Semaine du 25 au 31 janvier 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Le MSP en éclaireur

 

 
 
 Editorial

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Le MSP  en éclaireur

L’agitation effrénée, ces derniers jours,  des  dirigeants du MSP  pour tenter de se démarquer de l’Alliance présidentielle, n’est évidemment pas fortuite. Elle prend en effet des aspects parfois si spectaculaires qu’il faut bien se demander pourquoi ils ne s’en retirent pas tout simplement. Interrogation fort embarrassante par ailleurs pour un parti qui  fait de l’épicerie politique comme au bon vieux temps du khalife Haroun El-Rachid et qui ne tient surtout pas à être pris en flagrant délit  de fermeture pour faillite frauduleuse. Le fait est que Aboudjerra Soltani et ses apôtres ont le fort sentiment que le vent est en train de tourner et qu’il vaut mieux changer de boutique et aussi d’enseigne. L’Alliance eut pu rapporter, elle ne rapporte plus. C’est du moins la conclusion à laquelle sont arrivés les chouyoukh en alpaga. Mais pourquoi ne s’en vont-il pas et maintiennent ainsi leur appartenance à un cadre politique dont ils se disent les otages ? Une affirmation un peu forte lorsque nous savons que personne ne les oblige à rester dans une Alliance qui ne dispose de toutes les façons d’aucun moyen de coercition pour contraindre ses membres à ne pas la quitter. Le seul moyen de pression réel en ce sens étant le fait que le départ de ce cadre politique signifie également le départ du gouvernement et l’abandon de tous les privilèges y afférent. Apparemment, les gens du MSP ne butent que sur cette seule perspective et c’est ce qui les pousse à rester volontairement otages d’un cadre qu’ils passent leur temps à dénigrer par ailleurs. 

Mais soyons un peu plus sérieux  et regardons un peu derrière cette petite colère d’enfant gâté, parce que nous nous doutons bien que le MSP, tout comme la plupart des acteurs politiques formels de ce pays, ne fait pas ce qu’il veut quand il veut. Il est obligé lui aussi de tenir compte de stratégies à moyen et long terme qui lui permettent d’exister, tant il est vrai qu’hors de ces stratégies plus larges il n’a aucune chance d’accéder aux niveaux de responsabilité qui sont les siens depuis quelques années déjà. Et c’est précisément un subit changement de stratégie qui incite Soltani et ses compères à torpiller de façon aussi agressive un cadre de concertation politique qui est supposé ne plus être aussi productif qu’il a pu l’être un moment. La raison de ce brutal changement de cap n’est pas difficile à deviner, elle est évidemment liée à la découverte de la précarité de la santé des hommes en général et de celle du président de la République en particulier. L’alerte de novembre 2005 a été si forte que cela a provoqué une véritable panique dans la plupart des états-majors politiques du pays et surtout dans ceux où l’accès au gouvernement ne tient qu’à un fil, fort ténu par ailleurs. Cela a donc poussé à revoir tous les calculs et à refaire tous les comptes. Car s’il s’avère que le président de la République est plus ou moins amoindri et donc non susceptible de briguer un troisième mandat. Le MSP n’est guère un parti à s’embarquer dans une aventure sans lendemain et surtout pas au nom de principes qu’il ne connaît pas.  D’autant que l’Alliance peut,  dans ce cas de figure, s’avérer être un piège mortel dans la mesure où  elle sera nécessairement appelée à parrainer une autre candidature que celle de Abdelaziz Bouteflika. Une perspective qui doit faire trembler d’indignation les adeptes de Nahnah, surtout si le candidat alternatif venait à être issu du… RND.  

L’un dans l’autre, il faut donc s’attendre à voir le MSP quitter assez rapidement la barque de l’Alliance, pour peu que ses ministres reçoivent la garantie qu’ils pourront tout de même garder leurs portefeuilles. Un arrangement qui paraît assez boiteux, mais qui n’est pas si improbable que cela lorsque nous le mettons dans la perspective de 2009. Tant il est vrai qu’une candidature issue du RND mettrait automatiquement le FLN et le MSP en situation d’opposition de fait et qu’il vaut mieux ne pas être gêné par une appartenance politique commune pour en découdre de façon plus agressive. Car il n’échappe à personne que la présente attitude du MSP par rapport à l’Alliance ne peut guère se comprendre que dans le cadre d’une concertation plus ou moins poussée avec son seul véritable allié qu’est le FLN, qui lui aussi ne se sent plus très à l’aise dans un cadre qui le contraint à taire aussi bien ses ambitions de pouvoir que sa crainte de voir son président d’honneur ne plus être en mesure de le maintenir à un niveau de représentation politique qui n’est plus le sien depuis au moins octobre 1988.

A. M.  

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