Semaine du 25 au 31 mai 2005

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Deuxième essai

 

 
 
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Deuxième essai

L’enjeu de la présidentielle de 2004 était précisément celui de la victoire ou non de l’aile libérale du pouvoir sur l’aile rentière et corrompue qui bloque le décollage économique du pays depuis de nombreuses décennies et qui était en train de compromettre nos dernières chances de sauver nos importantes réserves de change de la prédation financière organisée par le système rentier et bureaucratique. La victoire de Abdelaziz Bouteflika à l’élection d’avril 2004 ne pouvait donc logiquement qu’engendrer ce vaste mouvement de lutte contre la rente, qui passe d’abord par la lutte contre la corruption.

La lutte contre la corruption prend de toute évidence une tournure tout à fait nouvelle dans notre pays depuis l’arrestation du promoteur Messaoud Hadji, de l’ancien Duch d’Alger Chenni et de la mise en cause du wali démissionnaire de Blida Bouricha. La nature des accusations, la réalité des faits retenus contre eux et surtout l’absence de limites institutionnelles aux investigations des services de sécurité indiquent en tout cas que nous sommes loin à présent des procès en sorcellerie régulièrement intentés aux cadres algériens à chaque crise politique majeure ou au moment des grandes manœuvres politiciennes de changement d’orientation du régime.

Si la médiatisation des nouvelles mesures légales de lutte contre la corruption et contre le blanchiment d’argent peut apparaître comme un peu forcée, la démarche des services de sécurité et d’une bonne partie de l’appareil judiciaire ne semble pas s’inscrire dans le cadre d’une campagne d’assainissement tout à fait démagogique ou dans l’esprit d’un reprofilage des

limites institutionnelles de la prédation. Cette fois, les choses sont en train d’aller beaucoup trop loin pour qu’il soit possible d’imaginer qu’elles puissent s’arrêter en chemin. Car même si les dernières grosses interpellations opérées dans les wilayas d’Alger et de Blida peuvent être comprises comme des répliques plus ou moins directes au procès de Bachir Frik et à l’écartement du général Kamel Abderrahmane de son commandement de la 5e région militaire, il est indéniable que ce qui se passe à présent autour de Hadji et de Bouricha est difficilement maîtrisable. Preuve en est que l’onde de choc des procédures judiciaires et policières en cours atteint à présent des niveaux de responsabilité considérés jusque-là comme intouchables, puisque deux conseillers du ministre de la Justice en personne sont mis en cause, dont un mis en examen et l’autre relevé de ses fonctions.

C’est dire que même si l’hypothèse du règlement de comptes entre factions du pouvoir n’est pas tout à fait à écarter, il est plus que probable que le noyau dur de l’Etat algérien, au sein des services de sécurité et de l’appareil judiciaire, a trouvé là l’opportunité de lancer enfin une grande offensive contre la corruption et contre les bureaucrates rentiers qui gangrènent les appareils de l’Etat depuis toujours. Hypothèse certes optimiste, mais qui s’appuie aussi sur le fait que la situation économique du pays est devenue tellement critique que seule une lutte implacable contre la corruption et contre les positions de rente est aujourd’hui à même de rompre l’isolement dans lequel se débat l’Algérie. Un isolement sciemment organisé de l’intérieur même d’un régime qui refuse toute forme d’ouverture économique de quelque nature qu’elle soit, de crainte de voir ses positions politiques menacées et qui a réussi à faire comprendre aux opérateurs économiques étrangers qu’ils n’étaient pas les bienvenus s’ils n’acceptaient pas de sacrifier à la lourde tradition de la tchippa.

Nous l’oublions peut-être un peu vite, mais l’enjeu de la présidentielle de 2004 était précisément celui de la victoire ou non de l’aile libérale du pouvoir sur l’aile rentière et corrompue qui bloque le décollage économique du pays depuis de nombreuses décennies et qui était en train de compromettre nos dernières chances de sauver nos importantes réserves de change de la prédation financière organisée par le système rentier et bureaucratique. La victoire de Abdelaziz Bouteflika à l’élection d’avril 2004 ne pouvait donc logiquement qu’engendrer ce vaste mouvement de lutte contre la rente, qui passe d’abord par la lutte contre la corruption. Même si cela ne se fera pas sans douleur et sans grands sacrifices tant le phénomène touche toutes les couches de la société et toutes les sphères du pouvoir, y compris des groupes proches du Président lui-même, à l’image du wali de Blida Mohamed Bouricha qui n’a jamais caché ses liens privilégiés avec le cercle présidentiel. Et il faut croire, d’ailleurs, qu’en sacrifiant quelqu’un réputé proche de lui, Abdelaziz Bouteflika a décidé de lever toutes les inhibitions et de signifier qu’aucune personnalité prise la main dans le sac ne serait épargnée, y compris celles qui sont comptées à son actif. Aussi faut-il s’attendre à un sérieux remue-ménage dans les jours à venir, surtout que la levée d’immunité politique décidée par le chef de l’Etat ressemble terriblement à celle qui avait été seulement envisagée par le défunt Mohamed Boudiaf.

A. M.

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