Semaine du 25 au 31 janvier 2006

 

Il a glorifié ses assassinats pendant la décennie sanglante

Mezrag défie l’Etat et nargue les victimes du terrorisme

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Une coquille vide ?

 

 
 
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Il a glorifié ses assassinats pendant la décennie sanglante

Mezrag défie l’Etat et nargue les victimes du terrorisme

Les déclarations de Madani Mezrag, faites dernièrement à l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent, ont été interprétées comme une insulte à l’endroit d’un pays qui a souffert durement de la nuisance intégriste et qui subit encore les traumatismes de la décennie noire. L’ex-chef de l’AIS, conforté par l’opacité ambiante, a-t-il crié victoire ? S’est-il empressé de dévoiler un certain jeu ?

L’affaire Madani Mezrag est grave, elle peut en cacher d’autres. L'ancien chef de l'Armée islamique du salut (AIS), qui prêche aujourd'hui la concorde, qui a affiché ostentatoirement son soutien au projet présidentiel de réconciliation nationale, n’a pas renié son passé ni fait son autocritique. Dans l’entretien qu’il a accordé au début du mois à l’hebdomadaire L’Intelligent, il a refusé de se considérer comme un repenti, estimant avoir fait son devoir pendant les années 1990.

"Je ne suis pas un repenti. J'ai mené une guerre juste et j'ai passé un accord, les armes à la main, avec l'état-major de l'armée", a-t-il déclaré au journaliste. Puis d’ajouter plus loin de façon arrogante : "Nos idées vont finir par triompher en Algérie. Je suis convaincu à 100 % que le courant islamique va dominer la société." L’interviewé a assumé son passé d’assassin. Il n’a en fait éprouvé ni pudeur, ni gêne, ni peur à décrire, avec maints détails, son premier assassinat : "C'était en 1993, dans la région de Jijel, au cours d'une embuscade dressée contre un convoi militaire. Le jeune militaire agonisait lorsque j'ai arraché le kalachnikov de ses mains. J'ai gardé cette arme pendant plusieurs années, mais je l'ai toujours détestée. Pourquoi ? Parce qu'elle m'a toujours rappelé les râles de ce militaire au moment où il rendait l'âme. "

Madani Mezrag a même assuré que "les prisonniers étaient systématiquement tués" et qu’il ne fallait surtout pas s’encombrer "d'états d'âme". "Il fallait tuer ou être tué", a-t-il souligné, laissant entendre que la guerre engagée l’avait opposé à l’armée nationale. Aucun mot n’a été prononcé sur les menaces et les intimidations des militants de l’ex-Front islamique du salut (ex-FIS), les pressions qu’il exerçaient particulièrement sur les femmes et les jeunes filles pour le port du hidjab (voile) ni sur les exécutions de civils commises par les membres de l’armée du parti dissous (AIS). L’interviewé s’est juste limité à faire remarquer que l’organisation qu’il a dirigée, et là il faut comprendre l’AIS, "ne s'est jamais attaquée aux civils". Que faut-il alors répondre à ces familles victimes du terrorisme qui accusent, encore aujourd’hui, Madani Mezrag d’avoir perpétré des massacres contre des citoyens civils ? Quelle réplique faut-il donner aussi à tous ceux qui, à l’exemple de Amara Benyounès de l’UDR, prévenaient de l’emprisonnement de Madani Mezrag une fois la charte de la paix adoptée ? "Ceux qui veulent me poursuivre en justice sont libres de le faire. Je n'ai peur de rien. Je n'ai peur de personne", a-t-il signalé, provoquant.

Dans son édition du 17 janvier dernier, notre confrère L’Expression a rapporté qu’après la polémique suscitée par l’interview de Madani Mezrag, ce dernier lui avait confié qu’il n’avait pas "pris le maquis islamiste pour chasser le gibier". Son franc-parler excuse-t-il sa façon méprisante et injurieuse de s’adresser à des lecteurs et d’associer les victimes du terrorisme à du gibier ? Et même si nous admettons que l’ex-chef de l’AIS dit vrai quand il affirme à l’Expression que "certaines phrases ont été, sciemment ou non, déformées, triturées ou altérées" par le journaliste de L’Intelligent, comment se fait-il qu’il récidive et tienne des propos semblables, quelques jours plus tard, au quotidien Djazaïr News, en s’exhibant comme un héros ?

La révision du contrat de Rome ?

Les déclarations récentes faites à L’Expression confirment, hélas, que l’activiste islamiste, qui reconnaît lui-même qu’il se voue de "l’avenir" de ses hommes en faisant du "service après-vente", n’est pas prêt de renoncer au projet d’Etat théocratique. Pire encore, elles montrent un Madani Mezrag qui se démarque certes des structures du GIA, en cherchant toutefois à expliquer que l’arrêt des hostilités du 1er octobre 1997 du bras armé de l’ex-FIS n’avait rien d’une reddition. Il a tout de même tenté d’équilibrer ses dires en rappelant qu’il avait proposé lui-même aux autorités du pays de reprendre les armes, "mais pour aller combattre les sanguinaires du GIA". Reconverti dans les affaires grâce à l’argent des victimes qu’il a rackettées, le notable de Jijel a cependant eu le culot d’annoncer que les négociations avec l’état-major de l’ANP se sont faites les armes à la main. Quelle image veut-il donner de lui ? Celle d’un meurtrier qui ne craint pas de faire le compte de ses victimes, celle d’un Rambo qui ne tourne pas le dos à sa cause et dont l’armée a grand besoin pour déloger les "gros" sanguinaires du GIA et des autres groupes terroristes ?

Les propos de Madani Mezrag, loin d’être innocents, remettent sur le tapis des thèses défendues par les partisans du "qui tue qui ?" et du contrat de Rome. Des thèses qui, sous l’argument de la démocratie, minimisaient les assassinats commis par des "combattants" qui voulaient imposer l’instauration d’une dawla islamiya. Des positions tranchées qui présentaient cette "sale guerre" comme étant provoquée par les militaires au début des années 1990, en vue d’empêcher la victoire électorale de l’ex-FIS. Acculer l’institution militaire et l’affaiblir, tel était alors l’objectif visé !

L’Occident des années 1990 était prêt, pour l’histoire, à sacrifier l’Algérie, attendant alors la cristallisation de l’Etat islamique. Ses dirigeants s’investissaient pour la plupart à critiquer, condamner et rappeler que le gouvernement algérien piétinait les droits de l’homme, en devenant subitement avares de mots lorsqu’il s’agissait de dénoncer les crimes abominables commis sur de simples soldats et des citoyens jusque-là paisibles. Tout ce qui leur importait, c’était que l’Algérie ait mis fin à un processus de vote dangereux, que l’ANP ait violé des principes démocratiques. Ce sont pourtant ces décisions qui ont évité au pays de reproduire le syndrome iranien ou afghan.

Ouvrons une petite parenthèse pour rappeler que dans les expériences récentes dans le monde musulman, c’est-à-dire les expériences iranienne et afghane, l’islamisme et l’alternance démocratique sont diamétralement opposés. En Iran, le pouvoir théocratique a été installé depuis la prise du pouvoir en 1979 par les ayatollahs : il risque de durer encore, en dépit des réformes introduites ces dernières années. Quant à l’Afghanistan, elle est passée par une guerre civile infernale et il a fallu l’intervention d’une coalition internationale, à sa tête les Etats-Unis, pour contraindre les taliban à lâcher le pouvoir. C’est dire qu’il faudra encore des années de sacrifices et de souffrances des Iraniens et des Afghans pour permettre à leur pays respectif de respecter les principes et les règles de l’alternance politique.

La défense des libertés individuelles par l’Etat

Mais l’Occident n’était pas le seul à fuir les cris et l’agonie des Algériens, les "frères" du monde arabo-musulman ont également failli : les uns ont préféré garder leurs distances au lieu de réagir à l’affront fait à l’Islam ; les autres ont soutenu les fondamentalistes religieux en leur assurant argent et logistique. Telles sont les vérités amères qui rappellent aussi une période où même les Algériens inscrits sur les listes des personnes à abattre et les femmes violées et kidnappées n’étaient point fréquentables ! L’Algérie l’a donc échappé belle au prix de plus de 150 000 morts, des centaines de blessés et de disparus et de tant de dégâts matériels. Elle a affronté, à son corps défendant, une nébuleuse terroriste aux multiples ramifications régionales et internationales.

Sans les malheureux attentats de New York, en septembre 2001, l’influence de certaines thèses, en premier lieu celle de l’Internationale socialiste qui s’acharnait sur "la junte militaire" au détriment de la défense du droit à la vie, se serait poursuivie avec la même intensité.

Bien plus tard, le retour à la paix devenait indispensable pour une population meurtrie et divisée. Il devenait également essentiel pour un Etat qui a failli s’écrouler de se redresser et de se stabiliser en dessinant au préalable les lignes de cette paix tant attendue.

C’est ainsi que Abdelaziz Bouteflika, une fois installé au poste de président de la République, en est arrivé à déclarer que "ceux qui ont mis l’Algérie à feu et à sang ne peuvent aucunement prétendre à un quelconque rôle sur la scène politique". Mais en affirmant que la concorde civile (adoptée en 1999) représentait un "premier vaccin pour guérir l’Algérie", que la réconciliation nationale était un "second vaccin" et qu’il pouvait en administrer un autre si nécessaire, le chef de l’Etat ne cherchait-il pas à ouvrir les portes d’une amnistie générale telle qu’exigée par les islamistes radicaux ? Cette question s’impose aujourd’hui plus que par le passé, surtout après la campagne menée autour de la Charte pour la réconciliation nationale qui a exclu toutes les voix critiques, les partisans du "oui" compris. 

A la lumière de ce qui a été écrit précédemment et de la teneur des déclarations faites à L’Intelligent, à Djazaïr News, puis à L’Expression, on est tenté de croire que Madani Mezrag, impliqué dans la dernière campagne référendaire et conforté par l’opacité ambiante, a vite crié victoire. A moins, bien sûr, qu’il se soit empressé de dévoiler un jeu – si jeu il y a – avant de modérer ses propos.

Ces réactions, loin de rassurer, posent aujourd’hui l’épineuse question de l'idéologie islamiste et la responsabilité de l’Etat dans la défense des libertés individuelles.

On savait que la paix ne se construisait pas du jour au lendemain puisqu’elle exige beaucoup d’effort et du temps. On sait à présent que le processus de réconciliation, fait incontestable, est enclenché. Mais la maison Algérie n’a pas encore assaini tous les contentieux et, pour preuve, Anouar Haddam qui, en 1995, avait revendiqué depuis les Etats-Unis l’attentat meurtrier du boulevard Amirouche, a failli être accueilli "à bras ouverts" il y a quelques mois par des responsables de l'Etat algérien.

L’affaire Madani Mezrag est grave, elle peut en cacher d’autres…

Z’hor Chérief

 

Encadré 

Le fanatisme : une inaptitude à accepter les nuances

Le fanatisme, religieux ou politique, est la manifestation d’un désordre psychique. Il a son origine dans des réactions émotives comme la colère et l’indignation ; il est structuré et maintenu dans le temps par de complexes architectures idéologiques. C’est le point de vue défendu par la psychologue italienne Vera Slepoj dans son ouvrage Géographie des sentiments (*). Selon elle, il existe deux types de fanatisme. A l’échelle individuelle, celui-ci est défini comme "l’inaptitude totale d’un sujet à confronter ses idées avec la réalité extérieure". A ce niveau, la personne fanatique éprouve "un fort sentiment d’appartenance" à une communauté ou à un groupe, où les éléments partagent les mêmes idéaux, voire les mêmes sentiments. Pour ce qui est du fanatisme collectif, Vera Slopej déclare qu’il naît, en revanche, d’un sentiment d’impuissance, largement partagé, "lorsqu’il est impossible d’atteindre certains objectifs par des voies formelles, légales et que la négociation sociale fait défaut". Cette impuissance engendrera alors une agressivité latente qui, une fois accumulée, s’exprimera dans des mouvements "impétueux" sur le plan de l’émotivité. "Le fanatisme, écrit-elle, expose toujours là où couvent des foyers d’injustice et de mécontentement. " Aussi reproche-t-elle à certains dirigeants, chefs religieux ou chefs de parti politique, d’attiser "l’esprit de groupe" contre des boucs émissaires, étrangers ou extérieurs à la communauté religieuse ou ethnique, tentant de convaincre que "tout le bien se trouve d’un côté, tout le mal de l’autre". Et ce, au lieu d’affronter les problèmes internes et de leur apporter des solutions. "L’inaptitude à accepter les nuances et le rejet des ambivalences, sont là aussi perceptibles", précise-t-elle. La psychologue tient néanmoins à faire le distinguo entre la révolution et la guerre fanatique. Vera Spolej explique que dans la première, "on se libère d’une situation injuste dont on a conscience", alors que dans la seconde, "le malaise est souvent inconscient, ou bien enfoui sous l’idée d’une supériorité raciale, religieuse ou ethnique".

Dans le chapitre consacré à la haine, qu’elle définit comme étant l’expression la plus achevée et la plus précise d’un "sentiment négatif", la psychologue révèle que les manifestations de "haine collective" sont ostensibles, aussi bien dans les fanatismes religieux que dans l’intolérance raciale et dans les guerres. Ces manifestations, soutient-elle, reposent sur "l’acceptation aveugle de certaines idéologies", ce qui aboutit à de véritables formes de délire de masse : "Dans un climat émotionnel de fanatisme, toute violence est justifiée et l’individu se trouve déresponsabilisé de toute action agressive, même la plus atroce."

Z. C.

 

(*) Vera Slopej, Géographie des sentiments (éditions Payot).

 

 

UGTA

Une coquille vide ?

La lutte au sein de l'UGTA a atteint ses limites. Il est vain de vouloir améliorer les choses car cette organisation syndicale n'arrive plus à couper le cordon ombilical avec les pouvoirs publics. Il est temps d'aller vers un syndicat autonome qui puisse enfin fédérer sérieusement les autres syndicats d'entreprise. C'est en substance les conclusions auxquelles sont arrivés les syndicalistes après la suspension, par le secrétariat national de l'UGTA, du secrétaire général du syndicat des douanes, Ahmed Badaoui.

Cette décision de suspendre Ahmed Badaoui était en fait la goutte qui a fait déborder le vase des syndicalistes, qui ne prennent pas de gants pour affirmer haut et fort qu'au fil des années, l'UGTA a perdu la substance qui faisait d'elle une organisation forte et qui prenait à cœur la défense des droits des travailleurs. Certains vont même jusqu'à dire que la plus vieille organisation syndicale du pays tend, par les temps qui courent, à casser les luttes syndicales et est en train de devenir une coquille vidée de sa substance première.

Ce désengagement de la Centrale syndicale, les syndicalistes l'expriment par des démissions, comme celles enregistrées récemment à Constantine où le secrétaire général de l'Union nationale des travailleurs de l'éducation signale plusieurs démissions des syndicats de l'UGTA.

Un syndicat, disent les démissionnaires, devenu un appareil sans âme, coupé de la réalité de la base.

C'est donc l'affaire Ahmed Badaoui qui a servi de déclic aux syndicalistes, car jugée par ces derniers de "très dangereuse". Certains iront même jusqu'à dire que c'est un coup porté dans le dos des syndicalistes, car le secrétaire général de l'UGTA avait promis de prendre en charge le dossier Badaoui et de lui restituer son poste après qu'il eut été chassé par le directeur général des douanes.

Personne ne s'attendait à ce coup de théâtre, surtout que cette décision a été prise lors d'une réunion consacrée aux dossiers sociaux. C'est pour cette raison que plusieurs syndicalistes n'ont pas hésité à comparer cette affaire au traitement que réserve l'Etat aux syndicats autonomes de l'éducation, syndicats que l'Etat n'a pas hésité à poursuivre en justice pour démontrer que leur mouvement de grève était "illégal". Tout ceci n'a nullement découragé les syndicats autonomes de l'éducation à déclencher leur mouvement de grève ; ils ont conclu que la réussite de cette protestation traduisait un ras-le-bol général des travailleurs du secteur. Ces syndicalistes affirment à qui veut bien les entendre que les agissements du ministère de l'Education n'ont pu constituer un frein à leur mouvement de protestation, et que ce sont ces procédés qui ont encouragé tous les travailleurs du secteur à prendre part à la grève.

Les observateurs de la vie syndicale estiment, pour leur part, que ce qui se passe avec les syndicats autonomes de l'éducation est valable pour tous les autres secteurs, et que nous assistons à la naissance d'une nouvelle Centrale syndicale, vidée de sa substance, complètement alliée aux pouvoirs publics qui lui dictent ce qu'elle doit faire.

En même temps et parce que la Centrale syndicale n'est plus ce qu'elle était par le passé, d'autres syndicats autonomes voient le jour et arrivent à fédérer de nombreux syndicalistes. Cela signifie-t-il qu'un jour prochain, l'organisation qui a, de longues années, milité pour les droits des travailleurs et qui négociait avec le gouvernement, sûre de son poids et des résultats qu'elle voulait obtenir, ne sera plus que l'ombre d'elle-même et le souvenir lointain d'un syndicat fort, efficace, détenteur d'une force de mobilisation telle qu'il pouvait sans peine changer le paysage politique du pays ?

Mais au train où vont les choses et en l'état actuel de la Centrale syndicale, ce n'est une surprise pour personne de voir l'UGTA vidée de ce qui faisait sa force. La suspension du secrétaire général du syndicat des douanes, qui était l'un des rares syndicalistes à afficher son rejet pour les tendances économiques libérales, n'est pas dirigée seulement contre la personne de Ahmed Badaoui, mais vise, d'après les observateurs, à tracer la nouvelle voie de la Centrale où la protestation et la lutte syndicale ne sont pas forcément les seuls moyens pour que les travailleurs conservent les droits acquis ou en demandent d'autres.

Ces mêmes observateurs affirment que ces changements étaient prévisibles et que l'Algérie, dont l'économie planifiée et centralisée a évolué à l'économie de marché, a suivi le changement politique qui a introduit le multipartisme après des années d'une seul et unique parti, doit aller jusqu'au bout de son évolution ; il est tout à fait normal que cette mutation touche aussi le monde syndical où la multiplicité des organisations serait une continuité à tous ces changements.

Il reste que la suspension de Ahmed Badaoui ne l'a nullement surpris lui-même, car il estime qu'elle a une odeur politique. "Ils m'ont demandé d'autodissoudre la coordination en contrepartie de la levée de la mesure de suspension décidée par l'administration douanière", affirme-t-il, ajoutant qu'il ne peut dissoudre une coordination : "Comment pourrais-je dissoudre une structure qui appartient à plusieurs syndicats ?"

Pour Ahmed Badaoui, cette décision n'est pas inquiétante pour elle-même, mais laisse entrevoir qu'"elle n'est qu'un avant-goût de ce qui va se passer dans les jours à venir. Il y a une grave menace sur les libertés syndicales", affirme-t-il.

La coordination des syndicats des entreprises portuaires ne cache pas son inquiétude et estime que la suspension de Ahmed Badaoui est un message, on ne peut plus clair, quant à l'avenir de la vie syndicale en Algérie.

Ce constat d'aspiration à museler les libertés les pousse à réfléchir sérieusement à créer une nouvelle organisation syndicale autonome car, disent-ils, l'UGTA n'arrive plus à couper le cordon ombilical qui la lie aux pouvoirs publics.

"Il est important de passer à l'action, parce que c'est le devenir des libertés syndicales qui est en jeu. Les pouvoirs publics qui sont contre l'idée du renouveau de l'UGTA, casseront toutes les initiatives qui vont dans ce sens. Nous ne pouvons plus faire confiance à une organisation qui sacrifie un syndicaliste, suspendu par son employeur, et dont le seul tort est d'avoir exercé son droit syndical", affirment plusieurs syndicalistes à l'unisson.

Donc l'idée d'une Centrale syndicale vidée de son sens fait son chemin, doucement mais sûrement. Quelle est cette force qui veut à tout prix briser l'organisation des travailleurs, elle qui était un partenaire incontournable pour toutes les décisions importantes du pays ?

Pourquoi ce silence de l'UGTA qui a annoncé la trêve sociale, mais n'a pas pensé à rompre cette trêve une fois le président de la République guéri ? Le congrès de l'UGTA qui devait se tenir au mois de février prochain aura-t-il lieu ? Pourra-t-on remettre les pendules à l'heure et présenter une section syndicale aussi forte qu'avant ? Autant d'interrogations que seuls les prochains jours seront en mesure d'éclaircir.

Khadidja Mohamed Bouziane

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