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Histoire
Les fêtes
saisonnières dans les Aurès
Les fêtes
célébrées dans le massif auréssien apportent un répit, une détente
et une trêve salutaires dans la vie quotidienne ô combien dure,
invivable dans cet environnement orographique hostile où l'homme
doit être en permanence en mouvement pour survivre.
Ce sont d'abord
les fêtes saisonnières à caractère strictement agraire, qui sont
commémorées à diverses époques de l'année solaire. Elles sont
célébrées régulièrement dans toutes les régions du massif ; mais
elles revêtent un cachet spécifique, une autre dimension et un faste
aussi original que particulier dans l'oued Labied et l'oued Abdi. L'Auréssienne
en est l'animatrice, comme elle est et reste le pôle d'attraction
autour duquel gravite toute la cellule familiale.
Les fêtes, dans
leur ordre chronologique se présentent ainsi : Boû Ini qui est lié
à Lennâr, dont il est en réalité les prémices. Ce sont ensuite les
fêtes célébrées d'après le calendrier lunaire, introduit après
l'invasion arabe et l'islamisation, qui, dans les Aurès, voisine
avec le calendrier julien (en retard de treize jours sur le
calendrier grégorien).
Boû Ini est connu
dans tout l'Aurès, mais il n'est pas célébré en tous lieux à la même
époque : on le fête sept jours avant Lenâr à Menaâ, dans diverses
dechras de l'Oued Abdi, particulièrement à Teniet El-Abed et chez
les Ouled Daoud, dans l'oued Labied ; chez les Bénibouslimans, à
Tagoust, à Amentane, il se confond avec Lenâr, fête à laquelle les
pratiques qu'il exige se trouvent reportées.
L'Auréssienne,
dont la vie se déroule en grande partie autour du foyer, et qui est
en contact avec l’âtre par nombre de ses activités, est toute
désignée pour le réaménager et le refaire. C'est donc elle qui doit
accomplir le rituel immuable de Boû Ini, et pour cela, reconstruire
l'âtre et bien sûr changer l'une des pierres du kanoun (foyer de la
demeure familiale).
Dans la plupart
des dechras, et particulièrement à Theniet El-Abed, Taghit Si
Belkheir, Amentane, ce sont les femmes qui se chargent des matériaux
nécessaires ; à Menaâ, au contraire, elles ont l'habitude de
descendre en groupe dans l'oued afin d'y choisir les meilleures
pierres blanches et se rendre sur un petit mamelon situé non loin de
la petite agglomération pour y prendre de l'argile. Rentrée chez
elle, chacune démolit méticuleusement son foyer, enlève la vieille
terre, fait un mortier avec la terre glaise rapportée, façonne
l'emplacement du foyer et réinstalle celui-ci à l'aide de deux des
anciennes pierres et de la nouvelle rapportée de l'oued.
Chez les
Bénibousliman, les femmes ne construisent pas toujours le foyer,
elles se contentent bien souvent de répandre un peu de terre sur
l'emplacement où se trouvent les pierres.
Le premier jour de
Lennâr (mois de janvier du calendrier julien) est célébré dans tout
le massif auréssien, ainsi du reste qu'aux alentours immédiats,
notamment à Kaïs, Khenchela, Zoui, Tazought et même à Tébessa, aux
confins des Nememchas.
La fête commence
en général la veille, jour de mezlegh, par le sacrifice d'une bête
que l'homme égorge, mais qui doit être conservée intacte jusqu'au
lendemain, car il ne faut pas manger de la viande ce jour-là ; les
Bénibouslimans, eux, s'abstiennent également de consommer des
dattes.
Mezlegh est un
jour de recueillement, considéré comme funeste à toute entreprise :
un voyage ou un mariage, par exemple. Le jour de mezlegh, l'Auréssienne
prépare de ircherchem (du blé bouilli) qu'elle répand sur les arbres
du verger.
Le premier jour de
l'année est considéré comme particulièrement propice à toute
entreprise. La femme étant en quelque sorte la fée du foyer, c'est à
elle que revient la charge d'accomplir les rituels imposés par
Lennâr, c'est-à-dire la mission de débarasser la demeure familiale
de toutes les mauvaises traces de l'année qui se termine et
d'achever la reconstruction du kanoun (âtre), commencé pour Boû Ini.
Elle doit donc assurer le nettoyage méticuleux du logis, enlever
toutes impuretés ; à Tagoust, elle doit même changer les cordes en
alfa dans toute la maison.
Dans les dechras
qui célèbrent Boû Ini, la femme change pour Lennâr les deux pierres
qui ne l'ont pas encore été ; en certains endroits, à Chir, dans
l'oued Abdi, par exemple, la femme ne remplace pas la terre du foyer
mais substitue simplement trois nouvelles pierres.
Lennâr, jour
propice aux miracles, est également favorable aux présages. La
femme, quand elle se rend au fond de la vallée pour prendre les
pierres pour le nouveau kanoun, examine l'emplacement sur lequel
elles se trouvent et en tire divers augures. Y voit-elle un ver
blanc ? Un beau bébé lui naîtra. Une herbe verte ? La récolte sera
abondante. Des fourmis ? Son troupeau augmentera, etc.
Dans les dechras
qui ne fêtent pas mezlegh, l'homme est tenu, le matin de Lennâr, de
sacrifier une bête, car pour ce jour sacré, tout le monde doit
manger de la viande.
Dès que le nouveau
kanoun est installé, l'Auréssienne prépare des todfist (beignets),
comme pour Boû Ini. Toute la famille réunit alors autour du plat
préparé, que l'on mange en trempant les beignets dans du miel et du
beurre fondu. Pendant les huit jours qui suivent, la femme ne fait
que le travail obligatoire et strictement nécessaire.
Lors de Lilt R'bia
ou Tifesouîn (la fête du printemps qui a lieu à la mi-février du
calendrier julien), l'est la célébration du renouveau ; comme aux
époques et dans les régions les plus diverses, cette fête, célébrée
à travers tout le massif, est particulièrement brillante et animée
dans l'oued Abdi.
Les cérémonies
commencent dans la nuit du 14 au 15 février ; à partir de minuit et
jusqu'à l'aube, des groupes de familles se forment et quittent la
dechra. Les femmes, vêtues de leurs plus beaux atours, sont les plus
gaies, les plus bruyantes et les plus présentes.
Ces fêtes
saisonnières ont été depuis la nuit des temps célébrées, et le sont
toujours à travers tout le massif auréssien et demeurent une partie
importante de la culture populaire et de la mémoire collective de
ces populations, qu'aucun envahisseur n'a réussi à assimiler…
Chenouf Ahmed
Boudi
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