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Cheikha
Rimitti
Une artiste
intemporelle et intouchable
Mais quelle mouche
avait donc piqué la grande diva du gallal pour faire de
l’indifférence des commis de l’idéologie dominante une excuse
valable pour repartir comme elle était venue, tournant le dos à ses
nombreux fans ainsi qu’aux fondements idéologiques du genre qu’elle
propageait, contre vents et marées, depuis plusieurs décennies
déjà ? La question avait été posée, on s’en doute, au moment où elle
avait été invitée à se produire en Algérie, donc bien avant qu’elle
ne nous quitte, presque subrepticement, au zénith de son éclatante
carrière.
Il ne pouvait en
être autrement, soutenaient certains de nos confrères très au fait
du tempérament de cette femme de gallal.
Eternelle rebelle,
Cheikha Rimitti était une légende, un monument. Et si son visage
était marqué par les effets du temps conjugués à une vie tumultueuse
d’alcool et d’amours, lit-on çà et là, son énergie demeurait
intacte. Personnage haut en couleurs et au caractère entier, elle
était une sorte d’Elvis Presley du raï, soutiendra même un confrère
par trop envoûté. Mais un Elvis qui ne vieillirait pas et resterait
à jamais politiquement incorrect. Rimitti le demeurera jusqu’à sa
mort, intervenue à l’âge de 83 ans, à la suite d’une crise
cardiaque… Quelle belle fin, serions-nous tentés d’écrire, pour
celle qui aura été au cœur de toutes les passions et croqué la vie à
belles dents !
L’indifférence
des clercs n’aurait pas dû avoir raison de sa sincérité, de son
ardent désir de renouer avec son pays. Elle en avait décidé
autrement, oubliant que son peuple avait beaucoup changé et lui
vouait un profond respect. Par cet acte discutable autant
qu’inqualifiable, savamment récupéré par ceux qui voyaient désormais
l’Algérie avec les yeux de l’autre, il va sans dire qu’elle se
plaçait, inéluctablement, aux antipodes des idées maîtresses à
l’origine de la réémergence du raï. Un genre qu’elle affectionnait
tant et qui est, de l’avis de Bouziane Daoudi et Hadj Miliani
(1), moins l’expression d’une culture urbaine consommée que
celle d’un état transitoire où les individus se trouvent précisément
au carrefour des modes de comportement et de vécus sociaux, à la
frontière de la cité et de la campagne, de l’individualité et du
communautaire. Comme par un souci de perpétuer l’ambivalence ayant
présidé à sa naissance, le raï d’aujourd’hui, que portait
superbement la diva, devenu un mouvement musical générique et
référentiel, se décline entre une aventure musicale internationale
et une fidélité aux sons – et aux céans – qui lui ont donné le
jour.
Chansons
frondeuses, telle Hadj Guillaume, du nom du kaiser allemand pendant
la Première Guerre mondiale, lit-on dans L’Aventure du raï, chansons
franco-arabes des années vingt, couplets anonymes sur les
relégations à Cayenne et en Nouvelle-Calédonie, chants de passion
brûlante des premières cheikhate – maîtresses traditionnelles de
l’improvisation raï –, mélodies égyptiennes et rumba cubaine
langoureuse, chanson oranaise des années cinquante constitutive
d’une oranité nostalgique et rock yéyé de la décennie suivante vont
former le terreau de cette expression qui représentera une véritable
rupture avec les litanies rassurantes et ronronnantes qui
monopolisent les médias algériens, tous aux mains du pouvoir de la
fin des années soixante-dix, quand émerge le nouveau raï, celui des
guitares et synthétiseurs.
Bien loin des
officiels auxquels Cheikha Rimitti semblait accorder une importance,
le raï est la merveilleuse expression de l’élan de créativité d’une
jeunesse longtemps marginalisée, aux mots toujours trop crus, parce
que peut-être trop vrais, peu encline aux ronds de jambe et à
l’euphémisme et qui exhume, souvent par ouï-dire, toute une mémoire
musicale immergée dans les sons de la modernité. Ghzali, fledjbel y
lagat nouar, l’un des derniers tubes de celle qui a été surnommée La
Mamie du raï, en est une des merveilleuses illustrations.
Volontairement ou
non, tous les Algériens ont écouté Cheikha Rimitti, y compris ceux
qui l’ignorent superbement parce que en mesure de leur rappeler des
origines peu reluisantes que même les raccourcis empruntés à la
faveur du régionalisme et du clientélisme ne sauraient faire
oublier. De son vrai nom Saâdia Bedief, elle est née le 8 mai 1923 à
Tessala, village près de Sidi Bel-Abbès. Elle entamera sa carrière
artistique dans sa région natale durant les années 1942/1945, des
années particulièrement dures marquées, notamment, par le
débarquement des Américains, la disette et une terrible épidémie de
typhus. Quand elle se raconte, lit-on dans l’ouvrage de Bouziane
Daoudi et Hadj Miliani, sa vie constitue véritablement le roman du
raï : «J’étais assez connue avant la fin des années 1940, où je
devais me produire à l’occasion d’une fête traditionnelle, la waâda
de Sidi-Abed, près de Oued Rhiou, en compagnie des plus grandes
célébrités de l’époque, je veux parler de cheikh Hamada et de cheikh
Adda Tiareti. Tous les participants avaient dressé leurs tentes. Les
gendarmes assuraient la sécurité. Il pleuvait tellement ce jour-là
que les cailloux s’envolaient. Je m’étais arrêtée avec mes musiciens
dans une cantine d’Européens pour prendre un café. Je ne buvais pas
encore d’alcool à l’époque. Ce n’est qu’en arrivant à Oran que j’ai
commencé à en prendre.» Les clients français la reconnurent et lui
firent comprendre que sa voix était exceptionnelle. En guise de
remerciement, elle les gratifia d’un tour de chant qui contribua à
détendre davantage l’atmosphère, à la grande joie de ses inattendus
admirateurs. Un de ses musiciens l’invita alors à leur payer une
tournée, histoire de leur montrer que leurs compliments lui étaient
allés droit au cœur. Elle s’exécuta de gaieté de cœur. Elle ne
savait pas parler français. Elle avait une chanson sur un mélange
d’alcool et d’eau qu’on appelait le panaché. Alors elle demanda à la
patronne française, tout en chantant : « Ah madame rimitti (1),
ah madame rimitti.» Emportée par autant de générosité et une voix
suggestive à souhait, l’assistance s’exclama : «Chanteuse Rimitti !
Chanteuse Rimitti !» C’est ainsi que la manière toute maladroite de
dire «remettez», entendez par là «remettez une tournée», va valoir à
Saâdia Bedief l’un des plus prestigieux noms d’artistes jamais connu
par la chanson algérienne.
La souffrance
est le meilleur maître
C’est aussi et
surtout le début d’une très grande aventure que les chastes oreilles
continuent à vouer aux gémonies, alors que les êtres marginalisés
par la colonisation et leur propre société trouveront chez cette
femme exceptionnelle sinon le réconfort absolu, du moins la
certitude d’appartenir à un peuple saigné à blanc autant que
traversé par moult contradictions. Dès lors, elle deviendra très
vite l’ambassadrice d’une chanson bédouine gagnée dangereusement par
des emprunts à des modes d’expression rurbanisés et d’une thématique
reflétant fidèlement la quotidienneté et les aspirations à l’honneur
dans les céans où se pratiquait le plus vieux métier du monde.
Cheikha
Rimitti est parfaitement à l’aise lorsqu’elle fait référence à son
passé qu’elle ne renie pas du tout, même si elle en parle non sans
une certaine frénésie, gravement : «J’allais avec les musiciens au
Maroc pour ramener du trabendo, du marché noir, des robes, du café,
de la saccharine… La souffrance est le meilleur maître. Moi, Dieu
merci, je suis devenue artiste.» A l’image de ces femmes meddahate
qui, déracinées, veuves sans ressources ou simplement divorcées,
devaient chanter pour survivre devant un public exclusivement
féminin. Généralement à la faveur de tours de chants où le sexe
était abordé sans faux-fuyants quand il ne cohabitait pas
curieusement avec une thématique mystique.
Le raï n’est pas
seulement une sorte de fusion de poèmes religieux et de chants
grivois. C’est aussi un moyen de lutte que Houari Hanani mit au
service de la cause nationale, dès 1931, date à laquelle la caste
coloniale célébrait dans le faste et la négation de l’autre son
centenaire. A l’évidence, S’hab el-Baroud (reprise en 1983 par Cheb
Khaled) sera une réponse patriotique et imparable à ceux qui
donnaient déjà l’impression d’aller vite en besogne.
Il est vrai que
cette émule des cheikhs Hachemi Bensmir, Madani et Abdelkader Khaldi
chanta, durant la Guerre de Libération nationale, dans le cadre de
la radio-télé coloniale, Charab’t, Rayi tweder et bien d’autres
morceaux la situant forcément aux antipodes du combat émancipateur.
Force est de
souligner cependant que Rah el-galb m’rid illustre d’une manière
éclatante sa prise de conscience du fait national : «Nous étions
malades de la Révolution. Je chante tout ce qui m’inspire, les mots
me piquent comme des abeilles. Des fois je chantais tout ce qui me
passait par la tête.» Quand elle repense à son histoire, elle
reconnaît qu’elle a envie de pleurer : «Pour apprendre cet art, je
me suis perdue. J’ai grandi sans parents ni instruction pour
m’indiquer le chemin. J’avais suivi les gens de la musique pour
gagner mon pain. Ils me donnaient à manger, de l’argent, un lieu où
dormir. Ils ne m’ont jamais frappée, engueulée ou pris mon argent.
Grâce à Dieu, ils m’ont toujours protégée. L’art m’a sortie du
malheur.»
Une chanson
auréolée de souffre
C’est dans ce
contexte que Cheikha Rimiti, une jeune femme orpheline et perdue,
errant avec des musiciens ambulants, va être happée par cette
musique des laissés-pour-compte. Mais quand elle pense, lucide, au
chemin parcouru depuis quelques décennies, elle avoue sans
hésitation aucune : «Cela fait soixante ans que je chante, ma bougie
brille toujours, alors que le visage de nombreuses cheikhate s’est
refroidi.» Sans le vouloir, elle va devenir une référence, une sorte
de porte-drapeau malgré elle. Sa longue histoire se confond avec
celle du raï, écrira à son propos notre consœur Magali Bergès.
Epanouie, la
grande diva l’était assurément tant elle chantait dans l’arbre
généalogique de son peuple, s’il est permis de paraphraser ainsi le
musicologue et compositeur hongrois Bélà Bartok. Sa musique, celle
qu’elle chante avec la même fougue et qu’elle défend avec la même
passion depuis plus de cinquante ans, dans les mariages et les fêtes
communautaires comme dans les plus grandes salles d’Europe et
d’ailleurs, fait remarquer Yasmine Mouaâtarif, c’est la musique de
chez elle, de la région d’Oran : «Du spleen bédouin, tantôt
lancinant, tantôt dansant, souvent sulfureux, chantant avec les mots
de la vie les joies, les peines et les amours, galants ou charnels.»
Ce n’est donc pas
sans raison si elle se fera remarquer par une maison de disques,
l’une des plus prestigieuses de l’époque. L’éditeur Pathé Marconi,
puisque c’est de lui qu’il s’agit, auquel d’ailleurs elle vouera un
respect et une reconnaissance des plus insondables, lui permettra
très vite d’enregistrer son premier vinyl en 1952 : «C’est Pathé
Marconi qui m’a donné mon nom ! C’est eux qui m’ont fait chanter la
première ! C’est la France qui m’a aidée et qui m’a estimée.
L’Algérie m’a reconnue, certes, mais c’est la France la première qui
m’a estimée !»
Son premier
succès, Charrak Gattaâ, date de 1954. A mots à peine voilés –
«Déchire, lacère et Rimitti raccommodera» – une chanson auréolée de
soufre, commente notre confrère Daniel Brown, puisque certains y
voient une attaque contre le tabou de la virginité. Quatre chansons
composent ce premier disque, dont l’une des plus intéressantes, avec
le premier titre cité, est incontestablement Er-raï, er-raï, un
sujet particulièrement sensible à l’époque. Une chanson dont le
souvenir lui laisse un goût amer. Du moins c’est ce qu’elle avait
confié à Yasmine Mouaâtarif : «Qu’est ce qu’ils ont tous à me parler
de raï ? Je fais du raï moi ? On a pris ma musique et on a appelé ça
du raï ! Je suis la racine mammaire du raï, comme ils disent en
français ! Je chantais déjà qu’ils n’étaient pas encore nés, eux !»
Un duo avec
l’Américaine Madonna
L’ire de la diva
du gallal est immense, voire incommensurable. Est-ce pour cette
raison qu’elle décida d’aller s’installer à Paris ? La réponse est
suggérée par Magali Bergès : «Depuis plusieurs années, des
chanteuses reprennent allègrement son répertoire, atteignant une
certaine notoriété grâce à ses chansons. Mais ce qui a mis le feu
aux poudres et l’a plongée dans une colère noire, c’est lorsqu’elle
a appris qu’une jeune chanteuse se faisait surnommer Cheikha Rimitti
Sghira. Au lieu de se reposer sur ses lauriers, elle décide d’aller
défendre son titre et mettre à mal toutes les usurpatrices. D’autant
plus qu’on murmure que sa carrière stagne un peu en Algérie.
Apportant un formidable démenti, Cheikha Rimitti fait un tabac en
France. Quand on la cherche, on la trouve.»
Cette version des
faits est confirmée par Daniel Brown qui considère, à juste titre
d’ailleurs, que sa venue à Paris est des plus opportunes. Elle
relance d’une manière éclatante et décisive sa carrière, aiguise la
curiosité des nouvelles générations et suscite des adhésions
inconditionnelles de fans insoupçonnés. Elle se permet même le luxe
d’enregistrer un disque de pop raï sous la direction de Robert Fripp,
un rocker des plus adulés, et de donner un concert historique à
l’Institut du monde arabe à Paris. Ce qui fait dire à la même
source : «Belle reconnaissance pour celle qui aime à dire que c’est
le malheur qui m’a instruit, les chansons me trottent dans la tête
et moi, je les retiens de mémoire. Pas besoin de papier et de
stylo.»
C’est une période
faste pour une chanteuse qui aura l’honneur d’être distinguée par
l’académie Charles Cros pour son album Ghzali f ledjbel y lagat
nouar et le loisir de donner de nombreux concerts dans plusieurs
villes de la vieille Europe et aux Etats-Unis, où sa réputation
connaît un essor considérable.
Très attaché à
Rimitti, Daniel Brown la considère comme une star, une star que l’on
peut aussi bien entendre sur de prestigieuses scènes internationales
que dans de petits cafés parisiens, devant une dizaine d’heureux
élus. Cette notoriété incroyable ne la grise pas pour autant. Loin
s’en faut ! Même si à la question de savoir avec qui elle pourrait
chanter en duo, elle répond : «Quelqu’un comme Johnny Hallyday ou
l’Américaine Madonna…Ou encore Oum Kalthoum si elle était en vie…
Enfin quelqu’un de ce gabarit. »
Avec N’ta Goudami,
son dernier album qu’elle enregistra chez Because, c’est même
l’apothéose et la reconnaissance massive tant des artistes et du
public que des médias. De plus, rapporte Daniel Brown, elle
régularise sa situation avec les sociétés d’auteurs française et
algérienne : «ça met
du baume au cœur à celle qui a été tant pillée par les chebs de tout
poil et elle semble redoubler d’énergie. Au début 2005, elle est
partout, elle multiplie les concerts à Paris comme en province, elle
enflamme le Printemps de Bourges et partage, le 13 mai 2006, la
scène du Zénith pour une nuit 100% raï avec Khaled, celui qu’elle
accusait de tous ses maux.»
Daouni, un
titre ô combien prémonitoire
Multiple Rimitti,
elle l’était assurément. Tantôt âpre, tantôt tendre, elle est
l’amante dans Jani el-Hob, la mère dans Moulidi. Mais l’un des
morceaux les plus bouleversants de son nouvel album est
incontestablement Daouni (Ils m’ont emmenée), un titre ô combien
prémonitoire…Un titre qui n’est pas sans lui rappeler un dramatique
accident dont elle a été victime il y a plus de trente ans : «On
était en voiture près de Mostaganem. On rentrait d’un gala vers les
7 heures du matin. On était huit, le chauffeur, les musiciens, deux
danseuses et moi. Soudain l’inévitable ! Trois morts et cinq blessés
graves. Moi, je m’en suis sortie avec des côtes cassées et des
broches au genou. En sortant de la clinique, je me suis dit il faut
que je raconte tout ça. J’ai écrit Daouni… Trente ans après, je m’en
suis souvenue et j’ai décidé de la reprendre… Paix aux âmes des
disparus.»
Des disparus qui
sont revenus le 15 mai 2006 pour emmener la diva de toutes les
passions, celle par qui le scandale arriva, fidèle en cela à ce
qu’elle a toujours été…
Un autre
rendez-vous raté avec le pays lui tenant à cœur. Elle était
programmée pour cet été, à Oran, à l’occasion du Festival
international du raï. Une autre frustration qui n’est pas sans
rappeler à notre bon souvenir la première.
Ayant le sens du
sacrifice et de la marginalisation poussé à l’extrême, habituée
qu’elle était – et depuis des lustres – à l’adversité que lui imposa
l’anathème jeté sur elle par une société dont l’intolérance ne date
pas d’aujourd’hui, Cheikha Rimitti aurait pu réagir autrement à
l’indifférence des commis de l’idéologie dominante. Surtout que les
gens qui se sont mobilisés pour elle, qui l’ont faite venir à
l’époque, contre vents et marées, appartiennent à un nouveau monde.
Celui qui se fait dans la douleur certes, mais qui se fait car tel
est le destin de l’Algérie.
Sans pour autant
souscrire à un acte irréfléchi qui aura privé ses nombreux fans de
merveilleuses retrouvailles, encore moins à la tendance fâcheuse
imposée par les raccourcis. Celui que d’aucuns ont brandi pour
fustiger Magda Roumi est non des moindres. Il est vrai que certains
vont vite en besogne, surtout lorsqu’il s’agit d’enfoncer le clou de
la démesure pour contribuer à ternir l’image de marque d’un pays,
que la chanteuse libanaise en personne n’a pas hésité à visiter à
des moments rendus particulièrement douloureux par l’embargo
psychologique imposé à tout un peuple.
C’est du reste
dans l’indifférence institutionnelle que la diva du gallal a été
enterrée à Oran… Alors qu’à Paris, la défection des stars du raï à
l’ultime moment de recueillement a été curieusement compensée par la
présence en force de cadres de l’ambassade et des consulats
d’Algérie en France. Il en sera de même à Oran, où elle sera inhumée
dans l’indifférence institutionnelle. L’absence des autorités
locales sera durement ressentie par la famille et les proches de
l’éternelle rebelle. Il y a eu certes le message adressé par Mme
Khalida Toumi à la famille de la défunte alors que la locataire du
palais de la Culture nous a pourtant habitués à mieux. Curieusement,
ce n’est pas la ministre de la Culture qui sera interpellée par le
fils aîné de la dame de gallal, mais Hamraoui Habib Chawki…
C’est à n’y rien comprendre ou presque… Ce qui se dégage du
charme indiscret de la démesure ne peut assurément pas tenir la
route avec une femme qui symbolise à merveille tout autant la
liberté que son peuple a eu tant de mal à acquérir que la fierté qui
maintient celui-ci debout contre vents et marées. De son vivant,
fera remarquer un confrère, elle a toujours refusé de se plier aux
principes rétrogrades, aux conformismes aliénants ainsi qu’aux
règles du show-biz : «C’est pourquoi son album Nouar, fleur en
arabe, dégage ce parfum d’énergie pure et sans compromis que l’on a
plus l’habitude de trouver dans le premier CD d’un adolescent génial
que dans celui d’une mamie qui a démarré sa carrière à l’époque du
78 tours.»
Abdelhakim
Meziani
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |