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Chansons du
terroir
«Fik ya Naîm»
ou «Ya Bnat El-Bahdja» de Sidi Ahmed Ben Ettriki (suite)
La poésie
populaire dans plusieurs pièces a fait l’objet de chants hawzi qui
on marqué toute une génération d’interprètes dans les trois grands
centres de rayonnement musical, à savoir Tlemcen, Alger et
Constantine.
Ben Ettriki
s’engage à parfaire le meilleur portait des filles d’El-Bahdja dans
ce poème semblable à des sonnets amoureux. Il use avec un certain
plaisir d’un art mêlant le récit dans toute une série de mots à la
rime. En rendant hommage au brillant de leurs yeux, Ben Ettriki
essaie de ramener le plaisir par la richesse de ses sensations.
Portraits des
filles
d’El-Bahdja
“Et ses lèvres
honorables ressemblant au corail neuf,
Ou ce sang vermeil
en anneaux, coagulant dans un bocal,
Délivrez-vous ô
filles délivrez vous l
Ô fille d’El-Bahdja
aux lèvres empourprées couleur de vin, Elle séduisent l’amour par
leurs flammes elles brûlent.”
Douce mélodie
et la splendeur
en soie
“Et cette rose
pourpre qui éclose en beauté écarlate,
Ou cet extrait de
plante rouge, carmin dans la splendeur en soie, Ces paroles à la
douce mélodie,
Sont plus
bénéfiques que celui qui a aimé,
Ô quel trouble
m’emporte en sortant de la tente,
Celui qui s’éprend
du regard l’anéantira,
Elle a un coup
plein et élancé comme l’étendard,
D’une blancheur
immaculée et d’un collier éclatant à peine voilée, Délivrez-vous ô
filles, devant la beauté délivrez-vous,
Ô filles d’El-Bahdja,
vos bras sont comme des épées,
Utiles contre
l’oppresseur comme meilleur remède,
Celles que mon
cœur a aimées, faut-il garder la peur ? Fascinantes de lueur, elles
accaparent tout regard,
Et les poignets
aux traits dépassants toute description,
Fermés par des
joyaux incomparables.”
Yeux pétillants
et joues
écloses
“Et ces brillants,
en fleurs d’oranger sur la neige et le marbre,
Celui qui leur a
offert ces parures obtient leur sourire,
Ou cette pomme
dans son mariage que l’enfant surveille,
Sauf son maître ou
celui qui peut l’entretenir, délivrez-vous, ô filles délivrez-vous !
Ô filles d’El-Bahdja,
vous avez dépassé les plus belles
Sauf celles qui
s’y mettent vous rejoignez,
Aux cils noirs et
aux yeux pétillants,
Bachiques toutes
endormies bleu foncé et perçant,
Aux joues écloses
répandant une senteur de rose,
Balayant de leurs
yeux celui qui les aperçoit.”
Les tresses
de la
fascination
“Et ces belles
tresses tombant sur la ceinture,
Ornant comme les
nuages Yennayer,
Voligeant comme
les plumes d’autruche et de leur males,
Ou les puissants
corbeaux lorsqu’ils planent,
Délivrez-vous, ô
filles, devant la beauté, délivrez-vous !
O filles d’El-Bahdja,
Grand Dieu qui vous a crées,
De jour et de
nuit, il a rassemblé en elles toute la beauté,
Et la pleine lune
dans le ciel remplissant,
Les astres et le
soleil infléchissent sur moi leurs rayons,
Le tonnerre et la
neige avant que son eau ruisselle,
La fleur, le
carmin et les oiseaux, ô attentif,
La soie dans sa
splendeur, l’or brut et l’épée,
D’or et de perles
ces mains brodées,
Et le tissage à
l’aiguille ne peut être affecté,
Ne convenant à ce
temps qu’il faut,
Délivrez-vous, ô
filles, inclinez-vous !
Ô filles d’El-Bahdja,
vous réunissez toutes les qualités,
La chevelure, le
regard et les sourcils d’une telle finesse,
Le front, les
yeux, les joues et les lèvres,
Le bras le cou,
les seins ô bienveillants !
Le corps, le
mollet éclatant de sveltesse,
La taille
comparable au majestueux balancement d’un aveugle,
Ma venue est cause
de ma peine.”
Le henné de la
séduction
“Les gens de ce
temps font beaucoup de mal,
Me jetant dans un
océan de malheur et de ténèbres,
Mes yeux ont vu me
réduire à l’impuissance,
Délivrez-vous, ô
filles, devant la beauté, inclinez-vous !
O filles d’El-Bahdja,
vos mollets comme de l’ivoire,
Bonheur à celui
qui les voit se dandiner,
Elles n’ont marché
sur la boue ni mêlé à la poussière,
Elles paraissent
en henné de loin séduisantes.”
Pardonnez le
cœur
brûlant de
passion
“Et ce bracelet à
la cheville par lequel mon cœur et conquis,
Tout est en
anneaux, en couleur indigo elles passèrent,
La beauté de ces
dames élancées dépassant toutes les filles,
Devenues célèbres
elles éclatent de grandeur,
Faisant oublier ma
prière, ma religion et le jeûne,
Toute ma vie je ne
peux décrire ces créatures,
Délivrez-vous, ô
filles délivrez-vous !
O filles d’El-Bahdja,
vous avez changé de propos,
A celle qui est
sensée, ou qui comprenne, je lui parlerai,
Ô filles d’El-Bahdja,
ma patience ne peut se retenir,
Personne ne peut
parler sans raison,
O filles d’El-Bahdja,
par Dieu si j’ai fauté,
Pardonnez ce cœur
brûlant de passion,
Ô filles d’El-Bahdja,
j’ai écrit ce poème
A tout ce qui leur
semble chose tordue, qu’il la redresse,
Ainsi a dit Ahmed,
que Dieu bénisse ses paroles,
A la mémoire d’Ettriki,
ô gent priez,
Laissez la voie de
la beauté, inclinez-vous.”
Ben Ettriki a
laissé son cœur aller vers l’espérance. Son cœur est en repos et son
âme en silence. Quel miroir éblouissant de ces éternelles beautés d’El-Bahdja
? Vie et fécondité et splendeur dans l’ombre.
Sidi Ahmed Ettriki,
qui a été expulsé de Tlemcen par les autorités turques pour outrage
aux bonnes mœurs, se voit éloigné de sa ville natale. Est-ce une
cabale et la jalousie de ses rivaux ?
Tableau
idyllique
de la beauté
humaine
Du géranium à
l’œillet, du basilic à la jacinthe, du rossignol à l’étourneau, Ben
Etterki peint un tableau idyllique de la beauté éclatante des filles
de la capitale. Il les admire avec leurs parures éclatantes. Il
dévoile leurs secrets. Il souffre et il triomphe de ses rivaux.
Valse mélancolique
et langoureuse nostalgie, que cet ange de gaieté qui connaît
l’angoisse, la haine des autres où son corps frémissant de passions
secrètes. N’a-t-il pas écrit cet hymne à la gloire du Prophète :
«Que Dieu bénisse notre Guide par excellence où il a beau pleurer,
ses lamentations pour retrouver le repos.». «Je veux dire le séjour
de Notre Seigneur Mohamed. Seigneur du plus noble des temples ; le
meilleur des meilleurs ; que Dieu salue notre Guide par excellence.»
On peut dire en
guise de conclusion que Ben Etterki, comme son rival Ben Messayeb
ont couvert tous les registres dont les poèmes vont au panégyrique,
à la satire, à la poésie mystique et profane.
Tlemcen, qui garde
le sceau de la sanaâ gharnati, a un goût avancé pour le hawzi et le
hawfi. La musique andalouse et ses modes transmis oralement de
génération en génération durant tous les siècles qui ont succédé au
déclin de l’Andalousie, sont fondamentalement citadins et urbains.
Le genre hawzi
chanté à Constantine et dont Hadj Reggani, dit Fergani, père du
maître du malouf, Hadj Mohamed Tahar Fergani, en est le dépositaire,
est exécuté différemment au point de vue tempo, même au plan de la
mélodie et des incantations, bien que les textes empruntés sont
identiques à ceux de Tlemcen.
Le hawzi dans
la médina
C’est dans les
corporations de métiers et d’artisans que le hawzi a évolué, aux
côtés de la nouba andalouse. Poésie populaire, le hawzi sera
vulgarisé et propagé dans le milieu au parler citadin, apportant la
consécration d’un genre poétique et musical indépendant de la
rigueur de la nouba comme ce fut le cas pour le zadjal par rapport
au mouwachah.
Dans le hawzi il y
a, à la fois le «klem el-jed» dont les poèmes honorent les saints ou
sont dédiés à la gloire du Prophète Mohamed (QSSL) et ses
compagnons, des chants sur des faits de guerre, ou le «klem el-hezl»,
composé de poésies légères sur le vin, les femmes, l’amour, la
nature et les plaisirs de la vie.
Assez souvent, le
hawzi tlemcénien prend une allure mystique.
L’œuvre de Ben
Etterki est étendue. Elle reflète les sensations bardes de la poésie
populaire algérienne : l’exil, l’amour, la femme, le vin aux sens
mystique et profane, la beauté, l’hymne aux grands saints. C’est
toute cette poésie dont la mélodie vole au plaisir d’une âme égarée
pour calmer les exaspérations du poète qui se désole dans l’exil.
Au carrefour
du romanesque
La voix plaintive
d’un maître du hawzi chanté dans l’école de Constantine, le thym
parfumant l’ambiance nuptiale de la douce nuit du printemps, quelle
pure frénésie lorsque la tristesse s’envole et l’âme se complait
dans ce qui est beau, noble et subjuguant… Au carrefour du
romanesque, quels symboles donner à l’esthétique, à l’art poétique
dans l’élégance et la dignité, dans la rhétorique et l’admiration de
l’être aimé ?
L’image est forte
dans le poème de Ben Etterki Ya bnet El-Bahdja, il y a autant de
fascination lorsqu’il dresse leur portrait. Il éclaire de la plus
vive lumière ses créatures avec toute la grâce rendue et les usages
consentis. Alger des Béni Mezghena n’est-elle pas El-Bahdja,
enthousiaste comme Tlemcen la perle zianide ?
L’œuvre de Ben
Etterki, apparemment foisonnante, reste néanmoins symbolisée par
cette fleur épanouie, cette allégresse faite pour charmer et
conquérir.
Dr Boudjemaâ
Haïchour
Haut
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