Semaine du  24 au 30 Août  2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Deux projets, un rapport de force

 

 

 

 Editorial


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Deux projets, un rapport de force

Si pour des impératifs de consommation interne, l'Amérique ou l'Angleterre applaudissent à l'émergence de  la démocratie dans les anciennes colonies du XXe siècle, ils prennent bien soin par ailleurs de l'orienter de telle sorte à ce qu'elle ne débouche ni sur la modernité ni sur le progrès social. Les mouvements intégristes en général et islamistes en  particulier étant connus pour vouer une sainte haine à tout idée de modernisme ou d'ouverture sur l'universalité, il était tout à fait normal qu'ils soient choisis pour plomber et compromettre tout développement durable et sérieux en nos contrées.

Il ne faut pas être grand analyste ni même particulièrement perspicace pour comprendre que deux projets de sortie de crise se sont affrontés au plus haut niveau de l'Etat algérien, ces trois dernières années, et qu'en définitive l'un d'entre eux l'a emporté, qui s'intitule depuis le 14 août 2005 "projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale". L'un des deux projets  peut être qualifié de large et s'inspirait sans le moindre doute de l'esprit du contrat national signé à  Rome en 1995. Il mettait donc sur un pied d'égalité le FIS et les  groupes armés qui s'inspiraient de son programme politique, d'un côté, et l'Etat et les forces armées engagées dans la lutte anti-terroriste, de l'autre côté. Cette vision, fortement encouragée par l'administration américaine de l'époque et par l'église catholique à travers la communauté de Sant'Egidio, se fixait évidemment pour objectif de faire de l'islam radical incarné par le FIS un acteur politique déterminant et en tout cas durable de la vie politique algérienne. Une démarche qui se base sur le postulat qu'une société dirigée par des forces rétrogrades et obscurantistes ne peut aller que dans le sens de la régression et de la dépendance, ce qui l'exclut automatiquement  de la scène internationale et en fait au mieux un acteur de  troisième ordre qui ne menace en rien les positions dominantes de l'Occident sur le marché des biens et des services et sur celui, plus important encore, des capitaux. Ce calcul froid et cynique étant le résultat des craintes inspirées par l'ouverture de pays comme l'Algérie à la démocratie, au libéralisme et à une réelle volonté d'exister sur la scène mondiale avec toutes les conséquences néfastes que cela pourrait avoir sur un ordre mondial où les puissances dominantes ne souffrent guère l'arrivée de

nouveaux concurrents, plus jeunes et plus combatifs.

Si pour des impératifs de consommation interne, l'Amérique ou l'Angleterre applaudissent à l'émergence de  la démocratie dans les anciennes colonies du XXe siècle, ils prennent bien soin par ailleurs de l'orienter de telle sorte à ce qu'elle ne débouche ni sur la modernité ni sur le progrès social. Les mouvements intégristes en général et islamistes en  particulier étant connus pour vouer une sainte haine à tout idée de modernisme ou d'ouverture sur l'universalité, il était tout à fait normal qu'ils soient choisis pour plomber et compromettre tout développement durable et sérieux en nos contrées.

Au plan interne, la démocratie et la modernisation de la société constituent  aussi une grande menace pour les forces de l'immobilisme et de l'inertie qui, se satisfaisant parfaitement de la rente ponctionnée grâce à leur contrôle des appareils bureaucratiques de l'Etat, ne pouvaient et ne peuvent toujours que souhaiter la présence sur la scène politique d'une organisation qui affirme sans détour vouloir combattre la démocratie, le progrès et la modernité. Aussi n'est-il pas étonnant que les intérêts des grandes puissances et ceux de la caste bureaucratique et rentière en Algérie aient fait leur jonction depuis très longtemps, pour apparaître au grand jour à Rome avec la conclusion d'un contrat national qui a pour seul objectif de garantir au FIS une présence durable sur la scène politique algérienne. Les assauts terrifiants du terrorisme ayant bien sûr fortement contribué à imposer cette voie  sans toutefois réussir à briser la volonté et la résistance d'une nation résolument réfractaire à cette option suicidaire. L'échec du terrorisme, puis l'incapacité des puissances extérieures à imposer la compromission avec l'intégrisme n'ont guère découragé la caste bureaucratique et rentière à vouloir rattraper le terrain perdu à travers un projet de charte qui aurait réussi à remettre en selle le FIS dissous, sous couvert d'un compromis illusoire qui serait l'amnistie générale. Cette tentative de la dernière chance, axée sur  la mise sur orbite de la fameuse commission nationale de l'amnistie générale pilotée par Ahmed Ben Bella, l'un des artisans du contrat de Rome, ne pourra pas aller plus loin que les possibilités de tolérance très limitées des appareils sécuritaires et de souveraineté nationale unanimement soudés autour du refus absolu de l'idée d'un retour sous quelque forme que ce soit du FIS dissous. Un refus largement partagé par la quasi-totalité de la société algérienne qui a encore dans sa mémoire et dans sa chair  les  larmes, le sang et l'angoisse occasionnés  par un parti totalitaire qui a failli entraîner le pays dans le néant sous couvert de djihad.

A. M.

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