|
Accueil
Deux projets,
un rapport de force
Si pour des
impératifs de consommation interne, l'Amérique ou l'Angleterre
applaudissent à l'émergence de la démocratie dans les anciennes
colonies du XXe siècle, ils prennent bien soin par ailleurs de
l'orienter de telle sorte à ce qu'elle ne débouche ni sur la
modernité ni sur le progrès social. Les mouvements intégristes en
général et islamistes en particulier étant connus pour vouer une
sainte haine à tout idée de modernisme ou d'ouverture sur
l'universalité, il était tout à fait normal qu'ils soient choisis
pour plomber et compromettre tout développement durable et sérieux
en nos contrées.
Il ne faut pas
être grand analyste ni même particulièrement perspicace pour
comprendre que deux projets de sortie de crise se sont affrontés au
plus haut niveau de l'Etat algérien, ces trois dernières années, et
qu'en définitive l'un d'entre eux l'a emporté, qui s'intitule depuis
le 14 août 2005 "projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale". L'un des deux projets peut être qualifié de large et
s'inspirait sans le moindre doute de l'esprit du contrat national
signé à Rome en 1995. Il mettait donc sur un pied d'égalité le FIS
et les groupes armés qui s'inspiraient de son programme politique,
d'un côté, et l'Etat et les forces armées engagées dans la lutte
anti-terroriste, de l'autre côté. Cette vision, fortement encouragée
par l'administration américaine de l'époque et par l'église
catholique à travers la communauté de Sant'Egidio, se fixait
évidemment pour objectif de faire de l'islam radical incarné par le
FIS un acteur politique déterminant et en tout cas durable de la vie
politique algérienne. Une démarche qui se base sur le postulat
qu'une société dirigée par des forces rétrogrades et obscurantistes
ne peut aller que dans le sens de la régression et de la dépendance,
ce qui l'exclut automatiquement de la scène internationale et en
fait au mieux un acteur de troisième ordre qui ne menace en rien
les positions dominantes de l'Occident sur le marché des biens et
des services et sur celui, plus important encore, des capitaux. Ce
calcul froid et cynique étant le résultat des craintes inspirées par
l'ouverture de pays comme l'Algérie à la démocratie, au libéralisme
et à une réelle volonté d'exister sur la scène mondiale avec toutes
les conséquences néfastes que cela pourrait avoir sur un ordre
mondial où les puissances dominantes ne souffrent guère l'arrivée de
nouveaux
concurrents, plus jeunes et plus combatifs.
Si pour des
impératifs de consommation interne, l'Amérique ou l'Angleterre
applaudissent à l'émergence de la démocratie dans les anciennes
colonies du XXe siècle, ils prennent bien soin par ailleurs de
l'orienter de telle sorte à ce qu'elle ne débouche ni sur la
modernité ni sur le progrès social. Les mouvements intégristes en
général et islamistes en particulier étant connus pour vouer une
sainte haine à tout idée de modernisme ou d'ouverture sur
l'universalité, il était tout à fait normal qu'ils soient choisis
pour plomber et compromettre tout développement durable et sérieux
en nos contrées.
Au plan interne,
la démocratie et la modernisation de la société constituent aussi
une grande menace pour les forces de l'immobilisme et de l'inertie
qui, se satisfaisant parfaitement de la rente ponctionnée grâce à
leur contrôle des appareils bureaucratiques de l'Etat, ne pouvaient
et ne peuvent toujours que souhaiter la présence sur la scène
politique d'une organisation qui affirme sans détour vouloir
combattre la démocratie, le progrès et la modernité. Aussi n'est-il
pas étonnant que les intérêts des grandes puissances et ceux de la
caste bureaucratique et rentière en Algérie aient fait leur jonction
depuis très longtemps, pour apparaître au grand jour à Rome avec la
conclusion d'un contrat national qui a pour seul objectif de
garantir au FIS une présence durable sur la scène politique
algérienne. Les assauts terrifiants du terrorisme ayant bien sûr
fortement contribué à imposer cette voie sans toutefois réussir à
briser la volonté et la résistance d'une nation résolument
réfractaire à cette option suicidaire. L'échec du terrorisme, puis
l'incapacité des puissances extérieures à imposer la compromission
avec l'intégrisme n'ont guère découragé la caste bureaucratique et
rentière à vouloir rattraper le terrain perdu à travers un projet de
charte qui aurait réussi à remettre en selle le FIS dissous, sous
couvert d'un compromis illusoire qui serait l'amnistie générale.
Cette tentative de la dernière chance, axée sur la mise sur orbite
de la fameuse commission nationale de l'amnistie générale pilotée
par Ahmed Ben Bella, l'un des artisans du contrat de Rome, ne pourra
pas aller plus loin que les possibilités de tolérance très limitées
des appareils sécuritaires et de souveraineté nationale unanimement
soudés autour du refus absolu de l'idée d'un retour sous quelque
forme que ce soit du FIS dissous. Un refus largement partagé par la
quasi-totalité de la société algérienne qui a encore dans sa mémoire
et dans sa chair les larmes, le sang et l'angoisse occasionnés
par un parti totalitaire qui a failli entraîner le pays dans le
néant sous couvert de djihad.
A. M.
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |