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Les
deux messages du Président
Plus d’un mois après le bruyant coup de
semonce envoyé par le président de la République à l’ensemble de
l’appareil gouvernemental, il n’y a ni remaniement ministériel ni
même la moindre sanction de quelque nature qui soit tombée, au
moins sur la tête des principaux mis en cause. Le message est
évidemment double. Il indique d’abord que rien ne va plus dans la
gestion des affaires du pays et ensuite qu’il ne sert pas à
grand-chose de tenter de replâtrer un édifice aussi mal en point.
Nous l’aurons également constaté, le Président n’est pas très
friand du mot "réformes", en tout cas pas pour l’appliquer à une
situation aussi désastreuse que celle dans laquelle se trouve
aujourd’hui l’ensemble de notre appareil administrativo-économique.
En bien des domaines, tels que ceux de la santé, de l’éducation, de
la communication, de la justice, de la construction, de
l’hydraulique, du commerce ou des finances, c’est même le désastre
absolu. Que réformer en pareil cas ? Les mentalités ? Les
structures ? La loi de finances ? Oui, mais comment, dans quelles
proportions et pour quels objectifs ? Et d’abord avons-nous jamais
fait le bilan des innombrables réformes qui se sont succédées de
1989 à nos jours ? Chaque chef du gouvernement, chaque ministre a sa
propre réforme. Sans jamais la définir, bien sûr, mais le mot vaut
programme. Avons-nous alors tiré les enseignements de l’échec de
toutes ces réformes. Avons-nous essayé de comprendre pourquoi cela
ne marche pas, que nos réserves de change soient à zéro ou qu’elles
soient pleines à craquer ? Peut-être pas jusqu’à récemment, mais
l’attitude observée par le président de la République – et
probablement par une bonne partie des différents centres de
réflexion et de décision du pays depuis quelques mois – laisse à
penser que l’approche "réformaliste" observée jusque-là était en
voie d’être définitivement abandonnée. La dure réalité du terrain
ayant fini par démontrer, mieux qu’aucun discours et mieux qu’aucune
analyse, que ne peut être réformé que ce qui est réformable. Or il
faut bien finir par convenir que nos structures de production et
d’administration étatiques, aussi bien que "privées" d’ailleurs,
sont à de rares exception près dans un tel état de délabrement qu’il
vaut nettement mieux les passer par pertes et profits et considérer
qu’elles n’existent même pas que de perdre notre temps et notre
argent à tenter de leur insuffler quelque vie. L’approche d’un
éventuel renouveau passe donc par une toute autre approche qui
reste éventuellement à définir et dont les fondements théoriques
passent déjà par l’idée d’une réelle et totale libération des
énergies et par la reconnaissance des compétences en lieu et place
des allégeances.
C’est dire que ce n’est pas d’un plan
de réforme bien rédigé et bien argumenté dont nous avons besoin,
mais d’un esprit différent qui s’éloigne totalement des visions
bureaucratiques qui ont cours jusqu’à l’heure d’aujourd’hui. Preuve
en est le sort fait aux volumineux projets de réforme de la justice,
de l’éducation et des structures de l’Etat qui, pour être d’une
grande pertinence, ont tous le malheur de vouloir se greffer sur des
cadavres en putréfaction avancée. Pour la seule raison que dans
notre volonté d’aller vite, nous ne donnons pas toute sa place au
facteur temps. Les changements attendus devant être spectaculaires,
et si possibles immédiats, il faut alors travailler sur la base de
ce qui existe et avec les moyens humains déjà en place. Résultat,
des années plus tard, nous en sommes au même point avec en prime de
nouveaux retards accumulés. Par contre, nous aurons nous aurons noté
deux secteurs où les progrès sont absolument stupéfiants : la
défense nationale et l’agriculture. Deux secteurs où il n’a jamais
été question de réformes, mais où des approches précises ont été
décidées et mises en œuvre sans restriction. Dans le premier cas, il
a été décidé une professionnalisation de l’armée qui a été mise en
œuvre grâce à une bonne organisation des moyens et surtout en
faisant respecter une discipline de fer, qui n’existe évidemment pas
dans le civil. Dans le second cas, il a tout juste suffi de libérer
les énergies et de laisser les gens travailler en toute liberté,
quitte à rectifier le tir là où c’est nécessaire. Dans les deux cas,
ce n’est pas une approche unique qui a été privilégiée ni une
réforme quelconque qui a été décidée au sommet, mais une parfaite
compréhension de la réalité du secteur et de l’orientation globale
qui doit être lui être insufflée. La même chose devrait être
appliquée aux autres secteurs, chacun selon sa spécificité. Il a
ainsi suffi de donner à un grand groupe étranger la possibilité
d’investir en force dans le domaine de la téléphonie mobile pour
révolutionner le secteur des télécommunications et le sortir du
marasme dans lequel il se trouvait. Sans réformes ni trompettes.
Abderrahmane
Mahmoudi
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