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Le MSP en éclaireur
L’agitation effrénée, ces derniers
jours, des dirigeants du MSP pour tenter de se démarquer de
l’Alliance présidentielle, n’est évidemment pas fortuite. Elle prend
en effet des aspects parfois si spectaculaires qu’il faut bien se
demander pourquoi ils ne s’en retirent pas tout simplement.
Interrogation fort embarrassante par ailleurs pour un parti qui
fait de l’épicerie politique comme au bon vieux temps du khalife
Haroun El-Rachid et qui ne tient surtout pas à être pris en flagrant
délit de fermeture pour faillite frauduleuse. Le fait est que
Aboudjerra Soltani et ses apôtres ont le fort sentiment que le vent
est en train de tourner et qu’il vaut mieux changer de boutique et
aussi d’enseigne. L’Alliance eut pu rapporter, elle ne rapporte
plus. C’est du moins la conclusion à laquelle sont arrivés les
chouyoukh en alpaga. Mais pourquoi ne s’en vont-il pas et
maintiennent ainsi leur appartenance à un cadre politique dont ils
se disent les otages ? Une affirmation un peu forte lorsque nous
savons que personne ne les oblige à rester dans une Alliance qui ne
dispose de toutes les façons d’aucun moyen de coercition pour
contraindre ses membres à ne pas la quitter. Le seul moyen de
pression réel en ce sens étant le fait que le départ de ce cadre
politique signifie également le départ du gouvernement et l’abandon
de tous les privilèges y afférent. Apparemment, les gens du MSP ne
butent que sur cette seule perspective et c’est ce qui les pousse à
rester volontairement otages d’un cadre qu’ils passent leur temps à
dénigrer par ailleurs.
Mais soyons un peu plus sérieux et
regardons un peu derrière cette petite colère d’enfant gâté, parce
que nous nous doutons bien que le MSP, tout comme la plupart des
acteurs politiques formels de ce pays, ne fait pas ce qu’il veut
quand il veut. Il est obligé lui aussi de tenir compte de stratégies
à moyen et long terme qui lui permettent d’exister, tant il est vrai
qu’hors de ces stratégies plus larges il n’a aucune chance d’accéder
aux niveaux de responsabilité qui sont les siens depuis quelques
années déjà. Et c’est précisément un subit changement de stratégie
qui incite Soltani et ses compères à torpiller de façon aussi
agressive un cadre de concertation politique qui est supposé ne plus
être aussi productif qu’il a pu l’être un moment. La raison de ce
brutal changement de cap n’est pas difficile à deviner, elle est
évidemment liée à la découverte de la précarité de la santé des
hommes en général et de celle du président de la République en
particulier. L’alerte de novembre 2005 a été si forte que cela a
provoqué une véritable panique dans la plupart des états-majors
politiques du pays et surtout dans ceux où l’accès au gouvernement
ne tient qu’à un fil, fort ténu par ailleurs. Cela a donc poussé à
revoir tous les calculs et à refaire tous les comptes. Car s’il
s’avère que le président de la République est plus ou moins amoindri
et donc non susceptible de briguer un troisième mandat. Le MSP n’est
guère un parti à s’embarquer dans une aventure sans lendemain et
surtout pas au nom de principes qu’il ne connaît pas. D’autant que
l’Alliance peut, dans ce cas de figure, s’avérer être un piège
mortel dans la mesure où elle sera nécessairement appelée à
parrainer une autre candidature que celle de Abdelaziz Bouteflika.
Une perspective qui doit faire trembler d’indignation les adeptes de
Nahnah, surtout si le candidat alternatif venait à être issu du… RND.
L’un dans l’autre, il faut donc
s’attendre à voir le MSP quitter assez rapidement la barque de
l’Alliance, pour peu que ses ministres reçoivent la garantie qu’ils
pourront tout de même garder leurs portefeuilles. Un arrangement qui
paraît assez boiteux, mais qui n’est pas si improbable que cela
lorsque nous le mettons dans la perspective de 2009. Tant il est
vrai qu’une candidature issue du RND mettrait automatiquement le FLN
et le MSP en situation d’opposition de fait et qu’il vaut mieux ne
pas être gêné par une appartenance politique commune pour en
découdre de façon plus agressive. Car il n’échappe à personne que la
présente attitude du MSP par rapport à l’Alliance ne peut guère se
comprendre que dans le cadre d’une concertation plus ou moins
poussée avec son seul véritable allié qu’est le FLN, qui lui aussi
ne se sent plus très à l’aise dans un cadre qui le contraint à taire
aussi bien ses ambitions de pouvoir que sa crainte de voir son
président d’honneur ne plus être en mesure de le maintenir à un
niveau de représentation politique qui n’est plus le sien depuis au
moins octobre 1988.
A. M.
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