|
Accueil
Il a glorifié
ses assassinats pendant la décennie sanglante
Mezrag défie l’Etat
et nargue les victimes du terrorisme
Les déclarations
de Madani Mezrag, faites dernièrement à l’hebdomadaire Jeune
Afrique/L’Intelligent, ont été interprétées comme une insulte à
l’endroit d’un pays qui a souffert durement de la nuisance
intégriste et qui subit encore les traumatismes de la décennie
noire. L’ex-chef de l’AIS, conforté par l’opacité ambiante, a-t-il
crié victoire ? S’est-il empressé de dévoiler un certain jeu ?
L’affaire Madani
Mezrag est grave, elle peut en cacher d’autres. L'ancien chef de
l'Armée islamique du salut (AIS), qui prêche aujourd'hui la
concorde, qui a affiché ostentatoirement son soutien au projet
présidentiel de réconciliation nationale, n’a pas renié son passé ni
fait son autocritique. Dans l’entretien qu’il a accordé au début du
mois à l’hebdomadaire L’Intelligent, il a refusé de se considérer
comme un repenti, estimant avoir fait son devoir pendant les années
1990.
"Je ne suis pas un
repenti. J'ai mené une guerre juste et j'ai passé un accord, les
armes à la main, avec l'état-major de l'armée", a-t-il déclaré au
journaliste. Puis d’ajouter plus loin de façon arrogante : "Nos
idées vont finir par triompher en Algérie. Je suis convaincu à 100 %
que le courant islamique va dominer la société." L’interviewé a
assumé son passé d’assassin. Il n’a en fait éprouvé ni pudeur, ni
gêne, ni peur à décrire, avec maints détails, son premier
assassinat : "C'était en 1993, dans la région de Jijel, au cours
d'une embuscade dressée contre un convoi militaire. Le jeune
militaire agonisait lorsque j'ai arraché le kalachnikov de ses
mains. J'ai gardé cette arme pendant plusieurs années, mais je l'ai
toujours détestée. Pourquoi ? Parce qu'elle m'a toujours rappelé les
râles de ce militaire au moment où il rendait l'âme. "
Madani Mezrag a
même assuré que "les prisonniers étaient systématiquement tués" et
qu’il ne fallait surtout pas s’encombrer "d'états d'âme". "Il
fallait tuer ou être tué", a-t-il souligné, laissant entendre que la
guerre engagée l’avait opposé à l’armée nationale. Aucun mot n’a été
prononcé sur les menaces et les intimidations des militants de
l’ex-Front islamique du salut (ex-FIS), les pressions qu’il
exerçaient particulièrement sur les femmes et les jeunes filles pour
le port du hidjab (voile) ni sur les exécutions de civils commises
par les membres de l’armée du parti dissous (AIS). L’interviewé
s’est juste limité à faire remarquer que l’organisation qu’il a
dirigée, et là il faut comprendre l’AIS, "ne s'est jamais attaquée
aux civils". Que faut-il alors répondre à ces familles victimes du
terrorisme qui accusent, encore aujourd’hui, Madani Mezrag d’avoir
perpétré des massacres contre des citoyens civils ? Quelle réplique
faut-il donner aussi à tous ceux qui, à l’exemple de Amara Benyounès
de l’UDR, prévenaient de l’emprisonnement de Madani Mezrag une fois
la charte de la paix adoptée ? "Ceux qui veulent me poursuivre en
justice sont libres de le faire. Je n'ai peur de rien. Je n'ai peur
de personne", a-t-il signalé, provoquant.
Dans son édition
du 17 janvier dernier, notre confrère L’Expression a rapporté
qu’après la polémique suscitée par l’interview de Madani Mezrag, ce
dernier lui avait confié qu’il n’avait pas "pris le maquis islamiste
pour chasser le gibier". Son franc-parler excuse-t-il sa façon
méprisante et injurieuse de s’adresser à des lecteurs et d’associer
les victimes du terrorisme à du gibier ? Et même si nous admettons
que l’ex-chef de l’AIS dit vrai quand il affirme à l’Expression que
"certaines phrases ont été, sciemment ou non, déformées, triturées
ou altérées" par le journaliste de L’Intelligent, comment se fait-il
qu’il récidive et tienne des propos semblables, quelques jours plus
tard, au quotidien Djazaïr News, en s’exhibant comme un héros ?
La révision du
contrat de Rome ?
Les déclarations
récentes faites à L’Expression confirment, hélas, que l’activiste
islamiste, qui reconnaît lui-même qu’il se voue de "l’avenir" de ses
hommes en faisant du "service après-vente", n’est pas prêt de
renoncer au projet d’Etat théocratique. Pire encore, elles montrent
un Madani Mezrag qui se démarque certes des structures du GIA, en
cherchant toutefois à expliquer que l’arrêt des hostilités du 1er
octobre 1997 du bras armé de l’ex-FIS n’avait rien d’une reddition.
Il a tout de même tenté d’équilibrer ses dires en rappelant qu’il
avait proposé lui-même aux autorités du pays de reprendre les armes,
"mais pour aller combattre les sanguinaires du GIA". Reconverti dans
les affaires grâce à l’argent des victimes qu’il a rackettées, le
notable de Jijel a cependant eu le culot d’annoncer que les
négociations avec l’état-major de l’ANP se sont faites les armes à
la main. Quelle image veut-il donner de lui ? Celle d’un meurtrier
qui ne craint pas de faire le compte de ses victimes, celle d’un
Rambo qui ne tourne pas le dos à sa cause et dont l’armée a grand
besoin pour déloger les "gros" sanguinaires du GIA et des autres
groupes terroristes ?
Les propos de
Madani Mezrag, loin d’être innocents, remettent sur le tapis des
thèses défendues par les partisans du "qui tue qui ?" et du contrat
de Rome. Des thèses qui, sous l’argument de la démocratie,
minimisaient les assassinats commis par des "combattants" qui
voulaient imposer l’instauration d’une dawla islamiya. Des positions
tranchées qui présentaient cette "sale guerre" comme étant provoquée
par les militaires au début des années 1990, en vue d’empêcher la
victoire électorale de l’ex-FIS. Acculer l’institution militaire et
l’affaiblir, tel était alors l’objectif visé !
L’Occident des
années 1990 était prêt, pour l’histoire, à sacrifier l’Algérie,
attendant alors la cristallisation de l’Etat islamique. Ses
dirigeants s’investissaient pour la plupart à critiquer, condamner
et rappeler que le gouvernement algérien piétinait les droits de
l’homme, en devenant subitement avares de mots lorsqu’il s’agissait
de dénoncer les crimes abominables commis sur de simples soldats et
des citoyens jusque-là paisibles. Tout ce qui leur importait,
c’était que l’Algérie ait mis fin à un processus de vote dangereux,
que l’ANP ait violé des principes démocratiques. Ce sont pourtant
ces décisions qui ont évité au pays de reproduire le syndrome
iranien ou afghan.
Ouvrons une petite
parenthèse pour rappeler que dans les expériences récentes dans le
monde musulman, c’est-à-dire les expériences iranienne et afghane,
l’islamisme et l’alternance démocratique sont diamétralement
opposés. En Iran, le pouvoir théocratique a été installé depuis la
prise du pouvoir en 1979 par les ayatollahs : il risque de durer
encore, en dépit des réformes introduites ces dernières années.
Quant à l’Afghanistan, elle est passée par une guerre civile
infernale et il a fallu l’intervention d’une coalition
internationale, à sa tête les Etats-Unis, pour contraindre les
taliban à lâcher le pouvoir. C’est dire qu’il faudra encore des
années de sacrifices et de souffrances des Iraniens et des Afghans
pour permettre à leur pays respectif de respecter les principes et
les règles de l’alternance politique.
La défense des
libertés individuelles par l’Etat
Mais l’Occident
n’était pas le seul à fuir les cris et l’agonie des Algériens, les
"frères" du monde arabo-musulman ont également failli : les uns ont
préféré garder leurs distances au lieu de réagir à l’affront fait à
l’Islam ; les autres ont soutenu les fondamentalistes religieux en
leur assurant argent et logistique. Telles sont les vérités amères
qui rappellent aussi une période où même les Algériens inscrits sur
les listes des personnes à abattre et les femmes violées et
kidnappées n’étaient point fréquentables ! L’Algérie l’a donc
échappé belle au prix de plus de 150 000 morts, des centaines de
blessés et de disparus et de tant de dégâts matériels. Elle a
affronté, à son corps défendant, une nébuleuse terroriste aux
multiples ramifications régionales et internationales.
Sans les
malheureux attentats de New York, en septembre 2001, l’influence de
certaines thèses, en premier lieu celle de l’Internationale
socialiste qui s’acharnait sur "la junte militaire" au détriment de
la défense du droit à la vie, se serait poursuivie avec la même
intensité.
Bien plus tard, le
retour à la paix devenait indispensable pour une population meurtrie
et divisée. Il devenait également essentiel pour un Etat qui a
failli s’écrouler de se redresser et de se stabiliser en dessinant
au préalable les lignes de cette paix tant attendue.
C’est ainsi que
Abdelaziz Bouteflika, une fois installé au poste de président de la
République, en est arrivé à déclarer que "ceux qui ont mis l’Algérie
à feu et à sang ne peuvent aucunement prétendre à un quelconque rôle
sur la scène politique". Mais en affirmant que la concorde civile
(adoptée en 1999) représentait un "premier vaccin pour guérir
l’Algérie", que la réconciliation nationale était un "second vaccin"
et qu’il pouvait en administrer un autre si nécessaire, le chef de
l’Etat ne cherchait-il pas à ouvrir les portes d’une amnistie
générale telle qu’exigée par les islamistes radicaux ? Cette
question s’impose aujourd’hui plus que par le passé, surtout après
la campagne menée autour de la Charte pour la réconciliation
nationale qui a exclu toutes les voix critiques, les partisans du
"oui" compris.
A la lumière de ce
qui a été écrit précédemment et de la teneur des déclarations faites
à L’Intelligent, à Djazaïr News, puis à L’Expression, on est tenté
de croire que Madani Mezrag, impliqué dans la dernière campagne
référendaire et conforté par l’opacité ambiante, a vite crié
victoire. A moins, bien sûr, qu’il se soit empressé de dévoiler un
jeu – si jeu il y a – avant de modérer ses propos.
Ces réactions,
loin de rassurer, posent aujourd’hui l’épineuse question de
l'idéologie islamiste et la responsabilité de l’Etat dans la défense
des libertés individuelles.
On savait que la
paix ne se construisait pas du jour au lendemain puisqu’elle exige
beaucoup d’effort et du temps. On sait à présent que le processus de
réconciliation, fait incontestable, est enclenché. Mais la maison
Algérie n’a pas encore assaini tous les contentieux et, pour preuve,
Anouar Haddam qui, en 1995, avait revendiqué depuis les Etats-Unis
l’attentat meurtrier du boulevard Amirouche, a failli être accueilli
"à bras ouverts" il y a quelques mois par des responsables de l'Etat
algérien.
L’affaire Madani
Mezrag est grave, elle peut en cacher d’autres…
Z’hor Chérief
Encadré
Le fanatisme :
une inaptitude à accepter les nuances
Le fanatisme,
religieux ou politique, est la manifestation d’un désordre
psychique. Il a son origine dans des réactions émotives comme la
colère et l’indignation ; il est structuré et maintenu dans le temps
par de complexes architectures idéologiques. C’est le point de vue
défendu par la psychologue italienne Vera Slepoj dans son ouvrage
Géographie des sentiments (*). Selon elle, il existe deux types de
fanatisme. A l’échelle individuelle, celui-ci est défini comme
"l’inaptitude totale d’un sujet à confronter ses idées avec la
réalité extérieure". A ce niveau, la personne fanatique éprouve "un
fort sentiment d’appartenance" à une communauté ou à un groupe, où
les éléments partagent les mêmes idéaux, voire les mêmes sentiments.
Pour ce qui est du fanatisme collectif, Vera Slopej déclare qu’il
naît, en revanche, d’un sentiment d’impuissance, largement partagé,
"lorsqu’il est impossible d’atteindre certains objectifs par des
voies formelles, légales et que la négociation sociale fait défaut".
Cette impuissance engendrera alors une agressivité latente qui, une
fois accumulée, s’exprimera dans des mouvements "impétueux" sur le
plan de l’émotivité. "Le fanatisme, écrit-elle, expose toujours là
où couvent des foyers d’injustice et de mécontentement. " Aussi
reproche-t-elle à certains dirigeants, chefs religieux ou chefs de
parti politique, d’attiser "l’esprit de groupe" contre des boucs
émissaires, étrangers ou extérieurs à la communauté religieuse ou
ethnique, tentant de convaincre que "tout le bien se trouve d’un
côté, tout le mal de l’autre". Et ce, au lieu d’affronter les
problèmes internes et de leur apporter des solutions. "L’inaptitude
à accepter les nuances et le rejet des ambivalences, sont là aussi
perceptibles", précise-t-elle. La psychologue tient néanmoins à
faire le distinguo entre la révolution et la guerre fanatique. Vera
Spolej explique que dans la première, "on se libère d’une situation
injuste dont on a conscience", alors que dans la seconde, "le
malaise est souvent inconscient, ou bien enfoui sous l’idée d’une
supériorité raciale, religieuse ou ethnique".
Dans le chapitre
consacré à la haine, qu’elle définit comme étant l’expression la
plus achevée et la plus précise d’un "sentiment négatif", la
psychologue révèle que les manifestations de "haine collective" sont
ostensibles, aussi bien dans les fanatismes religieux que dans
l’intolérance raciale et dans les guerres. Ces manifestations,
soutient-elle, reposent sur "l’acceptation aveugle de certaines
idéologies", ce qui aboutit à de véritables formes de délire de
masse : "Dans un climat émotionnel de fanatisme, toute violence est
justifiée et l’individu se trouve déresponsabilisé de toute action
agressive, même la plus atroce."
Z. C.
(*) Vera Slopej,
Géographie des sentiments (éditions Payot).
UGTA
Une coquille
vide ?
La lutte au sein
de l'UGTA a atteint ses limites. Il est vain de vouloir améliorer
les choses car cette organisation syndicale n'arrive plus à couper
le cordon ombilical avec les pouvoirs publics. Il est temps d'aller
vers un syndicat autonome qui puisse enfin fédérer sérieusement les
autres syndicats d'entreprise. C'est en substance les conclusions
auxquelles sont arrivés les syndicalistes après la suspension, par
le secrétariat national de l'UGTA, du secrétaire général du syndicat
des douanes, Ahmed Badaoui.
Cette décision de
suspendre Ahmed Badaoui était en fait la goutte qui a fait déborder
le vase des syndicalistes, qui ne prennent pas de gants pour
affirmer haut et fort qu'au fil des années, l'UGTA a perdu la
substance qui faisait d'elle une organisation forte et qui prenait à
cœur la défense des droits des travailleurs. Certains vont même
jusqu'à dire que la plus vieille organisation syndicale du pays
tend, par les temps qui courent, à casser les luttes syndicales et
est en train de devenir une coquille vidée de sa substance première.
Ce désengagement
de la Centrale syndicale, les syndicalistes l'expriment par des
démissions, comme celles enregistrées récemment à Constantine où le
secrétaire général de l'Union nationale des travailleurs de
l'éducation signale plusieurs démissions des syndicats de l'UGTA.
Un syndicat,
disent les démissionnaires, devenu un appareil sans âme, coupé de la
réalité de la base.
C'est donc
l'affaire Ahmed Badaoui qui a servi de déclic aux syndicalistes, car
jugée par ces derniers de "très dangereuse". Certains iront même
jusqu'à dire que c'est un coup porté dans le dos des syndicalistes,
car le secrétaire général de l'UGTA avait promis de prendre en
charge le dossier Badaoui et de lui restituer son poste après qu'il
eut été chassé par le directeur général des douanes.
Personne ne
s'attendait à ce coup de théâtre, surtout que cette décision a été
prise lors d'une réunion consacrée aux dossiers sociaux. C'est pour
cette raison que plusieurs syndicalistes n'ont pas hésité à comparer
cette affaire au traitement que réserve l'Etat aux syndicats
autonomes de l'éducation, syndicats que l'Etat n'a pas hésité à
poursuivre en justice pour démontrer que leur mouvement de grève
était "illégal". Tout ceci n'a nullement découragé les syndicats
autonomes de l'éducation à déclencher leur mouvement de grève ; ils
ont conclu que la réussite de cette protestation traduisait un
ras-le-bol général des travailleurs du secteur. Ces syndicalistes
affirment à qui veut bien les entendre que les agissements du
ministère de l'Education n'ont pu constituer un frein à leur
mouvement de protestation, et que ce sont ces procédés qui ont
encouragé tous les travailleurs du secteur à prendre part à la
grève.
Les observateurs
de la vie syndicale estiment, pour leur part, que ce qui se passe
avec les syndicats autonomes de l'éducation est valable pour tous
les autres secteurs, et que nous assistons à la naissance d'une
nouvelle Centrale syndicale, vidée de sa substance, complètement
alliée aux pouvoirs publics qui lui dictent ce qu'elle doit faire.
En même temps et
parce que la Centrale syndicale n'est plus ce qu'elle était par le
passé, d'autres syndicats autonomes voient le jour et arrivent à
fédérer de nombreux syndicalistes. Cela signifie-t-il qu'un jour
prochain, l'organisation qui a, de longues années, milité pour les
droits des travailleurs et qui négociait avec le gouvernement, sûre
de son poids et des résultats qu'elle voulait obtenir, ne sera plus
que l'ombre d'elle-même et le souvenir lointain d'un syndicat fort,
efficace, détenteur d'une force de mobilisation telle qu'il pouvait
sans peine changer le paysage politique du pays ?
Mais au train où
vont les choses et en l'état actuel de la Centrale syndicale, ce
n'est une surprise pour personne de voir l'UGTA vidée de ce qui
faisait sa force. La suspension du secrétaire général du syndicat
des douanes, qui était l'un des rares syndicalistes à afficher son
rejet pour les tendances économiques libérales, n'est pas dirigée
seulement contre la personne de Ahmed Badaoui, mais vise, d'après
les observateurs, à tracer la nouvelle voie de la Centrale où la
protestation et la lutte syndicale ne sont pas forcément les seuls
moyens pour que les travailleurs conservent les droits acquis ou en
demandent d'autres.
Ces mêmes
observateurs affirment que ces changements étaient prévisibles et
que l'Algérie, dont l'économie planifiée et centralisée a évolué à
l'économie de marché, a suivi le changement politique qui a
introduit le multipartisme après des années d'une seul et unique
parti, doit aller jusqu'au bout de son évolution ; il est tout à
fait normal que cette mutation touche aussi le monde syndical où la
multiplicité des organisations serait une continuité à tous ces
changements.
Il reste que la
suspension de Ahmed Badaoui ne l'a nullement surpris lui-même, car
il estime qu'elle a une odeur politique. "Ils m'ont demandé d'autodissoudre
la coordination en contrepartie de la levée de la mesure de
suspension décidée par l'administration douanière", affirme-t-il,
ajoutant qu'il ne peut dissoudre une coordination : "Comment
pourrais-je dissoudre une structure qui appartient à plusieurs
syndicats ?"
Pour Ahmed Badaoui,
cette décision n'est pas inquiétante pour elle-même, mais laisse
entrevoir qu'"elle n'est qu'un avant-goût de ce qui va se passer
dans les jours à venir. Il y a une grave menace sur les libertés
syndicales", affirme-t-il.
La coordination
des syndicats des entreprises portuaires ne cache pas son inquiétude
et estime que la suspension de Ahmed Badaoui est un message, on ne
peut plus clair, quant à l'avenir de la vie syndicale en Algérie.
Ce constat
d'aspiration à museler les libertés les pousse à réfléchir
sérieusement à créer une nouvelle organisation syndicale autonome
car, disent-ils, l'UGTA n'arrive plus à couper le cordon ombilical
qui la lie aux pouvoirs publics.
"Il est important
de passer à l'action, parce que c'est le devenir des libertés
syndicales qui est en jeu. Les pouvoirs publics qui sont contre
l'idée du renouveau de l'UGTA, casseront toutes les initiatives qui
vont dans ce sens. Nous ne pouvons plus faire confiance à une
organisation qui sacrifie un syndicaliste, suspendu par son
employeur, et dont le seul tort est d'avoir exercé son droit
syndical", affirment plusieurs syndicalistes à l'unisson.
Donc l'idée d'une
Centrale syndicale vidée de son sens fait son chemin, doucement mais
sûrement. Quelle est cette force qui veut à tout prix briser
l'organisation des travailleurs, elle qui était un partenaire
incontournable pour toutes les décisions importantes du pays ?
Pourquoi ce
silence de l'UGTA qui a annoncé la trêve sociale, mais n'a pas pensé
à rompre cette trêve une fois le président de la République guéri ?
Le congrès de l'UGTA qui devait se tenir au mois de février prochain
aura-t-il lieu ? Pourra-t-on remettre les pendules à l'heure et
présenter une section syndicale aussi forte qu'avant ? Autant
d'interrogations que seuls les prochains jours seront en mesure
d'éclaircir.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |