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Jeu de scène
La séance
consacrée à la déclaration de politique générale du gouvernement a
commencé par un discours solennel au possible du président de
l’Assemblée, où il est souligné que le programme qui va être exposé
découle indubitablement de celui du président de la République.
Impossible de dire plus clairement que tout rejet de ce programme,
ou même toute critique le visant dans son ensemble, sera reçue comme
une attaque contre le chef de l’Etat lui-même et entraînera de ce
fait une réponse tout aussi expéditive qu’englobante.
Le ton
comminatoire de ce discours n’était pas pour échapper à des gens
très au fait des subtilités d’une rhétorique en apparence plate et
soporifique. Ils écoutaient attentivement Amar Saadani, le visage
imperturbable tourné dans sa direction, cependant, à travers lui,
ils observaient durement quelqu’un d’autre, dont ils jaugeaient avec
précision la détermination dans le cas où… Car ce sont les yeux qui
regardent, mais c’est l’esprit qui voit. Quand arrive le tour de
parole d’Ahmed Ouyahia, leurs visages se referment plus encore,
exprimant par cette impassibilité les violents sentiments qui les
agitent intérieurement et qu’ils répriment. Preuve en est que leur
posture a du sens, c’est que celui à qui elle est destinée en subit
les effets, puisque sa voix est mal assurée et qu’il redresse
rarement la tête pour regarder l’assistance. Ahmed Ouyahia est de
toute évidence dans ses petits souliers ; il a hâte de finir la
lecture de son discours pour échapper à la tension qu’il ressent de
toutes parts et dont l’emprise va croissant.
En fait, il suffit
d’observer ce jeu de scène pour comprendre qu’entre le FLN et le
RND, le torchon brûle. Bien sûr, la cause en est le dialogue entre
le chef du gouvernement et les arouch. D’ailleurs, ce dernier sait
très bien ce qui lui est reproché, ainsi qu’en témoigne le fait
qu’il s’est gardé de porter à son actif la reprise du dialogue, dont
le mérite revient, selon lui, au président de la République. Le
procès que vous me faites est injuste, disait-il de tout son être ;
je n’ai fait dans cette affaire que suivre les instructions du
Président, c’est à lui que vous devez demander des explications, pas
à moi, qui n’ai été que l’exécutant. Et de poursuivre, la voix
tremblante le plus souvent, ce qui en dit plus long encore : je ne
vous conseille pourtant pas, joignant ici mon avertissement à celui
qui vient de vous être donné du haut du perchoir, ce qui devrait
vous suffire comme coup de semonce, de faire beaucoup de vagues, il
vous en cuira, croyez-moi. Il m’est parvenu que vous méditez de
déposer une motion de censure, rien que pour m’étriller, en quelque
sorte pour le plaisir, par pure malveillance autrement dit, pour
montrer qui est majoritaire dans cette assemblée et qui ne l’est
pas. Faites donc, puisque vous en mourrez d’envie, et l’on verra ce
que l’on verra. Car, alors, vous serez obligés de la voter cette
motion, et donc de vous compter l’un après l’autre, ce qui peut vous
réserver des surprises. Etes-vous bien sûr d’être dans les mêmes
sentiments à mon sujet ? J’en doute pour ma part. Je comprendrai que
vous me censuriez si vous étiez tous sur la même longueur d’onde, or
ce n’est pas le cas. D’autant que votre motif de mécontentement
n’est pas une réalité, il n’y a encore ni dissolution, ni donc
élections partielles. En revanche, il y a bien eu élection partielle
dans vos rangs, qui a révélé combien vous êtes loin d’avoir achevé
votre “convalescence”. Supposons que vous déposiez une motion de
censure, et qu’au lieu que ce soit une occasion de faire bloc contre
moi, vos dissidents s’en saisissent au contraire pour contester la
nouvelle direction, dont la légitimité ne va pas de soi, comme vous
ne pouvez l’ignorer. Alors ? Tel croit renverser, au mépris de la
volonté présidentielle de surcroît, qui rallume la discorde dans sa
propre maison. Amusant, non ? Cet échange, il n’est pas besoin
d’avoir beaucoup d’imagination pour le voir et l’entendre sur les
visages et en creux dans les propos. Il suffit d’ouvrir les yeux et
de tendre les oreilles pour le surprendre sur le vif.
M. Habili
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