|
Accueil
Asie
Prolifération
nucléaire possible, sinon probable
Six mois
suffiraient au Japon pour fabriquer une bombe atomique s'il en
prenait la décision – lui ou l'un de ses voisins – à la suite de
l'essai nucléaire auquel a procédé la Corée du Nord, ce qui pourrait
déclencher une course aux armements régionale, estiment les experts.
Depuis que Pyongyang a annoncé avoir testé un engin nucléaire le 9
octobre, les gouvernements du Japon, de Corée du Sud et de Taiwan se
sont appliqués à souligner qu'ils ne comptaient pas développer de
programmes d'armement nucléaire. Nombre d'experts estiment aussi que
les pressions des Etats-Unis, soucieux de prévenir une prolifération
nucléaire déstabilisatrice en Extrême-Orient, feraient efficacement
obstacle à la mise au point de tels arsenaux.
Dernièrement à
Tokyo, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a assuré aux
dirigeants nippons que Washington tiendrait ses engagements en
matière de sécurité dans la région, notamment en ce qui concerne la
défense du Japon en cas d'agression. Mais beaucoup spéculent sur le
fait que les priorités pourraient changer à l'avenir, en fonction
d'éventuels nouveaux essais nord-coréens et des perspectives de mise
au point de missiles à longue portée dotés d'ogives nucléaires. A
court terme, la Corée du Sud et Taiwan manqueraient de matériaux
fissiles en quantité suffisante pour assembler un tel engin,
déclarent des experts. Mais au Japon, seul pays au monde sur lequel
aient été larguées des bombes atomiques, des réacteurs nucléaires
ont produit assez de plutonium à partir de combustible usagé pour
fabriquer un engin en six mois, ajoutent-ils.
Un programme
intensif de ce type "exigerait un effort énorme et provoquerait sans
doute de graves dissensions internes", estime Mark Fitzpatrick,
spécialiste de la non-prolifération à l'Institut international des
études stratégiques de Londres. "Le Japon possède assez de plutonium
d'une qualité correspondant aux réacteurs pour en faire, selon
certains experts américains, une arme en deux mois s'il met toute
son énergie nationale dans le projet", dit Fitzpatrick. Mais, "à
moins d'avoir procédé à des travaux préliminaires, il serait plus
réaliste de dire que cela lui prendrait dans les six mois".
La Corée du Sud et
Taiwan ont travaillé à la mise au point d'armes nucléaires dans les
années 1970 et 1980 avant d'y renoncer sous la pression des
Etats-Unis. Séoul et Taipeh disposent de centrales nucléaires
produisant des matériaux susceptibles de servir à fabriquer du
plutonium pour un usage militaire. La relance de tels programmes
serait toutefois difficile d'un point de vue à la fois pratique et
politique, indiquent des analystes. "Pour que Taiwan et la Corée du
Sud se dotent de matériels produits sur place, il faut compter au
moins deux ans dans l'hypothèse où serait lancé un programme
intensif", déclare un diplomate en poste à Vienne et proche de
l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). La Corée du
Sud avait suscité des remous en annonçant il y a deux ans à l'AIEA
qu'elle avait procédé avec succès à l'enrichissement de petites
quantités d'uranium dans les années 1970 et au début des années
1980, et qu'elle avait en outre extrait de petites quantités de
plutonium à cette époque. Depuis lors, Séoul dit se conformer
strictement à la réglementation de l'AIEA. Mais, après l'essai
nord-coréen, 65% des Sud-Coréens interrogés lors d'un sondage se
sont prononcés pour la mise au point d'armes nucléaires. Un
redémarrage du programme nucléaire taiwanais est aussi jugé
problématique, ne serait-ce que parce qu'il serait inacceptable pour
la Chine, qui tient l'île pour une province chinoise rebelle qu'elle
menace de reprendre par la force. Taipeh a réaffirmé qu'il ne
relancerait pas de programme nucléaire militaire. L'expert nucléaire
taiwanais Jiang Shiang-huei déclare que l'île ne possède pas le
savoir-faire voulu pour produire du plutonium exploitable à un
niveau militaire. Le Japon possède une capacité de lancement de
fusées adaptable aux tirs de missiles à longue portée, déclarent des
experts. "Une fusée est exactement la même chose qu'un missile. Il
suffit de changer son angle de tir et de la diriger sur le pays pris
pour cible", fait observer Yasuhiko Yoshida, professeur d'études
politiques internationales à l'Université d'Osaka.
Haut
Irak
Bush exclut un
retrait sur une défaite
Le président George W. Bush a
catégoriquement exclu que les troupes américaines se retirent
battues d'Irak. Il a tout au plus évoqué un éventuel changement de
tactique dans ce qu’il est convenu d’appeler le bourbier irakien.
Une nouvelle stratégie qui pourrait se traduire par un déluge de feu
sur l’Irak. Forcé par la réalité du terrain qui relève d’un
enlisement de ses troupes dans le pays avec de plus en plus de
Marines tués, il a admis pour la première fois une analogie
possible avec la guerre du Vietnam. Mais à ceux qui auraient
interprété ses propos comme la reconnaissance d'un embourbement,
voire d'une possible défaite à la vietnamienne en Irak, Bush a
asséné : "Nous ne retirerons pas nos troupes d'Irak avant d'avoir
vaincu les terroristes." Et c’est toujours le même refrain de la
"lutte contre le terrorisme" qu’il déclame pour justifier
l’injustifiable.
"Nous ne laisserons pas les extrémistes
parvenir à leurs fins sur ce front essentiel de la guerre contre le
terrorisme (...). Nous allons l'emporter en Irak."
Bush a néanmoins
et pour la première fois accepté que l'on dresse un parallèle entre
l'Irak et le Vietnam, dont l'armée américaine s'est retirée en 1973
sur une défaite durement éprouvée. La Maison-Blanche s'est employée
à atténuer l'effet de ces propos potentiellement nuisibles, à
quelques semaines des élections dont l'Irak est une donnée majeure.
M. Bush n'a pas
dit explicitement que l'Irak était dans la même situation que le
Vietnam, loin de là. Mais, a-t-il déclaré à la chaîne ABC,
l'éditorialiste Thomas Friedman "pourrait avoir raison" quand il dit
que le redoublement des attaques contre les soldats américains et
irakiens s'apparente à l'offensive du Têt au Vietnam en 1968. Pour
l'éditorialiste, la récente flambée de violence pourrait participer
d'un plan pour peser sur les prochaines élections et forcer, avec
une nouvelle majorité à Washington, un retrait d'Irak.
Considérée comme
une défaite militaire mais une victoire psychologique pour les
communistes, la vaste offensive lancée par le Vietcongs et les
forces nord-vietnamiennes contre les Américains et les Vietnamiens
du Sud a été un point de rupture. Radicalisant l'opposition à la
guerre, elle avait poussé le président démocrate Lyndon Johnson à
renoncer, en mars 1968, à briguer sa propre succession en novembre.
Près de 60 000 Américains sont morts au Vietnam.
Depuis l'invasion
de mars 2003, 2 772 soldats américains ont été tués en Irak, selon
les chiffres officiels du Pentagone. Mais le mois d'octobre
s'annonce comme l'un des plus meurtriers pour l'armée américaine.
Ces morts ajoutent
à la pression qui va croissant sur Bush pour un changement de cap en
Irak et qui vient aussi de la majorité républicaine ; il est à
craindre que l'Irak ne cause sa perte, le 7 novembre. Mais le
locataire du bureau ovale a affiché sa détermination et s'en est
pris vigoureusement à l'opposition démocrate qui a fait de l'Irak un
argument prépondérant dont la doctrine est, selon lui, celle du
"courage fuyons". Il a même exclu que la totalité des quelque
140 000 soldats américains actuellement déployés ait quitté l'Irak
d'ici à la fin de son mandat en janvier 2009. Ce qui veut dire que
le chaos en Irak va perdurer…
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |