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Le dossier
nucléaire iranien et ses implications
Pékin et Moscou
prônent la patience, Washington et ses alliés l'action
Chine et Russie
préconisent la patience dans ce qu’il est désormais convenu
d’appeler la crise nucléaire iranienne, tandis que les Etats-Unis
exigent au contraire une action rapide pour traduire l'Iran devant
le Conseil de sécurité de l'ONU, qui pourrait lui imposer des
sanctions. "Au sujet de l'Iran, nous avons très clairement fait
comprendre que l'heure était venue d'un transfert au Conseil de
sécurité", a déclaré la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice à la
presse. La troïka européenne (France, Grande-Bretagne, Allemagne),
qui a mis fin à ses pourparlers avec Téhéran après la reprise des
recherches de l'Iran sur le combustible nucléaire, a fait circuler
un projet de résolution en vue de la réunion extraordinaire du
conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA) le 2 février. Le document prône le transfert du
dossier au Conseil de sécurité de l'Onu, mais la Russie cherche à en
modifier le contenu pour écarter cette perspective. Le chef de la
diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a adopté une position prudente en
déclarant que son pays attendrait de connaître l'appréciation portée
par l'AIEA sur l'attitude de l'Iran. La Russie et la Chine, membres
permanents du Conseil de sécurité, disposent à ce titre d'un droit
de veto. Pékin s'est placé dans l'expectative en recommandant la
modération tout en indiquant n'avoir pas pris connaissance du projet
de résolution de l'AIEA recommandant la saisine du Conseil de
sécurité. La pression américano-européenne se fait de plus en plus
forte sur l’Iran afin qu'elle suspende l'enrichissement d'uranium,
et les discussions s'intensifient sur la possibilité d'une saisine
du Conseil de sécurité et de sanctions de l'ONU. Les Iraniens ont en
retirant les scellés de leur centre d'enrichissement d'uranium de
Natanz (centre), provoqué un regain de tension avec les Occidentaux
qui multiplient déclarations et gesticulations. Et de son côté, le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad a accusé l'Occident de se
comporter comme le "seigneur du monde" en refusant à son pays une
utilisation pacifique de l'atome. L’Iran a toujours affirmé que son
programme nucléaire avait un caractère civil et se situait dans le
cadre du traité de non prolifération des armes nucléaire (TNP), dont
Téhéran est signataire. Face aux Etats-Unis, à Israël et aux pays
européens, en rangs serrés cette fois pour mettre Téhéran au ban des
nations, la Chine et la Russie qui entretiennent des relations
privilégiées avec l’Iran constituent un contrepoids. D’une part,
Moscou et Téhéran ont renforcé leurs liens depuis une dizaine
d’années suscitant l’irritation de Washington et l’inquiétude des
Européens. Outre ses intérêts commerciaux avec l’Iran, la Russie
considère ses relations avec la république islamique comme une carte
importante pour réaliser son objectif de "multipolarité" en
politique étrangère, destiné à contrebalancer l’influence des
Etats-Unis dans le monde. D’autre part, la Chine a également
développé des rapports structurels étroits avec l’Iran qui lui
assure une part croissante de son approvisionnement pétrolier et
l’on imagine mal Pékin contribuer à saborder son unique fournisseur
pétrolier indépendant des Etats-Unis. Au delà de la saisine ou pas
du conseil de sécurité et des types de sanctions qui pourraient être
imposées à Téhéran, une chose est sûre, l’Occident veut avoir le
monopole du nucléaire.
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Américains et Européens se veulent unis
Américains et
Européens proclament une totale entente face à ce qu’ils nomment le
défi nucléaire iranien, après les déchirements causés par la guerre
en Irak. Après plus de deux années de dialogue de sourds entre
Européens et Iraniens, les premiers demandant à Téhéran de fournir
les garanties qu'ils ne fabriquent pas l'arme nucléaire, les
seconds niant vouloir l’utiliser à des fins militaires, les
Etats-Unis et leurs alliés retrouvés veulent à présent réagir de
concert à ce qu’ils considèrent comme des provocations successives
venues de Téhéran. Selon eux, depuis août 2005, l'Iran progresse à
petits pas vers une reprise de l'ultrasensible d'enrichissement
d'uranium, au double usage potentiel, civil et militaire. Européens
et Américains sont aujourd'hui réunis dans la conviction que
l'affaire doit être portée devant le Conseil de sécurité de l'ONU.
Ils le sont aussi dans l'effort pour rallier ceux qui rechignent.
Cela commence par les Russes et les Chinois, fortement liés aux
Iraniens. Russes et Chinois ont un droit de veto au Conseil de
sécurité. Ils peuvent aussi freiner le mouvement de l'AIEA
qu'Américains et Européens pousseront à saisir le Conseil de
sécurité quand elle se réunira en urgence le 2 février. "Les
Européens ont notre soutien total dans leurs efforts pour (...)
résoudre ce problème de manière diplomatique", déclare le
porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan. Cela n'a pas
toujours été le cas. Ce n'est qu'avec le deuxième mandat de George
Bush, commencé en 2005, que les Etats-Unis se sont résolus à appuyer
la diplomatie européenne. "Les mauvaises sensations résiduelles et
mutuelles de la guerre en Irak ont commencé à se dissiper. Et
l'administration Bush, qui avait de tout autres espoirs quant aux
effets de la guerre en Irak sur l'environnement régional, s'est
rendue à cette réalité que la fin du régime de Saddam laissait un
Iran plus fort, et non pas plus faible. Cela exigeait une
réévaluation", dit Tamara Cofman Wittes, analyste à l'institut
Brookings. Or les Etats-Unis n'ont plus guère de moyens de pression
sur l'Iran. Vingt-cinq ans de sanctions n'ont pas fait fléchir la
République islamique. Le recours à la force militaire, que
l'administration refuse par principe d'exclure, exposerait les
Etats-Unis à de dangereuses représailles en Irak et dans toute la
région. Depuis 2005, Européens et Américains parlent de l'Iran au
plus haut niveau. La récente visite de la chancelière allemande
Angela Merkel n'en est qu'une illustration flagrante. Reste à savoir
si cette cohésion paiera. Les Européens ne sont pas optimistes. A
priori, le régime iranien ne s'est pas engagé aussi loin pour faire
marche arrière, observe Tamara Cofman Wittes. Les Occidentaux
veulent croire que leur détermination le fera réfléchir. Une
déclaration de la présidence du Conseil de sécurité, adoptée à
l'unanimité, adresserait un signal fort de la communauté
internationale. Mais celle-ci n'est pas unanime pour l'instant. Leon
Hadar, analyste à l'institut Cato, s'interroge même sur l'unité
américano-européenne, de pure circonstance selon lui. "Je ne suis
pas sûr, à mesure que le jeu se compliquera, avec les réactions de
l'Iran, de la Russie, de la Chine, que l'accord mutuel tiendra",
dit-il. "Aucun accord entre les Européens et les Iraniens ne sera
possible tant que les Américains ne sont pas vraiment de la partie",
dit-il.
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L'Opep entraînée malgré
elle
L'Organisation des
pays exportateurs de pétrole (Opep), qui doit décider dans quelques
jours de sa politique de production pour les mois à venir, risque de
se retrouver entraînée malgré elle dans la querelle entre l'Iran et
l'Occident sur le nucléaire et de subir des pressions des deux
camps. L'Opep, qui représente 40% de la production mondiale, doit se
réunir le 31 janvier à Vienne pour décider d'abaisser ou non sa
production pour le deuxième trimestre, période où la demande de
pétrole baisse traditionnellement en raison de la fin de l'hiver
dans l'hémisphère nord. La décision devrait s'avérer
particulièrement difficile à prendre cette fois: outre des cours qui
grimpent, l'incertitude demeure forte en ce qui concerne la demande
mondiale de pétrole, notamment du côté du géant chinois dont la
croissance est toujours très vigoureuse. Mais l'Opep, qui se définit
elle-même comme une organisation apolitique, risque surtout de se
retrouver sous pression si le bras de fer autour du nucléaire
iranien gagne encore en intensité dans les jours à venir. L'Iran,
membre influent du cartel dont il est le numéro deux en termes de
production, a appelé avec vigueur à une baisse de 1 million de
barils par jour (mbj) du plafond de production (actuellement fixé à
28 mbj). Cet appel à une baisse intervient alors que les pays
occidentaux cherchent à renvoyer le dossier du nucléaire iranien
devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Aucune corrélation
n'a été établie entre les deux dossiers mais Francis Perrin,
rédacteur en chef de la revue spécialisée Le pétrole et le gaz
arabes relève qu'"il n'est pas interdit non plus de faire un lien".
Cela "peut être entendu comme un moyen d'envoyer un message aux pays
occidentaux", souligne-t-il, tout en reconnaissant que convaincre
les dix autres pays membres du cartel (Arabie saoudite, Algérie,
Indonésie, Irak, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Emirats arabes unis,
Venezuela) ne sera pas forcément une tâche facile pour Téhéran. Pour
l'heure, aucun pays membre n'est d'ailleurs allé publiquement dans
son sens. Et Washington est venu mettre son poids dans la balance en
se réclamant de la coopération de l'Opep en cas de perturbation de
la production suite à d'éventuelles sanctions contre l'Iran. Les
analystes font toutefois valoir que l'équilibre entre offre et
demande est déjà extrêmement précaire et que le marché serait bien
en peine de remplacer les barils de l'Iran si ceux-ci venaient à
manquer.
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