Semaine du 25 au 31 mai 2005

La trame du mercredi

Je de scène

 

 
 
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Jeu de scène

La séance consacrée à la déclaration de politique générale du gouvernement a commencé par un discours solennel au possible du président de l’Assemblée, où il est souligné que le programme qui va être exposé découle indubitablement de celui du président de la République. Impossible de dire plus clairement que tout rejet de ce programme, ou même toute critique le visant dans son ensemble, sera reçue comme une attaque contre le chef de l’Etat lui-même et entraînera de ce fait une réponse tout aussi  expéditive qu’englobante.

Le ton comminatoire de ce discours n’était pas pour échapper à des gens très au fait des subtilités d’une rhétorique en apparence plate et soporifique. Ils écoutaient attentivement Amar Saadani, le visage imperturbable tourné dans sa direction, cependant, à travers lui, ils observaient durement quelqu’un d’autre, dont ils jaugeaient avec précision la détermination dans le cas où… Car ce sont les yeux qui regardent, mais c’est l’esprit qui voit. Quand arrive le tour de parole d’Ahmed Ouyahia, leurs visages se referment plus encore, exprimant par cette impassibilité les violents sentiments qui les agitent intérieurement et qu’ils répriment. Preuve en est que leur posture a du sens, c’est que celui à qui elle est destinée en subit les effets, puisque sa voix est mal assurée et qu’il redresse rarement la tête pour regarder l’assistance. Ahmed Ouyahia est de toute évidence dans ses petits souliers ; il a hâte de finir la lecture de son discours pour échapper à la tension qu’il ressent de toutes parts et dont l’emprise va croissant.

En fait, il suffit d’observer ce jeu de scène pour comprendre qu’entre le FLN et le RND, le torchon brûle. Bien sûr, la cause en est le dialogue entre le chef du gouvernement et les arouch. D’ailleurs, ce dernier sait très bien ce qui lui est reproché, ainsi qu’en témoigne le fait qu’il s’est gardé de porter à son actif la reprise du dialogue, dont le mérite revient, selon lui, au président de la République. Le procès que vous me faites est injuste, disait-il de tout son être ; je n’ai fait dans cette affaire que suivre les instructions du Président, c’est à lui que vous devez demander des explications, pas à moi, qui n’ai été que l’exécutant. Et de poursuivre, la voix tremblante le plus souvent, ce qui en dit plus long encore : je ne vous conseille pourtant pas, joignant ici mon avertissement à celui qui vient de vous être donné du haut du perchoir, ce qui devrait vous suffire comme coup de semonce, de faire beaucoup de vagues, il vous en cuira, croyez-moi. Il m’est parvenu que vous méditez de déposer une motion de censure, rien que pour m’étriller, en quelque sorte pour le plaisir, par pure malveillance autrement dit, pour montrer qui est majoritaire dans cette assemblée et qui ne l’est pas. Faites donc, puisque vous en mourrez d’envie, et l’on verra ce que l’on verra. Car, alors, vous serez obligés de la voter cette motion, et donc de vous compter l’un après l’autre, ce qui peut vous réserver des surprises. Etes-vous bien sûr d’être dans les mêmes sentiments à mon sujet ? J’en doute pour ma part. Je comprendrai que vous me censuriez si vous étiez tous sur la même longueur d’onde, or ce n’est pas le cas. D’autant que votre motif de mécontentement n’est pas une réalité, il n’y a encore ni dissolution, ni donc élections partielles. En revanche, il y a bien eu élection partielle dans vos rangs, qui a révélé combien vous êtes loin d’avoir achevé votre “convalescence”. Supposons que vous déposiez une motion de censure, et qu’au lieu que ce soit une occasion de faire bloc contre moi, vos dissidents s’en saisissent au contraire pour contester la nouvelle direction, dont la légitimité ne va pas de soi, comme vous ne pouvez l’ignorer. Alors ? Tel croit renverser, au mépris de la volonté présidentielle de surcroît, qui rallume la discorde dans sa propre maison. Amusant, non ? Cet échange, il n’est pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination pour le voir et l’entendre sur les visages et en creux dans les propos. Il suffit d’ouvrir les yeux et de tendre les oreilles pour le surprendre sur le vif.

M. Habili

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