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Dissolution en
Kabylie
Une mesure qui
ne semble plus d’actualité
La façon dont
Ahmed Ouyahia s’y est pris pour clore la crise en Kabylie
aurait-elle péché par excès de confiance ?
Il a agi en
l’espèce comme quelqu’un qui était tellement sûr de son affaire, en
l’occurrence la dissolution des assemblées de Kabylie, qu’il donne
le sentiment de ne pas avoir pu résister à la tentation d’en tirer
quelque profit pour lui-même et son parti.
Il ne se serait
sans doute pas risqué dans cette manœuvre, dont le succès lui
paraissait d’autant mieux garanti que ses partisans de la coalition
étaient tenus à l’écart, s’il s’était douté des difficultés qu’elle
comportait. Le voici maintenant édifié : sa déclaration de politique
générale, qui avait circulé deux ou trois jours avant qu’il se
présente devant les députés pour la faire, faisait l’impasse sur la
question même où il était attendu avec le plus d’intérêt, ou
d’impatience. Quelle meilleure preuve que ce silence qu’il a manqué
aux règles élémentaires d’une alliance politique, quel indice plus
éloquent de son embarras maintenant que sa tentative a tourné
court !
Ce n’est sans
doute pas le fait du hasard si l’ensemble des élus du FLN de Béjaia
a attendu ce moment-là pour signifier leur refus de remettre leur
mandat. Notons d’ailleurs que jusqu’à présent, seuls les 7 élus RND
ont accepté de se retirer sans tergiverser. Du côté du FLN, on ne
sait toujours pas quel est le véritable état des lieux, et si les
annonces de retrait déjà faites, notamment à Tizi-Ouzou, sont
effectifs ou si les concernés sont revenus sur leur première
décision. Les informations sur ce sujet sont contradictoires. Mais
que les 80 élus FLN aient attendu ces derniers jours pour dire
qu’ils refusent de se retirer n’est pas peu significatif des
sentiments hostiles au projet de dissolution qui s’affirment chaque
jour davantage au sein de la principale force politique du pays, ce
qui n’est pas sans poser des problèmes à une direction qui a commis
l’erreur de reprendre à son compte le choix du retrait volontaire
fait par le RND, alors même qu’elle avait commencé par conditionner
ce retrait par un décret présidentiel. A croire qu’elle avait fini
par se laisser intoxiquer par les rumeurs disant que la dissolution
était imminente .Quant au FFS, on sait toute son opposition à la
mesure, qu’il interprète du reste comme un mauvais coup le visant
tout particulièrement. Son conseil national vient de réitérer son
rejet de la dissolution. Son attitude ne peut être que renforcée par
celle de l’écrasante majorité des élus FLN qui n’a pas suivi les
“recommandations” de la direction. Le plus probable, toutefois est
que le FFS opte pour le boycott des élections partielles au cas où
le Président en vient à prononcer la dissolution, et ce quelle que
soit la position adoptée finalement par les structures locales du
FLN. Cette formation, majoritaire dans la région, a le plus grand
intérêt à brandir la menace du recours au boycott, sachant que le
gouvernement sera dans l’impossibilité de porter à son actif le
règlement définitif de la crise en Kabylie si les élections
partielles se tiennent en son absence. Plus encore, il sait qu’il
n’y aura pas de dissolution si le gouvernement est convaincu de sa
non-participation. Ce sera en effet un échec pour Ahmed Ouyahia si
les élections sont organisées sans qu’y participent l’ensemble des
forces politiques. Il ne peut justifier une dissolution par le fait
qu’une forte abstention a entaché la consultation précédente, et se
résoudre pourtant à en organiser une autre qui risque d’être marquée
par une abstention dont il y a lieu de craindre qu’elle soit du même
ordre. Or, le FFS ne peut se permettre, sans avoir le sentiment de
déchoir, de participer à des élections faisant suite à la révocation
de ses élus, constituant qui plus est une revendication d’un
mouvement qu’il voue aux gémonies. Il y a là à ses yeux un
empêchement majeur. De ce fait, il préfèrera boycotter, quel qu’en
puisse être le prix. Participer, en effet, c’est d’une certaine
façon admettre qu’il s’était trompé en octobre 2002, lorsqu’il avait
appelé à la participation et que le mouvement des arouch, quant à
lui, menait campagne pour le boycott. De toute évidence, le FFS
n’acceptera pas de se déjuger de cette façon-là. C’est se tromper
lourdement de croire qu’on puisse lui forcer la main.
Il ne semble pas,
par ailleurs, que le RCD fasse preuve à cet égard de meilleurs
sentiments. Les rares commentaires qu’il lui est arrivé de faire sur
l’accord intervenu entre le gouvernement et l’aile des arouch
emmenée par Belaïd Abrika disent clairement qu’il juge désormais
négativement le mouvement, en tout cas dans sa version dialoguiste.
Dans l’hypothèse d’une dissolution, il est à présumer qu’il se
refuse à des élections partielles, quoiqu’il ait boycotté celles de
2002. Pour lui aussi, il s’agit avant tout de récuser le rôle
politique dominant que prétendent jouer les arouch sous couvert de
mouvement citoyen. Un autre facteur le pousse à faire le même choix
que le FFS : la quasi certitude que les arouch rouleront pour le RND
dans ces élections, et que l’électorat ne sera pas tout à fait libre
de ses choix, du moins dans certaines localités de Kabylie.
Si donc la balance
penche plutôt pour le boycottage de ces hypothétiques élections
partielles, qu’adviendra-t-il à terme du chef du gouvernement ? Il
n’est pas en effet envisageable que la décision de dissoudre soit
prise alors même que l’on est sûr que les élections à venir seront
marquées du même défaut, c’est-à-dire une forte abstention, que
celles qui ont précédé et qu’on a décidé à cause de cela d’annuler.
On répondra sans doute en disant que le chef du gouvernement ne sera
pas changé pour une faute aussi de ce genre , et que de toute façon
s’il devait être limogé pour la façon dont il a géré ce dossier, il
le serait déjà. Un remaniement s’est produit il y a peu, or Ahmed
Ouyahia est toujours en poste. L’affaire serait donc entendue. Et
pour cause, le chef du gouvernement n’a peut-être fait que ce qui
lui a été demandé par le Président. Il ne sera pas évincé, ayant
sans doute agi dans cette affaire conformément aux instructions du
chef de l’Etat.
Il reste que sa
position vis-à-vis de ses partenaires de la coalition, et en premier
lieu par rapport au FLN, s’en trouvera affaiblie. Il n’est même pas
à exclure que le Président finisse par subir des retombées au départ
imprévisibles. Ou, du moins, qu’apparaisse une pareille menace. En
toute logique, quand on a recouru au forcing pour frayer la voie à
une décision, puis qu’on se résolve au bout du compte à ne pas la
prendre, ayant discerné les conséquences qu’elle est susceptible
d’entraîner, on est fatalement en mauvaise position. Certes, nos
institutions, étant marquées par un présidentialisme écrasant, le
gouvernement ne se ressent pas de ses mécomptes avec la même acuité,
ou soudaineté, que s’il représentait un pouvoir affirmé et autonome.
Ni ses succès ni ses revers ne sont en réalité les siens. Le
gouvernement est responsable devant le chef de l’Etat, et seulement
devant lui. Si celui-ci ne veut pas se séparer de lui, rien n’est en
mesure de lui faire changer d’avis. Il peut même trouver de son
intérêt qu’un chef de gouvernement soit le plus faible possible.
C’est d’ailleurs déjà le cas du secrétaire du RND, dont le parti est
minoritaire à l’Assemblée. Il l’est davantage maintenant qu’il a
annoncé comme imminente une décision que le Président a repoussée
aux calendes grecques.
M. Habili
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Belkhadem : la course contre la montre
L’amnistie
générale sans le FLN ?
Quelque part,
Abdelaziz Belkhadem joue la suite de sa carrière politique à travers
la crise actuelle du FLN. Il était le deuxième homme politique du
pays au lendemain du congrès réunificateur. Il est aujourd’hui au
chevet d’une organisation qu’il considère, de son propre aveu, comme
“en convalescence”.
La dernière
évolution en date dans ce sens a été le départ de A. Belkhadem du
gouvernement, bien qu’il conserve sa proximité personnelle et
officielle par rapport au chef de l’Etat, après qu’il ait lui-même
demandé à être libéré pour s’occuper de la maison FLN.
Le remaniement
s’est fait au détriment du FLN, principale force politique, et au
bénéfice du RND qui, alors qu’il semblait affaibli, repart à
l’assaut des espaces institutionnels, à l’exemple de la très facile
conquête du CNES. Mais c’est avec l’éviction de Abdelaziz Belkhadem
que l’on mesure l’affaiblissement du FLN, non pas parce qu’il perd
un portefeuille dit de souveraineté nationale, mais parce que son SG
a dû faire cette concession précisément parce que son parti est
encore “en convalescence” (dixit A. Belkhadem). La fronde est
d’ailleurs relancée de plus belle en son sein avec ce mal tournant,
éclatant chaque jour qui passe dans une nouvelle wilaya.
Durant les
quelques semaines passées, l’opération de renouvellement des
instances du parti a été un véritable fiasco. Il n’y a pas d’autre
mot quand les émissaires d’Alger se suivent et que leurs résultats
se ressemblent, sans rien de concret.
A Boumerdès, la
réunion entre les élus FLN (APC, APW) et le député Haloua, dépêché
par Amar Saïdani, chargé des élus au niveau de l’instance centrale
de ce parti, a révélé tout le malaise de la base. Voulant faire le
bilan des préoccupations des élus avant d’entamer une
restructuration de ses différentes instances, le président de la
commission économique de l’APN et député FLN s’est retrouvé à
réexpliquer l’ABC de la discipline partisane, en rappelant que c’est
aux élus de soutenir le SG du parti et non l’inverse. Lors de cette
rencontre, le maire de Thenia a contesté le fait que le parti
majoritaire soit en train de soutenir et de mettre en œuvre un
programme qui n’est pas le sien. Des voix de sont élevés pour
dénoncer un “complot” visant à priver le FLN de son pouvoir
législatif au profit du RND, en 2007.
A Béjaïa,
l’annonce par Saïd Bouhadja du retrait de 80 élus locaux du parti,
suite à l’appel de Belkhadem, a vite fait l’objet d’un démenti signé
par les concernés eux-mêmes, dans les… 24 heures qui ont suivi ;
lesquels ont surtout demandé à rencontrer le SG pour une
concertation préalable.
Malgré les
assurances de la direction du parti, les incidents de Bouira, ce
week-end, sont venus conforter l’avis des observateurs, pas aussi
malveillants qu’on pourrait le croire : les militants du parti en
sont arrivés aux mains et aux insultes, une violence qui a failli
être la seule solution entre les deux camps adverses (pro-Bouteflika
et pro-Benflis) pour en découdre. Pourtant, la rencontre n’était que
purement organique ; il y était question, pour les émissaires venus
d’Alger, d’expliquer les textes, le mémorandum et les
recommandations qui ont découlé du 8e congrès.
Enfin, à Oran,
ville traditionnellement sans problème pour le vieux parti
unique, les conflits qui avaient marqué le déroulement de l’élection
présidentielle et du 8e congrès ne se sont dissipés que parce qu’en
fin de compte, c’est toute la base qui s’est liguée… contre le
bureau national. Pour en finir, il a fallu que des superviseurs
soient envoyés à la mouhafadha d’Oran afin d’y remettre de l’ordre,
avec entre autres la visite éclair de Abderrezak Bouhara.
Comme il est
permis de le constater, la crise de l’ex-parti unique est loin
d’être finie, d’autant qu’au niveau de la direction, A. Belkhadem
est pratiquement isolé dans un exercice de la responsabilité qu’il
partage avec une majorité autrefois acquise à Ali Benflis.
Mais le plus
évident des indices sur la “rechute” du FLN est le fait qu’il soit
totalement exclu des enjeux de l’amnistie générale portée
aujourd’hui par une alliance de soutien au projet présidentiel,
alors qu’il y a à peine un mois, c’était le FLN qui se targuait de
porter l’amnistie au sein de la population, à l’avant-garde. Il
semblerait même que de telles questions ne soient plus l’urgence du
FLN.
Reste cette
question : alors qu’il occupait une position de force lorsqu’il
avait gaillardement refusé de retirer ses élus, qu’est-ce qui poussé
Belkhadem à changer de position pour se retrouver avec des fissures
dans le replâtrage opéré par le 8e congrès ? La seule réponse
tangible veut qu’il ait effectivement reçu des garanties sur la
promulgation du fameux décret présidentiel sur la révocation des
élus en Kabylie. Or, ce décret ne vient pas. Et à mesure que le
temps passe, la situation interne du FLN risque de s’aggraver et, en
tout cas, de ne connaître aucune espèce d’amélioration.
Quelque part, il
faut bien le dire, la reprise de la crise de Kabylie, sous une autre
forme, aura tôt fait de précipiter le FLN dans la spirale d’une
division difficilement contenue. On peut même dire que, du coup, le
parti de A. Belkhadem s’est retrouvé quasiment en marge des enjeux
politiques, notamment ceux qui se déroulent en dehors du cadre
institutionnel. C’est dire que – c’est l’une des conséquences
immédiates de la crise historique du parti – c’est la première fois
que l’on retrouve une majorité parlementaire absolue qui n’a pas
voix au chapitre à propos des échéances de taille, à l’image de
l’amnistie générale. Après le feuilleton quasi burlesque de la
Commission nationale pour l’amnistie générale (CNAG), rapidement
débordée par l’alliance d’une kyrielle d’associations inconnues au
bataillon menée par un ancien fonctionnaire de la présidence en la
personne de M. Serraï, il ne manque que l’acceptation du bout des
lèvres, serait-elle de Ahmed Ben Bella, pour que le FLN disparaisse
de la dynamique en cours, bien lancée et alimentée crescendo par le
dispositif visant à faire adopter le projet présidentiel. A tel
point que même le RND et le MSP ne ressentent même pas l’obligation
de se jeter à l’eau, l’essentiel étant fait : il est trop tard pour
le FLN de s’emparer de l’avant-garde dans la campagne pour
l’amnistie générale. Si cela devait être son ciment rassembleur et
le moteur de la réunification de ses troupes, il semble bien
qu’absorbé par ses propres querelles, il n’ait eu le temps de voir
un autre dispositif se mettre autour, puis en avant de lui. Un peu
comme si la décision a été prise que le FLN n’a désormais le droit
que d’avoir un objet, la stabilité institutionnelle, mais jamais
plus, et surtout pas de l’ambition, dont c’est la véritable nature.
Nabil Benali
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Paysage médiatique
Paradoxes d’une
presse “libre” qui refuse les mutations
S’il ne fait aucun
doute que la naissance de la nouvelle presse, en 1990, s’était
conjugué à cette libération de la vie publique et à la soif des
Algériens de lire autre chose et de s’informer autrement qu’à la
lumière des discours à sens unique, on doit bien constater que ce
qui a fait la bonne fortune de cette même presse, c’était cette
audace et une propension à casser les tabous sans commune mesure
avec ce qui se passait jusque-là dans les journaux algériens.
Pourtant, on ne rappellera jamais assez que le nouveau paysage
médiatique, pluriel, particulièrement audacieux et novateur, était
animé par ceux-là même qui ont fait les beaux jours de la presse
austère et à la langue de bois (pour ne pas en dire plus) du parti
unique.
Sans vouloir
enfoncer une porte ouverte, le fait que les journalistes, comme
l’ensemble de la société d’ailleurs, vivaient, probablement à leur
corps défendant, les affres de la vie sous la chape plomb, il y a là
un paradoxe qui n’échappe à personne et ce n’est que le premier.
Par la suite, la
libération, au-delà de constituer un prétexte, s’est transformé,
peut on appeler cela autrement, en un véritable fond de commerce.
Les années
d’euphorie intellectuelle laissaient entendre que toute la presse
était non seulement libre, mais unie et défendait une même cause,
passant en quelque sorte de l’unicité de pensée à l’unicité
d’action. Cette manière de voir sera confirmée d’abord par la
tendance du pouvoir à user lourdement de ses restrictions à la
liberté par les interdictions et les entraves de toutes sortes (Le
Matin, La Tribune pour ne citer que ces deux exemples flagrants
d’atteintes à la liberté de la presse sous le gouvernement Bélaïd
Abdesselam), puis par les assassinats de journalistes à partir de
1993 par les groupes terroristes islamistes.
Difficile dans
cette situation de situer alors les lignes de force de cette presse
et surtout d’éprouver sa capacité à refléter réellement les idées et
les visions de la société. Les journaux se retrouvaient en première
ligne du front contre les intégristes qui ont pris les armes contre
le pouvoir, mais aussi contre la société, cautionnant de fait le
“coup d’Etat” de 1992. Les voix contradictoires n’avaient pas droit
au chapitre, mais on se demandera pour de longues années encore si
véritablement, l’heure était au débat sous les balles et face aux
haches et coutelas des intégristes.
L’absence avérée
de ce débat donnera naissance à une presse monophonique, véritable
vecteur de l’information en l’absence d’autres moyens de s’informer,
mais il ne fait aucun doute que cette même information devenait de
manière subtile une propagande distillée pour mieux affirmer la
nécessité de la lutte contre le terrorisme.
Sur les questions
qui faisaient réellement débat, à l’étranger notamment, les journaux
algériens avaient la même attitude de rejet et tentaient de
discréditer les sources de ce même débat. On évitait d’aborder la
question des disparus, celles des dépassements ou des atteintes aux
droits de l’homme. Les mêmes approches sont aujourd’hui confirmées
alors que l’Etat reconnaît l’existence d’un nombre de disparus et
qu’on soutient une amnistie générale. Les mêmes ONG fustigées hier
sont “encensées” aujourd’hui au nom d’un combat politique. Mais ce
n’est finalement qu’un autre paradoxe de cette presse.
La situation des
années 1990 va installer quelques titres dans la durée en leur
offrant tout de suite l’illusion de “faiseur d’opinion”. Par
ailleurs, au moment où l’Etat semblait décliner gravement et était à
un doigt de disparaître face aux coups de boutoir des intégristes,
il exerçait avec zèle ses capacités de contrôle sur cette même
presse. Il avait institué des bureaux spéciaux dans ses imprimeries
où était tirée cette presse “libre”.
L’espace
d’expression, réduit mais tout de même existant, laissera la presse,
avec une ligne éditoriale unique, donner le change et permettre plus
ou moins d’affirmer, malgré les empêchements réels d’un débat
démocratique, la construction démocratique en cours malgré les
difficultés. La presse était-elle un alibi démocratique ?
Certainement, mais dans le contexte difficile qui était le sien,
cela n’a rien de péjoratif ou de réducteur.
Par contre,
l’existence de cette presse ne pouvait se faire sans moyens
financiers. En 1998, à l’occasion d’une fronde avec certains tenants
du pouvoir, quatre quotidiens sont suspendus pour factures
d’impression impayées. Si effectivement la suspension était d’ordre
politique, la raison invoquée était quant à elle bien réelle. Les
journaux les plus en vue n’avaient pas payé les prestations
d’impression. Cadeau du pouvoir à une presse favorable ? Peut-être,
mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit là d’une aide indirecte
à l’établissement d’entreprises aujourd’hui florissantes.
Après la guerre
Si après les
frasques pré-électorales, en 2004, une certaine “sagesse” semble
s’installer dans les rédactions, est-ce que pour autant, la presse
algérienne est en train de regagner en crédibilité ? Car au bout
d’un parcours chaotique, si certains titres sont viables
économiquement, ce serait faire preuve d’une belle hypocrisie que de
dire que la presse algérienne est une presse professionnelle et
crédible. Si elle souffre de la rétention de l’information de
l’information et de grandes difficultés pour accéder aux sources,
elle porte en elle les raisons de son échec.
Une floraison de
titres censés donner l’image du pluralisme, mais en terme
d’audience, il est clair que quelques-uns se placent sans concurrent
possible dans les conditions actuelles.
Ces mêmes titres,
les plus anciens en fait, qui ont profité des aides directes de
l’Etat, des oublis des factures d’impression, de l’absence de
concurrents de 1993 à 1998, et qui aujourd’hui sont des entreprises
solides économiquement, n’ont en tous cas pas contribué à améliorer
la qualité de cette même presse.
On s’étonnera
toujours que si des améliorations sont apportées dans la forme,
elles sont loin d’être apportées dans le contenu et on en veut pour
preuve, ne serait-ce que sur l’aspect factuel, la similitude des
informations diffusées autant par les anciens titres que par les
nouveaux.
Quant à la qualité
du travail, il ne fait aucun doute que ces titres, qui sont des
leaders, ont largement raté l’occasion d’offrir à la profession la
possibilité d’évoluer dans un monde en mutation et où la démocratie
directe s’affirme et s’exerce dans les médias. Les grands titres
dans le monde essayent justement de favoriser l’interactivité avec
les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs, et pas seulement
avec les annonceurs (1). Jusqu’à aujourd’hui, la seule formation
disponible pour les journalistes demeure celle de l’université dont
tout le monde – étudiants et enseignants en premier – s’accorde à
dire qu’elle est loin de satisfaire les exigences professionnelles
pour une presse de qualité (2).
Si les conditions
politiques qui ont favorisé l’existence de la presse algérienne ont
prévalu à son succès économique, est-ce que pour autant la société
n’a pas contribué à un moment à lui donner ses premières lettres de
noblesse ? Est-ce que la société, à défaut de n’avoir qu’une presse
qu’elle ne mérite pas, n’a pas droit à un retour d’ascenseur ? Les
journaux le plus viables ne sont-ils pas tenus d’offrir à la presse
la possibilité d’évoluer autrement que de vivre sur les acquis ?
Car, hormis le succès financier, que reste-t-il à la presse
algérienne ? Les journaux sont, aux yeux de beaucoup, de simples
créneaux économiques porteurs, le nombre de leurs pages de publicité
faisant foi. D’ailleurs, n’a-t-on pas vu des journaux augmenter leur
pagination non pas pour un contenu plus fourni, mais juste pour
augmenter l’espace publicitaire ?
Amine Esseghir
1. La création
du statut de médiateur instauré par les médias à grande audience est
un des moyens les plus directs imaginé par les journalistes pour
favoriser l’interactivité entre médias et auditeurs. Ce médiateur,
qui est d’abord un professionnel, met en évidence sans complaisance
les critiques des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, forçant
ainsi les journalistes à s’expliquer sur les choix et approches dans
le traitement de leur sujet.
2. En France,
le Centre de formation professionnel des journalistes (CFPJ) a été
fondé par les grands journaux, notamment Le Figaro. Si la formation
est payante pour les étudiants, cet établissement permet réellement
de régler d’abord les questions professionnelles pour les
journalistes avant qu’ils ne rejoignent les rédactions.
En Algérie, on
parle d’une formation sur le tas dont on constaté les limites. Quant
au recyclage, on ne remerciera jamais assez la Fondation
Frederich-Ebert, le National Democratic Institute et le Centre
culturel français.
Haut
Economie
Lenteurs et
manque de visibilité
L’argument de base
qui était donné au milieu des années 1980 pour expliquer le
désinvestissement public et la récession économique qui a
immédiatement suivi la chute des cours de pétrole, à partir de 1986,
c’est le manque d’argent. Vingt ans plus tard, les caisses de l’Etat
n’ont jamais été aussi bien remplies.
Plus de 40
milliards de dollars de réserves de change au 31 décembre 2004 et
des recettes pétrolières très importantes enregistrées durant le
premier trimestre de l’année en cours. Seulement, l’économie
algérienne ne se porte pas mieux. La preuve, il suffit d’une baisse
sensible des cours du brut pour que le son de cloche officiel se
rebranche de nouveau sur le morceau alarmiste de la chanson pour
dire au peuple qu’il faut serrer la ceinture. L’état actuel de
l’économie algérienne confirme, si besoin est, l’adage qui dit :
“Beaucoup d’argent mais pas d’idées.”
L’économie
nationale ne quitte pas le statut de consommatrice de biens acquis
grâce aux recettes en devises générées par les exportations de
pétrole. Le changement fondamental dans notre tissu “productif” aura
lieu lorsque les exportations hors hydrocarbures auront atteint un
niveau appréciable qui indiquerait que dans le pays, il existe une
industrie autre que celle de l’or noir. A ce titre, ce ne sont pas
les chiffres de la croissance cités en référence par l’Exécutif (pas
seulement sous Ouyahia) pour expliquer la “bonne santé” de
l’économie nationale qui vont changer la structure de cette
économie. Si les sept milliards de dollars qui ont été injectés,
entre 2001 et 2004, pour doper la demande ont créé un semblant de
dynamisme économique, il reste que leur effet ne va pas durer
longtemps, s’il ne s’est pas déjà estompé. Et pour cause, l’argent a
servi, dans la majorité des cas, à lancer des chantiers de
réalisation passant de la réfection des trottoirs à la construction
de barrages. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour relancer
l’économie et la faire sortir de sa forte dépendance des
hydrocarbures.
C’est ce qui se
produira si, pour les 55 milliards de dollars que l’Etat compte
débloquer pour les cinq prochaines années, la démarche retenue est
la même que celle du premier plan de relance. L’illusion ne durera
pas longtemps. L’économie nationale traîne la patte. Et ce ne sont
pas les alertes sur les produits de la contrefaçon qui vont faire
croire que l’entreprise algérienne, publique ou privée, est capable
d’imiter les produits de marque au point d’inonder le marché local.
La contrefaçon existe bel et bien, mais elle vient essentiellement
(dans plus de 80% des cas) de l’étranger. De Chine, de Taiwan, de
Turquie ou d’ailleurs, peu importe. L’essentiel est que cette
marchandise contrefaite transite par nos ports. Alors, au lieu de
verser dans la démagogie et de prétendre combattre la contrefaçon en
faisant la chasse aux revendeurs, il y a lieu de la stopper à la
limite des frontières.
D’abord, il faut
s’interroger sur l’existence d’une volonté réelle de relance du
secteur productif. L’exemple de l’industrie pharmaceutique locale
est assez révélateur. Les quelques rares producteurs de médicaments
en Algérie souffrent de la concurrence déloyale qui leur est imposée
par les importateurs qui se partagent un marché juteux de plus d’un
demi milliard de dollars par an. Pourtant, la législation algérienne
est bien claire à ce sujet : elle accorde deux années aux
importateurs pour investir dans la fabrication du médicament au lieu
d’en importer uniquement. A ce jour, cette législation n’a pas été
appliquée et l’ancien ministre du Commerce a même émis le vœu de
l’abroger pour accélérer l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation
mondiale du commerce (OMC). Alors même que les règles de l’OMC
n’imposent pas ce genre de “réformes”.
Mais comment, dans
ce cas, prétendre vouloir convaincre les investisseurs étrangers de
risquer leurs capitaux en Algérie alors que tout, ou presque, est
fait pour faire fuir les investisseurs locaux, comme c’est le cas du
secteur du médicament ? Pour quelle raison voulez-vous que des
investisseurs étrangers viennent produire et prendre des risques en
Algérie alors qu’ils peuvent se contenter de nous vendre leurs
produits ? D’ailleurs, un des grands problème de l’Algérie est son
environnement économique considéré comme le plus rigide de la région
du Maghreb à cause des difficultés que rencontrent les opérateurs
économiques. Dans deux récentes études, l’une consacrée au secteur
du logement dans la région et l’autre à l’environnement de
l’investissement dans les pays du Maghreb, la Banque mondiale dresse
un bilan qui est loin d’être satisfaisant.
Pour ce qui est du
logement, les dysfonctionnements relevés par la Banque mondiale
montrent la profondeur de la crise dans ce secteur et ne laisse
aucun doute que l’habitat sera encore pour très longtemps un
casse-tête de premier ordre pour la majorité des citoyens algériens.
Avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la stabilité
sociale du pays.
Dans l’étude
consacrée à l’environnement des affaires dans le Maghreb,
l’institution internationale démontre que, selon les critères
internationaux, l’Algérie est le dernier de la classe en matière de
conditions favorables à la création d’entreprises. C’est en Algérie
que le processus de création d’une affaire est le plus rigide, en
comparaison avec nos voisins tunisiens et marocains.
Alors que chez
nous il faut 14 étapes et plus de 26 jours pour créer une affaire,
en Tunisie il ne faut que 9 étapes et 14 jours, alors qu’au Maroc
cela nécessite 5 étapes et 11 jours. Par conséquent, “la création
d’opportunités d’affaires au Maroc a substantiellement augmenté
(21%) en 2003” en raison de réformes introduites en ce sens.
Cette même étude
montre que l’accès au crédit et à l’information relative au crédit
font partie des problématiques non encore résolues en Algérie. Plus
grave est la question de la disponibilité de l’information liée au
crédit, avec un score nul.
Le résultat est
tout aussi médiocre en Algérie en matière de “protection de
l’investisseur” (un score de 2 sur 7), contre 4 pour le Maroc et 6
pour la Tunisie (un score supérieur à la moyenne des pays de
l’OCDE). Le seul domaine de satisfaction est “l’enregistrement des
titres de propriété” ou l’Algérie est créditée du meilleur score.
Parmi ces trois pays du Maghreb, c’est en Algérie que “les firmes
peuvent obtenir avec une grande facilité des droits à la propriété”,
constate l’étude en question. Il faut 52 jours pour enregistrer la
propriété en Algérie, contre 82 au Maroc et 54 en Tunisie.
A la lenteur
légendaire de la réforme bancaire, il faut ajouter celle du
processus de privatisation qui affiche des résultats squelettiques.
Sur les 2 000 entreprises privatisables, seules 142 sont passées de
l’autre côté de la barrière (reprises partiellement ou totalement
par des opérateurs français, espagnols, arabes ou nationaux) en
rapportant 33,6 milliards de dinars au Trésor Public. C’est le
(maigre) bilan à mettre à mettre au crédit des 33 Sociétés de
gestion des participations (SGP) dont la mission est justement d’en
accélérer le processus.
Les retards
cumulés dans l’évaluation du patrimoine des entreprises
privatisables et le flou qui entoure encore les privatisations ne
sont guère de nature à encourager ce processus. C’est ce qui
explique, peut-être, que l’une des premières décisions prises par
Temmar, nouvellement re-nommé à son poste de ministre des
Participations et de la Promotion des investissements (MPPI), était
de centraliser à son niveau la privatisation des grandes entreprises
nationales (à l’image de l’ENCG, l’Enasucre, Giplait et Asmidal).
Pourvu que cette mesure imprègne plus de transparence dans le
processus pour que des épisodes comme celui de la privatisation de
l’Enasucre ne puissent plus se reproduire.
Abdelkader
Djalil
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