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Mission de l’ONU au Sahara occidental
«Elle a été
empêchée de faire son travail d’investigation»
La tournée de la
délégation des Nations unies pour les droits de l’homme dans le
territoire du Sahara occidental a suscité des interrogations fort
légitimes, notamment après la rencontre, dans les territoires
occupés, avec le nouveau Conseil royal consultatif pour les
provinces sahariennes (Corcas), créé il y a quelques semaines par le
roi du Maroc, Mohammed VI. Faut-il conclure que la mission onusienne
est venue effacer les preuves d’un cas colonial ? Il est trop tôt
pour se prononcer… avant la lecture de son rapport. Il faut
seulement espérer que le conseil royal consultatif, «outil principal
de la proposition d’autonomie», qui a été rejeté en avril dernier
par la légalité internationale, ne revienne pas par la porte de la
realpolitik.
Pour saisir les
raisons de cette inquiétude, revenons à l’année 2005, lorsque le
secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, avait proposé qu’une
mission aille s’enquérir de la situation des droits humains au
Sahara occidental. L’idée étant bien accueillie surtout avec
l’apparition de manifestations populaires, dès le mois de mai de la
même année, la délégation onusienne était censée se déplacer en
décembre 2005. Sa visite a été finalement reportée à janvier 2006
puis à une date ultérieure. Entre-temps, le souverain marocain s’est
rendu, en mars dernier, dans les territoires sahraouis et a décidé
de mettre sur pied un Conseil consultatif composé de notables
sahraouis ayant fait allégeance au Maroc, pour donner force à son
fameux plan d’autonomie.
En avril 2006, M.
Annan pond un rapport, qu’il soumet au Conseil de sécurité, qui vise
à remettre en cause le processus de décolonisation du territoire
«non autonome» sahraoui, sous le prétexte de se plier à la
realpolitik et donc de transgresser la légalité internationale. Le
même mois, après de nombreuses tractations, le Conseil de sécurité
adopte une résolution technique, dans laquelle il reste attaché à
ses résolutions précédentes et aux plans de règlement des Nations
unies, le dernier étant «le plan de paix pour l’autodétermination du
peuple du Sahara occidental», connu sous le nom de plan Baker.
C’est dans ce
contexte de remise en cause, par certaines parties des organes
décisionnels de l’ONU, mais aussi de commémoration (création du
Polisario et du déclenchement de la lutte armée) qu’intervient la
visite de la délégation des Nations unies pour les droits de
l’homme. Venue enquêter sur la situation des droits de l’homme dans
les territoires occupés, celle-ci n’a rencontré que sept militants
sahraouis, dont certains ont été arrêtés après l’audition. Des ONG
sahraouies ainsi que le BIRSO n’ont cessé d’attirer l’attention des
membres de la délégation sur la répression qui s’est abattue sur la
population sahraouie, au rendez-vous des manifestations pacifiques
depuis une année et toujours attachée au droit à l’autodétermination
et à l’indépendance. Mais, les représentants des Nations unies n’ont
point quitté l’hôtel Parador (ancien siège du résident espagnol du
temps de la colonisation ibérique) si ce n’est pour suivre le
programme effectué par les autorités d’occupation. Ils ne se sont
même pas rendus dans les hôpitaux d’El-Ayoun où sont soignés les
Sahraouis blessés ni visité les geôles ayant ouvert leurs portes
récemment pour accueillir les manifestants sahraouis.
Selon le militant
Ali Salem Tamek, la délégation onusienne a été empêchée par Rabat de
faire son travail d'investigation et à la prison noire, elle n’a pas
pu s'entretenir avec les détenus sahraouis. Toujours selon lui, une
vingtaine de prisonniers sahraouis ont été transféré dans la nuit du
17 au 18 mai vers d’autres lieux de détention par les autorités
marocaines.
Quant à Khalil,
sociologue sahraoui et militant de l’Association des familles des
prisonniers et détenus sahraouis, établie dans les camps de réfugiés
de Tindouf, il a informé que les membres de la délégation ont dîné
chez un notable sahraoui, travaillant au Corcas, le soir du 17 mai
2006, pendant leur séjour dans la capitale sahraouie sous occupation
marocaine. Selon lui, le chef de la mission, le Suisse Christophe
Giraud, a accepté un cadeau de son hôte : une daraâha (sorte de
tunique que portent les hommes sahraouis). Des informations publiées
sur le site d’Arso (Association suisse de soutien pour un
référendum), indiquent seulement qu’une rencontre a eu lieu entre la
délégation onusienne et le président du Corcas, ainsi que le
secrétaire général du Conseil consultatif des droits humains (CCDH),
des parlementaires et des personnalités actives dans le domaine des
droits humains. La même source rapporte que les autorités locales et
régionales marocaines, les associations pro-marocaines et de
transfuges «ont occupé le reste du séjour de la mission», avant de
se rendre, le 20 mai, dans les camps de Tindouf.
Des universitaires
sahraouis approchés, parmi eux Ahmed Khalil, mettent en avant «la
différence de taille» entre la présente délégation des droits de
l’homme et la Mission de l’ONU d’octobre 1975. Sans anticiper sur
les résultats de l’équipe de Christophe Giraud, ils notent néanmoins
«le retrait», voire «l’indifférence» de celle-ci par rapport à la
dynamique dans les territoires occupés et les actions de
protestations de la population sahraouie.
Faut-il conclure
que la mission onusienne de 2006 est venue effacer les preuves d’un
cas colonial ? Il est trop tôt pour se prononcer… avant la lecture
de son rapport. Il faut seulement espérer que le Conseil royal
consultatif pour les provinces sahariennes, qualifié d’«outil
principal de la proposition d’autonomie», qui a été rejeté en avril
dernier par la légalité internationale, ne revienne pas au galop par
la porte de la realpolitik.
Z. Chérief
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