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La guerre
médiatique du terrorisme (1re
partie)
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La
guerre médiatique du terrorisme (2e partie)
Dans la première
partie de cette étude, nous avons essayé de déterminer les
différentes phases par lesquelles est passée la lutte contre le
terrorisme sur le plan médiatique. Avec une première phase qui a
consisté à tenter coûte que coûte à le rattacher au FIS dissous,
dans un souci de rassurer l'opinion sur les capacités de l'Etat à en
neutraliser les organisateurs, et une seconde phase qui a vu les
attentats et les actes de destruction prendre une telle ampleur
qu'il devenait évident que le FIS n'était qu'un comparse dans
l'affaire et qu'il fallait chercher ailleurs les véritables
commanditaires.
Le premier à avoir
évoqué cette stratégie de mise à nu du terrorisme a d'ailleurs été
Khatib Youcef, dit Si Hassan, lorsqu'il était conseiller personnel
du président Liamine Zeroual, au cours d'un colloque international
organisé en 1995 à Djenane El-Mithak. Il aura été le premier haut
responsable algérien à traiter, en présence d'experts espagnols
notamment, de la question du terrorisme sous cet angle pour le moins
inédit à une époque où l'opinion intérieure autant qu'internationale
restait obnubilée par la seule mouvance islamiste. Il faut dire qu'Al-Qaîda
n'existait pas encore, les attentats du 11 septembre n'ayant pas eu
lieu.
Le fait est que la
plupart des hauts responsables de l'Etat algérien ont commencé à
percevoir dès la fin de l'année 1993, avec la montée en puissance
d'une extraordinaire pression extérieure destinée à le contraindre à
céder le pouvoir aux islamistes, que le jeu était autrement plus
complexe qu'il n'apparaissait et que des forces bien plus grandes
que le FIS dissous étaient derrière le terrorisme. Belaïd Abdeslem,
l'ancien chef du gouvernement, ayant été celui qui dira certainement
avec la plus grande clarté ce que beaucoup de ses pairs laissaient
déjà entendre à mots couverts, en déclarant, sur les lieux de
l'attentat de l'aéroport Houari-Boumediene, "il y a là la main de
l'étranger". Même si par la suite l'enquête menée tambour battant
laissera apparaître un réseau de mise en œuvre de l'opération qui
impliquera une majorité de militants et de cadres du FIS, dont le
propre chef de cabinet de Abassi Madani. Une situation qui n'aura
par ailleurs rien de contradictoire si nous gardons à l'esprit le
postulat de base qui veut que le FIS a de tout temps été
instrumentalisé par des forces exogènes qui se situent aussi bien à
l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Algérie.
A l'extérieur nous
avons donc admis, dans la première partie de cette étude, que le
terrorisme est une arme utilisée par la grande finance
internationale pour remodeler à sa guise les rapports de force
internationaux, pour redonner les directions qui lui conviennent le
mieux à l'évolution du capitalisme mondial, mais aussi pour
soumettre des pays qui, comme l'Algérie ou l'Egypte, peuvent être
tentés par des expériences démocratiques authentiques.
A l'intérieur, le
FIS a été créé et encouragé dans sa folle aventure hégémonique de
conquête du pouvoir par une bourgeoisie compradore (bureaucratique
et bazarie) qui tenait et tient toujours d'ailleurs à faire barrage
à l'émergence d'un capitalisme productif moderne et libéral qui
mettrait sa position dominante en danger. C'est dire que la
contribution, effective ou non, du FIS à la réalisation des premiers
actes terroristes ne signifie en rien qu'il ne faille pas y voir la
main de l'étranger, ce parti étant lui-même une émanation directe
des pressions des principales capitales occidentales désireuses de
voir l'expérience démocratique en Algérie aller droit vers
l'impasse. Cette façon de faire n'ayant d'ailleurs rien de bien
nouveau ni de bien extraordinaire, puisque tout au long de son
histoire, la grande bourgeoisie liée à la grande finance
internationale a toujours encouragé l'émergence de mouvements
fascistes et totalitaires pour freiner le développement de la
démocratie en Europe même, lorsque les forces du progrès ou du
socialisme risquaient d'y porter tort à ses immenses intérêts.
Aussi n'y a-t-il
rien de bien extraordinaire à ce que les partis de l'Internationale
socialiste, alors majoritairement au pouvoir, et le gouvernement
américain désireux de mettre la main sur notre pays, aient manœuvré
de mille et une manière, notamment par l'hyper-médiatisation et le
financement du FIS pour imposer la voie la plus détestable qui soit
à la jeune démocratie algérienne.
Les pistes se
font précises
Cette
problématique a donc été comprise assez tôt par les responsables de
la lutte antiterroriste qui ont alerté les plus hautes autorités du
pays sur les liens avérés du GIA notamment avec certaines des
officines les plus puissantes de la planète, dont le MI6 britannique
qui se permettait même le luxe de recueillir, d'héberger et de
refuser d'extrader quelques uns des chefs terroristes les plus
dangereux de la planète, dont deux du GIA. Le gouvernement
américain, pour sa part, donnant l'asile à Anouar Haddam, un
authentique ministre de cette sinistre organisation qui ne se gênera
pas pour revendiquer, en 1995, à partir de Washington, l'odieux
attentat du boulevard Amirouche, à Alger, qui a coûté la vie à près
d'une centaine d'innocents. C'est à partir de ce moment que l'Etat
algérien cessera de focaliser son attention sur le FIS en s'attelant
plutôt à ôter la couverture politique et idéologique au terrorisme
et en laissant apparaître ses véritables commanditaires.
C'est ainsi qu'en
même temps, qu'il mènera un remarquable processus de dialogue avec
l'islamisme, même le plus radical, l'Etat s'attellera à démanteler
tous les réseaux de financement et de soutien extérieur, dont les
plus importants étaient étrangement implantés en Italie, en
Allemagne, en Turquie, en Angleterre et aux USA, bien plus qu'en
Arabie Saoudite ou en Iran. C'est ce processus de déblayage et de
nettoiement destiné à nous assurer une meilleure visibilité dans le
dossier du terrorisme qui poussa les mêmes puissances et leurs
officines à mettre au point une stratégie de riposte qui s'avéra
d'une terrible efficacité au double plan sécuritaire et médiatique,
avec toutes les conséquences désastreuses sur le plan politique.
La mécanique mise
à l'œuvre fut d'une extrême simplicité, vu qu'elle avait déjà été
mise en œuvre au Nicaragua notamment, durant les années 1980. Elle
consistait à organiser, de nuit, de grands massacres de populations
civiles par les "contras" et à en faire endosser la responsabilité
par les sandinistes alors au pouvoir. La technique était d'autant
plus imparable que les massacres, qui se perpétraient dans
l'obscurité la plus totale, étaient en réalité pilotés par
satellites et que les tueurs disposaient du matériel de vision
nocturne et de liaison GPS mis à leur disposition par la CIA. Ces
détails étant ignorés par l'opinion, il devenait évident pour le
commun des mortels que seules les troupes régulières avaient eu la
possibilité de commettre de tels massacres avec autant de facilité,
sans être inquiétées par personne, et pour cause.
La même technique
relatée par Bob Woodward dans le livre qu'il a consacré à William
Casey sera adaptée, dix ans plus tard, à l'Algérie avec cette
innovation absolument machiavélique qui consiste à se demander
ensuite "qui tue qui ?", l'essentiel étant bien entendu de jeter le
doute dans les esprits et de le laisser germer. Des renégats de la
pire espèce se chargeant ensuite d'arroser consciencieusement la
graine à travers quelques ouvrages écrits sous la dictée et qui
essayeront de donner de la consistance à une hypothèse bien
difficile à digérer.
Les médias aidant,
cette véritable horreur sémantique se frayera un chemin à travers
l'opinion publique internationale qui ne résistera pas à l'envie
d'accabler l'armée algérienne et de lui faire endosser des tueries
aussi abjectes dans le secret espoir de redonner du crédit au FIS
dissous et d'affaiblir l'Etat algérien sur l'arène internationale.
La presse
algérienne fait obstacle
Cette démarche
aussi cynique que machiavélique se heurtera cependant à un obstacle
assez sérieux et qui est celui de l'attitude de la presse privée
algérienne qui refusera dans sa totalité de cautionner de pareilles
accusations et qui se dressera unanimement pour dénoncer une
manœuvre clairement identifiée par la plupart des titres comme
devant servir à blanchir les islamistes de leurs crimes.
L'anti-intégrisme virulent de la majorité des titres de la presse
privée algérienne fera ainsi opportunément barrage aux grandes
manœuvres politico-médiatiques destinées à se défausser de la
responsabilité dans le terrorisme en Algérie sur l'armée et les
services de sécurité qui le combattent âprement. Cette attitude
particulière de la presse algérienne empêchera ainsi le "qui tue qui
?" de connaître le succès fulgurant qui était attendu dans la
plupart des chancelleries occidentales et du Moyen-Orient.
Si les
journalistes algériens, qui sont sur le terrain, témoignent que les
massacres sont bien le fait de groupe terroristes d'obédience
islamiste, il faut tout de même les croire. Sauf que cette tendance
très forte à accuser les islamistes enregistrera quand même quelques
notables ratés avec la déclaration faite à Canal+ par Omar
Belhouchet, le directeur de publication d'El Watan, qui déclarera en
1995 : "Certains assassinats (d'intellectuels et de journalistes)
sont le fait du pouvoir." Ce directeur de journal ne visait
évidemment pas à laver ainsi les islamistes de tout soupçon. Ce qui
paraît bien sûr impossible dans la bouche d'un journaliste qui,
depuis le déclenchement du terrorisme, a toujours manifesté une
hostilité sans concession au FIS, mais il est clair qu'il n'a fait
qu'exprimer de façon un peu maladroite des rumeurs persistantes
véhiculées par la rue algéroise et des faits assez troublants qui
peuvent effectivement impliquer certains secteurs du pouvoir
algérien. Toutefois, sa grande et inexcusable maladresse aura été de
laisser entendre que des assassinats peuvent avoir été commandités
par l'Etat et le pouvoir algérien en tant que tels. Ce qui est
évidemment une aberration absolue. Le sens de la nuance ayant alors
manqué à notre confrère, qui aurait pu accuser des individus et
certains hauts responsables agissant pour leur compte, mais
certainement pas l'Etat pris dans son ensemble.
Ce dérapage,
provoqué en tout cas par les questions bien orientées du journaliste
de Canal+, servira à alimenter la puissante et insidieuse campagne
de propagande menée à travers les médias européens et anglo-saxons
pour faire porter le chapeau aux forces de sécurité algériennes et
inverser la tendance qui se dessinait sur le terrain.
Une tendance qui,
en démontrant la faiblesse politique et organisationnelle du FIS, ne
pouvait que pousser l'opinion à rechercher les véritables
commanditaires du terrorisme. Une recherche qui passe évidemment par
la question de base qui consiste à se demander à qui profite le
crime ? Cette seule interrogation étant de nature à rendre
inopérante le "qui tue qui ?" dans la mesure où l'armée algérienne
n'a strictement aucun intérêt à organiser des massacres qui ne
peuvent prouver par ailleurs que son incapacité à faire face au
terrorisme et à protéger les populations civiles. Sachant que chaque
attentat terroriste réussi accentue l'échec de l'Etat à assurer sa
principale mission constitutionnelle qui est d'assurer la sécurité
des biens et des personnes.
En plus des larges
campagnes de presse destinées à faire oublier cet important axiome
et des nombreux ouvrages commandés à cet effet à des renégats par
quelques maisons d'édition françaises engagées dans la
déstabilisation de l'Algérie, un important site Internet a été
également conçu et mis en place pour alimenter de façon continue la
propagande anti-ANP. Et c'est sous couvert d'un courageux anonymat
que de soi-disant officiers (déserteurs ou encore en activité) de
l'armée algérienne vont donner des versions absolument
abracadabrantes des principaux événements sécuritaires qui ont
secoué le pays de 1991 jusqu'à l'élection de Abdelaziz Bouteflika en
avril 2004. Depuis cette date, le site en question sommeille pour
des raisons difficiles à déterminer, mais dont une au moins est
aisée à deviner : l'échec avéré de faire passer au sein de l'opinion
algérienne la problématique du "qui tue qui ?".
La tâche s'avèrera
alors encore plus ardue depuis le 14 août dernier, date à laquelle
le président de la République rendra publique le projet de charte
pour la paix et la réconciliation nationale qui prend nettement et
définitivement position sur la question de la responsabilité liée au
terrorisme en lavant de tout soupçon l'armée et les forces de
sécurité algériennes et en faisant ressortir la part de
responsabilité des personnes et organisations qui ont appelé au
djihad contre l'Algérie, Etat et société. Il est intéressant de
noter à cet égard que le discours du Président Abdelaziz Bouteflika
du 14 août dernier commence par une référence directe à l'enlèvement
et à l'assassinat de nos deux diplomates en poste en Irak, indiquant
ainsi la voie à suivre dans la recherche des véritables parties qui
ont décidé d'agresser notre pays par le biais du terrorisme. Des
parties qui feront tout pour que l'Algérie ne retrouve jamais son
unité, la paix et la stabilité qui peuvent en faire à nouveau un
dangereux empêcheur de tourner en rond sur la scène internationale.
Abderrahmane
Mahmoudi
Haut
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