Semaine du25  au 31 octobre 2006

L'éditorial : Par Nabil Benali

Dans la pure tradition FLN

 

 
 
 Editorial

Accueil

Dans la pure tradition FLN

S’il est aujourd’hui une curiosité des plus remarquables sur la scène politique, c’est bien toute la subtilité avec laquelle Abdelaziz Belkhadem arrive à se faire oublier de tous. Chef du gouvernement et non moins secrétaire général du premier parti politique du pays, il serait probablement le seul à nous rendre témoins d’une aussi paradoxale situation qui n’a aucun exemple équivalent dans tous les pays du monde ; il y en a tellement, en effet, qui feraient nettement plus de bruit et pour beaucoup moins que cela. Ce retrait, certainement volontaire et qui ne peut être imputable à la seule réserve qui marque la personnalité qu’on s’imagine être celle de A. Belkhadem, ne serait assurément pas pour déplaire au Président, et cela non pas pour des considération personnelles, d’ego en quelque sorte, mais pour tout ce qui touche à la gestion des affaires publiques. D’ailleurs, nous avons déjà, avec l’inauguration des audiences directes des ministres par le chef de l’Etat, un avant-goût du projet de nouvelle Constitution qui supprime toute rôle d’importance au Premier ministre pour donner plus d’homogénéité de l’Exécutif autour de la seule personne du Président.

Mais ce n’est pas tout. Il suffit de se rappeler de quel poids Ahmed Ouyahia avait marqué de sa présence la chefferie du gouvernement deux ans et demi durant, sans que cela n’empêche M. Bouteflika d’entamer quoi que ce soit de son programme pour penser que d’autres motivations, plus sérieuses, sont derrière l’absence préméditée – et combien éloquente – de Belkhadem et elles ont toutes pour clé d’explication la tradition hégémonique du FLN. Une tradition qui, dans le contexte actuel, se décline par une somme d’actions tactiques qui ne visent pas moins la préservation des espaces de pouvoir acquis comme point de départ d’autres assauts vers… d’autres espaces de pouvoir.

Hautement accaparés par cette priorité, les dirigeants du FLN n’ont même plus le temps d’expliquer ce qu’ils sont en train de faire en même temps. Il ne faut pas non plus trop leur demander. Au vrai, les objectifs visés ne sont pas à franchement parler des plus faciles à avouer.

Pour être péniblement revenu au centre, seule position viable, le FLN entend cette fois rétablir aussi l’équilibre des forces lui contestant sa situation. Face à une société encore plus ambitieuse qu’hier, la chape de plomb a une nouvelle fois besoin des islamistes.

Cependant, travailler en sous-main pour réhabiliter le FIS de Rabah Kébir, voilà qui pourrait fâcher l’opinion ou, du moins, produire son antipathie. Autant feindre n’avoir aucun lien avec ce retournement inattendu et laisser le plus prompt à la réconciliation parmi l’ancien ennemi administrer, seul, le choc psychologique aux Algériens. Le silence de A. Belkhadem est d’autant plus «justifié» à ce chapitre que tout semble se passer à merveille, sans accroc, en dehors des signaux du ministère de l’Intérieur qui ne semble pas partager le même sens du rythme que prennent les choses.

Mais pour le FLN, ce n’est là qu’une affaire de temps. Le fait qu’il fasse le dos rond en ce moment trahit suffisamment à quel point il semble sûr de son affaire. C’est que le FLN est ainsi fait : une fois bien assise son emprise sur les institutions et la société, il se livre à toutes les diversions pour escamoter ses airs hégémoniques. Faible, il rue dans les brancards. Nous avons en les déboires de l’ex-parti unique assez d’exemples dans ce sens, si l’on se remémore les retournements de veste de ses différents secrétaires généraux. Qu’il s’agisse de Abdelhamid Mehri, passé de la compétition électorale contre le FIS au soutien inconditionnel de l’insurrection armée de celui-ci, de Boualem Benhamouda, ôtant son soutien à l’homme du consensus pour l’accorder à son rival direct en la personne de Ali Benflis. Benflis encore qui s’est mis à promettre un scénario géorgien dès que les redresseurs se sont jurés de le priver de son appareil électoral. Et enfin, Abdelaziz Belkhadem, qui se faisait le champion des grandes questions sociales et qui, présentement, semble ne plus avoir la moindre opinion sur le sujet.

Ce sens de la tactique, extraordinairement souple chez le FLN, est tout aussi présent dans ses rapports avec le chef de l’Etat, lequel, toujours selon la tradition, n’a le droit de s’en approcher que lorsqu’il touche le fond, alors qu’il lui est fortement recommandé qu’il s’en éloigne comme de la peste, ou juste feigne de le faire aux grands jours de ce parti qui ne se retient jamais d’exercer ses pulsions dominatrices et antidémocratiques. Menacé de disparition, le FLN n’a-t-il pas été repêché par A. Bouteflika qui a accepté, du bout des lèvres peut-être, d’en être le président ? Revenu en tête de toutes les institutions, voilà que son offre la plus généreuse d’entre toutes – un projet de révision constitutionnelle sur mesure – est déjà mis sous le coude jusqu’à ce que les prochaines étapes permettent de définir la place de chacun des protagonistes. Mais laissera-t-on le hasard agir de lui-même ? Poser la question, c’est y répondre et voilà ce qui annonce que tout, vraiment tout, sera fait pour que l’ensemble des conditions, pas une de moins et pas seulement les plus régulières d’entre elles, ne viennent à manquer au jour des élections législatives pour que le FLN conserve sa majorité, absolue et capitale pour la suite.

N. B.

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche