Semaine du 25 au 31 janvier 2006

 

Le dossier nucléaire iranien et ses implications

Pékin et Moscou prônent la patience, Washington et ses alliés l'action

Américains et Européens se veulent unis

L'Opep entraînée malgré elle  

 

 
 
 Monde

Accueil

Le dossier nucléaire iranien et ses implications

Pékin et Moscou prônent la patience, Washington et ses alliés l'action

Chine et Russie préconisent la patience dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler la crise nucléaire iranienne, tandis que les Etats-Unis exigent au contraire une action rapide pour traduire l'Iran devant le Conseil de sécurité de l'ONU, qui pourrait lui imposer des sanctions. "Au sujet de l'Iran, nous avons très clairement fait comprendre que l'heure était venue d'un transfert au Conseil de sécurité", a déclaré la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice à la presse. La troïka européenne (France, Grande-Bretagne, Allemagne), qui a mis fin à ses pourparlers avec Téhéran après la reprise des recherches de l'Iran sur le combustible nucléaire, a fait circuler un projet de résolution en vue de la réunion extraordinaire du conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) le 2 février. Le document prône le transfert du dossier au Conseil de sécurité de l'Onu, mais la Russie cherche à en modifier le contenu pour écarter cette perspective. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a adopté une position prudente en déclarant que son pays attendrait de connaître l'appréciation portée par l'AIEA sur l'attitude de l'Iran. La Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, disposent à ce titre d'un droit de veto. Pékin s'est placé dans l'expectative en recommandant la modération tout en indiquant n'avoir pas pris connaissance du projet de résolution de l'AIEA recommandant la saisine du Conseil de sécurité. La pression américano-européenne se fait de plus en plus forte sur l’Iran afin qu'elle suspende l'enrichissement d'uranium, et les discussions s'intensifient sur la possibilité d'une saisine du Conseil de sécurité et de sanctions de l'ONU. Les Iraniens ont en retirant les scellés de leur centre d'enrichissement d'uranium de Natanz (centre), provoqué un regain de tension avec les Occidentaux qui multiplient déclarations et gesticulations. Et de son côté, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a accusé l'Occident de se comporter comme le "seigneur du monde" en refusant à son pays une utilisation pacifique de l'atome. L’Iran a toujours affirmé que son programme nucléaire avait un caractère civil et se situait dans le cadre du traité de non prolifération des armes nucléaire (TNP), dont Téhéran est signataire. Face aux Etats-Unis, à Israël et aux pays européens, en rangs serrés cette fois pour mettre Téhéran au ban des nations, la Chine et la Russie qui entretiennent des relations privilégiées avec l’Iran constituent un contrepoids. D’une part, Moscou et Téhéran ont renforcé leurs liens depuis une dizaine d’années suscitant l’irritation de Washington et l’inquiétude des Européens. Outre ses intérêts commerciaux avec l’Iran, la Russie considère ses relations avec la république islamique comme une carte importante pour réaliser son objectif de "multipolarité" en politique étrangère, destiné à contrebalancer l’influence des Etats-Unis dans le monde. D’autre part, la Chine a également développé des rapports structurels étroits avec l’Iran qui lui assure une part croissante de son approvisionnement pétrolier et l’on imagine mal Pékin contribuer à saborder son unique fournisseur pétrolier indépendant des Etats-Unis. Au delà de la saisine ou pas du conseil de sécurité et des types de sanctions qui pourraient être imposées à Téhéran, une chose est sûre, l’Occident veut avoir le monopole du nucléaire.                         

Haut

 

Américains et Européens se veulent unis

 Américains et Européens proclament une totale entente face à ce qu’ils nomment le défi nucléaire iranien, après les déchirements causés par la guerre en Irak. Après plus de deux années de dialogue de sourds entre Européens et Iraniens, les premiers demandant à Téhéran de fournir les garanties qu'ils ne fabriquent pas l'arme nucléaire,  les seconds niant vouloir l’utiliser à des fins militaires,  les Etats-Unis et leurs alliés retrouvés veulent à présent réagir de concert à ce qu’ils considèrent comme des provocations successives venues de Téhéran. Selon eux, depuis août 2005, l'Iran progresse à petits pas vers une reprise de l'ultrasensible d'enrichissement d'uranium, au double usage potentiel, civil et militaire. Européens et Américains sont aujourd'hui réunis dans la conviction que l'affaire doit être portée devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Ils le sont aussi dans l'effort pour rallier ceux qui rechignent. Cela commence par les Russes et les Chinois, fortement liés aux Iraniens. Russes et Chinois ont un droit de veto au Conseil de sécurité. Ils peuvent aussi freiner le mouvement de l'AIEA qu'Américains et Européens pousseront à saisir le Conseil de sécurité quand elle se réunira en urgence le 2 février. "Les Européens ont notre soutien total dans leurs efforts pour (...) résoudre ce problème de manière diplomatique", déclare le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan. Cela n'a pas toujours été le cas. Ce n'est qu'avec le deuxième mandat de George Bush, commencé en 2005, que les Etats-Unis se sont résolus à appuyer la diplomatie européenne. "Les mauvaises sensations résiduelles et mutuelles de la guerre en Irak ont commencé à se dissiper. Et l'administration Bush, qui avait de tout autres espoirs quant aux effets de la guerre en Irak sur l'environnement régional, s'est rendue à cette réalité que la fin du régime de Saddam laissait un Iran plus fort, et non pas plus faible. Cela exigeait une réévaluation", dit Tamara Cofman Wittes, analyste à l'institut Brookings. Or les Etats-Unis n'ont plus guère de moyens de pression sur l'Iran. Vingt-cinq ans de sanctions n'ont pas fait fléchir la République islamique. Le recours à la force militaire, que l'administration refuse par principe d'exclure, exposerait les Etats-Unis à de dangereuses représailles en Irak et dans toute la région. Depuis 2005, Européens et Américains parlent de l'Iran au plus haut niveau. La récente visite de la chancelière allemande Angela Merkel n'en est qu'une illustration flagrante. Reste à savoir si cette cohésion paiera. Les Européens ne sont pas optimistes. A priori, le régime iranien ne s'est pas engagé aussi loin pour faire marche arrière, observe Tamara Cofman Wittes. Les Occidentaux veulent croire que leur détermination le fera réfléchir. Une déclaration de la présidence du Conseil de sécurité, adoptée à l'unanimité, adresserait un signal fort de la communauté internationale. Mais celle-ci n'est pas unanime pour l'instant. Leon Hadar, analyste à l'institut Cato, s'interroge même sur l'unité américano-européenne, de pure circonstance selon lui. "Je ne suis pas sûr, à mesure que le jeu se compliquera, avec les réactions de l'Iran, de la Russie, de la Chine, que l'accord mutuel tiendra", dit-il. "Aucun accord entre les Européens et les Iraniens ne sera possible tant que les Américains ne sont pas vraiment de la partie", dit-il.

 

Haut

 

L'Opep entraînée malgré elle

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui doit décider dans quelques jours de sa politique de production pour les mois à venir, risque de se retrouver entraînée malgré elle dans la querelle entre l'Iran et l'Occident sur le nucléaire  et de subir des pressions des deux camps. L'Opep, qui représente 40% de la production mondiale, doit se réunir le 31 janvier à Vienne pour décider d'abaisser ou non sa production pour le deuxième trimestre, période où la demande de pétrole baisse traditionnellement en raison de la fin de l'hiver dans l'hémisphère nord. La décision devrait s'avérer particulièrement difficile à prendre cette fois: outre des cours qui grimpent, l'incertitude demeure forte en ce qui concerne la demande mondiale de pétrole, notamment du côté du géant chinois dont la croissance est toujours très vigoureuse. Mais l'Opep, qui se définit elle-même comme une organisation apolitique, risque surtout de se retrouver sous pression si le bras de fer autour du nucléaire iranien gagne encore en intensité dans les jours à venir. L'Iran, membre influent du cartel dont il est le numéro deux en termes de production, a appelé avec vigueur à une baisse de 1 million de barils par jour (mbj) du plafond de production (actuellement fixé à 28 mbj). Cet appel à une baisse intervient alors que les pays occidentaux cherchent à renvoyer le dossier du nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Aucune corrélation n'a été établie entre les deux dossiers mais Francis Perrin, rédacteur en chef de la revue spécialisée Le pétrole et le gaz arabes relève qu'"il n'est pas interdit non plus de faire un lien". Cela "peut être entendu comme un moyen d'envoyer un message aux pays occidentaux", souligne-t-il, tout en reconnaissant que convaincre les dix autres pays membres du cartel (Arabie saoudite, Algérie, Indonésie, Irak, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Emirats arabes unis, Venezuela) ne sera pas forcément une tâche facile pour Téhéran. Pour l'heure, aucun pays membre n'est d'ailleurs allé publiquement dans son sens. Et Washington est venu mettre son poids dans la balance en se réclamant de la coopération de l'Opep en cas de perturbation de la production suite à d'éventuelles sanctions contre l'Iran. Les analystes font toutefois valoir que l'équilibre entre offre et demande est déjà extrêmement précaire et que le marché serait bien en peine de remplacer les barils de l'Iran si ceux-ci venaient à manquer.

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche