Semaine du 25 au 31 mai 2005

Dissolution en Kabylie

Une mesure qui ne semble plus d’actualité

Belkhadem : la course contre la montre

L’amnistie générale sans le FLN ?

Paysage médiatique

Paradoxes d’une presse “libre” qui refuse les mutations

Economie

Lenteurs et manque de visibilité

 

 
 
Nation

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Dissolution en Kabylie

Une mesure qui ne semble plus d’actualité

La façon dont Ahmed Ouyahia s’y est pris pour clore la crise en Kabylie aurait-elle péché par excès de confiance ?

Il a agi en l’espèce comme quelqu’un qui était tellement sûr de son affaire, en l’occurrence la dissolution des assemblées de Kabylie, qu’il donne le sentiment de ne pas avoir pu résister à la tentation d’en tirer quelque profit pour lui-même et son parti.

Il ne se serait sans doute pas risqué dans cette manœuvre, dont le succès lui paraissait d’autant mieux garanti que ses partisans de la coalition étaient tenus à l’écart, s’il s’était douté des difficultés qu’elle comportait. Le voici maintenant édifié : sa déclaration de politique générale, qui avait circulé deux ou trois jours avant qu’il se présente devant les députés pour la faire, faisait l’impasse sur la question même où il était attendu avec le plus d’intérêt, ou d’impatience. Quelle meilleure preuve que ce silence qu’il a manqué aux règles élémentaires d’une alliance politique, quel indice plus éloquent de son embarras maintenant que sa tentative a tourné court !

Ce n’est sans doute pas le fait du hasard si l’ensemble des élus du FLN de Béjaia a attendu ce moment-là pour signifier leur refus de remettre leur mandat. Notons d’ailleurs que jusqu’à présent, seuls les 7 élus RND ont accepté de se retirer sans tergiverser. Du côté du FLN, on ne sait toujours pas quel est le véritable état des lieux, et si les annonces de retrait déjà faites, notamment à Tizi-Ouzou, sont effectifs ou si les concernés sont revenus sur leur première décision. Les informations sur ce sujet sont contradictoires. Mais que les 80 élus FLN aient attendu ces derniers jours pour dire qu’ils refusent de se retirer n’est pas peu significatif des sentiments hostiles au projet de dissolution qui s’affirment chaque jour davantage au sein de la principale force politique du pays, ce qui n’est pas sans poser des problèmes à une direction qui a commis l’erreur de reprendre à son compte le choix du retrait volontaire fait par le RND, alors même qu’elle avait commencé par conditionner ce retrait par un décret présidentiel. A croire qu’elle avait fini par se laisser intoxiquer par les rumeurs disant que la dissolution était imminente .Quant au FFS, on sait toute son opposition à la mesure, qu’il interprète du reste comme un mauvais coup le visant tout particulièrement. Son conseil national vient de réitérer son rejet de la dissolution. Son attitude ne peut être que renforcée par celle de l’écrasante majorité des élus FLN qui n’a pas suivi les “recommandations” de la direction. Le plus probable, toutefois est que le FFS opte pour le boycott des élections partielles au cas où le Président en vient à prononcer la dissolution, et ce quelle que soit la position adoptée finalement par les structures locales du FLN. Cette formation, majoritaire dans la région, a le plus grand intérêt à brandir la menace du recours au boycott, sachant que le gouvernement sera dans l’impossibilité de porter à son actif le règlement définitif de la crise en Kabylie si les élections partielles se tiennent en son absence. Plus encore, il sait qu’il n’y aura pas de dissolution si le gouvernement est convaincu de sa non-participation. Ce sera en effet un échec pour Ahmed Ouyahia si les élections sont organisées sans qu’y participent l’ensemble des forces politiques. Il ne peut justifier une dissolution par le fait qu’une forte abstention a entaché la consultation précédente, et se résoudre pourtant à en organiser une autre qui risque d’être marquée par une abstention dont il y a lieu de craindre qu’elle soit du même ordre. Or, le FFS ne peut se permettre, sans avoir le sentiment de déchoir, de participer à des élections faisant suite à la révocation de ses élus, constituant qui plus est une revendication d’un mouvement qu’il voue aux gémonies. Il y a là à ses yeux un empêchement majeur. De ce fait, il préfèrera boycotter, quel qu’en puisse être le prix. Participer, en effet, c’est d’une certaine façon admettre qu’il s’était trompé en octobre 2002, lorsqu’il avait appelé à la participation et que le mouvement des arouch, quant à lui, menait campagne pour le boycott. De toute évidence, le FFS n’acceptera pas de se déjuger de cette façon-là. C’est se tromper lourdement de croire qu’on puisse lui forcer la main.

Il ne semble pas, par ailleurs, que le RCD fasse preuve à cet égard de meilleurs sentiments. Les rares commentaires qu’il lui est arrivé de faire sur l’accord intervenu entre le gouvernement et l’aile des arouch emmenée par Belaïd Abrika disent clairement qu’il juge désormais négativement le mouvement, en tout cas dans sa version dialoguiste. Dans l’hypothèse d’une dissolution, il est à présumer qu’il se refuse à des élections partielles, quoiqu’il ait boycotté celles de 2002. Pour lui aussi, il s’agit avant tout de récuser le rôle politique dominant que prétendent jouer les arouch sous couvert de mouvement citoyen. Un autre facteur le pousse à faire le même choix que le FFS : la quasi certitude que les arouch rouleront pour le RND dans ces élections, et que l’électorat ne sera pas tout à fait libre de ses choix, du moins dans certaines localités de Kabylie.

Si donc la balance penche plutôt pour le boycottage de ces hypothétiques élections partielles, qu’adviendra-t-il à terme du chef du gouvernement ? Il n’est pas en effet envisageable que la décision de dissoudre soit prise alors même que l’on est sûr que les élections à venir seront marquées du même défaut, c’est-à-dire une forte abstention, que celles qui ont précédé et qu’on a décidé à cause de cela d’annuler. On répondra sans doute en disant que le chef du gouvernement ne sera pas changé pour une faute aussi de ce genre , et que de toute façon s’il devait être limogé pour la façon dont il a géré ce dossier, il le serait déjà. Un remaniement s’est produit il y a peu, or Ahmed Ouyahia est toujours en poste. L’affaire serait donc entendue. Et pour cause, le chef du gouvernement n’a peut-être fait que ce qui lui a été demandé par le Président. Il ne sera pas évincé, ayant sans doute agi dans cette affaire conformément aux instructions du chef de l’Etat.

Il reste que sa position vis-à-vis de ses partenaires de la coalition, et en premier lieu par rapport au FLN, s’en trouvera affaiblie. Il n’est même pas à exclure que le Président finisse par subir des retombées au départ imprévisibles. Ou, du moins, qu’apparaisse une pareille menace. En toute logique, quand on a recouru au forcing pour frayer la voie à une décision, puis qu’on se résolve au bout du compte à ne pas la prendre, ayant discerné les conséquences qu’elle est susceptible d’entraîner, on est fatalement en mauvaise position. Certes, nos institutions, étant marquées par un présidentialisme écrasant, le gouvernement ne se ressent pas de ses mécomptes avec la même acuité, ou soudaineté, que s’il représentait un pouvoir affirmé et autonome. Ni ses succès ni ses revers ne sont en réalité les siens. Le gouvernement est responsable devant le chef de l’Etat, et seulement devant lui. Si celui-ci ne veut pas se séparer de lui, rien n’est en mesure de lui faire changer d’avis. Il peut même trouver de son intérêt qu’un chef de gouvernement soit le plus faible possible. C’est d’ailleurs déjà le cas du secrétaire du RND, dont le parti est minoritaire à l’Assemblée. Il l’est davantage maintenant qu’il a annoncé comme imminente une décision que le Président a repoussée aux calendes grecques.

M. Habili

 

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Belkhadem : la course contre la montre

L’amnistie générale sans le FLN ?

Quelque part, Abdelaziz Belkhadem joue la suite de sa carrière politique à travers la crise actuelle du FLN. Il était le deuxième homme politique du pays au lendemain du congrès réunificateur. Il est aujourd’hui au chevet d’une organisation qu’il considère, de son propre aveu, comme “en convalescence”.

La dernière évolution en date dans ce sens a été le départ de A. Belkhadem du gouvernement, bien qu’il conserve sa proximité personnelle et officielle par rapport au chef de l’Etat, après qu’il ait lui-même demandé à être libéré pour s’occuper de la maison FLN.

Le remaniement s’est fait au détriment du FLN, principale force politique, et au bénéfice du RND qui, alors qu’il semblait affaibli, repart à l’assaut des espaces institutionnels, à l’exemple de la très facile conquête du CNES. Mais c’est avec l’éviction de Abdelaziz Belkhadem que l’on mesure l’affaiblissement du FLN, non pas parce qu’il perd un portefeuille dit de souveraineté nationale, mais parce que son SG a dû faire cette concession précisément parce que son parti est encore “en convalescence” (dixit A. Belkhadem). La fronde est d’ailleurs relancée de plus belle en son sein avec ce mal tournant, éclatant chaque jour qui passe dans une nouvelle wilaya.

Durant les quelques semaines passées, l’opération de renouvellement des instances du parti a été un véritable fiasco. Il n’y a pas d’autre mot quand les émissaires d’Alger se suivent et que leurs résultats se ressemblent, sans rien de concret.

A Boumerdès, la réunion entre les élus FLN (APC, APW) et le député Haloua, dépêché par Amar Saïdani, chargé des élus au niveau de l’instance centrale de ce parti, a révélé tout le malaise de la base. Voulant faire le bilan des préoccupations des élus avant d’entamer une restructuration de ses différentes instances, le président de la commission économique de l’APN et député FLN s’est retrouvé à réexpliquer l’ABC de la discipline partisane, en rappelant que c’est aux élus de soutenir le SG du parti et non l’inverse. Lors de cette rencontre, le maire de Thenia a contesté le fait que le parti majoritaire soit en train de soutenir et de mettre en œuvre un programme qui n’est pas le sien. Des voix de sont élevés pour dénoncer un “complot” visant à priver le FLN de son pouvoir législatif au profit du RND, en 2007.

A Béjaïa, l’annonce par Saïd Bouhadja du retrait de 80 élus locaux du parti, suite à l’appel de Belkhadem, a vite fait l’objet d’un démenti signé par les concernés eux-mêmes, dans les… 24 heures qui ont suivi ; lesquels ont surtout demandé à rencontrer le SG pour une concertation préalable.

Malgré les assurances de la direction du parti, les incidents de Bouira, ce week-end, sont venus conforter l’avis des observateurs, pas aussi malveillants qu’on pourrait le croire : les militants du parti en sont arrivés aux mains et aux insultes, une violence qui a failli être la seule solution entre les deux camps adverses (pro-Bouteflika et pro-Benflis) pour en découdre. Pourtant, la rencontre n’était que purement organique ; il y était question, pour les émissaires venus d’Alger, d’expliquer les textes, le mémorandum et les recommandations qui ont découlé du 8e congrès.

Enfin, à Oran, ville traditionnellement sans problème pour le vieux parti unique, les conflits qui avaient marqué le déroulement de l’élection présidentielle et du 8e congrès ne se sont dissipés que parce qu’en fin de compte, c’est toute la base qui s’est liguée… contre le bureau national. Pour en finir, il a fallu que des superviseurs soient envoyés à la mouhafadha d’Oran afin d’y remettre de l’ordre, avec entre autres la visite éclair de  Abderrezak Bouhara.

Comme il est permis de le constater, la crise de l’ex-parti unique est loin d’être finie, d’autant qu’au niveau de la direction, A. Belkhadem est pratiquement isolé dans un exercice de la responsabilité qu’il partage avec une majorité autrefois acquise à Ali Benflis.

Mais le plus évident des indices sur la “rechute” du FLN est le fait qu’il soit totalement exclu des enjeux de l’amnistie générale portée aujourd’hui par une alliance de soutien au projet présidentiel, alors qu’il y a à peine un mois, c’était le FLN qui se targuait de porter l’amnistie au sein de la population, à l’avant-garde. Il semblerait même que de telles questions ne soient plus l’urgence du FLN.

Reste cette question : alors qu’il occupait une position de force lorsqu’il avait gaillardement refusé de retirer ses élus, qu’est-ce qui poussé Belkhadem à changer de position pour se retrouver avec des fissures dans le replâtrage opéré par le 8e congrès ? La seule réponse tangible veut qu’il ait effectivement reçu des garanties sur la promulgation du fameux décret présidentiel sur la révocation des élus en Kabylie. Or, ce décret ne vient pas. Et à mesure que le temps passe, la situation interne du FLN risque de s’aggraver et, en tout cas, de ne connaître aucune espèce d’amélioration.

Quelque part, il faut bien le dire, la reprise de la crise de Kabylie, sous une autre forme, aura tôt fait de précipiter le FLN dans la spirale d’une division difficilement contenue. On peut même dire que, du coup, le parti de A. Belkhadem s’est retrouvé quasiment en marge des enjeux politiques, notamment ceux qui se déroulent en dehors du cadre institutionnel. C’est dire que – c’est l’une des conséquences immédiates de la crise historique du parti – c’est la première fois que l’on retrouve une majorité parlementaire absolue qui n’a pas voix au chapitre à propos des échéances de taille, à l’image de l’amnistie générale. Après le feuilleton quasi burlesque de la Commission nationale pour l’amnistie générale (CNAG), rapidement débordée par l’alliance d’une kyrielle d’associations inconnues au bataillon menée par un ancien fonctionnaire de la présidence en la personne de M. Serraï, il ne manque que l’acceptation du bout des lèvres, serait-elle de Ahmed Ben Bella, pour que le FLN disparaisse de la dynamique en cours, bien lancée et alimentée crescendo par le dispositif visant à faire adopter le projet présidentiel. A tel point que même le RND et le MSP ne ressentent même pas l’obligation de se jeter à l’eau, l’essentiel étant fait : il est trop tard pour le FLN de s’emparer de l’avant-garde dans la campagne pour l’amnistie générale. Si cela devait être son ciment rassembleur et le moteur de la réunification de ses troupes, il semble bien qu’absorbé par ses propres querelles, il n’ait eu le temps de voir un autre dispositif se mettre autour, puis en avant de lui. Un peu comme si la décision a été prise que le FLN n’a désormais le droit que d’avoir un objet, la stabilité institutionnelle, mais jamais plus, et surtout pas de l’ambition, dont c’est la véritable nature.

Nabil Benali

 

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Paysage médiatique

Paradoxes d’une presse “libre” qui refuse les mutations

S’il ne fait aucun doute que la naissance de la nouvelle presse, en 1990, s’était conjugué à cette libération de la vie publique et à la soif des Algériens de lire autre chose et de s’informer autrement qu’à la lumière des discours à sens unique, on doit bien constater que ce qui a fait la bonne fortune de cette même presse, c’était cette audace et une propension à casser les tabous sans commune mesure avec ce qui se passait jusque-là dans les journaux algériens. Pourtant, on ne rappellera jamais assez que le nouveau paysage médiatique, pluriel, particulièrement audacieux et novateur, était animé par ceux-là même qui ont fait les beaux jours de la presse austère et à la langue de bois (pour ne pas en dire plus) du parti unique.

 

Sans vouloir enfoncer une porte ouverte, le fait que les journalistes, comme l’ensemble de la société d’ailleurs, vivaient, probablement à leur corps défendant, les affres de la vie sous la chape plomb, il y a là un paradoxe qui n’échappe à personne et ce n’est que le premier.

Par la suite, la libération, au-delà de constituer un prétexte, s’est transformé, peut on appeler cela autrement, en un véritable fond de commerce.   

Les années d’euphorie intellectuelle laissaient entendre que toute la presse était non seulement libre, mais unie et défendait une même cause, passant en quelque sorte de l’unicité de pensée à l’unicité d’action. Cette manière de voir sera confirmée d’abord par la tendance du pouvoir à user lourdement de ses restrictions à la liberté par les interdictions et les entraves de toutes sortes (Le Matin, La Tribune pour ne citer que ces deux exemples flagrants d’atteintes à la liberté de la presse sous le gouvernement Bélaïd Abdesselam), puis par les assassinats de journalistes à partir de 1993 par les groupes terroristes islamistes.

Difficile dans cette situation de situer alors les lignes de force de cette presse et surtout d’éprouver sa capacité à refléter réellement les idées et les visions de la  société. Les journaux se retrouvaient en première ligne du front contre les intégristes qui ont pris les armes contre le pouvoir, mais aussi contre la société, cautionnant de fait le “coup d’Etat” de 1992. Les voix contradictoires n’avaient pas droit au chapitre, mais on se demandera pour de longues années encore si véritablement, l’heure était au débat sous les balles et face aux haches et coutelas des intégristes.

L’absence avérée de ce débat donnera naissance à une presse monophonique, véritable vecteur de l’information en l’absence d’autres moyens de s’informer, mais il ne fait aucun doute que cette même information devenait de manière subtile une propagande distillée pour mieux affirmer la nécessité de la lutte contre le terrorisme.

Sur les questions qui faisaient réellement débat, à l’étranger notamment, les journaux algériens avaient la même attitude de rejet et tentaient de discréditer les sources de ce même débat. On évitait d’aborder la question des disparus, celles des dépassements ou des atteintes aux droits de l’homme. Les mêmes approches sont aujourd’hui confirmées alors que l’Etat reconnaît l’existence d’un nombre de disparus et qu’on soutient une amnistie générale. Les mêmes ONG fustigées hier sont “encensées” aujourd’hui au nom d’un combat  politique. Mais ce n’est finalement qu’un autre paradoxe de cette presse. 

La situation des années 1990 va installer quelques titres dans la durée en leur offrant tout de suite l’illusion de “faiseur d’opinion”. Par ailleurs, au moment où l’Etat semblait décliner gravement et était à un doigt de disparaître face aux coups de boutoir des intégristes, il exerçait avec zèle ses capacités de contrôle sur cette même presse. Il avait institué des bureaux spéciaux dans ses imprimeries où était tirée cette presse “libre”.

L’espace d’expression, réduit mais tout de même existant, laissera la presse, avec une ligne éditoriale unique, donner le change et permettre plus ou moins d’affirmer, malgré les empêchements réels d’un débat démocratique, la construction démocratique en cours malgré les difficultés. La presse était-elle un alibi démocratique ? Certainement, mais dans le contexte difficile qui était le sien, cela n’a rien de péjoratif ou de réducteur.

Par contre, l’existence de cette presse ne pouvait se faire sans moyens financiers. En 1998, à l’occasion d’une fronde avec certains tenants du pouvoir, quatre quotidiens sont suspendus pour factures d’impression impayées. Si effectivement la suspension était d’ordre politique, la raison invoquée était quant à elle bien réelle. Les journaux les plus en vue n’avaient pas payé les prestations d’impression. Cadeau du pouvoir à une presse favorable ? Peut-être, mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit là d’une aide indirecte à l’établissement d’entreprises aujourd’hui florissantes.

Après la guerre

Si après les frasques pré-électorales, en 2004, une certaine “sagesse” semble s’installer dans les rédactions, est-ce que pour autant, la presse algérienne est en train de regagner en crédibilité ? Car au bout d’un parcours chaotique, si certains titres sont viables économiquement, ce serait faire preuve d’une belle hypocrisie que de dire que la presse algérienne est une presse professionnelle et crédible. Si elle souffre de la rétention de l’information de l’information et de grandes difficultés pour accéder aux sources, elle porte en elle les raisons de son échec.

Une floraison de titres censés donner l’image du pluralisme, mais en terme d’audience, il est clair que quelques-uns se placent sans concurrent possible dans les conditions actuelles.

Ces mêmes titres, les plus anciens en fait, qui ont profité des aides directes de l’Etat, des oublis des factures d’impression, de l’absence de concurrents de 1993 à 1998, et qui aujourd’hui sont des entreprises solides économiquement, n’ont en tous cas pas contribué à améliorer la qualité de cette même presse.

On s’étonnera toujours que si des améliorations sont apportées dans la forme, elles sont loin d’être apportées dans le contenu et on en veut pour preuve, ne serait-ce que sur l’aspect factuel, la similitude des informations diffusées autant par les anciens titres que par les nouveaux.

Quant à la qualité du travail, il ne fait aucun doute que ces titres, qui sont des leaders, ont largement raté l’occasion d’offrir à la profession la possibilité d’évoluer dans un monde en mutation et où la démocratie directe s’affirme et s’exerce dans les médias. Les grands titres dans le monde essayent justement de favoriser l’interactivité avec les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs, et pas seulement avec les annonceurs (1). Jusqu’à aujourd’hui, la seule formation disponible pour les journalistes demeure celle de l’université dont tout le monde – étudiants et enseignants en premier – s’accorde à dire qu’elle est loin de satisfaire les exigences professionnelles pour une presse de qualité (2).

Si les conditions politiques qui ont favorisé l’existence de la presse algérienne ont prévalu à son succès économique, est-ce que pour autant la société n’a pas contribué à un moment à lui donner ses premières lettres de noblesse ? Est-ce que la société, à défaut de n’avoir qu’une presse qu’elle ne mérite pas, n’a pas droit à un retour d’ascenseur ? Les journaux le plus viables ne sont-ils pas tenus d’offrir à la presse la possibilité d’évoluer autrement que de vivre sur les acquis ? Car, hormis le succès financier, que reste-t-il à la presse algérienne ? Les journaux sont, aux yeux de beaucoup, de simples créneaux économiques porteurs, le nombre de leurs pages de publicité faisant foi. D’ailleurs, n’a-t-on pas vu des journaux augmenter leur pagination non pas pour un contenu plus fourni, mais juste pour augmenter l’espace publicitaire ?

Amine Esseghir

1. La création du statut de médiateur instauré par les médias à grande audience est un des moyens les plus directs imaginé par les journalistes pour favoriser l’interactivité entre médias et auditeurs. Ce médiateur, qui est d’abord un professionnel, met en évidence sans complaisance les critiques des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, forçant ainsi les journalistes à s’expliquer sur les choix et approches dans le traitement de leur sujet.

2. En France, le Centre de formation professionnel des journalistes (CFPJ) a été fondé par les grands journaux, notamment Le Figaro. Si la formation est payante pour les étudiants, cet établissement permet réellement de régler d’abord les questions professionnelles pour les journalistes avant qu’ils ne rejoignent les rédactions.

En Algérie, on parle d’une formation sur le tas dont on constaté les limites. Quant au recyclage, on ne remerciera jamais assez la Fondation Frederich-Ebert, le National Democratic Institute et le Centre culturel français.

 

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Economie

Lenteurs et manque de visibilité

L’argument de base qui était donné au milieu des années 1980 pour expliquer le désinvestissement public et la récession économique qui a immédiatement suivi la chute des cours de pétrole, à partir de 1986, c’est le manque d’argent. Vingt ans plus tard, les caisses de l’Etat n’ont jamais été aussi bien remplies.

Plus de 40 milliards de dollars de réserves de change au 31 décembre 2004 et des recettes pétrolières très importantes enregistrées durant le premier trimestre de l’année en cours. Seulement, l’économie algérienne ne se porte pas mieux. La preuve, il suffit d’une baisse sensible des cours du brut pour que le son de cloche officiel se rebranche de nouveau sur le morceau alarmiste de la chanson pour dire au peuple qu’il faut serrer la ceinture. L’état actuel de l’économie algérienne confirme, si besoin est, l’adage qui dit : “Beaucoup d’argent mais pas d’idées.”

L’économie nationale ne quitte pas le statut de consommatrice de biens acquis grâce aux recettes en devises générées par les exportations de pétrole. Le changement fondamental dans notre tissu “productif” aura lieu lorsque les exportations hors hydrocarbures auront atteint un niveau appréciable qui indiquerait que dans le pays, il existe une industrie autre que celle de l’or noir. A ce titre, ce ne sont pas les chiffres de la croissance cités en référence par l’Exécutif (pas seulement sous Ouyahia) pour expliquer la “bonne santé” de l’économie nationale qui vont changer la structure de cette économie. Si les sept milliards de dollars qui ont été injectés, entre 2001 et 2004, pour doper la demande ont créé un semblant de dynamisme économique, il reste que leur effet ne va pas durer longtemps, s’il ne s’est pas déjà estompé. Et pour cause, l’argent a servi, dans la majorité des cas, à lancer des chantiers de réalisation passant de la réfection des trottoirs à la construction de barrages. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour relancer l’économie et la faire sortir de sa forte dépendance des hydrocarbures.

C’est ce qui se produira si, pour les 55 milliards de dollars que l’Etat compte débloquer pour les cinq prochaines années, la démarche retenue est la même que celle du premier plan de relance. L’illusion ne durera pas longtemps. L’économie nationale traîne la patte. Et ce ne sont pas les alertes sur les produits de la contrefaçon qui vont faire croire que l’entreprise algérienne, publique ou privée, est capable d’imiter les produits de marque au point d’inonder le marché local. La contrefaçon existe bel et bien, mais elle vient essentiellement (dans plus de 80% des cas) de l’étranger. De Chine, de Taiwan, de Turquie ou d’ailleurs, peu importe. L’essentiel est que cette marchandise contrefaite transite par nos ports. Alors, au lieu de verser dans la démagogie et de prétendre combattre la contrefaçon en faisant la chasse aux revendeurs, il y a lieu de la stopper à la limite des frontières.

D’abord, il faut s’interroger sur l’existence d’une volonté réelle de relance du secteur productif. L’exemple de l’industrie pharmaceutique locale est assez révélateur. Les quelques rares producteurs de médicaments en Algérie souffrent de la concurrence déloyale qui leur est imposée par les importateurs qui se partagent un marché juteux de plus d’un demi milliard de dollars par an. Pourtant, la législation algérienne est bien claire à ce sujet : elle accorde deux années aux importateurs pour investir dans la fabrication du médicament au lieu d’en importer uniquement. A ce jour, cette législation n’a pas été appliquée et l’ancien ministre du Commerce a même émis le vœu de l’abroger pour accélérer l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Alors même que les règles de l’OMC n’imposent pas ce genre de “réformes”.

Mais comment, dans ce cas, prétendre vouloir convaincre les investisseurs étrangers de risquer leurs capitaux en Algérie alors que tout, ou presque, est fait pour faire fuir les investisseurs locaux, comme c’est le cas du secteur du médicament ? Pour quelle raison voulez-vous que des investisseurs étrangers viennent produire et prendre des risques en Algérie alors qu’ils peuvent se contenter de nous vendre leurs produits ? D’ailleurs, un des grands problème de l’Algérie est son environnement économique considéré comme le plus rigide de la région du Maghreb à cause des difficultés que rencontrent les opérateurs économiques. Dans deux récentes études, l’une consacrée au secteur du logement dans la région et l’autre à l’environnement de l’investissement dans les pays du Maghreb, la Banque mondiale dresse un bilan qui est loin d’être satisfaisant.

Pour ce qui est du logement, les dysfonctionnements relevés par la Banque mondiale montrent la profondeur de la crise dans ce secteur et ne laisse aucun doute que l’habitat sera encore pour très longtemps un casse-tête de premier ordre pour la majorité des citoyens algériens. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la stabilité sociale du pays.

Dans l’étude consacrée à l’environnement des affaires dans le Maghreb, l’institution internationale démontre que, selon les critères internationaux, l’Algérie est le dernier de la classe en matière de conditions favorables à la création d’entreprises. C’est en Algérie que le processus de création d’une affaire est le plus rigide, en comparaison avec nos voisins tunisiens et marocains.

Alors que chez nous il faut 14 étapes et plus de 26 jours pour créer une affaire, en Tunisie il ne faut que 9 étapes et 14 jours, alors qu’au Maroc cela nécessite 5 étapes et 11 jours. Par conséquent, “la création d’opportunités d’affaires au Maroc a substantiellement augmenté (21%) en 2003” en raison de réformes introduites en ce sens.

Cette même étude montre que l’accès au crédit et à l’information relative au crédit font partie des problématiques non encore résolues en Algérie. Plus grave est la question de la disponibilité de l’information liée au crédit, avec un score nul.

Le résultat est tout aussi médiocre en Algérie en matière de “protection de l’investisseur” (un score de 2 sur 7), contre 4 pour le Maroc et 6 pour la Tunisie (un score supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE). Le seul domaine de satisfaction est “l’enregistrement des titres de propriété” ou l’Algérie est créditée du meilleur score. Parmi ces trois pays du Maghreb, c’est en Algérie que “les firmes peuvent obtenir avec une grande facilité des droits à la propriété”, constate l’étude en question. Il faut 52 jours pour enregistrer la propriété en Algérie, contre 82 au Maroc et 54 en Tunisie.

A la lenteur légendaire de la réforme bancaire, il faut ajouter celle du processus de privatisation qui affiche des résultats squelettiques. Sur les 2 000 entreprises privatisables, seules 142 sont passées de l’autre côté de la barrière (reprises partiellement ou totalement par des opérateurs français, espagnols, arabes ou nationaux) en rapportant 33,6 milliards de dinars au Trésor Public. C’est le (maigre) bilan à mettre à mettre au crédit des 33 Sociétés de gestion des  participations (SGP) dont la mission est justement d’en accélérer le processus.

Les retards cumulés dans l’évaluation du patrimoine des entreprises privatisables et le flou qui entoure encore les privatisations ne sont guère de nature à encourager ce processus. C’est ce qui explique, peut-être, que l’une des premières décisions prises par Temmar, nouvellement re-nommé à son poste de ministre des Participations et de la Promotion des investissements (MPPI), était de centraliser à son niveau la privatisation des grandes entreprises nationales (à l’image de l’ENCG, l’Enasucre, Giplait et Asmidal). Pourvu que cette mesure imprègne plus de transparence dans le processus pour que des épisodes comme celui de la privatisation de l’Enasucre ne puissent plus se reproduire.

Abdelkader Djalil

 

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