Semaine du 24 au 30 Mai 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Les deux messages du Président

 

 
 
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Les deux messages du Président

Plus d’un mois après le bruyant coup de semonce envoyé par le président de la République à l’ensemble de l’appareil gouvernemental, il n’y a ni remaniement ministériel ni même la moindre sanction de quelque nature qui soit  tombée, au moins sur la tête des principaux mis en cause. Le message est évidemment double.  Il indique d’abord que rien ne va plus dans la gestion des affaires du pays et ensuite qu’il ne sert pas à grand-chose de tenter de replâtrer un édifice aussi mal en point. Nous l’aurons également constaté, le Président  n’est pas très friand du mot "réformes", en tout cas pas pour l’appliquer à une situation aussi désastreuse que celle dans laquelle se trouve aujourd’hui l’ensemble de notre appareil administrativo-économique. En bien des domaines, tels que ceux de la santé, de l’éducation, de la communication,  de la justice, de la construction, de l’hydraulique, du commerce ou des finances, c’est même le désastre absolu. Que réformer en pareil cas ? Les mentalités ? Les structures ? La loi de finances ? Oui,  mais comment,  dans quelles proportions et pour quels objectifs ? Et d’abord avons-nous jamais fait le bilan des innombrables réformes qui se sont succédées de 1989 à nos jours ? Chaque chef du gouvernement, chaque ministre a sa propre réforme. Sans jamais la définir, bien sûr,  mais le mot vaut programme. Avons-nous alors tiré les enseignements de l’échec de toutes ces réformes.  Avons-nous essayé de comprendre pourquoi cela ne marche pas, que nos réserves de change soient à zéro ou qu’elles soient pleines à craquer ?  Peut-être pas jusqu’à récemment, mais l’attitude observée par le président de la République – et probablement par une bonne partie des différents centres de réflexion et de décision du pays depuis  quelques mois – laisse à penser que l’approche "réformaliste" observée jusque-là était en voie d’être définitivement abandonnée. La dure réalité du terrain ayant fini par démontrer, mieux qu’aucun discours et mieux qu’aucune analyse, que ne peut être réformé que ce qui est réformable. Or il faut bien finir par convenir que nos  structures de production et d’administration étatiques, aussi bien que "privées" d’ailleurs, sont à de rares exception près dans un tel état de délabrement qu’il vaut nettement mieux les passer par pertes et profits et considérer qu’elles n’existent même pas que de perdre notre temps et notre argent à tenter de leur insuffler quelque vie.  L’approche d’un éventuel renouveau passe donc par une toute autre approche  qui reste éventuellement à définir et dont les fondements théoriques passent déjà par l’idée d’une réelle et totale libération des énergies et par la reconnaissance des compétences en lieu et place des allégeances.

C’est dire que ce n’est pas d’un plan de réforme bien rédigé et bien argumenté dont nous avons besoin, mais d’un esprit différent qui s’éloigne totalement des visions bureaucratiques qui ont  cours jusqu’à l’heure d’aujourd’hui. Preuve en est le sort fait aux volumineux projets de réforme de la justice, de l’éducation et des structures de l’Etat qui, pour être d’une grande pertinence, ont tous le malheur de vouloir se greffer sur des cadavres en putréfaction avancée. Pour la seule raison que dans notre volonté d’aller vite, nous ne donnons pas toute sa place au facteur temps. Les changements attendus devant être spectaculaires, et si possibles immédiats, il faut alors travailler sur la base de ce qui existe et avec les moyens humains déjà en place. Résultat, des années plus tard, nous en sommes au même point avec en prime de nouveaux retards accumulés. Par contre, nous aurons nous aurons noté deux secteurs où les progrès sont absolument stupéfiants : la défense nationale et l’agriculture. Deux secteurs où il n’a jamais été question de réformes, mais où des approches précises ont été décidées et mises en œuvre sans restriction. Dans le premier cas, il a été décidé une professionnalisation de l’armée qui a été mise en œuvre grâce à une bonne organisation des moyens et surtout en faisant respecter une discipline de fer, qui n’existe évidemment pas dans le civil. Dans le second cas, il a tout juste suffi de libérer les énergies et de laisser les gens travailler en toute liberté, quitte à rectifier le tir là où c’est nécessaire. Dans les deux cas, ce n’est pas une approche unique qui a été privilégiée ni une réforme quelconque qui a été décidée au sommet, mais une parfaite compréhension de la réalité du secteur et de l’orientation globale qui doit être lui être insufflée. La même chose devrait être appliquée aux autres secteurs, chacun selon sa spécificité. Il a ainsi suffi de donner à un grand groupe étranger la possibilité d’investir en force dans le domaine de la téléphonie mobile pour révolutionner le secteur des télécommunications et le sortir du marasme dans lequel il se trouvait. Sans réformes ni trompettes.

Abderrahmane Mahmoudi

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