Semaine du 25 au 31 mai 2005

Ouzbékistan

Washington ménage son allié

Ex-URSS

Les dominos se suivent mais ne se ressemblent pas

 

 
 
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Ouzbékistan

Washington ménage son allié

Les positions américaines par rapport à certains dossiers dans le monde sont à géométrie variable, selon que le pays soit ou non un allié stratégique. L’Ouzbékistan est un exemple assez significatif. L’insurrection dans ce pays d’Asie centrale a contraint Washington à faire le grand écart, partagé entre son idéal affiché de promouvoir la démocratie et son soutien à un régime autoritaire.

La répression sanglante des manifestations à Andijan jette une lumière particulièrement vive sur ce paradoxe que les Etats-Unis rencontrent également avec plusieurs de leurs proches alliés comme le Pakistan, l’Egypte ou l’Arabie Saoudite.

Après avoir réagi de manière prudente lors des événements sanglants d’Ouzbékistan, l’administration américaine s’est décidée à faire monter la pression sur Tachkent, mais sans aller jusqu’à évoquer des mesures de rétorsion. Le département d’Etat s’est déclaré tout simplement “profondément troublé” par les tirs des forces de l’ordre contre des civils, qui auraient fait plus d’une centaine de morts de source officielle, 745 selon un parti d’opposition.

La secrétaire d’Etat américaine a appelé le régime ami du président Islam Karimov à “adopter des réformes, à rendre le système plus ouvert”. Les responsables américains ont également reproché au Président ouzbek de se prévaloir trop facilement de la lutte antiterroriste pour justifier toute forme de répression. Mais Washington continue aussi de s’inquiéter de la possible présence dans les rangs des insurgés de radicaux du Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MOI), qui figure dans la liste des organisations terroristes du département d’Etat.

Pour de nombreux observateurs, les Etats-Unis ne peuvent feindre l’étonnement devant le comportement d’Islam Karimov. Ils le soutiennent depuis des années ; la manière dont il a réprimé dans le sang les manifestations n’était pas une surprise, mais “entièrement prévisible”.

La guerre d’Afghanistan (voisin de l’Ouzbékistan), la lutte contre les réseaux terroristes mais aussi les ambitions stratégiques et économiques américaines en Asie centrale ont fait de Tachkent un des plus sûrs alliés de l’Amérique dans cette partie du monde.

Grand partisan de la lutte contre le terrorisme, Islam Karimov s’est accordé les faveurs des Etats-Unis en les autorisant, en 2001, à ouvrir une base militaire dans le sud du pays, à deux pas de la frontière aghane.

Washington est toutefois régulièrement accusé par les organisations humanitaires de ménager un régime réputé pour ses violations systématiques des droits de l’homme, notamment l’usage de la torture. Les Américains ont coupé quelques subventions à l’Ouzbékistan en raison de cette piètre situation, et réservé à Tachkent des chapitres critiques dans des rapports fondamentaux, sans grand effet sur le pouvoir de fer d’Islam Karimov.

Le quotidien Washington Post mettait notamment en exergue, dans une de ses éditions, le fait que Tachkent, qui a notamment mis une base aérienne à la disposition des Américains et coopère étroitement dans le domaine du renseignement, continue d’avoir des relations plus que cordiales avec le Pentagone. “Islam Karimov ignore habituellement les remontrances du département d’Etat, et non sans raison, puisqu’il a le soutien inconditionnel du Pentagone pour un partenariat stratégique”, précise le quotidien américain. Le dilemme américain s’explique aussi par l’absence de véritable équipe prête à remplacer le pouvoir actuel, confronté à une insurrection islamiste jugée pire que le système en place.

Alors que le président George W. Bush se veut le héraut de la démocratisation dans le monde, il ferme les yeux quand cela l’arrange.

 

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Ex-URSS

Les dominos se suivent mais ne se ressemblent pas

Même si elle semble essentiellement motivée par la pauvreté et l’oppression, l’insurrection d’Andijan, en Ouzbékistan, risque de prendre rapidement une coloration islamiste et de déstabiliser toute la région, du Kirghizstan au Caucase russe.

“C’est une menace pour toute la région. Aujourd’hui, on s bat pour la justice sociale, mais le but final est le califat, Etat islamique transnational dont la création est l’objectif des islamistes”, selon Alexeï Malachenko, chercheur à la Fondation Carnegie de Moscou.

Les présidents russe et ouzbek Vladimir Poutine et Islam Karimov ont eux-mêmes exprimé leur préoccupation face à des “tentatives de déstabilisation de la situation en Asie centrale”.

La révolte d’Andijan semble inscrire l’Ouzbékistan, après la Géorgie, l’Ukraine et le Kirghizstan, dans la série des pays dominos de l’ex-URSS, où des soulèvements ont renversé les régimes hérités de l’ère soviétique. Mais si elle réussissait – ce qui est loin d’être acquis le président Islam Karimov semblant décidé à ne pas abandonner le pouvoir – cette révolte risquerait d’avoir des répercussions d’une nature différente. Car la vallée de Ferghana, dont Andijan est la plus grande ville, est une sorte de détonateur pour une région explosive en raison d’un cocktail de pauvreté et d’islamisme. La ville d’Och, d’où est parti le mouvement ayant renversé en mars le président Askar Akaïev à Bichkek, se trouve dans la même vallée, côté kirghize. C’est là que des émeutes sanglantes ont opposé en 1990 Ouzbeks et Kirghizes. Et, neuf ans plus tard, une milice islamique ouzbèke a pris des Japonais en otages, ce qui a conduit les forces de Tachkent à bombarder des camps rebelles dans la zone kirghize.

Le mélange des motivations sociales, politiques et religieuses rend difficile l’analyse des événements, d’autant que le régime d’Islam Karimov utilise le danger islamiste pour s’assurer de l’appui de ses alliés russe et américain, l’un confronté au terrorisme tchétchène, qu’il associe volontiers au wahhabisme, et l’autre à celui d’Al-Qaîda.

Le Président ouzbek a d’ailleurs repris la thèse du complot islamiste. “Les plans ont été élaborés par les mêmes personnes qui ont organisé les événements à Och”, a-t-il dit ; “selon nous, c’est lié au Hizb Tahrir”, le mouvement islamiste interdit, présent sans toute l’Asie centrale.

Le déroulement de la “révolution” kirghize en mars, comme celui de l’insurrection d’Andijan (où certains leaders ont demandé l’aide et l’intervention du président Poutine) n’ont pas apporté de preuve définitive de leur caractère islamiste, même si la révolte est partie du procès de 23 personnes accusées d’appartenir à un mouvement islamiste. Mais la plupart des analystes s’accordaient à dire que le danger était là.

“C’est une menace pour toute l’Asie centrale”, dit Alexandre Iskandarian, politologue et directeur de l’Institut caucasien des médias. “Les racines sont sociales, mais dans ces pays, le conflit prend inévitablement la forme islamique.” Au Kirghizstan, précise l’analyste, “les islamistes sont moins combatifs et moins politisés”, tandis qu’au Tadjikistan, le souvenir de la longue et sanglante guerre civile contribue à maintenir le calme.

Quant à la Russie, où vivent 20 millions de musulmans, “il n’y a pas de meaces réelles pour le moment. Mais si l’incendie s’allume, il y aura des retombées dans le Caucase du Nord, où l’islam radical s’installe non seulement en Tchétchénie, mais aussi au Daguestan voisin”.

La Russie (comme les Etats-Unis) n’a pas le choix : elle n’a personne d’autre à soutenir que Karimov. La folie serait d’envoyer les troupes russes pour rétablir l’ordre…

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