secteur
traîne des «faiblesses inquiétantes», ce qui confère à ces deux pays
une «dépendance alimentaire assez forte». Au moment où l’Algérie
figure dans le groupe de pays où la demande alimentaire est appelée
à doubler d’ici 2015, ses structures agricoles et industrielles
«pourront difficilement faire face».
Se basant sur des
chiffres de production agroalimentaire de l’année 2001, le rapport
classe l’Algérie en 6e rang après la Turquie, Israël, l’Egypte,
le Maroc, la Tunisie.
En matière de
capacités productives, les deux seuls pays dont le niveau se mesure
à deux chiffres sont l’Algérie et l’Egypte, respectivement 99 et 88
points. Même si la prise en compte d’autres paramètres font qu’en
même temps, l’Algérie se classe au 13e rang devant le
Maroc, la Jordanie et l’Egypte. Reste à relativiser ce classement.
Puisque, toujours selon cette étude, le poids des importations
agroalimentaires dans les échanges commerciaux est «particulièrement
élevé». Il l’est d’autant plus que les exportations algériennes de
produits agroalimentaires se réduisent comme peau de chagrin au
point de faire de l’Algérie le pays qui en exporte le moins dans
toute la région MEDA (0,6% des exportations dans cette région).
Dans une sorte de
bilan rétrospectif, l’étude remarque que les exportations
agroalimentaires de l’Algérie sont passées d’une moyenne annuelle
d’environ 227 millions de dollars (MUSD) dans les années 1970 à…
66,8 millions de dollars en 2003. La dégringolade était déjà bien
visible puisque le montant des exportations a chuté de moitié durant
les années 1980 (128 millions de dollars/an), puis est passé à 100
millions de dollars dans les années 1990. Parmi les 12 pays de la
région MEDA, l’Algérie est le seul pays qui enregistre une baisse
dans ses exportations agroalimentaires, à l’inverse du Maroc, de la
Tunisie, de la Turquie et de l’Egypte. Le Maroc, qui n’est pas le
meilleur exemple, est passé de 308 MUSD dans les années 1970 à 2,341
milliards de dollars d’exportations agroalimentaires en 2003.
Par contre, en
matière d’importations, la tendance des chiffres s’inverse.
L’Algérie passe de 189 MUSD dans les années 1970 à 2,891 milliards
de dollars en 2003 (ici le montant est plus important que celui
donné par les douanes algériennes). Elle est, avec la Turquie (qui
figure quand même parmi les grands pays exportateurs), un des gros
importateurs de la région MEDA.
Quant à la part
des produits agroalimentaires dans l’ensemble des importations
algériennes, elle s’élève à 21% pour l’année 2003.
Le document d’ANIMA
souligne que «l’analyse historique fait apparaître le creusement
progressif des déficits algérien, égyptien et des pays du Machrek,
lié à une progression rapide des importations contrastant avec le
faible dynamisme (et même la régression en valeur absolue dans le
cas Algérien) des exportations ».
Les statistiques
livrées par l’étude font apparaître, pour l’année 2003, une
structure de l’importation dominée respectivement par les céréales
(922 MUSD), corps gras (708 MUSD), autres produits agricoles (410
MUSD) et sucre (219 MUSD). Parmi les pays de la zone MEDA, l’Algérie
est le 2e gros importateur de céréales (après l’Egypte)
et le 1er importateur de corps gras. Les résultats
(toujours pour l’année 2003) du solde commercial par produits font
apparaître un déficit pour l’ensemble des importations
agroalimentaires de l’Algérie.
Dans un tableau
représentant les «forces» et les «faiblesses» des industries
agroalimentaires des 12 pays, l’Algérie (avec Chypre) ne sont
créditées d’aucune force. En matière de faiblesses, le pays est le
«premier importateur de la région» et «déficitaire pour l’ensemble
des produits», lit-on dans le document.
Paradoxalement,
toutes ces faiblesses sont considérées comme des atouts par les
rédacteurs de l’étude qui estiment qu’«il existe en Algérie des
opportunités pour les investisseurs étrangers» dans le secteur de
l’agroalimentaire, en particulier dans les domaines de l’emballage,
la transformation, la logistique et la distribution, souligne-t-on.
Cependant,
faut-il compter sur d’hypothétiques investissements étrangers ? Les
chiffres de l’étude montrent qu’en fait, l’Algérie n’a pu capter,
durant la période 2003-2004, que 3 projets d’industries
agroalimentaires contre 10 au Maroc, 5 en Egypte et 14 en Turquie.
Concernant la
nature des trois projets lancés en Algérie, il s’agit de l’usine de
fabrication de bière à Oued Tlelat (wilaya d’Oran) par le Français
Castel, d’une usine de production de levure (société française
Lesaffre) et d’un accord de partenariat entre le Français Rolland et
une entreprise familiale algérienne pour la fabrication de glaces (Flipi).
Toujours selon
l’étude, deux autres projets ont été concrétisés en 2005. Il s’agit
de la création d’une SPA pour la fabrication de boissons gazeuses
avec la filiale eau de Nestlé, et d’une deuxième brasserie qui verra
le jour en 2006 dans le cadre d’un investissement de la société
belge Unibra.
La faiblesse de
l’investissement direct étranger (IDE) en Algérie n’augure rien de
bon pour les 1 200 entreprises à privatiser ni pour les
164 entreprises du secteur agroalimentaire dont aucune n’a été
rachetée ou n’a bénéficié d’un partenariat.
En fait,
existe-t-il une stratégie algérienne pour l’autosuffisance
alimentaire ?
Abdelkader Djalil
Haut
Société
Révoltés, les
Algériens
Il est curieux de
voir les Algériens prompts à se révolter à la moindre situation
contrariante : un président d'APC qui gère mal les affaires de la
commune, une mauvaise distribution du logement social, l’absence de
perspectives pour les jeunes… Tout est prétexte est bon pour que les
gens sortent dans la rue, crient haut et fort leur mécontentement.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous qui étions un peuple plutôt
docile, sommes peut-être, par les temps qui courent, les détenteurs
du chiffre record en matière d'émeutes.
Il faut croire que
tout cela a pris naissance avec les émeutes du 5 octobre 1988, quand
des jeunes des quartiers populaires de Bab El-Oued et Belcourt ont
envahi les rues d'Alger, avec une colère qui a tout ravagé sur son
passage et a indubitablement changé le paysage politique algérien en
y introduisant une notion jusque-là inconnue : la démocratie. Les
gens avaient désormais la possibilité de s'organiser en association
et, mieux encore, en partis politiques. Et c'est ainsi qu'à chaque
détour de chemin on voyait la naissance d'un parti, peu importe les
idées qu'il véhicule, l'essentiel étant qu'il exprime et affiche une
différence.
C'est l'engouement
total et c'est aussi l'aubaine pour les islamistes de sortir de la
clandestinité et s'afficher à travers un parti agréé par l'Etat, des
associations caritatives et des publications. Les autres tendances
profitent aussi de cette occasion pour s'organiser. La presse,
jusque-là chasse gardée de l'Etat, est investie par des journalistes
qui arrivent ainsi à créer leurs propres publications. Là aussi,
l'engouement est de taille. Les journaux paraissent et disparaissent
comme par enchantement.
L'air de
démocratie qui souffle en Algérie, pour la première fois, ne laisse
personne indifférent. Cette ébullition est pourtant tempérée, peu à
peu, par la tournure violente qui finit par prendre le dessus. Les
tendances politiques et sociales sont de moins en moins affichées.
Les gens se cloîtrent chez eux et ceux qui ont la possibilité
d'aller vivre sous d'autres cieux ne se le font pas dire deux fois.
Encore une fois, le paysage politique est changé. Et les gens qui
aspiraient fortement à la démocratie n'ont désormais qu'un seul
souhait : vivre en paix. Loin de la violence destructrice qui a
plongé le pays dans la consternation totale.
Ce cheminement des
événements, depuis octobre 1988, a aussi transformé les Algériens
qui sont devenus prompts à se révolter dès qu'une situation leur
déplaît ou les contrarie. C'est ainsi que les quotidiens rapportent
chaque jour des émeutes qui éclatent un peu partout dans le pays :
Aïn-Defla, Mascara, Bordj Bou-Arréridj, Médéa, El-Attaf… A chaque
fois, un coin du pays qui fait parler de lui. Les revendications
sont le plus souvent d'ordre social.
Les citoyens se
révoltent parce que leurs enfants ne disposent pas de transport
scolaire alors qu'ils habitent à mille lieues de l'école ; ils se
révoltent parce que les routes ont besoin d'être aménagées, que les
perspectives de développement sont absentes, que le chômage fait
fuir les jeunes vers d'autres cieux, que le foncier a été usurpé par
des clans qui ne cessent de s'enrichir, que les loisirs sont
inexistants… En un mot, les Algériens, où qu'ils soient, au Nord, au
Sud, à l'Est ou à l'Ouest, prétendent tous à une vie meilleure et
sont révoltés quand ils constatent qu'on leur refuse ce droit
primordial.
Ils se révoltent
aussi quand ils se retrouvent face à l'injustice. Les événements qui
ont, le mois passé, secoué la ville d'Arzew, à l'ouest du pays, sont
nés de ce que les citoyens du quartier les Plateaux ont ressenti
comme une injustice quand on a démoli les kiosques qui leur
servaient de magasins depuis plus d'une décennie. Autant dire leur
seul gagne-pain par ces temps difficiles où dénicher un travail est
un vrai défi. Il a fallu qu'on les prive d'un bien qui leur
permettait de faire vivre leurs familles pour que les habitants du
quartier ne voient que du noir devant eux et foncent tête baissée
dans une émeute qui a duré plusieurs jours et qui a eu pour résultat
la mort de deux jeunes, tombés sous les balles que des policiers ont
tirées pour disperser les émeutiers.
Ceci n'est pas le
résultat escompté et l'échauffourée avec les forces de l'ordre
devient plus violente. Des jeunes, excités par la tournure des
événements, balancent un véhicule de la BMPJ dans un ravin et en
saccagent un autre. Ils mettent le feu un peu partout et bloquent
les routes.
A El-Attaf, dans
la wilaya de Aïn-Defla, des citoyens sortent dans la rue et
manifestent, car la prime de scolarité de 2 000 DA tarde à venir. La
manifestation se transforme vite en émeute et des édifices publics,
tels le siège de l'APC, la daïra, le CPA, la BADR et plusieurs
établissements scolaires sont saccagés. Les personnes responsables
de ces dégâts, au nombre de 80, ont été arrêtées et déférées devant
la justice pour destruction de biens publics.
De telles
manifestations sont très courantes ; il ne se passe pas un jour sans
que les quotidiens ne détaillent les faits de telle ou telle émeute
qui éclate ici ou là, dans une région ou une autre du pays. C'est à
croire que les Algériens ont désormais les nerfs à fleur de peau, à
tel point que n'importe quel problème les pousse dans la rue pour
crier leur mécontentement et leur mal vie.
Mais ce que l'on
croyait une manifestation du front social prend, avec les événements
de Laghouat, une autre tournure. Aucune revendication sociale n'a
été enregistrée. Et les jeunes qui ont envahi la rue et affronté les
forces de l'ordre ont manifesté contre l'assassinat, par un
policier, d'un jeune de 26 ans, originaire de la wilaya de Naâma.
C'est incontestablement après l'enterrement du jeune assassiné que
la situation a dégénéré. A la proposition d'organiser une marche
pacifique, des jeunes ont répondu par des jets de pierres contre des
édifices publics (siège de la wilaya, palais de justice, Banque
extérieure d'Algérie, CNEP, siège de la Sûreté de wilaya) où les
vitres ont volé en éclats. Plusieurs magasins ont été mis à sac.
Les forces de
l'ordre ont essayé de disperser les émeutiers en leur lançant des
bombes lacrymogènes. Bilan de ces deux jours d'émeute : 85 personnes
arrêtées, dont 15 mineurs. Le nombre de blessés s'élève à 25, sont
15 sont des policiers.
Les versions
autour de l'assassinat du jeune de 26 ans, il en existe plusieurs,
mais ce qu'il est essentiel de retenir, c'est que ce décès a été le
déclic pour qu'une émeute éclate au grand jour et que la colère soit
déversée avec une violence telle que beaucoup de dégâts matériels
sont enregistrés.
Cette atmosphère
de plus en plus tendue traduit incontestablement un malaise,
palpable à travers les démonstrations de colère. Ce malaise n'est
pas seulement social, il est encore plus profond. En l'absence de
dialogue, il se concrétise à travers la violence.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Yahia Guidoum secoue les fédérations
Un peu de
dirigisme dans un monde en désordre
Comment stopper la
débâcle du sport national ? Voilà, en fait, la question à l’origine
de tout le remue-ménage provoqué par les conséquences de la loi
04-10 et qui révèle au grand jour les grandes tares de la communauté
sportive. Et si Yahia Guidoum n’a rien réglé encore, il aura au
moins mis à nu les uns et les autres, comme si, après tout, il
fallait bien commencer par quelque chose. Comme un peu de dictature,
par exemple, puisque dans le monde du sport, moralisation et
démocratie ne font visiblement pas bon ménage. Doit-on piétiner
l’autonomie de la communauté sportive et les engagements
internationaux du pays pour autant ?
Concrètement, que
veut changer le décret Guidoum ? Pour y répondre, revenons sur le
fonctionnement qui a présidé depuis 1997. Depuis, et à ce jour, les
textes régissant les fédérations sportives a conduit à a mise à
l’écart des techniciens et cadres du MJS des différentes assemblées
générales des ligues et des fédérations. Ces instances ont fini par
devenir de simples chambres d’enregistrement, puisque leurs
assemblées générales donnaient lieu à des débats expéditifs qui
aboutissaient, de toute manière, à l’adoption quasi-unanime des
traditionnels bilans financiers et moraux. On ne peut pas ne pas
s’attarder sur cet aspect, du moment qu’il était question de
dotations budgétaires et de subventions qui atteignent plusieurs
milliards de centimes, mais dont l’analyse et l’approbation ne
consommaient que quelques minutes de discussion. Il est évident que
ce fonctionnement, tel qu’il a été pratiqué jusque là est loin
d’être crédible et, à tout le moins, de mettre les dirigeants
fédéraux, légitimes soient-ils, en situation de redoubler d’efforts
au plan des résultats et des performances de la communauté sportive
nationale. Il n’est nul besoin de revenir ici sur la décadence du
sport roi, de l’athlétisme à Athènes et cette année aux championnats
du monde d’Helsinki, de la boxe, du judo et dans tant et tant
d’autres disciplines (l’Algérie était championne du monde de
boulisme au lendemain de l’indépendance) pour être convaincu qu’il y
a forcément un lien entre la nature hermétique et repliée sur soi
des fédérations sportives et la médiocrité de bas de tableau qui
colle à l’image du sport national. Le tout, sur fond d’énormes
enveloppes injectées par l’Etat sans quasiment le moindre contrôle a
posteriori, non seulement du gouvernement par le biais du ministère
de tutelle, mais aussi du Parlement. Pour le ministre de la Jeunesse
et des Sports, la situation a abouti à une «faible administration du
MJS longtemps otage d’un mouvement associatif hyper puissant». Et
c’est un constat (amer, certes), mais que la plupart des techniciens
et cadres du secteur approuvent. C’est donc avec le fort sentiment
d’avoir raison que Yahia Guidoum a signé le décret polémique
(n°05-405), convaincu non seulement de faire son devoir, mais aussi
d’avoir la majorité pour lui, aussi bien à l’intérieur du monde
sportif qu’en dehors. Dès lors, c’est à la restauration de la main
mise sur les fédérations qu’il s’attelle. Avec l’injection de 30% de
techniciens, pas nécessairement des cadres du sport, une limitation
des mandats électifs soumis eux aussi à une critériologie stricte
selon les uns, exclusive selon ses opposants, il affirme que sa
démarche fera regagner en crédibilité les instances fédérales, avec
l’espoir de voir s’instaurer des débats techniques et des
propositions à même de remettre le sport dans le droit chemin.
N’était-ce l’os de la FAF, bénéficiant du parapluie très discutable
de la FIFA, le décret Guidoum serait déjà effectif et le personnel
non grata aurait de lui-même rendu le tablier sous la double
pression du ministère et ses menaces d’enquêtes sur la gestion
financières, et de l’encadrement des fédérations. C’est que la FIFA,
pour faire respecter le principe de l’indépendance du mouvement
associatif sportif vis-à-vis des pouvoirs publics a insinué une
menace qui n’est pas des moindres et qui est celle de la suspension
des compétitions internationales. Là où nous en somme de fait, en
réalité.
Aujourd’hui, la
mise en œuvre des décrets découlant de la loi 04-10 est reportée, le
MJS préférant reculer en attendant que les conditions soient réunies
pour revenir à la charge. Il faudra s’attendre, en effet, à ce que
M. Guidoum, tant qu’il est poste, fasse de la mise en ordre des
fédérations sa préoccupation première (sinon la seule). L’enjeu, qui
rejoint celui de la réhabilitation de la heïba du ministère, ne peut
être appréhendé sans la mise en conformité des statuts des
fédérations avec les amendements prévus par le texte qui vient
d’être publié dans le journal officiel !
Officiellement, le
MJS envisage de permettre «aux jeunes de prendre les destinées du
sport qui doit être promu par les compétences, les sportifs et les
subsides de l’Etat» (dixit M. Guidoum). Le ministre se pose en
moralisateur de la vie sportive, mais est-ce pour autant la seule
voie qui pouvait se présenter à lui ? Il n’est pas certain, en
effet, que la «mise au pas» de fédérations rebelles soit une bonne
chose en soi, même si dans l’immédiat une telle démarche se veut
l’unique moyen de pousser vers la porte les personnalités détenant
la réalité du sport en Algérie. Car, en définitive, ces personnes
sont appelées à partir et ce n’est certainement pas les résultats
honteux et indéfendables qui les feront regretter dans les cœurs de
leurs compatriotes. Mais doit-on piétiner l’autonomie de la
communauté sportive et les engagements internationaux du pays pour
autant ? Autant la prise de décision du MJS a été apparemment
rapide, autant les conséquences de ce qui est une prise de pouvoir
par le haut risquent de plonger le sport dans un ère dirigiste
totalement révolue. Entre la moralisation et la démocratisation, le
ministre n’a pas hésité pour la première.
Si Yahia Guidoum
veut redresser le sport et redorer son blason, il doit en même temps
nous dire tout de suite comment son ministère compte faire pour
remettre, à terme, comme au bout d’un processus bien réfléchi, les
destinées du sport à ses propres enfants. Ce serait non seulement
nécessaire, mais salutaire : le pire serait de se débarrasser d’une
noria d’empêcheurs de tourner en rond pour voir les rennes entre les
mains d’un seul incompétent qui succéderait demain à Guidoum, avec
des soucis autre que l’amour pour le sport.
Nabil Benali
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