Semaine du 24 au 30 Mai 2006

Fonction publique

Peut-on réformer la bureaucratie ?

Le monde du travail bouge sans l'UGTA

La Centrale syndicale apprendra-t-elle la leçon de l'histoire ?

Statut de la Fonction publique

Pour la sécurité de l’emploi

Les pouvoirs publics usent d’un langage pour masquer le malaise

Quel avenir pour le mouvement social ?

Lakhdar Kaïdi 

Parcours d’un militant resté debout

Réforme de la Fonction publique

La e-gouvernance ne lave pas plus blanc

 

 
 
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Peut-on réformer la bureaucratie ?

Le débat sur la Fonction publique ignore superbement la question de la bureaucratie. Ce mal algérien dont tout le monde parle sans que personne n’ose le désigner explicitement. Comment évoquer la réforme de la Fonction publique sans parler de la lutte contre la bureaucratie et son corollaire, la corruption ? S’agit-il uniquement de salaires, de statut et de (dé)permanisation ? N’est-il pas nécessaire aussi de «déminer» cette administration qui continue de freiner tout effort de développement du pays qu’elle veut confiner en situation de dépendance de la rente pétrolière ?

Les opérateurs économiques algériens et étrangers sont unanimes à désigner la bureaucratie comme le principal obstacle à l’investissement. Les premiers peinent à obtenir des crédits bancaires et du foncier ; les seconds reconnaissent que par rapport à d’autres pays du Bassin méditerranéen, le climat d’affaires en Algérie est trop empreint de tracasseries bureaucratiques.

«Nous devons faciliter la tâche aux investisseurs étrangers. C'est dommage de se dire qu'ils ne viennent pas du fait des lourdes procédures administratives et d'un climat défavorable à l'esprit d'entreprise», avait déclaré le président de la République en avril dernier. L’ampleur du problème est telle que même des structures de l’Etat font état de lourdeurs administratives pour expliquer les retards enregistrés dans certains projets de développement. A croire que les différentes administrations algériennes se font des croche-pieds entre elles.

Interrogez n’importe quel opérateur économique algérien sur les difficultés auxquelles il fait face, il vous répondra sans hésiter : la bureaucratie, le foncier industriel et le crédit bancaire. Et dans les trois cas, c’est l’administration algérienne qui tient les rênes.

En effet, entre l’émergence d’une idée de création d’une PME et sa concrétisation, il peut se passer quelques mois, voire quelques années. Alors qu’ailleurs, y compris chez nos voisins, il suffit de quelques jours, de quelques semaines tout au plus pour lancer une affaire.

Selon la Banque mondiale, il faut 14 documents pour créer une entreprise en Algérie. Des documents qu’il n’est pas aisé de rassembler en un temps raisonnable. Passé le cap de la création juridique de l’entreprise, il faut passer au très difficile examen du foncier industriel qui paralyse toute démarche économique dans le pays. Et au lieu de se résoudre à solutionner définitivement cet épineux problème, les pouvoirs publics semblent s’orienter, selon le FCE, vers la mise en vente aux enchères du foncier industriel. Ce qui, à coup sûr, mettrait les investisseurs sous la coupe des spéculateurs fonciers déjà à l’origine de la dilapidation de dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles.

D’ailleurs, la dilapidation du foncier agricole comme la série de scandales enregistrés dans les banques publiques n’auraient jamais pu avoir lieu sans des complicités très actives au sein de l’administration. Dans ce cas, il n’est pas illégitime de s’interroger sur les effets «positifs» que les Algériens sont en droit d’attendre en matière d’amélioration des prestations de l’administration algérienne et surtout en matière de lutte contre la corruption après une augmentation des salaires dans la Fonction publique et la promulgation d’un statut pour les fonctionnaires. A quoi sert-il d’améliorer le sort des fonctionnaires si leur rendement reste le même ? C’est à cette question qu’il faut, à notre sens, répondre avant de parler de réforme. Comment casser le lien mécanique qui existe entre la bureaucratie et ses clientèles rentières alliées ? C’est aussi à cela qu’il faut s’intéresser.

La démarche ne doit pas se contenter d’un discours politique largement usité à force d’être répété sans avoir jamais été appliqué. Ce qu’il faut, c’est un plan d’action clair, avec des objectifs définis et mesurables pour endiguer la bureaucratie ou, pour le moins, la pousser dans ses derniers retranchements. Il faut surtout discuter des mécanismes à mettre en place pour s’assurer de la subordination des appareils d'Etat au service public et non pas à des intérêts privés. Discuter des réformes à engager pour rendre l'environnement institutionnel, juridique et macro-économique accueillant pour l’investissement productif et stimulant pour l'épargne nationale.

Revoir, par exemple, l’actuel code des marchés (très critiqué par les opérateurs économiques nationaux) afin de conditionner, à défaut de supprimer complètement, le gré à gré dans les marchés publics auquel l’administration recourt abusivement en prétextant l’urgence. Car comme le montrent les résultats successifs – pas très glorifiant – du baromètre de Transparency International, il s’agit d’une corruption structurée, en Algérie, qui génère d’énormes fortunes pour ceux qui s’y adonnent.

Entre autres objectifs mesurables, il est peut-être nécessaire d’établir des critères pour l’octroi des crédits bancaires et des assiettes de terrains industriels pour ne laisser aucune place à la corruption et aux passe-droits de nature à repousser les investissements nationaux et étrangers.

«Des attitudes incompréhensibles poussent des investisseurs étrangers à choisir d’autres cieux», affirme un consultant algérien qui a usé de toutes ses « connaissances » juste pour obtenir un rendez-vous pour un investisseur européen avec un fonctionnaire d’une administration sensée faciliter les investissements.

Comment remédier à cela ? Pour cet ancien du secteur public, «il faut sévir, c'est-à-dire sanctionner les fonctionnaires qui ne s’acquittent pas convenablement de leurs tâches». C’est la seule manière, selon lui, de «remettre le pays sur les rails».

Nul doute que les pratiques bureaucratiques, comme la corruption, ont des effets désastreux sur la société. Les fonctionnaires qui revendiquent de meilleures conditions de vie et de travail doivent aussi comprendre que leurs prestations quotidiennes influent grandement la paix sociale. Que s’ils continuent à revendiquer des droits sans s’astreindre à des obligations, les émeutes sociales ne sont pas prêtes de s’arrêter. La bureaucratie fait non seulement perdre des milliers de postes d’emploi mais, en plus, elle est la source de marasme économique et social. D’où l’expression de «terrorisme bureaucratique» qui résume à elle seule la détresse des administrés.

Pourquoi ne pas aller vers des «contrats de performance administrative», à l’image de ce qui se fait entre le secteur de l’environnement et des entreprises industrielles qui s’engagent à réduire les nuisances et les pollutions que génèrent leurs activités ? L’idée serait d’amener chaque secteur administratif à se hisser à un certain niveau de performances pour répondre, dans les normes, aux besoins des opérateurs économiques et de la société en général. En parallèle, il y a peut-être lieu de créer une instance de recours à laquelle les opérateurs économiques pourraient s’adresser pour se plaindre des délais trop longs de traitement de leurs dossiers. Instaurer une concurrence entre les différentes régions et wilayas pour que les administrations locales respectives s’ingénient à offrir les plus avantageuses conditions d’accueil des investisseurs au lieu de rivaliser dans la course aux «meilleures embûches» bureaucratiques. La réforme de l’administration doit apporter des améliorations sensibles et convaincantes à la gestion des affaires publiques. Il est grandement temps de résoudre cette problématique – lenteurs bureaucratiques et corruption –sans cela le pays ne pourra jamais espérer décoller.

Abdelkader Djalil

      

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Le monde du travail bouge sans l'UGTA
La Centrale syndicale apprendra-t-elle la leçon de l'histoire ?

L'UGTA vient-elle de confirmer son absence d'emprise sur l’un des pans essentiels du monde du travail : la Fonction publique ?
Cette absence de l'UGTA aux grands rendez-vous que lui donnent les travailleurs a été évoquée plus d'une fois, notamment après des mouvements de protestation enregistrés dans la Fonction publique et dans les secteurs de l'éducation, de la santé ou de l'enseignement supérieur. Le dernier mouvement de protestation du 9 mai dernier, à l'appel de l'intersyndicale de la Fonction publique, n'a pas donné lieu à des réactions de l'UGTA et certains des responsables de la Centrale syndicale, habituellement prolixes, sont injoignables ces jours derniers, probablement pour cause de préparation de la prochaine CEN, les 24 et 25 mai.
Pourtant, l'UGTA devait-elle réagir ? Début mai, à l'occasion de la Journée mondiale de liberté de la presse Abdelmadjid Sidi Saïd, premier responsable de l'UGTA, a déclaré, à propos des revendications salariales : «Quand on parle d'augmentation de salaires, cela concerne l'ensemble des salariés en activité publique, privée et la Fonction publique.» Une indication qui tombait quelques jours avant le mouvement de protestation de l'intersyndicale de la Fonction publique du 9 mai dernier.
Et probablement que cela vaut un peu plus pour les fonctionnaires puisqu'on compte beaucoup sur la tripartite prévue à la rentrée et que les augmentations des salaires dans ce secteur sont, selon Sidi Saïd, pratiquement acquises. C'est du moins ce qu'il affirmait, le 1er mai dernier, à Oum El-Bouaghi, lors de l'inauguration du siège de la représentation locale de l'UGTA.
Autre élément d'inquiétude des fonctionnaires, le statut général. A ce propos, ce n'est pas Sidi Saïd qui s'exprime, mais Ahmed Ouyahia qui a déclaré que sa promulgation «ne saurait tarder». Il est vrai que le texte est prêt depuis des mois.

On ne comprendra jamais la propension des pouvoirs publics à répondre par à-coups aux revendications de ce genre et surtout leur manque d'empressement à répondre clairement à des questions précises, notamment pourquoi accuser un tel retard, au risque de susciter des crises, dans la promulgation d'un texte déjà ficelé.

Tout va bien ?

Finalement, à reprendre l'ensemble des données et déclarations, il semblerait que tout soit réglé, au point que l'UGTA n'a effectivement plus rien à dire si ce n'est que l'on ne sait pas quelle emprise elle peut prétendre encore avoir sur le secteur de la fFonction publique après la démonstration de force des syndicats autonomes du 9 mai. Aujourd'hui, à force de jouer l'apaisement, la Centrale syndicale perd du terrain quotidiennement. Les syndicats autonomes, qualifiés de  «corporatistes», se sont engagés depuis quelque temps dans la logique des intersyndicales et arrivent à mobiliser leurs troupes plus facilement que ne peut le faire l'UGTA avec ses milliers d’adhérents. Dès lors, même si les acquis sont attendus, que les augmentations de salaires sont assurées et que les statuts ne vont plus tarder à être promulgués, on aura du mal à appréhender de manière précise qui a fait quoi et comment. Une situation qui ne peut en aucune manière être favorable à l'UGTA. Les syndicats ne gagnent la reconnaissance, comme on le sait, que sur le terrain des luttes. Un terrain sur lequel l'UGTA est absente depuis des années.

La Centrale confirme plutôt son rôle de relais des pouvoirs publics concernant les prochaines décisions. Mais le gouvernement a-t-il vraiment besoin d'un tel relais pour communiquer ses décisions ?
Mais si l’on voit dans le statut une solution définitive aux problèmes, les syndicats autonomes ne l'entendent pas de cette oreille ; pour eux, le projet du statut de la Fonction publique est concocté en l'absence des concernés. Le Snapap et d’autres syndicats de la Fonction publique soupçonnent la mise en place de la contractualisation des relations de travail, c'est-à-dire la dépermanisation des travailleurs de la Fonction publique. Ce qui expliquerait le peu d'empressement du gouvernement à le promulguer.
La tripartite, vouée aux gémonies par les syndicats autonome qu'elle ne prend pas en considération, n'est pas vue d'un très bon œil puisque, à relire les déclarations des responsables politiques, les syndicalistes soulignent que si l'UGTA parle d'augmentation, le ministre du Travail, Tayeb Louh, parle d'ouverture du champ à l'augmentation des salaires.
L’absence de reconnaissance des syndicats dans les tripartites et bipartites, entérinées par la seule UGTA qui, jusqu'à maintenant, ne s'est jamais associée à d'autres formations pour porter les revendications devant les pouvoirs publics, font que l'on se demande finalement à quoi sert la Centrale quand les intersyndicales mobilisent et font du chahut. Même son rôle de «pompier social» n'a pas lieu d'être.
Dans les faits, les syndicats autonomes formant l'Intersyndicale de la Fonction publique — le Snapap, le Snaps, le Cnapest, le SNTE et le Satef — veulent obtenir une satisfaction immédiate des revendications. Autant dire que les décisions attendues de la tripartite ne les concernent pas. L'UGTA, qui est engagée dans la logique des mécanismes tripartite et bipartite, n'existe finalement que par ce biais. Si elle rejoint, malgré elle, les revendications des travailleurs de la Fonction publique, elle ne peut donner de réponses qu'en fonction des rendez-vous qui lui sont fixés, et plus particulièrement celui de rentrée prochaine.

Gouvernement-UGTA, l'union sacrée

Dès lors, l'UGTA se retrouve, ce qui n'est pas une révélation, dans le même bord que le gouvernement, tentant de calmer le jeu. Mais est-ce le rôle d'un syndicat que de calmer le jeu ? N'est-il pas temps pour la Centrale syndicale de renouer avec sa fonction originelle, qui est de défendre les travailleurs ?

La grève de la Fonction publique à l'appel de l'intersyndicale renseigne sur une évolution qualitative certaine du mouvement syndical algérien contemporain. Les syndicats dits corporatistes sont en train de fonder une force nouvelle sur le terrain des luttes, comme cela se fait traditionnellement et historiquement dans tous les syndicats du monde.

Des forces dans l'air du temps, pluralistes et fondées sur des aspirations sociales concrètes ; des terrains de lutte tracés et précis, où l'UGTA est absente même en tant que tribune de proposition : ce constat est établi par des syndicalistes de l'UGTA qui se voient, inquiets, perdant de leur emprise sur le monde du travail.

L'UGTA a-t-elle pris les leçons des derniers événements ? Attendons la prochaine CEN pour voir.
Amine Esseghir

 

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Statut de la Fonction publique

Pour la sécurité de l’emploi

L’intersyndicale de la Fonction publique est plus que jamais décidée à ne pas baisser les bras face au silence affiché par le gouvernement et à recourir à la protestation pour obliger le gouvernement à écouter sérieusement les revendications qu’elle ne cesse de mettre sur le tapis et qui sont l’augmentation des salaires, mais aussi et surtout le nouveau statut de la Fonction publique.

Mais qu’en est-il en fait de ce statut ? Que reproche-t-on à celui qui est actuellement en vigueur ? Tant que le nouveau statut n’est pas encore connu, on ne peut que s’interroger. Propose-t-on un texte remanié de fond en comble ou juste quelques amendements ?

Pour essayer de comprendre ce qui motive les syndicats de la Fonction publique dans leur action et l’urgence qu’ils ressentent pour que le gouvernement accepte enfin de discuter du nouveau statut, il est important de revenir un peu en arrière. C’est-à-dire en 1997, quand de nombreuses entreprises publiques ont commencé à recourir, pour les recrutements, à une sorte de contrat très peu usité, les contrats à durée déterminée, communément désignés par les initiales CDD. Depuis, c’est l’incertitude pour de nombreux cadres qu’on recrute pour des durées de six mois à une année ; le renouvellement de ces contrats dépend du bon vouloir de l’employeur.

L’incertitude pour ces cadres en situation précaire, c’est de se retrouver du jour au lendemain au chômage. Donc l’ombre de la dépermanisation plane à tout moment sur le parcours professionnel des cadres de la Fonction publique et fait qu’ils ont toujours à craindre une suspension du contrat ou le non-renouvellement de ce contrat par l’employeur.

Curieux retournement de situation. La Fonction publique qui était, par le passé, le refuge assuré des cadres qui voyaient leur carrière ne prendre fin qu’avec une retraite bien méritée, n’offre plus cette sécurité de l’emploi et l’assurance d’avoir les droits que les entreprises privées étaient loin d’assurer.

La dépermanisation a donc bouleversé l’ordre des choses et fait que les cadres, surtout les jeunes, préfèrent le secteur privé où les salaires sont souvent plus attrayants que ceux de la Fonction publique, plutôt maigres. Donc ces institutions qui attiraient les cadres de par la stabilité de l’emploi et la sécurité qu’elles offraient ont perdu leurs attraits.

Désormais, le cadre ne peut être motivé par un contrat de travail à durée déterminée et par un salaire qui lui permet tout juste de boucler les fins de mois. Il faut croire que cette dépermanisation ne touche pas seulement les cadres ; nombreuses sont les entreprises qui se sont empressées, encouragées par l’ordonnance 97-13, à mettre à la retraite anticipée hommes et femmes qui assuraient le gardiennage et l’entretien des locaux de l’entreprise, les remplaçant par des sociétés spécialisés. Sociétés qui, depuis lors, poussent comme des champignons, car le marché est des plus juteux et les occasions se multiplient d’avoir des contrats intéressants.

Mais ce procédé qui tend vers l’externalisation ne permet-il pas à la corruption de prospérer ? Car nul n’ignore que les contrats signés avec ces sociétés ne prennent pas réellement en compte les critères de la compétence et du sérieux. Et même si un avis est publié dans la presse nationale car il faut respecter la procédure, il n’en demeure pas moins que la sélection se fait parfois selon des critères pas toujours clairs. Ainsi, la corruption va son chemin, doucement mais sûrement.

Les gérants des entreprises publiques qui recourent aux services de ces sociétés justifient ce choix par la qualité de travail, qui est bien meilleure, disent-ils, que celle des gardiens et des femmes de ménage qui étaient présents toute la journée, mais n’avaient en fait aucun rendement. Ces justifications ne masquent en aucun cas les "affaires" à laquelle se livrent certains gérants. De plus, une entreprise publique ne doit-elle pas, par définition, avoir des prestations publiques ?

Après tout cela, l’on comprend que cette agitation qui pousse les syndicats de la Fonction publique à se réunir en intersyndicale pour avoir plus de poids est légitime. Mais le nouveau statut proposé, même s’il n’est pas pour l’heure connu, sera-t-il une copie remaniée de celui qui est actuellement en vigueur ? Il est presque certain que ce qui dérange les syndicats et les travailleurs de la Fonction publique n’est rien d’autre que la clause qui permet à l’employeur de recourir au CDD, et qui donc encourage la dépermanisation. Eliminer cette clause soulagerait beaucoup de cadres et mettrait fin à la leur marginalisation. Une marginalisation qui peut prendre plusieurs formes, à savoir licenciements, mise à la retraite anticipée, congés spéciaux, etc. Déjà en 1993, le Haut-Conseil d’Etat (HCE), suite à une enquête, avait recensé pas moins de 80 000 cadres marginalisés. Mais ce dramatique constat n’a pas été suivi de mesures pour remédier à cette situation et pour assurer aux cadres de la Fonction publique une protection contre de telles dérives.

D’autres chiffres sont là, qui confirment le statut fragilisé de ces cadres. De 1977 à ce jour, plus de 40 000 d’entre eux, de tous les niveaux, émargent à la Caisse nationale de retraite. Une grande perte pour ces entreprises, car nombreux sont les cadres qui ont des diplômes importants et justifiaient d’une bonne expérience. Quelle autre possibilité reste-t-il à ces cadres, encore à la fleur de l’âge, sinon de se retourner vers des entreprises privées qui n’hésitent pas à payer leurs compétences et leur permettent, l’espace de quelques années, de mettre leur savoir en pratique et de ne pas périr d’ennui et d’oisiveté ?

Pour toutes ces raisons, les syndicats de la Fonction publique semblent déterminés à aller jusqu’au bout de leur revendications et à obtenir que de gouvernement accepte enfin de les écouter. Pour éviter, disent-ils, une explosion sociale.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Les pouvoirs publics usent d’un langage pour masquer le malaise

Quel avenir pour le mouvement social ?

Des expressions verbales comme "tag ala man tag" et" taghenant" laissent entrevoir un conflit frontal où tous les coups sont permis pour abattre l’autre, ne serait-ce que symboliquement : il faut donc employer la force pour se faire entendre. L’approche actuelle de l’Etat est à l’opposé du travail d’apprentissage démocratique et de la trêve sociale.

Jusqu’à une date récente, les expressions, comme "tag ala man tag" (tous les coups sont permis) et "taghenant" (intransigeance), ont été utilisées par des représentants de l’Etat, des leaders politiques et syndicaux pour signifier à l’autre "perturbateur", "provocateur" ou "fauteur" que la force et la loi sont ou peuvent être de leur côté. "On ne pouvait désormais mieux annoncer l’aporie du droit, l’obsolescence du consensus social, la déshérence des normes éthiques, le règne de l’arbitraire." C’est ce qu’en pense l’universitaire Mohamed Hachemaoui (El Watan, édition du 13 mai 2006). Selon ce dernier, "tag ala man tag" est une maxime qui "signifie en surface la confrontation générale (et) traduit en négatif la faible institution du politique dans notre société". Pour résumer, elle exprimerait un état social et culturel sur lequel reposerait en définitive "l’autoritarisme du système politique algérien" auquel se mêlent, d’après nous cette fois, un zeste de patriarcat et les effets d’un sectarisme nuisible, connu sous le nom de "pensée unique". On constate pourtant l’émergence d’un nouveau langage au niveau des institutions étatiques, de certaines organisations professionnelles et de l’UGTA, où des expressions telles que "Etat de droit", "culture", "formation" et "professionnalisation" sont utilisées parfois exagérément. Sans remettre nécessairement en cause l’avis de l’universitaire. 

La capacité à anticiper les conflits

Aujourd’hui, les pouvoirs publics essayent de renvoyer une nouvelle image, qu’on ne saurait détacher des pressions extérieures et de la réalité née au lendemain des réformes initiées (économiques, politiques, syndicales et sociales). Une réalité qui a fait dire à des analystes quelque chose comme : "Il y a ceux, dans le pouvoir algérien, qui imaginent une scène nationale et n’entendent la modifier qu’en fonction de leurs intérêts et leur vision hégémonique. Et il y a tous les autres, ceux d’en bas et ceux qu’on marginalise des groupements et alliances, à qui on impose les décisions, en agitant les menaces, le bâton et la justice." A ces investigateurs de se demander alors pourquoi nous étonner et nous indigner devant l’impuissance des partis politiques de la mouvance démocratique et des mouvements sociaux qui "se radicalisent et versent dans l’émeute ou l’anarchie".

Le retour sur la scène nationale des mouvements de grève, exprimés notamment dans des secteurs sensibles comme l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la santé, est un signe de normalité, mais ils signalent de plus en plus, de par leur durée et les nombreux recours à la justice, une situation d’impasse. Aussi, interpellent-ils l’Etat sur l’approche démocratique qui devrait prendre pour appui le dialogue et les négociations entre les parties en conflit, de même que le respect mutuel. L’agitation du front social interpelle les dirigeants sur la capacité des ministères de tutelle à anticiper les problèmes et à s’ouvrir surtout aux syndicats dits autonomes, des syndicats qu’ils n’ont pas choisis, qui sont autres que l’ex-organisation de masse du FLN (UGTA).

A titre d’exemple, les responsables des départements de Benbouzid, Harrouabia et Tou donnent l’impression d’être sourds aux raisons suscitant l’organisation d’actions revendicatives et de protestation. Malgré leur new look, ces ministères restent attachés aux anciens schémas, puisqu’ils continuent à privilégier "l’exploitation des divergences à des fins de division", "les manœuvres", "les intimidations", "l’arbitraire" et "l’instrumentalisation" de l’appareil judiciaire qui, comme tout le monde sait, à commencer par les magistrats, est loin d’être indépendant des sphères du pouvoir. Il n’y a qu’à suivre, pour cela, les turbulences qui traversent les syndicats. Les dernières en date concernent le Conseil national des enseignants universitaires (CNES). Dans ce cas précis, la condamnation par la justice de la grève du 13 mai 2006 a créé une crise organique qui n’a pas fini de livrer ses secrets, en provoquant le durcissement chez des responsables syndicaux.

La casquette syndicale de Tayeb Louh

Au nom de "la légalité", des membres du bureau national du CNES, dont deux coordinateurs nationaux adjoints, viennent d’être démis de leurs responsabilités par d’autres délégués, pour avoir paradoxalement respecté les consignes du Conseil national et tenu tête à une tutelle "non respectueuse de ses engagements".

L’intransigeance du ministère et son recours à l’appareil judiciaire a mis à rude épreuve l’unité des rangs du CNES, montrant dans le même temps la difficulté de définir une stratégie de rechange. Tout ce qui n’émane pas de l’UGTA, des partis de l’alliance présidentielle (FLN, RND et MSP) ou, à un moindre degré, du PT, provoque la suspicion et le mépris chez ceux qui nous gouvernent !

Invité le 13 mai dernier au Forum de l’ENTV, le ministre du Travail et de la Protection sociale a usé de mots en vogue, en mettant en avant l’extension de "la culture syndicale" et de "l’Etat de droit", ainsi que "la formation" des syndicalistes. "Aucun syndicat ne peut parvenir à la satisfaction de ses revendications s’il ne privilégie pas le dialogue en s’exerçant à convaincre les autres partenaires. Cela exige du temps", a alors déclaré Tayeb Louh. En sa qualité d’ex-président de l’Organisation nationale des magistrats, il a omis de parler des suites données à une plateforme de revendications restée longtemps insatisfaite, du moral des troupes et de l’avenir des rapports syndicat-employeur. L’invité a reconnu que le gouvernement se fonde, ces dernières années, sur le verdict de la justice pour trancher les cas de conflits sociaux et la délivrance d’un agrément aux collectifs de salariés. Mais il aurait dû peut-être convenir que cette approche de l’Etat (nous pensons aux ministères), premier employeur en Algérie, est à l’opposé du travail d’écoute et de persuasion et du respect des engagements pris, nécessaires à l’apprentissage démocratique et à la construction d’un véritable Etat de droit. Tayeb Louh aurait pu, dans ce cas, exploiter son ancienne casquette syndicale et saisir cette opportunité pour expliciter, dans un langage transparent, la conjoncture que traverse aujourd'hui notre pays, en liaison avec l’ordre mondial et son lot d’enjeux, le poids des conditionnalités des institutions financières et de l’Union européenne, ainsi que celles de l’Organisation mondiale du commerce, afin de lui faciliter son entrée prochaine. Sans oublier, évidemment, de rappeler que rien n’est impossible en politique et que l’Algérie, comme d’autres pays émergents ou en développement, à l’exemple des pays latino-américains, ne se pliera pas à la fatalité et qu’elle fera tout pour défendre ses intérêts, eux-mêmes garants des intérêts de la population. De la sorte, on aura mieux saisi le pourquoi de l’importance d’un pacte économique et social. Mais compte tenu de la façon dont les choses se font, le pacte est devenu un sujet qui fâche : en dehors du secrétariat national de l’UGTA et de son bureau d’"experts économiques", ni la base syndicale ni les autres instances de l’organisation ou les autres syndicats agréés n’ont été associés au débat sur un tel pacte. C’est comme si on fonctionnait avec une Algérie à deux vitesses…

Z’hor Chérief

 

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Lakhdar Kaïdi 

Parcours d’un militant resté debout

Il y a deux ans nous quittait Lakhdar Kaïdi, à l’âge de 81 ans. Un des principaux acteurs du mouvement syndical algérien, ancien secrétaire général de l’Union générale des syndicats algériens (UGSA), a laissé des témoignages précieux sur le pluralisme syndical avant de partir. Dans le dernier livre du sociologue Nasser Djabi, Lakhdar Kaïdi, une histoire du syndicalisme algérien (publié au aux éditions Chihab en 2005), construit autour d’une série d’entretiens, l’ex-membre de la direction du Parti communiste algérien (PCA) retrace une étape charnière dans l’histoire de notre mouvement ouvrier.

Les réponses de Lakhdar Kaïdi nous introduisent au cœur des luttes politiques, sociales et syndicales de l’époque d’avant et d’après l’indépendance. Egal à lui-même, le vieux militant, qui a également appris à l’école du mouvement national, dans les prisons et les camps de concentration, a décrit avec des mots simples le rapport entre le militantisme politique et celui syndical, entre son ancrage national et sa vision internationaliste. Et c’est tout naturellement que le responsable syndical défie, en février 1956, le nouveau président du gouvernement français, Guy Mollet, en lui déclarant lors d’une rencontre : "Le règlement du problème algérien passe par la reconnaissance du droit du peuple algérien à la liberté et à l’indépendance."

L’enfant de Mila, qui avait rejoint le monde du travail à l’adolescence et commencé à militer à 16 ans dans les rangs de la CGT, avait rejoint l’équipe d’Alger Républicain en 1962, en sa qualité de spécialiste du mouvement syndical. Il consacra le restant de sa vie à l’activité, au sein de la Fédération nationale des travailleurs retraités (FNTR), dont il était l’un des fondateurs. Secrétaire fédéral chargé de l’information, Lakhdar Kaïdi occupa cette fonction jusqu’à sa mort, le 9 mai 2004.

Témoin des divisions et des luttes intestines ayant existé au sein du mouvement national, le défunt se rendit compte de leurs conséquences sur le mouvement syndical, devenu otage de la pensée unique, une fois l’indépendance acquise. C’est ainsi qu’il voyait l’UGTA transformée en "un simple appendice du FLN, une organisation de masse dirigée par le FLN et au service exclusif du FLN et du parti unique (…) (qui l’empêche) aujourd'hui encore de prendre en main résolument les intérêts du monde du travail, se mettant avant tout au service du pouvoir (...) que ce dernier ait raison ou tort !".

Z. C.

 

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Réforme de la Fonction publique

La e-gouvernance ne lave pas plus blanc

Maintenant que le constat est admis, par quoi commencer dans cette réforme tant attendue de la Fonction publique ? Par le droit de la Fonction publique, la déontologie, la masse de contentieux, le système de rémunération, la gestion des ressources humaines ou les stratégies de la formation ? Et si le FMI et la Banque mondiale trouvent depuis les années 1980 que la Fonction publique est pléthorique dans les pays en développement, faut-il atteindre l’efficience en la traitant comme traiterait une entreprise lorsqu’il s’agit de retrouver l’efficacité, et donc d’aller directement vers une grande lessive qui serait le remède miracle à tous les maux de l’Administration ? En Algérie, on mise tout sur les nouvelles technologies qui, déjà, s’avèrent être la charrue avant les bœufs.

Mais d’abord, qu’est la Fonction publique en Algérie ? Combien compte-t-elle d’effectifs ? Selon une récente communication présentée au Ghana par Djamal Kharchi, directeur général de la Fonction publique, «la Fonction publique en Algérie compte 1,5 million entre fonctionnaires et agents publics contractuels ou vacataires», mais «leur recensement n'est pas aisé» au point de permettre un état des lieux précis. Mais cela, comme le reste, le gouvernement entend le contourner par la e-gouvernance, concept qui fait très «in» mais qui n’a jamais été assez expliqué aux administrations ni aux administrés, alors qu’il n’est question que d’informatiser tous les services dans tous le pays et à travers tous les échelons. Dans la majorité des cas, à en croire le témoignage des chefs d’entreprises qui s’occupent d’installer des dizaines de réseaux informatiques, les utilisateurs ne sont pas du tout préparés. On aura donc un important effort d’équipement massif, mais sans garantie de feedback en matière d’efficacité, en dépit de la nécessité d’un tel programme.

Ce dernier, dans son intitulé, est plus que prometteur. Depuis l'année 2000, un vaste programme de réforme administrative et de gouvernance a été lancé suite à son élaboration par un comité national de la réforme des structures et des missions de l’Etat institué et mandaté par le président Bouteflika (*). Aussi, un des principaux axes de la réforme de l'administration a consisté à s'approprier les technologies de l’information et de la communication, dans la mesure où elles offrent une occasion exceptionnelle de «transcender les modèles centralisés de planification, de gestion et de direction». Objectif : la décentralisation vers les échelons locaux, la permanence de la communication entre l'Etat, les institutions élues, les collectivités territoriales et la société civile, les prestations rendues à distance, telles que la délivrance de documents officiels, la fourniture en ligne d'imprimés, la fourniture à distance de renseignements intéressants les citoyens et, enfin, la consultation par les citoyens d'informations d'intérêt public sur des systèmes d'information sectoriels interconnectés.

Pour ce faire, une commission, dite de e-gouvernance, a été instituée, placée sous la houlette du Chef du gouvernement. Tous les ministères y sont représentés, alors que des experts dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication y  collaborent. En résultat, l’on a mis en place Réseau intranet gouvernemental, par abréviation RIG. Il s'agit d’un système global qui intègre l'ensemble des moyens modernes de communication à l'échelle intergouvernementale. Ce réseau permet en particulier l'échange d'informations entre les différentes institutions gouvernementales. Une cinquantaine d'institutions sont concernées : ministères, institutions nationales et grandes entreprises publiques. Chaque institution de l’Etat est dotée de 10 postes reliés à la plate-forme centrale du réseau intranet gouvernemental. Le programme en question se poursuit toujours et il devrait être finalisé là l'horizon 2007.

Sur un autre registre, et plus particulièrement dans le secteur de la Fonction publique, le programme de la e-gouvernance concerne spécifiquement la gestion des ressources humaines. Ce programme s'intitule Idara. Ainsi, en matière de gestion prévisionnelle des effectifs de la Fonction publique, un réseau informatique connecte l'ensemble des administrations avec les structures centrales et locales. Ce réseau comporte l'ensemble des opérations prévisionnelles liées à la gestion des fonctionnaires, en termes de recrutement, de promotion, de formation ou de mise à la retraite. Ces opérations de gestion sont en fait regroupées au sein d’un «plan annuel de gestion des ressources humaines» qu'établit chaque administration. De plus, depuis 2002, le recensement des effectifs de la Fonction publique s'intègre dans un réseau qui permet de collecter l'ensemble des informations par voie électronique. La mise en place de ce réseau a réduit considérablement la durée des opérations de recensement. Mais au-delà du gain de temps, le réseau est assorti d’une application qui permet de faciliter l'exploitation statistique des données collectées.

Mais il faut dire aussi que tout cela reste encore insuffisant pour donner un visage modernisé à la Fonction publique. Lenteurs, corruption, archaïsmes, manque de moyens et de formation. Et, par-dessus tout, on oublie souvent de dire que l’Algérie est un pays sous-administré.

Les agents permanents de l’Etat représentent en moyenne 1% de la population (9% en France). Mais les moyens de l’Etat étant ce qu’ils sont, sachant qu’il ne veut plus être le premier créateur d’emplois, la question n’est donc plus le nombre de fonctionnaires, mais l’efficacité de l’administration publique. Principal problème : la motivation. Car les effectifs auront beau diminuer sous l’effet des dépermanisations et des départs à la retraite sans renouvellement, les moyens pour les payer manquent encore. Depuis près de dix ans, l’Etat a pratiquement plafonné les revenus des salariés, le tout étant indexé sur les recettes de la fiscalité pétrolière. Mais les fonctionnaires sont aussi démotivés par leurs conditions de travail. Les locaux sont souvent rudimentaires, voire insalubres, les moyens bureautiques font cruellement défaut, la formation professionnelle est, pour ainsi dire, inexistante. Les multiples plans de modernisation et d’informatisation ne vont pas plus loin que les sphères ministérielles. Confrontés à des usagers de plus en plus nombreux et souvent vindicatifs, les agents n’échappent souvent pas à l’agression des administrés. A cela s’ajoute la suspicion des autorités, persuadées que la chasse aux fonctionnaires corrompus reste le meilleur remède au mécontentement général. Confrontés à ces traitements rugueux, les agents de l’Etat réagissent par un taux d’absentéisme élevé. La plupart des cadres moyens et subalternes se contentent de venir faire acte de présence le matin. L’après-midi, ils vaquent à d’autres occupations informelles. L’Etat, qui a mauvaise conscience en raison des arriérés qu’il doit, ferme les yeux. La corruption règne, les systèmes d’avancement restent opaques.

Bref, les services publics vont à vau-l’eau. Ce qui finit par nuire aux économies nationales. Un récent rapport a constaté que le Trésor public perd des milliards de dinars, chaque mois, faute d’efficacité des administrations chargées de suivre les activités commerciales et industrielles dans le pays. Activités illicites et travail au noir prospèrent, regrette le ministère des Finances.

A tel point que la Banque mondiale, grande ordonnatrice des réductions d’effectifs, prêche maintenant le recrutement de cadres bien formés et imperméables à la corruption. Seule façon d’améliorer l’efficacité des services publics. Honnis il n’y a pas si longtemps, les instituts de formation d’administrateurs civils sont incités à recruter de jeunes talents et bénéficient à nouveau de subventions internationales. Mais peut-être fallait-il passer par tout cela pour avoir confiance en la nouvelle génération ?

Nabil Benali

 

 

Qui est fonctionnaire ?

Les fonctionnaires, contrairement aux agents non titulaires de l'Etat, aux employés des entreprises publiques et, bien sûr, aux employés des entreprises privées, sont dans une situation statutaire et réglementaire. Ils n'ont pas de contrat de travail, mais leur emploi est directement géré par des dispositions de la loi et du règlement (décrets, arrêtés). Ils ne sont pas soumis au Code du travail. L'Etat, les entreprises publiques, les établissements publics (notamment ceux à caractère industriel et commercial) et les collectivités locales emploient par ailleurs des agents contractuels. Il est assez courant, notamment dans les médias, d'englober, incorrectement, tous les employés des organismes publics dans la catégorie des fonctionnaires. Notons, par exemple, les employés des sociétés publiques. Les fonctionnaires sont employés dans les administrations d'Etat ou des collectivités territoriales, ou dans les établissements publics. Ils sont notamment chargés d'assurer les services publics non délégués, comme par exemple la lutte contre les calamités (sapeurs-pompiers), la protection et le maintien de l'ordre (police), l'enseignement (éducation), la santé (hôpitaux), mais aussi dans l'administration chargée de la gestion des ministères et collectivités territoriales. Par définition toujours, les militaires font partie de la Fonction publique mais sont régis par un statut particulier, de même que les magistrats et de nombreux autres corps, comme par exemple les walis ou les agents diplomatiques et consulaires.

N. B.

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