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Le projet de
Bouteflika ne suscite pas l'enthousiasme
Danger sur la
charte
Il ne fait pas
l'ombre d'un doute que l'évènement de la rentrée politique de cette
année 2005 sera le référendum sur le projet de charte pour la paix
et la réconciliation nationale. Pourtant, depuis qu'il a été rendu
public, dimanche 14 août, par le président de la République, la
presse nationale donne l'impression de ressentir une certaine gêne.
Ce sentiment
reflété par la presse écrite est-il pour autant celui de l'opinion
nationale ? On ne le sait pas. Ce qui par contre est certain, c'est
que les quotidiens analysent le contenu de manière différente. On
en voudra pour preuve les Unes des titres du dimanche 21 août, au
lendemain du premier discours de Bouteflika entrant dans le cadre de
la campagne.
"Bouteflika lance
sa campagne", annonce El Watan. Le rédacteur, qui précise que "le
long discours prononcé par le président de la République s'est axé
essentiellement sur deux points", préférera baser son écrit sur
celui relatif à l'histoire. Un choix qui pourrait abonder dans le
sens du constat fait préalablement.
Pour Liberté, "Bouteflika
(est) en campagne". Son éditorialiste indique que "tout en
expliquant que cette réconciliation tant recherchée vient comme une
ultime étape de la remise sur rails du pays, après la folle embardée
des années quatre-vingt-dix, Bouteflika n'a pas manqué, par
ailleurs, de multiplier les assurances à l'endroit de ceux qui
considèrent le projet comme une grâce qui a honte de dire son nom".
Bouteflika
confirme
L'éditorialiste
poursuit en ajoutant qu'"il (Bouteflika) a ainsi confirmé que c'en
est bel et bien fini de la politique pour les commanditaires de la
crise", prenant toutefois la peine de se demander "s'ils sont tous
identifiés" avant d'enchaîner que le Président confirmera également
"que la lutte contre l"hydre terroriste se poursuivra sans
répit".
Le titre de Une
retenu par la Nouvelle République ne diffère pas tellement de ceux
d'El Watan ou de Liberté sauf que pour le premier cité c'est "sa"
campagne et que pour le second c'est "en" campagne, tandis que pour
La Nouvelle République c'et "la" campagne. Un signe de prudence ou
de distanciation par rapport au projet ? Il n'en demeure pas moins
que La Nouvelle République s'est contentée d'annoncer que "Bouteflika
lance la campagne". Certes, le commentateur, après avoir livré son
avis en soulignant que "la phrase-clé qui semble encadrer les
perspectives qu'ouvre le projet de réconciliation nationale n'est
autre que le déracinement définitif du terrorisme et de ses causes
en Algérie", prend toutefois la peine de rappeler que "la décision
rigoureuse et vigoureusement exprimée de ne plus permettre à ceux
qui ont fait le lit du terrorisme d'exercer la politique était
plutôt une manière de signifier que la réconciliation nationale
n'implique nullement une réouverture possible d'un dossier à jamais
clos et classé :celui du FIS dissous". Car de l'avis du
commentateur, "la réconciliation ne sera tout de même pas à ce
prix".
Pour sa part, La
Tribune estime, à la lecture du discours du Président, que "la
réconciliation nationale (est de) pardonner sans oublier". D'autant
que, rappelant "les ambitions" de la démarche, un autre écrit
souligne que le principal est de "voir vers l'avenir en cultivant le
passé", ajoutant que c'est là une ambition que le chef de l'Etat
"veut faire partager par le plus grand nombre".
L'indispensable
distinguo
"Je suis venu
apporter la paix." C'est ce qu'a retenu du discours le rédacteur du
Jeune Indépendant. El Djazair News abonde dans le même sens en
reprenant, à la Une, une des idées fortes de Bouteflika : "La
réconciliation est la solution" à la crise que nous vivons. Idem
pour L'Authentique, qui rapporte que "la réconciliation nationale
est un choix vital et volontaire". Le Maghreb invite ses lecteurs à
soutenir le projet. Plus encore, "il faut se sacrifier pour la
réconciliation nationale" annonce-t-il en titre de Une. Son
éditorialiste estime que "la charte confirme ainsi tout ce qui se
disait auparavant, à savoir que le terrorisme recrute sur le terrain
de la misère et de la pauvreté et qu'il lui faut absolument
paralyser le fonctionnement de l'économie pour augmenter les
frustrations sous-économiques des populations et rendre ainsi des
dernières vulnérables devant la subversion terroriste". Il ajoute
que "si on dit bien qu'il n'y a pas de développement sans la paix,
on dit aussi qu'il n'y a pas de paix sans développement, et ce, pour
montrer combien ces deux concepts sont interdépendants".
Une autre
certitude, soulignée cette fois par Le Jour d'Algérie, est que "la
réconciliation n'est pas l'amnistie". Reste, rappellera la
rédactrice, que devant une assistance nombreuse, le Président a
assuré que "seul le peuple décidera de la consécration ou non de
cette charte" étant donné que "ceux qui s'y opposent n'ont pas tout
à fait tort tout comme ceux qui y adhèrent". Reste, indiquera ce
quotidien, que le Président a affirmé que "son projet aboutira à une
scène politique où l'on fera une distinction entre la politique et
la religion, évitant ainsi, selon les termes utilisés par le
président Bouteflika, de tomber de nouveau dans le même piège, et
assurant à la République algérienne une certaine protection contre
le danger d'une nation théocratique".
Le quotidien
arabophone Al Khabar, lui, met l'accent sur le choix donné par
Bouteflika aux terroristes toujours en activité. "Le dépôt des armes
ou le suicide" tel est le titre de Une retenu pour l'édition du
jour. Selon le rédacteur, les propos du Président s'adressaient aux
éléments du GSPC qui rejettent le projet de la réconciliation
nationale. Tandis que les quotidien El Youm et Le Soir d'Algérie ont
préféré consacrer leur ouverture à ce que considère le Soir
d'Algérie comme "un important non-dit de la charte pour la paix" à
savoir "assurer, au nom du peuple, l'immunité à l'ANP". Pour ce
quotidien, "l'arrière-fond, en somme, la portée véritable, du moins
l'une, du projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale qui sera soumis au suffrage populaire le 29 septembre
prochain confine donc en l'assurance d'une immunité et d'une
protection à l'Armée nationale populaire, objet de campagnes
d'acharnement orchestrées de l'extérieur et poursuivant à la
culpabiliser dans la tragédie vécue par le pays".
El Youm pour sa
part revient sur la même idée en titrant à la Une : "J'accorderai
l'immunité à l'Armée (…)."
Reste soulignera
l'éditorialiste du Jour d'Algérie, qu'il est à craindre que "la
campagne médiatique qui a commencé ce 14 août se poursuive sur le
ton monocorde et sans enthousiasme qui la caractérise sur les écrans
de télévision et les ondes de la Radio nationale". Car,
poursuivra-t-il, "tout aura été fait en tous cas pour que le texte
se fraie un chemin au milieu d'une quasi-indifférence générale
censée lui assurer le maximum de chances de passer sans anicroche".
Une telle option n'est pas sans danger puisque, de son avis, "nous
risquons de tomber dans le piège qui consiste à ne pas faire tout ce
qu'il faut pour faire passer le projet de charte auprès de l'opinion
et à subir le rouleau compresseur de ses opposants qui peut se
déclencher à quelques jours du scrutin".
Nadia Kerraz
Haut
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