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Dans la pure tradition FLN
S’il est
aujourd’hui une curiosité des plus remarquables sur la scène
politique, c’est bien toute la subtilité avec laquelle Abdelaziz
Belkhadem arrive à se faire oublier de tous. Chef du gouvernement et
non moins secrétaire général du premier parti politique du pays, il
serait probablement le seul à nous rendre témoins d’une aussi
paradoxale situation qui n’a aucun exemple équivalent dans tous les
pays du monde ; il y en a tellement, en effet, qui feraient
nettement plus de bruit et pour beaucoup moins que cela. Ce retrait,
certainement volontaire et qui ne peut être imputable à la seule
réserve qui marque la personnalité qu’on s’imagine être celle de A.
Belkhadem, ne serait assurément pas pour déplaire au Président, et
cela non pas pour des considération personnelles, d’ego en quelque
sorte, mais pour tout ce qui touche à la gestion des affaires
publiques. D’ailleurs, nous avons déjà, avec l’inauguration des
audiences directes des ministres par le chef de l’Etat, un
avant-goût du projet de nouvelle Constitution qui supprime toute
rôle d’importance au Premier ministre pour donner plus d’homogénéité
de l’Exécutif autour de la seule personne du Président.
Mais ce n’est pas
tout. Il suffit de se rappeler de quel poids Ahmed Ouyahia avait
marqué de sa présence la chefferie du gouvernement deux ans et demi
durant, sans que cela n’empêche M. Bouteflika d’entamer quoi que ce
soit de son programme pour penser que d’autres motivations, plus
sérieuses, sont derrière l’absence préméditée – et combien éloquente
– de Belkhadem et elles ont toutes pour clé d’explication la
tradition hégémonique du FLN. Une tradition qui, dans le contexte
actuel, se décline par une somme d’actions tactiques qui ne visent
pas moins la préservation des espaces de pouvoir acquis comme point
de départ d’autres assauts vers… d’autres espaces de pouvoir.
Hautement
accaparés par cette priorité, les dirigeants du FLN n’ont même plus
le temps d’expliquer ce qu’ils sont en train de faire en même temps.
Il ne faut pas non plus trop leur demander. Au vrai, les objectifs
visés ne sont pas à franchement parler des plus faciles à avouer.
Pour être
péniblement revenu au centre, seule position viable, le FLN entend
cette fois rétablir aussi l’équilibre des forces lui contestant sa
situation. Face à une société encore plus ambitieuse qu’hier, la
chape de plomb a une nouvelle fois besoin des islamistes.
Cependant,
travailler en sous-main pour réhabiliter le FIS de Rabah Kébir,
voilà qui pourrait fâcher l’opinion ou, du moins, produire son
antipathie. Autant feindre n’avoir aucun lien avec ce retournement
inattendu et laisser le plus prompt à la réconciliation parmi
l’ancien ennemi administrer, seul, le choc psychologique aux
Algériens. Le silence de A. Belkhadem est d’autant plus «justifié» à
ce chapitre que tout semble se passer à merveille, sans accroc, en
dehors des signaux du ministère de l’Intérieur qui ne semble pas
partager le même sens du rythme que prennent les choses.
Mais pour le FLN,
ce n’est là qu’une affaire de temps. Le fait qu’il fasse le dos rond
en ce moment trahit suffisamment à quel point il semble sûr de son
affaire. C’est que le FLN est ainsi fait : une fois bien assise son
emprise sur les institutions et la société, il se livre à toutes les
diversions pour escamoter ses airs hégémoniques. Faible, il rue dans
les brancards. Nous avons en les déboires de l’ex-parti unique assez
d’exemples dans ce sens, si l’on se remémore les retournements de
veste de ses différents secrétaires généraux. Qu’il s’agisse de
Abdelhamid Mehri, passé de la compétition électorale contre le FIS
au soutien inconditionnel de l’insurrection armée de celui-ci, de
Boualem Benhamouda, ôtant son soutien à l’homme du consensus pour
l’accorder à son rival direct en la personne de Ali Benflis. Benflis
encore qui s’est mis à promettre un scénario géorgien dès que les
redresseurs se sont jurés de le priver de son appareil électoral. Et
enfin, Abdelaziz Belkhadem, qui se faisait le champion des grandes
questions sociales et qui, présentement, semble ne plus avoir la
moindre opinion sur le sujet.
Ce sens de la
tactique, extraordinairement souple chez le FLN, est tout aussi
présent dans ses rapports avec le chef de l’Etat, lequel, toujours
selon la tradition, n’a le droit de s’en approcher que lorsqu’il
touche le fond, alors qu’il lui est fortement recommandé qu’il s’en
éloigne comme de la peste, ou juste feigne de le faire aux grands
jours de ce parti qui ne se retient jamais d’exercer ses pulsions
dominatrices et antidémocratiques. Menacé de disparition, le FLN
n’a-t-il pas été repêché par A. Bouteflika qui a accepté, du bout
des lèvres peut-être, d’en être le président ? Revenu en tête de
toutes les institutions, voilà que son offre la plus généreuse
d’entre toutes – un projet de révision constitutionnelle sur mesure
– est déjà mis sous le coude jusqu’à ce que les prochaines étapes
permettent de définir la place de chacun des protagonistes. Mais
laissera-t-on le hasard agir de lui-même ? Poser la question, c’est
y répondre et voilà ce qui annonce que tout, vraiment tout, sera
fait pour que l’ensemble des conditions, pas une de moins et pas
seulement les plus régulières d’entre elles, ne viennent à manquer
au jour des élections législatives pour que le FLN conserve sa
majorité, absolue et capitale pour la suite.
N. B.
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