Semaine du 25 au 31 janvier 2006 

Emprunts obligataires

La pratique algérienne

Lachemi Siagh président de Strategica

«Cevital est un cas rêvé pour les banques»

Réforme financière

L’Etat ne veut plus jouer au banquier

 

 
 
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  Emprunts obligataires

La pratique algérienne

Depuis 2003, plusieurs entreprises publiques algériennes ont eu recours à des emprunts obligataires sur le marché financier national, aussi bien auprès d’épargnants institutionnels (banques et assurances) que d’épargnants privés (personnes physiques) afin de collecter les sommes nécessaires au financement de leurs investissements.

L'emprunt obligataire est matérialisé par l'émission d'obligations qui correspondent à des titres de créance à revenus fixes (taux d'intérêt) émis pour une durée déterminée (plusieurs années). En tout, sept entreprises publiques, non cotées à la Bourse algérienne, ont déjà eu recours à un emprunt obligataire. Certaines, comme le groupe Sonelgaz et la compagnie Air Algérie, ont émis à trois reprises des emprunts obligataires à la souscription du grand public. Au total, 114,4 milliards de dinars (environ 1,588 milliard de dollars) ont été mobilisés lors de ces emprunts.

Chaque émission d’emprunt obligataire nécessite le visa de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB). La société émettrice est également accompagnée par une banque qui assure les contacts avec les banques qui souscrivent et fait le suivi de l’opération depuis son lancement jusqu’à sa clôture.

La première entreprise algérienne à s’être engagée dans ce genre d’opération est bien évidemment la compagnie Sonatrach. Cette compagnie n’avait pas vraiment besoin de 5 milliards de dinars (MDA) pour financer ses investissements. Le lancement de son emprunt obligataire, le 9 décembre 2003, était beaucoup plus une sorte de « coup de pouce » à un marché financier algérien en balbutiement. Pour une durée de 5 années (échéance prévue pour le 9 décembre 2008), les obligations de Sonatrach (au nombre de 50.000) ont chacune une valeur nominale de 100.000 DA avec un taux d’intérêt de 4% et « les titres sont négociables sur le marché hors bourse entre les intermédiaires habilités ». Pour ce cas, la banque accompagnatrice est la Banque extérieure d’Algérie (BEA).

La seconde entité à recourir à l’emprunt obligataire en Algérie, c’est la Société de refinancement hypothécaire (SRH), un établissement financier, crée en décembre 1997, chargé de refinancement des crédits immobiliers octroyés aux ménages pour l’achat d’un logement neuf, la restauration ou la construction d’une habitation par les banques et les établissements financiers. Cet emprunt a été lancé en juillet 2003 en direction des investisseurs institutionnels (banques et établissements financiers). Le montant global est de 2,48 MDA (souscrit en deux tranches de 3 et 5 ans) pour des obligations d’une valeur de 10.000 DA chacune. Les souscripteurs à cet emprunt sont : CNEP, CNAC, SAA, BDL, CPA, BEA, CAAR, Célim Sicav et CAAT.

La compagnie Air Algérie a été la troisième entreprise à recourir à ce procédé en lançant  trois emprunts en l’espace de 14 mois pour un montant total de 42,42 MDA destinés au financement de l’acquisition d’aéronefs. Ainsi, le premier emprunt obligataire d’Air Algérie de 4,4 MDA (440.000 titres émis en deux tranches) a été lancé en mars 2004. La valeur nominale du titre est de 10.000 DA. La BNA a été choisie pour accompagner cette opération. Le produit net des obligations sera utilisé par l'émetteur pour financer 80% du coût d’acquisition de six aéronefs type ATR72-500. Les six appareils ont été hypothéqués au profit de la masse des obligataires jusqu’au remboursement du montant total.

Le second emprunt obligataire d’Air Algérie, lancé en novembre 2004, était de 24,89 MDA. Cet emprunt a été émis en deux tranches. La première (d’une durée de 6 ans) d’une valeur de 14,18 MDA était destinée au grand public, alors que la deuxième tranche (d’une durée de 5 ans), de 10,71 MDA, était destinée aux investisseurs institutionnels. Les souscripteurs du grand public pouvaient acquérir des titres auprès des agences principales des cinq banques publiques (BNA, BEA, CPA, BDL, BADR).

Le troisième emprunt obligataire d’Air Algérie, d’un montant de 13,13 MDA, a été lancé en mai 2005 pour financer 80% du coût d’acquisition de quatre avions de type A330-200, ainsi que des moteurs et pièces de rechanges pour ces appareils. Pour cet emprunt, les fonds levés sont de 12,18 MDA dont le remboursement arrivera à échéance le 18 mais 2011 (durée de 6 ans).

L’adjudication à la hollandaise (appelée aussi «à prix demandé») a permis de retenir six banques publiques (BNA, BEA, CPA, BDL, CNEP et CNMA) et deux compagnies d’assurance (SAA, CAAR). Comme pour le précédent emprunt obligataire, les quatre appareils sont hypothéqués au profit de la masse des obligataires au titre de la garantie offerte aux souscripteurs.

Pour financer ses programmes d’investissements, le groupe Sonelgaz a lui aussi eu recours, entre décembre 2004 et juin 2005, à trois emprunts obligataires, dont un destiné au grand public et les deux autres aux institutions bancaires et financières, qui lui ont permis de lever des fonds estimés à 45 MDA. Le premier emprunt, lancé le 23 décembre 2004, était de 20 MDA, émis en trois tranches de 8, 4 et 8 milliards de dinars de durées respectives de 5, 6 et 7 ans et des intérêts croissants de 3%, 3,25% et 3,5%. Les obligations de cet emprunt bénéficient de l’exonération fiscale (IRG ou IBS) prévue à l’article 26 de la loi de finance 2004.

Le second emprunt obligataire (de type institutionnel également) émis par Sonelgaz en mars 2005 est de 10 MDA en trois tranches de 1,8 MDA (taux de 3,5%), 3,3 MDA (taux de 4%), et 4,9 MDA (taux de 4,20%). La durée des obligations de chacune des trois tranches est respectivement de 6 ans et 9 mois, 9 ans et 11 ans.

Le troisième emprunt obligataire destiné au grand public a été émis par Sonelgaz en mai 2005 pour un montant de 10 MDA porté à 15 MDA. Les obligations de l’émission ont une durée de 6 ans (échéance 22 mai 2011) avec des taux d’intérêts progressifs de 3,5%, 3,75%, 4%, 4,25%, 5%, puis 7%.

Les trois dernières entreprises algériennes ayant eu recours à l’emprunt obligataire sont, par ordre chronologique, l’ENTP (filiale à 100% de Sonatrach), Algérie Télécom et l’ENAFOR. L’emprunt obligataire de l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP) est de type institutionnel. Emis en juin 2005, il est de 5 MDA partagés en obligations d’une valeur nominale de 10.000 DA chacune. D’une durée de 5 ans, le taux d’intérêt moyen est de 2,75%. Le produit des obligations sera utilisé par l'émetteur pour financer l’acquisition d’appareils et d’équipements de forage.

De son côté, pour financer l’acquisition d’équipements destinés au développement du réseau cellulaire de sa filiale MOBILIS, Algérie Télécom a lancé en novembre 2005 un emprunt obligataire (institutionnel) de 6,5 MDA en deux tranches de 3,35 MDA et 3,15 MDA. Les durées respectives des deux tranches de l’emprunt sont de 2 ans et 3 ans.

Quant à l’ENAFOR (filiale 100% Sonatrach), elle a émis en décembre 2005 un emprunt obligataire de 8 MDA en deux tranches de 4,08 MDA et de 3,92 MDA, pour financer l’acquisition d’appareils de forage. La durée est de 5 ans pour les obligations de la première tranche et de 6 ans pour celles de la seconde. Précisions que les emprunts de l’ENTP et de l’ENAFOR ont été garantis par le groupe Sonatrach, propriétaire de ces deux entreprises.

Abdelkader Djalil

 

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Lachemi Siagh président de Strategica

«Cevital est un cas rêvé pour les banques»

L’emprunt obligataire de Cevital est venu au terme d’une longue opération d’audit et d’étude dont le maître d’œuvre a été le cabinet Strategica. Ce bureau d’ingénierie financière fait figure d’extraterrestres dans un environnement qui a du mal à saisir l’utilité de ce genre d’instance. Lachemi Siagh patron de cabinet explique comment l’emprunt Cevital a été rendu possible et brosse un tableau d’expert, sans complaisance du système financier algérien.

 

Les Débats : Cevital, une entreprise privée qui émet un emprunt obligataire, c’est une véritable révolution dans le système financier algérien. Pourquoi Cevital et qu’est ce qui fait sa particularité pour accéder à cette forme de d’emprunt ? 

Lachemi Siagh : C’est une nouveauté certes. Cevital est une entreprise privée qui ne reçoit pas de subsides. Air Algérie par exemple reçoit des fonds de sujétion pour service publique pour compenser d’éventuelles pertes sur certaines lignes.

Sonelgaz reçoit des subsides pour raccorder des régions éloignées. Cevital ne reçoit pas de subventions, ses bilans ont été audités par KPMG, c’est une entreprise prospère qui affiche un taux de croissance de 50% chaque année, qui dégage des profits appréciables qui n’a pas d’endettement, c’est le meilleur cas possible, c’est la cas rêvé pour les investisseurs.

Mais malgré cela c’est une entreprise qui peut emprunter dans un pays où les gens savent lire les bilans et savent analyser des comptes. C’est une entreprise qui peut aller avec sa seule signature sur le marché financier et lever des fonds.

Mais nous pour rassurer les investisseurs, nous leur avons donner des garanties réelles. Nous avons pris une dizaine de milliards en terrain, des actifs réels et nous les avons mis en garantie. Et pour que personne ne rappelle les histoires de risques, de Khalifa…

 

- Se rappeler les mauvais exemples en fait…

Exactement, nous avons mis aussi en place des clauses restrictives destinées à donner plus de garanties. Ainsi, Cevital ne peut pas distribuer plus de 20%  des dividendes aux associés. Elle doit maintenir certains ratios comptables.  Cevital ne donnera même pas de garanties à certaines de ses filiales.     

 

- Vous êtes aller très loin prévoyant toutes les hésitations possibles…

Nous sommes allés très loin pour qu’on ne dise  pas c’est une entreprise privée donc risquée alors que c’est une entreprise industrielle, pas une entreprise de négoce. C’est draconien comme système. Elle a passé le test et elle a réussi et a pu lever les 5 milliards sans difficultés et avec des taux plus agréables que ceux du marché.

 

- Mais en quoi un emprunt obligataire est-il avantageux ?

Le taux est inférieur de moitié  par rapport au taux du marché pratiquement. Et dans les affaires d’emprunts 1% c’est énorme.

- Cevital est-elle cas isolé. Combien d’entreprises privées peuvent accéder à cette forme d’emprunt ?

Malheureusement, il n y en a pas beaucoup. De façon intuitive on pourrait mener une dizaine d’entreprise à se laisser séduire par l’émission obligataire.

 

- Pourquoi si peu de candidats ?

Les entreprises pour la plupart sont des entreprises familiales qui ne veulent pas divulguer leur bilan qui redoutent la transparence et pour cela nous n’y pouvons rien. Le cas Cevital est révélateur. Il devrait en tous les cas donner à réfléchir et sans divulguer de secret nous avons été approchés par d’autres entreprises.

 

- Ça a bougé dans les têtes…

Ils ont vu les résultats. Quelqu’un qui va emprunter à 7 ou 8% au moment où Cevital lève 5 milliards de dinars à 3,68% tous frais confondus. Il n’a pas de commission à payer et le plus beau il peut payer au bout de cinq ans il n’est pas tenu de rembourser tous les six mois, il ne paye que les intérêts à la fin de chaque année.

 

- Un conseil aux autres entreprises privées ?

Moi je dirai aux entreprises privées industrielles qui ont les moyens, il faut faire vos comptes. Cachez vos bilans ou aller à la transparence alors que le financement devient un outil de compétition.

 

- Mais elles doivent avant cela répondre à certains critères ? 

En principe, dans les pays développés seules les meilleures peuvent  entrer dans le marché obligataire. Ce sont des entreprises qui doivent obéir à des critères de transparence. Elles doivent publier leurs chiffres. C'est-à-dire qu’elles publient au moins trois bilan audités certifiés par des commissaires aux comptes et de référence - pour Cévital c’était KPMG – de plus il faudrait que ces entreprises soient notées par des organismes de notations comme Standards  and poors, moodies.

Ce sont là des conditions rassurantes pour les investisseurs. Avec cela on sait que l’entreprise fait partie de la catégorie « investment grade » donc des entreprises qui peuvent aller chercher des emprunts à des coûts très bas.

En Algérie, nous n’avons pas de notation, parce que noter une entreprise reviendrait à noter le pays. Nous ne sommes pas encore prêt pour la notation pour une raison évidente. En tant que pays mono exportateur nous serions pénalisés. Un analyste qui devrait attribuer une note à l’Algérie va se dire ce n’est pas une économie très diversifiée et va nous pénaliser.

De plus nous n’avons pas de système financier performant et efficace ce qui nous porterait  gravement préjudice si nous devions être notés.

 

- L’entremise du cabinet a remplacé toutes ces exigences techniques…

En l’absence de ces critères et en l’absence de garanties bancaires – chez nous certaines entreprises sont plus grandes que les banques – ces dernières n’étant pas parfois assez capitalisées, d’où la nécessité de notre intervention. Nous avons joué le rôle de palliatif à toutes ces lacunes.

Les gens ne savent pas qu’avant d’arriver à signer, nous avons passé six mois à éplucher les comptes de l’entreprise, à faire le montage financier le plus adéquat. Nous avons  regarder l’endettement de l’entreprise, ses capacités financières, ses capacités de remboursement  pour structurer un montage qui permette à l’entreprise de ne pas s’étrangler dans ses remboursements, à faire les bons choix – rembourser in fine au bout de cinq ans ou bien rembourser chaque année si elle a beaucoup de cache  - ou se demander s’il faut faire une opération sur sept ans si elle a de gros investissements.

 

- Mais est ce que les banques ne pouvaient-elles pas faire cela elles mêmes et se rassurer toutes seules ?

Chez nous les banques ne sont pas très bien outillées pour faire ce travail et n’ont pas les compétences pour le faire. C’est un nouveau métier en Algérie et c’est en fait  ce travail d’ingénierie financière c’est le noeud gordien d’une émission obligataire.

En l’absence de rating…

 

- Le rating c’est la notation…

 

Effectivement, ce travail devient fondamental parce qu’il permet d’assurer aux investisseurs  que l’examen de l’entreprise a été fait par une tierce partie, qui est neutre qui ne vient ni de la part des banques, ni de la part de l’émetteur.

Bien entendu nous accompagnions et conseillons l’émetteur pour qu’il obtienne le meilleur coût et réalise la meilleure opération.

 

- Mais en quoi votre seul truchement est –il une garantie ?

Dans notre métier  nous avons des règles de déontologie. C’est toute notre réputation, je dirai  même notre fond de commerce, qui est en jeu. Et l’émission n’est pas une opération qui est concoctée entre la banque et son client. Et si certaines  personnes sont tentées de le faire,  passer outre un cabinet d’ingénierie financière, en l’absence d’un rating, en l’absence de garanties bancaires c’est très mauvais pour le marché.

 

- Cela veut dire que vous aller pallier à tous les manquements…

Nous on s’assume. Lorsqu’on sait qu’une entreprise peut représenter un risque, on donne aux investisseurs certains garde-fous.

 

- Par exemple…

Lorsqu’on a eu Sonatrach il n’était pas nécessaire de demander des garanties sa seule signature suffisait. Pour d’autres emprunteurs comme Air Algérie, nous leur avons dit vous n’êtes pas aussi solide que Sonatrach. Pour rassurer les investisseurs et obtenir un meilleur taux de rendement nous leur avons demander de mettre en garantie tous les avions achetés  à la masse es obligataires. Nous avons structuré une émission adossée à des actifs. Pour la SRH nous avions monté une émission adossée à des hypothèques.

 

- Cela c’est les garanties pour que l’argent soit remboursé et les intérêts versés. Mais les banques gagnent déjà de l’argent autrement… 

L’autre avantage qui est extrêmement important pour les banques - alors que celles-ci voyaient d’un très mauvais œil ces emprunts obligataires, elles soupçonnaient que nous leur prenions leur marché-  c’est  de prêter de cette manière aux meilleurs entreprises au lieu de faire des prêts divers pour une raison très simple. Avant, les banques donnaient  aux entreprises, privés de surcroît c’est à dire sans que le trésor ne ramasse l’ardoise à la fin, des crédits faramineux, en dépassant les normes prudentielles. Dans le cadre d’un crédit obligataire, il ya une tierce partie qui a étudié le dossier avant les banques si elles n’ont pas les compétences pour étudier le dossier et elles peuvent étudier une seconde fois alors que le dossier est défriché. C’est aussi un financement causé. Lorsqu’on étudie un dossier c’est pour un projet de financement spécifique on sait où va aller l’argent. Et lorsqu’on donne de l’argent de cette manière on le donne à des gens qu’on sait capable de le rembourser. On a évalué leurs capacités financières on a étudié un projet de financement adapté à leurs capacité de remboursement et le processus est suivi. De plus le prêt n’est pas contracté au près d’une seule banque. Le risque est ainsi partagé et il est syndiqué auprès de plusieurs partenaires – établissement financiers ou compagnies d’assurances – si jamais ça floppe la banque ne prend pas tout le bouillon et nul ne pourra lui reprocher quoique ce soit puisque l’emprunt aura eu le visa de la Cosob, les normes prudentielles ont été respectée et cela n’a pas été fait en cachette. Dans le cas d’un prêt hypothécaire, la banque est coincée avec ce prêt jusqu’à la fin. Dans le cas de l’emprunt obligataire elle peu s’en défaire. Les obligations sont négociables. Elles peuvent être vendues sur le marché secondaire.

 

- Mais le marché secondaire est plutôt morose…

 

Il est vrai que le marché secondaire ne connaît pas le dynamisme qu’il mérite et cela pour deux raisons. La première est que les gens qui ont acheté des titres préfèrent dormir dessus parce qu’il ya beaucoup de liquidité et les banques ne savent plus quoi en faire. I n y a pas autant d’opportunité qu’il n y a d’argent sur le marché. La seconde est que le système bancaire est encore très mal organisé. Les banques feront plus d’argent du fait d’accorder un taux d’intérêt moindre que le marché financier par les commissions réalisées. Une obligation peut être vendue plusieurs fois par jour et tout au long des 365 jours de l’année malheureusement nous n’en sommes pas encore là.

 

- Au moment où les banques sont sujette à des réformes en quoi l’emprunt obligataire peut leur être utile ?

C’est là que s’inscrit l’élément fondamental de la réforme financière. Aujourd’hui on parle de réforme financière mais en fait nous sommes seulement en train de mettre à niveau des banques. Améliorer le système de  paiement, mettre en place un système d’information qui fonctionne, faire de la comptabilité analytique, un système de contrôle interne ou de gestion  ce sont là des choses normales sous d’autres latitudes. Tout cela c’est aussi le préalable à la bourse alors que nous avons mis la charrue avant les bœufs. Nous avons commencé par les actions. Les actions sont très risquées. Le balancier peut aller du jour au lendemain d’un extrême à un autre. Dans le marché obligataire l’investisseur reçoit ses intérêts que l’entreprise marche ou ne marche pas. C’est à l’emprunteur de trouver les solutions pour répondre en temps  voulu à ses obligations. Il pourra vendre ses bien, ses actifs, réemprunter pour rembourser et à la fin le capital est toujours garanti.

 

- Dans un système économique comme le notre ne faites vous pas les pionniers ?

Nous faisons certes un  travail de pionnier parce que les gens n’ont pas bien compris ce que nous faisons. Ce que nous sommes en train de faire, même si nous sommes un petit cabinet, ceux qui apprécient notre travail ce sont d’abord les étrangers. Les grandes banques d’affaire viennent nous solliciter pour faire des joint-ventures, pour parler de la privatisation future de quelques établissements.

Propos recueillis par

Amine Esseghir

 

Lachemi Siagh est détenteur d’un MBA, d’un PhD et diplômé des Hautes Etudes Commerciales. Il est considéré comme un des premiers experts mondiaux spécialisés des systèmes financiers du monde arabe. Il a été directeur du programme de financement du commerce arabe du Fond Monétaire Arabe. Il a été membre des direction de plusieurs banques dans le Moyen Orient (Koweit, Irak, Emirats Arabes Unis) et en Tunisie et en Algérie. Il a été aussi à l’origine de la première ligne de crédit lancée par  le “Middle East and Africa department at Export Development Corporation (EDC) » au Koweit et en Irak.

Son ouvrage «L'Islam et le monde des affaires » (Editions d'organisation – Paris ) est considéré comme la référence pour expliquer «l’économie islamique ».

 

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