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Deuxième essai
L’enjeu de la
présidentielle de 2004 était précisément celui de la victoire ou non
de l’aile libérale du pouvoir sur l’aile rentière et corrompue qui
bloque le décollage économique du pays depuis de nombreuses
décennies et qui était en train de compromettre nos dernières
chances de sauver nos importantes réserves de change de la prédation
financière organisée par le système rentier et bureaucratique. La
victoire de Abdelaziz Bouteflika à l’élection d’avril 2004 ne
pouvait donc logiquement qu’engendrer ce vaste mouvement de lutte
contre la rente, qui passe d’abord par la lutte contre la
corruption.
La lutte contre la
corruption prend de toute évidence une tournure tout à fait nouvelle
dans notre pays depuis l’arrestation du promoteur Messaoud Hadji, de
l’ancien Duch d’Alger Chenni et de la mise en cause du wali
démissionnaire de Blida Bouricha. La nature des accusations, la
réalité des faits retenus contre eux et surtout l’absence de limites
institutionnelles aux investigations des services de sécurité
indiquent en tout cas que nous sommes loin à présent des procès en
sorcellerie régulièrement intentés aux cadres algériens à chaque
crise politique majeure ou au moment des grandes manœuvres
politiciennes de changement d’orientation du régime.
Si la
médiatisation des nouvelles mesures légales de lutte contre la
corruption et contre le blanchiment d’argent peut apparaître comme
un peu forcée, la démarche des services de sécurité et d’une bonne
partie de l’appareil judiciaire ne semble pas s’inscrire dans le
cadre d’une campagne d’assainissement tout à fait démagogique ou
dans l’esprit d’un reprofilage des
limites
institutionnelles de la prédation. Cette fois, les choses sont en
train d’aller beaucoup trop loin pour qu’il soit possible d’imaginer
qu’elles puissent s’arrêter en chemin. Car même si les dernières
grosses interpellations opérées dans les wilayas d’Alger et de Blida
peuvent être comprises comme des répliques plus ou moins directes au
procès de Bachir Frik et à l’écartement du général Kamel
Abderrahmane de son commandement de la 5e région militaire, il est
indéniable que ce qui se passe à présent autour de Hadji et de
Bouricha est difficilement maîtrisable. Preuve en est que l’onde de
choc des procédures judiciaires et policières en cours atteint à
présent des niveaux de responsabilité considérés jusque-là comme
intouchables, puisque deux conseillers du ministre de la Justice en
personne sont mis en cause, dont un mis en examen et l’autre relevé
de ses fonctions.
C’est dire que
même si l’hypothèse du règlement de comptes entre factions du
pouvoir n’est pas tout à fait à écarter, il est plus que probable
que le noyau dur de l’Etat algérien, au sein des services de
sécurité et de l’appareil judiciaire, a trouvé là l’opportunité de
lancer enfin une grande offensive contre la corruption et contre les
bureaucrates rentiers qui gangrènent les appareils de l’Etat depuis
toujours. Hypothèse certes optimiste, mais qui s’appuie aussi sur le
fait que la situation économique du pays est devenue tellement
critique que seule une lutte implacable contre la corruption et
contre les positions de rente est aujourd’hui à même de rompre
l’isolement dans lequel se débat l’Algérie. Un isolement sciemment
organisé de l’intérieur même d’un régime qui refuse toute forme
d’ouverture économique de quelque nature qu’elle soit, de crainte de
voir ses positions politiques menacées et qui a réussi à faire
comprendre aux opérateurs économiques étrangers qu’ils n’étaient pas
les bienvenus s’ils n’acceptaient pas de sacrifier à la lourde
tradition de la tchippa.
Nous l’oublions
peut-être un peu vite, mais l’enjeu de la présidentielle de 2004
était précisément celui de la victoire ou non de l’aile libérale du
pouvoir sur l’aile rentière et corrompue qui bloque le décollage
économique du pays depuis de nombreuses décennies et qui était en
train de compromettre nos dernières chances de sauver nos
importantes réserves de change de la prédation financière organisée
par le système rentier et bureaucratique. La victoire de Abdelaziz
Bouteflika à l’élection d’avril 2004 ne pouvait donc logiquement
qu’engendrer ce vaste mouvement de lutte contre la rente, qui passe
d’abord par la lutte contre la corruption. Même si cela ne se fera
pas sans douleur et sans grands sacrifices tant le phénomène touche
toutes les couches de la société et toutes les sphères du pouvoir, y
compris des groupes proches du Président lui-même, à l’image du wali
de Blida Mohamed Bouricha qui n’a jamais caché ses liens privilégiés
avec le cercle présidentiel. Et il faut croire, d’ailleurs, qu’en
sacrifiant quelqu’un réputé proche de lui, Abdelaziz Bouteflika a
décidé de lever toutes les inhibitions et de signifier qu’aucune
personnalité prise la main dans le sac ne serait épargnée, y compris
celles qui sont comptées à son actif. Aussi faut-il s’attendre à un
sérieux remue-ménage dans les jours à venir, surtout que la levée
d’immunité politique décidée par le chef de l’Etat ressemble
terriblement à celle qui avait été seulement envisagée par le défunt
Mohamed Boudiaf.
A. M.
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