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Par où est la
sortie ?
A l’approche des
élections de mi-mandat, fixées pour le 8 novembre, où les
républicains risquent de perdre la majorité, G. Bush se montre prêt
à changer de stratégie en Irak, ainsi que l’exige une opinion qui
fait de plus en plus pression pour hâter le retrait d’un pays qui
sombre dans un chaos croissant du seul fait, semble-t-il, du
maintien sur son sol des forces étrangères. Mais aussi grandes que
puissent être les concessions que le président américain serait
disposé à faire, en particulier pour éviter une débâcle électorale à
son camp, il paraît très peu probable que son choix se porte sur un
retrait immédiat. De ce qu’il a établi pour la première fois un
parallèle avec la guerre au Vietnam, il ne s’ensuit pas en effet
qu’il se soit résigné à ce que l’expédition irakienne se termine de
la même façon que celle-ci, par un sauve-qui-peut aux conséquences
incalculables pour I’Irak, les Irakiens, et toute la région du
Moyen-Orient. En comparant la situation actuelle en Irak à celle qui
prévalait en 1968, lors de l’offensive viêt-Cong, il voulait surtout
dire que si celle-ci avait fini par tourner à la victoire politique,
alors qu’elle avait échoué au plan militaire, c’était parce qu’il
régnait alors sur le front interne une ambiance défaitiste similaire
à celle qui se constate aujourd’hui.
Si bien que l’on
est en droit de se demander à quel changement en matière de
stratégie il peut bien se résoudre prochainement —après les
élections, une fois qu’il aura reçu le rapport concocté par une
commission emmenée par l’ancien secrétaire d’Etat, J. Baker, un
proche parmi les proches, par définition peu disposé à lui susciter
des difficultés insurmontables ? C’est qu’à moins d’un retrait
immédiat, aucune stabilisation ne semble possible ; et se retirer à
bref délai serait livrer l’Irak à une guerre civile dévastatrice,
susceptible du reste d’embraser toute la région. D’après ce qui en a
filtré dans les médias, ce rapport préconiserait deux issues à
l’impasse actuelle : le repli de l’armée dans des bases autour de
l’Irak ou/et la recherche de la collaboration de la Syrie et de
l’Iran pour hâter le retour à la stabilité.
Se retirer pour
aller se poster juste à la périphérie, d’où l’on se promet de fondre
sur l’ennemi s’il s’avise de sortir en masse de son repaire, est-ce
bien sérieux ? Quand on sait que le déploiement actuel des forces
sur le champ de bataille lui-même, bien loin de pacifier le pays, a
continuellement exacerbé le climat de violence, il faut s’attendre
à ce que toute prise de distance soit perçue comme un désengagement
qui ne veut pas dire son nom, et qui de toute façon donnerait le
signal d’une mêlée générale et inextricable. Il est peu probable que
les autorités irakiennes applaudissent à cette alternative—si elle
est effectivement préconisée par le rapport Baker. Quant à demander
à l’Iran et à la Syrie d’apporter leur aide, à deux pays de l’Axe du
Mal, ce serait à ce point édulcorer le propos tenu jusque-là qu’on
risque de ne plus être pris au sérieux par personne, ni par les amis
ni par les ennemis. Sur ce point précis, il y aurait d’ailleurs
l’avis d’Israël à prendre en considération, qui ne serait pas, selon
toute vraisemblance, des plus compréhensifs. Mettre à contribution
l’Iran et la Syrie dans un dossier aussi épineux tout en refusant de
régler tout le contentieux respectif qu’on a avec l’un et l’autre,
c’est se bercer d’illusions. A moins d’une sorte de pacte de
non-agression, une garantie ferme de sécurité, ce que Pyongyang a
vainement cherché à obtenir de la part des Etats-Unis, l’Iran et la
Syrie non seulement ne feraient rien pour réduire le chaos irakien,
mais s’arrangeraient pour l’entretenir, étant donné que c’est le
seul moyen qui s’offre à eux dans l’état actuel des choses pour
tenir en respect les Américains.
En fait, le seul
point positif dont puisse se prévaloir l’administration Bush pour le
moment, et il n’est pas négligeable à la réflexion, c’est qu’elle
peut arguer de ses difficultés pour plaider son innocence dans les
tueries qui se commettent chaque jour, et qu’on fait passer tantôt
pour des actes de résistance, tantôt pour des représailles
imputables aux milices à la solde du pouvoir et de l’occupant.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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