Semaine du  24 au 30 Août  2005

 

Le projet de Bouteflika ne suscite pas l'enthousiasme

Danger sur la charte

 

 

 

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Le projet de Bouteflika ne suscite pas l'enthousiasme

Danger sur la charte

Il ne fait pas l'ombre d'un doute que l'évènement de la rentrée politique de cette année 2005 sera le référendum sur le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale. Pourtant, depuis qu'il a été rendu public, dimanche 14 août, par le président de la République, la presse nationale donne l'impression de ressentir une certaine gêne.

Ce sentiment reflété par la presse écrite  est-il pour autant celui de l'opinion nationale ? On ne le sait pas. Ce qui par contre est certain, c'est que les quotidiens  analysent le contenu de manière différente. On en voudra pour preuve les Unes des titres du dimanche 21 août, au lendemain du premier discours de Bouteflika entrant dans le cadre de la campagne. 

"Bouteflika lance sa campagne", annonce El Watan. Le rédacteur, qui précise que "le long discours  prononcé par le président de la République  s'est axé essentiellement sur deux points", préférera baser son écrit sur celui relatif à l'histoire. Un choix qui pourrait abonder dans le sens du constat fait préalablement. 

Pour Liberté, "Bouteflika (est) en campagne". Son éditorialiste indique que "tout en expliquant que cette réconciliation tant recherchée vient comme une ultime étape de la remise sur rails du pays, après la folle embardée des années quatre-vingt-dix, Bouteflika n'a pas manqué, par ailleurs, de multiplier les assurances à l'endroit de ceux qui considèrent le projet comme une grâce qui a honte de dire son nom".

Bouteflika confirme

L'éditorialiste poursuit en ajoutant qu'"il (Bouteflika) a ainsi confirmé que c'en est bel et bien fini de la politique pour les commanditaires de la crise", prenant toutefois la peine de se demander "s'ils  sont tous identifiés" avant d'enchaîner que le Président confirmera également "que la lutte contre l"hydre terroriste se poursuivra sans répit".   

Le titre de Une retenu par la Nouvelle République ne diffère pas tellement de ceux d'El Watan ou de Liberté  sauf que pour le  premier cité c'est "sa" campagne et que pour le second c'est "en" campagne, tandis que pour La Nouvelle République c'et "la" campagne.  Un signe de prudence ou de distanciation par rapport au projet ?  Il n'en demeure pas moins que La Nouvelle République s'est contentée d'annoncer que "Bouteflika lance la campagne". Certes, le commentateur, après avoir livré son avis en soulignant que "la phrase-clé qui semble encadrer les perspectives qu'ouvre le projet de réconciliation nationale n'est autre que le déracinement  définitif du terrorisme et de ses causes en Algérie", prend toutefois la peine de rappeler que "la décision rigoureuse et vigoureusement exprimée de ne plus permettre à ceux qui ont fait le lit du terrorisme d'exercer la politique était plutôt une manière de signifier que la réconciliation nationale n'implique nullement une réouverture possible d'un dossier à jamais clos et classé :celui du FIS dissous". Car de l'avis du commentateur, "la réconciliation ne sera tout de même pas à ce prix".

Pour sa part, La Tribune estime, à la lecture du discours du Président, que "la réconciliation nationale (est de) pardonner sans oublier". D'autant que, rappelant "les ambitions" de la démarche, un autre écrit souligne que le principal est de "voir vers l'avenir en cultivant le passé", ajoutant que c'est là une ambition que le chef de l'Etat "veut faire partager par le plus grand nombre".

L'indispensable distinguo

"Je suis venu apporter la paix." C'est ce qu'a retenu  du discours le rédacteur du Jeune Indépendant.  El Djazair News abonde dans le même sens en reprenant, à la Une, une des idées fortes de Bouteflika : "La réconciliation est la solution" à la crise que nous vivons. Idem pour L'Authentique, qui rapporte que "la réconciliation nationale est un choix vital et volontaire".  Le Maghreb invite ses lecteurs à soutenir le projet. Plus encore, "il faut se sacrifier pour la réconciliation nationale" annonce-t-il en titre de Une.  Son éditorialiste estime que "la charte confirme ainsi tout ce qui se disait auparavant, à savoir que le terrorisme recrute sur le terrain de la misère et de la pauvreté et qu'il lui faut absolument paralyser le fonctionnement de l'économie pour augmenter les frustrations sous-économiques des populations et rendre ainsi des dernières vulnérables devant la subversion terroriste". Il ajoute que "si on dit bien qu'il n'y a pas de développement sans la paix, on dit aussi qu'il n'y a pas de paix sans développement, et ce, pour montrer combien ces deux concepts sont interdépendants".

Une autre certitude, soulignée cette fois par Le Jour d'Algérie, est que "la réconciliation n'est pas l'amnistie". Reste, rappellera la rédactrice, que devant une assistance nombreuse, le Président a assuré que "seul le peuple décidera de la consécration ou non  de cette charte" étant donné que "ceux qui s'y opposent n'ont pas tout à fait tort tout comme ceux qui y adhèrent".  Reste, indiquera ce quotidien, que le Président a affirmé que "son projet aboutira à une scène politique où l'on fera une distinction entre la politique et la religion, évitant ainsi, selon les termes utilisés par le président Bouteflika, de tomber de nouveau dans le même piège, et assurant à la République algérienne une certaine protection contre le danger d'une nation théocratique".

Le quotidien arabophone Al Khabar, lui, met l'accent sur le choix donné par Bouteflika aux terroristes toujours en activité. "Le dépôt des armes ou le suicide" tel est le titre de Une retenu pour l'édition du jour. Selon le rédacteur, les propos  du Président s'adressaient aux éléments du GSPC qui rejettent le projet de la réconciliation nationale. Tandis que les quotidien El Youm et Le Soir d'Algérie ont préféré consacrer leur ouverture à ce que considère le Soir d'Algérie comme "un important non-dit de la charte pour la paix" à savoir "assurer, au nom du peuple, l'immunité à l'ANP". Pour ce quotidien, "l'arrière-fond, en somme, la portée véritable, du moins l'une, du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale qui sera soumis au suffrage populaire le 29 septembre prochain confine donc en l'assurance d'une immunité et d'une protection à l'Armée nationale populaire, objet de campagnes d'acharnement orchestrées de l'extérieur et poursuivant à la culpabiliser dans la tragédie vécue par le pays".

El Youm pour sa part revient sur la même idée en titrant à la Une : "J'accorderai l'immunité à l'Armée (…)."

Reste soulignera l'éditorialiste du Jour d'Algérie, qu'il est à craindre que "la campagne médiatique qui a commencé ce 14 août se poursuive sur le ton monocorde et sans enthousiasme qui la caractérise sur les écrans de télévision et les ondes de la Radio nationale". Car, poursuivra-t-il, "tout aura été fait en tous cas pour que le texte se fraie un chemin au milieu d'une quasi-indifférence générale censée lui assurer le maximum de chances de passer sans anicroche". Une telle option n'est pas sans danger puisque, de son avis, "nous risquons de tomber dans le piège qui consiste à ne pas faire tout ce qu'il faut pour faire passer le projet de charte auprès de l'opinion et à subir le rouleau compresseur de ses opposants qui peut se déclencher à quelques jours du scrutin".

Nadia Kerraz

 

 

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