Semaine du  24 au 30 Août  2005

 

Terrorisme

La guerre médiatique du terrorisme  (2e partie)

 

 

 

 Etude 


La guerre médiatique  du terrorisme    (1re partie)

Accueil

 La guerre médiatique du terrorisme (2e partie)

Dans la première partie de cette étude, nous avons essayé de déterminer les différentes phases par lesquelles est passée la lutte contre le terrorisme sur le plan médiatique. Avec une première phase qui a consisté à tenter coûte que coûte à le rattacher au FIS dissous, dans un souci de rassurer l'opinion sur les capacités de l'Etat à en neutraliser les organisateurs, et une seconde phase qui a vu les attentats et les actes de destruction prendre une telle ampleur qu'il devenait évident que le FIS n'était qu'un comparse dans l'affaire et qu'il fallait chercher ailleurs les véritables commanditaires.

Le premier à avoir évoqué cette stratégie de mise à nu du terrorisme a d'ailleurs été Khatib Youcef, dit Si Hassan, lorsqu'il était conseiller personnel du président Liamine Zeroual, au cours d'un colloque international organisé en 1995 à Djenane El-Mithak. Il aura été le premier haut responsable algérien à traiter, en présence d'experts espagnols notamment, de la question du terrorisme sous cet angle pour le moins inédit à une époque où l'opinion intérieure autant qu'internationale restait obnubilée par la seule mouvance islamiste. Il faut dire qu'Al-Qaîda n'existait pas encore, les attentats du 11 septembre n'ayant pas eu lieu.

Le fait est que la plupart des hauts responsables de l'Etat algérien ont commencé à percevoir dès la fin de l'année 1993, avec la montée en puissance d'une extraordinaire pression extérieure destinée à le contraindre à céder le pouvoir aux islamistes, que le jeu était autrement plus complexe qu'il n'apparaissait et que des forces bien plus grandes que le FIS dissous étaient derrière le terrorisme. Belaïd Abdeslem, l'ancien chef du gouvernement, ayant été celui qui dira certainement avec la plus grande clarté ce que beaucoup de ses pairs laissaient déjà entendre à mots couverts, en déclarant, sur les lieux de l'attentat de l'aéroport Houari-Boumediene, "il y a là la main de l'étranger". Même si par la suite l'enquête menée tambour battant laissera apparaître un réseau de mise en œuvre de l'opération qui impliquera une majorité de militants et de cadres du FIS, dont le propre chef de cabinet de Abassi Madani. Une situation qui n'aura par ailleurs rien de contradictoire si nous gardons à l'esprit le postulat de base qui veut que le FIS a de tout temps été instrumentalisé par des forces exogènes qui se situent aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Algérie.

A l'extérieur nous avons donc admis, dans la première partie de cette étude, que le terrorisme est une arme utilisée par la grande finance internationale pour remodeler à sa guise les rapports de force internationaux, pour redonner les directions qui lui conviennent le mieux à l'évolution du capitalisme mondial, mais aussi pour soumettre des pays qui, comme l'Algérie ou l'Egypte, peuvent être tentés par des expériences démocratiques authentiques.

A l'intérieur, le FIS a été créé et encouragé dans sa folle aventure hégémonique de conquête du pouvoir par une bourgeoisie compradore (bureaucratique et bazarie) qui tenait et tient toujours d'ailleurs à faire barrage à l'émergence d'un capitalisme productif moderne et libéral qui mettrait sa position dominante en danger. C'est dire que la contribution, effective ou non, du FIS à la réalisation des premiers actes terroristes ne signifie en rien qu'il ne faille pas y voir la main de l'étranger, ce parti étant lui-même une émanation directe des pressions des principales capitales occidentales désireuses de voir l'expérience démocratique en Algérie aller droit vers l'impasse. Cette façon de faire n'ayant d'ailleurs rien de bien nouveau ni de bien extraordinaire, puisque tout au long de son histoire, la grande bourgeoisie liée à la grande finance internationale a toujours encouragé l'émergence de mouvements fascistes et totalitaires pour freiner le développement de la démocratie en Europe même, lorsque les forces du progrès ou du socialisme risquaient d'y porter tort à ses immenses intérêts.

Aussi n'y a-t-il rien de bien extraordinaire à ce que les partis de l'Internationale socialiste, alors majoritairement au pouvoir, et le gouvernement américain désireux de mettre la main sur notre pays, aient manœuvré de mille et une manière, notamment par l'hyper-médiatisation et le financement du FIS pour imposer la voie la plus détestable qui soit à la jeune démocratie algérienne.

 

Les pistes se font précises

Cette problématique a donc été comprise assez tôt par les responsables de la lutte antiterroriste qui ont alerté les plus hautes autorités du pays sur les liens avérés du GIA notamment avec certaines des officines les plus puissantes de la planète, dont le MI6 britannique qui se permettait même le luxe de recueillir, d'héberger et de refuser d'extrader quelques uns des chefs terroristes les plus dangereux de la planète, dont deux du GIA. Le gouvernement américain, pour sa part, donnant l'asile à Anouar Haddam, un authentique ministre de cette sinistre organisation qui ne se gênera pas pour revendiquer, en 1995, à partir de Washington, l'odieux attentat du boulevard Amirouche, à Alger, qui a coûté la vie à près d'une centaine d'innocents. C'est à partir de ce moment que l'Etat algérien cessera de focaliser son attention sur le FIS en s'attelant plutôt à ôter la couverture politique et idéologique au terrorisme et en laissant apparaître ses véritables commanditaires.

C'est ainsi qu'en même temps, qu'il mènera un remarquable processus de dialogue avec l'islamisme, même le plus radical, l'Etat s'attellera à démanteler tous les réseaux de financement et de soutien extérieur, dont les plus importants étaient étrangement implantés en Italie, en Allemagne, en Turquie, en Angleterre et aux USA, bien plus qu'en Arabie Saoudite ou en Iran. C'est ce processus de déblayage et de nettoiement destiné à nous assurer une meilleure visibilité dans le dossier du terrorisme qui poussa les mêmes puissances et leurs officines à mettre au point une stratégie de riposte qui s'avéra d'une terrible efficacité au double plan sécuritaire et médiatique, avec toutes les conséquences désastreuses sur le plan politique.

La mécanique mise à l'œuvre fut d'une extrême simplicité, vu qu'elle avait déjà été mise en œuvre au Nicaragua notamment, durant les années 1980. Elle consistait à organiser, de nuit, de grands massacres de populations civiles par les "contras" et à en faire endosser la responsabilité par les sandinistes alors au pouvoir. La technique était d'autant plus imparable que les massacres, qui se perpétraient dans l'obscurité la plus totale, étaient en réalité pilotés par satellites et que les tueurs disposaient du matériel de vision nocturne et de liaison GPS mis à leur disposition par la CIA. Ces détails étant ignorés par l'opinion, il devenait évident pour le commun des mortels que seules les troupes régulières avaient eu la possibilité de commettre de tels massacres avec autant de facilité, sans être inquiétées par personne, et pour cause.

La même technique relatée par Bob Woodward dans le livre qu'il a consacré à William Casey sera adaptée, dix ans plus tard, à l'Algérie avec cette innovation absolument machiavélique qui consiste à se demander ensuite "qui tue qui ?", l'essentiel étant bien entendu de jeter le doute dans les esprits et de le laisser germer. Des renégats de la pire espèce se chargeant ensuite d'arroser consciencieusement la graine à travers quelques ouvrages écrits sous la dictée et qui essayeront de donner de la consistance à une hypothèse bien difficile à digérer.

Les médias aidant, cette véritable horreur sémantique se frayera un chemin à travers l'opinion publique internationale qui ne résistera pas à l'envie d'accabler l'armée algérienne et de lui faire endosser des tueries aussi abjectes dans le secret espoir de redonner du crédit au FIS dissous et d'affaiblir l'Etat algérien sur l'arène internationale.

La presse algérienne fait obstacle

Cette démarche aussi cynique que machiavélique se heurtera cependant à un obstacle assez sérieux et qui est celui de l'attitude de la presse privée algérienne qui refusera dans sa totalité de cautionner de pareilles accusations et qui se dressera unanimement pour dénoncer une manœuvre clairement identifiée par la plupart des titres comme devant servir à blanchir les islamistes de leurs crimes. L'anti-intégrisme virulent de la majorité des titres de la presse privée algérienne fera ainsi opportunément barrage aux grandes manœuvres politico-médiatiques destinées à se défausser de la responsabilité dans le terrorisme en Algérie sur l'armée et les services de sécurité qui le combattent âprement. Cette attitude particulière de la presse algérienne empêchera ainsi le "qui tue qui ?" de connaître le succès fulgurant qui était attendu dans la plupart des chancelleries occidentales et du Moyen-Orient.

Si les journalistes algériens, qui sont sur le terrain, témoignent que les massacres sont bien le fait de groupe terroristes d'obédience islamiste, il faut tout de même les croire. Sauf que cette tendance très forte à accuser les islamistes enregistrera quand même quelques notables ratés avec la déclaration faite à Canal+ par Omar Belhouchet, le directeur de publication d'El Watan, qui déclarera en 1995 : "Certains assassinats (d'intellectuels et de journalistes) sont le fait du pouvoir." Ce directeur de journal ne visait évidemment pas à laver ainsi les islamistes de tout soupçon. Ce qui paraît bien sûr impossible dans la bouche d'un journaliste qui, depuis le déclenchement du terrorisme, a toujours manifesté une hostilité sans concession au FIS, mais il est clair qu'il n'a fait qu'exprimer de façon un peu maladroite des rumeurs persistantes véhiculées par la rue algéroise et des faits assez troublants qui peuvent effectivement impliquer certains secteurs du pouvoir algérien. Toutefois, sa grande et inexcusable maladresse aura été de laisser entendre que des assassinats peuvent avoir été commandités par l'Etat et le pouvoir algérien en tant que tels. Ce qui est évidemment une aberration absolue. Le sens de la nuance ayant alors manqué à notre confrère, qui aurait pu accuser des individus et certains hauts responsables agissant pour leur compte, mais certainement pas l'Etat pris dans son ensemble.

Ce dérapage, provoqué en tout cas par les questions bien orientées du journaliste de Canal+, servira à alimenter la puissante et insidieuse campagne de propagande menée à travers les médias européens et anglo-saxons pour faire porter le chapeau aux forces de sécurité algériennes et inverser la tendance qui se dessinait sur le terrain.

Une tendance qui, en démontrant la faiblesse politique et organisationnelle du FIS, ne pouvait que pousser l'opinion à rechercher les véritables commanditaires du terrorisme. Une recherche qui passe évidemment par la question de base qui consiste à se demander à qui profite le crime ? Cette seule interrogation étant de nature à rendre inopérante le "qui tue qui ?" dans la mesure où l'armée algérienne n'a strictement aucun intérêt à organiser des massacres qui ne peuvent prouver par ailleurs que son incapacité à faire face au terrorisme et à protéger les populations civiles. Sachant que chaque attentat terroriste réussi accentue l'échec de l'Etat à assurer sa principale mission constitutionnelle qui est d'assurer la sécurité des biens et des personnes.

En plus des larges campagnes de presse destinées à faire oublier cet important axiome et des nombreux ouvrages commandés à cet effet à des renégats par quelques maisons d'édition françaises engagées dans la déstabilisation de l'Algérie, un important site Internet a été également conçu et mis en place pour alimenter de façon continue la propagande anti-ANP. Et c'est sous couvert d'un courageux anonymat que de soi-disant officiers (déserteurs ou encore en activité) de l'armée algérienne vont donner des versions absolument abracadabrantes des principaux événements sécuritaires qui ont secoué le pays de 1991 jusqu'à l'élection de Abdelaziz Bouteflika en avril 2004. Depuis cette date, le site en question sommeille pour des raisons difficiles à déterminer, mais dont une au moins est aisée à deviner : l'échec avéré de faire passer au sein de l'opinion algérienne la problématique du "qui tue qui ?".

La tâche s'avèrera alors encore plus ardue depuis le 14 août dernier, date à laquelle le président de la République rendra publique le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale qui prend nettement et définitivement position sur la question de la responsabilité liée au terrorisme en lavant de tout soupçon l'armée et les forces de sécurité algériennes et en faisant ressortir la part de responsabilité des personnes et organisations qui ont appelé au djihad contre l'Algérie, Etat et société. Il est intéressant de noter à cet égard que le discours du Président Abdelaziz Bouteflika du 14 août dernier commence par une référence directe à l'enlèvement et à l'assassinat de nos deux diplomates en poste en Irak, indiquant ainsi la voie à suivre dans la recherche des véritables parties qui ont décidé d'agresser notre pays par le biais du terrorisme. Des parties qui feront tout pour que l'Algérie ne retrouve jamais son unité, la paix et la stabilité qui peuvent en faire à nouveau un dangereux empêcheur de tourner en rond sur la scène internationale.

Abderrahmane Mahmoudi

 

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche