Semaine du 24 au 30 Mai 2006

Mission de l’ONU au Sahara occidental

«Elle a été empêchée de faire son travail d’investigation»

 

 
 
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Mission de l’ONU au Sahara occidental

«Elle a été empêchée de faire son travail d’investigation»

La tournée de la délégation des Nations unies pour les droits de l’homme dans le territoire du Sahara occidental a suscité des interrogations fort légitimes, notamment après la rencontre, dans les territoires occupés, avec le nouveau Conseil royal consultatif pour les provinces sahariennes (Corcas), créé il y a quelques semaines par le roi du Maroc, Mohammed VI. Faut-il conclure que la mission onusienne est venue effacer les preuves d’un cas colonial ? Il est trop tôt pour se prononcer… avant la lecture de son rapport. Il faut seulement espérer que le conseil royal consultatif, «outil principal de la proposition d’autonomie», qui a été rejeté en avril dernier par la légalité internationale, ne revienne pas par la porte de la realpolitik.

Pour saisir les raisons de cette inquiétude, revenons à l’année 2005, lorsque le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, avait proposé qu’une mission aille s’enquérir de la situation des droits humains au Sahara occidental. L’idée étant bien accueillie surtout avec l’apparition de manifestations populaires, dès le mois de mai de la même année, la délégation onusienne était censée se déplacer en décembre 2005. Sa visite a été finalement reportée à janvier 2006 puis à une date ultérieure. Entre-temps, le souverain marocain s’est rendu, en mars dernier, dans les territoires sahraouis et a décidé de mettre sur pied un Conseil consultatif composé de notables sahraouis ayant fait allégeance au Maroc, pour donner force à son fameux plan d’autonomie.

 En avril 2006, M. Annan pond un rapport, qu’il soumet au Conseil de sécurité, qui vise à remettre en cause le processus de décolonisation du territoire «non autonome» sahraoui, sous le prétexte de se plier à la realpolitik et donc de transgresser la légalité internationale. Le même mois, après de nombreuses tractations, le Conseil de sécurité adopte une résolution technique, dans laquelle il reste attaché à ses résolutions précédentes et aux plans de règlement des Nations unies, le dernier étant «le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», connu sous le nom de plan Baker.

C’est dans ce contexte de remise en cause, par certaines parties des organes décisionnels de l’ONU, mais aussi de commémoration (création du Polisario et du déclenchement de la lutte armée) qu’intervient la visite de la délégation des Nations unies pour les droits de l’homme. Venue enquêter sur la situation des droits de l’homme dans les territoires occupés, celle-ci n’a rencontré que sept militants sahraouis, dont certains ont été arrêtés après l’audition. Des ONG sahraouies ainsi que le BIRSO n’ont cessé d’attirer l’attention des membres de la délégation sur la répression qui s’est abattue sur la population sahraouie, au rendez-vous des manifestations pacifiques depuis une année et toujours attachée au droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Mais, les représentants des Nations unies n’ont point quitté l’hôtel Parador (ancien siège du résident espagnol du temps de la colonisation ibérique) si ce n’est pour suivre le programme effectué par les autorités d’occupation. Ils ne se sont même pas rendus dans les hôpitaux d’El-Ayoun où sont soignés les Sahraouis blessés ni visité les geôles ayant ouvert leurs portes récemment pour accueillir les manifestants sahraouis.

Selon le militant Ali Salem Tamek, la délégation onusienne a été empêchée par Rabat de faire son travail d'investigation et à la prison noire, elle n’a pas pu s'entretenir avec les détenus sahraouis. Toujours selon lui, une vingtaine de prisonniers sahraouis ont été transféré dans la nuit du 17 au 18 mai vers d’autres lieux de détention par les autorités marocaines.

Quant à Khalil, sociologue sahraoui et militant de l’Association des familles des prisonniers et détenus sahraouis, établie dans les camps de réfugiés de Tindouf, il a informé que les membres de la délégation ont dîné chez un notable sahraoui, travaillant au Corcas, le soir du 17 mai 2006, pendant leur séjour dans la capitale sahraouie sous occupation marocaine. Selon lui, le chef de la mission, le Suisse Christophe Giraud, a accepté un cadeau de son hôte : une daraâha (sorte de tunique que portent les hommes sahraouis). Des informations publiées sur le site d’Arso (Association suisse de soutien pour un référendum), indiquent seulement qu’une rencontre a eu lieu entre la délégation onusienne et le président du Corcas, ainsi que le secrétaire général du Conseil consultatif des droits humains (CCDH), des parlementaires et des personnalités actives dans le domaine des droits humains. La même source rapporte que les autorités locales et régionales marocaines, les associations pro-marocaines et de transfuges «ont occupé le reste du séjour de la mission», avant de se rendre, le 20 mai, dans les camps de Tindouf.

Des universitaires sahraouis approchés, parmi eux Ahmed Khalil, mettent en avant «la différence de taille» entre la présente délégation des droits de l’homme et la Mission de l’ONU d’octobre 1975. Sans anticiper sur les résultats de l’équipe de Christophe Giraud, ils notent néanmoins «le retrait», voire «l’indifférence» de celle-ci par rapport à la dynamique dans les territoires occupés et les actions de protestations de la population sahraouie.

Faut-il conclure que la mission onusienne de 2006 est venue effacer les preuves d’un cas colonial ? Il est trop tôt pour se prononcer… avant la lecture de son rapport. Il faut seulement espérer que le Conseil royal consultatif pour les provinces sahariennes, qualifié d’«outil principal de la proposition d’autonomie», qui a été rejeté en avril dernier par la légalité internationale, ne revienne pas au galop par la porte de la realpolitik.

 

Z. Chérief

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