Semaine du 26 janvier au 1er février 2005

 

L'éditorial: Par Abderrahmane Mahmoudi

Y a-t-il un lièvre dans la course ?

 

 
 
 Editorial

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Y a-t-il un lièvre dans la course ?

En inversant volontairement son ordre des priorités, le Président brouille suffisamment les cartes pour ne plus laisser à ses adversaires la possibilité de focaliser leurs attaques ou leurs résistances sur son véritable objectif. L’amnistie générale servant alors de diversion pendant qu’il se prépare en vérité à réaliser son grand œuvre réconciliateur destiné à régler en profondeur la crise algérienne avec tout ce qu’elle implique comme mesures pouvant être très mal acceptées par d’importantes franges de la population et du sérail politique en place, telles que l’éventualité du retour de l’encadrement du FIS dissous sur la scène politique officielle.

Il n’ y avait rien ou presque rien et puis, subitement, les comités de toutes dimensions commencent à éclore comme des champignons après l’averse. Comité national donc, puis comités de wilaya, bureaux un peu partout et adhésions par grappes des convertis à la nouvelle religion de l’amnistie générale. Ahmed Ben Bella n’est pas en reste, qui tient absolument à laisser pour l’éternité son nom pour celui de l’homme qui symbolise le mieux le Pardon avec un grand P. Il coiffe ainsi au poteau un rescapé des turbulences qui ont agité le PRA ces derniers mois, et se positionne comme le futur grand ordonnateur du paysage politique qui émergera inévitablement de la mise en œuvre d’une amnistie générale dont nous ignorons tout, pour l’instant, mais constituera à n’en pas douter une étape déterminante dans le processus de construction démocratique de notre pays.

Seulement, avant d’en arriver là, il faut évidemment relever le caractère un peu téléphoné de la prise en charge militante de ce nouvel os à ronger politique autour duquel ont déjà commencé à s’agglutiner les éternelles mêmes hordes d’opportunistes de tout poil désireux de se placer et de se faire bien voir dans l’espoir de bénéficier des renvois d’ascenseur traditionnels en pareilles circonstances. Les us et coutumes en vigueur voulant qu’un bon soutien se solde, en règle générale, par un bon ministère ou à défaut par une bonne ambassade. Ce qui explique en tout cas le caractère étonnamment synchronisé des ralliements à une cause aussi peu explicite et l’inévitable vacuité des motivations qui les accompagne.

Comme pour cette célèbre boutade d’enseignant, l’élève ignorant tout de la leçon sur la trompe d’éléphant se rabat alors sur celle qu’il connaît mieux du lombric. En l’occurrence, tous les convertis à l’amnistie générale se rabattent comme un seul homme sur la leçon de la concorde civile qu’ils ont apprise par cœur et glissent imprudemment dans le champ apparenté de la réconciliation nationale dont ils oublient un peu vite que personne, hormis le président de la République, ne sait rien non plus.

Il serait assez présomptueux de suggérer que ce dernier a ainsi trouvé un très judicieux moyen de faire passer son projet de réconciliation nationale en l’adossant à celui de l’amnistie, mais il faut bien convenir que le résultat est là. En inversant volontairement son ordre des priorités, le Président brouille suffisamment les cartes pour ne plus laisser à ses adversaires la possibilité de focaliser leurs attaques ou leurs résistances sur son véritable objectif. L’amnistie générale servant alors de diversion pendant qu’il se prépare en vérité à réaliser son grand œuvre réconciliateur destiné à régler en profondeur la crise algérienne avec tout ce qu’elle implique comme mesures pouvant être très mal acceptées par d’importantes franges de la population et du sérail politique en place, telles que l’éventualité du retour de l’encadrement du FIS dissous sur la scène politique officielle. Le génie du chef de l’Etat consistant donc à manœuvrer en même temps un certain nombre de leviers, tels que l’amnistie générale et la tenue du 8e congrès du FLN pour faire aboutir une opération de restructuration de grande envergure destinée à redessiner en profondeur la carte politique du pays. Le principal obstacle qu’il essaye ainsi de contourner étant bien entendu la résistance au changement d’un système qui a toujours fonctionné sur le mode du conflit et de sa régulation. La pérennité de deux pôles idéologiques antagoniques au sein de la société permettant au bloc opportuniste du pouvoir de jouer les arbitres indispensables et bien sûr éternels. L’idée même de réconciliation constituant en ce sens une insupportable menace pour leur statut d’arbitres, puisqu’il n’y aura plus alors de conflit suffisamment grave dans la société pour justifier leur intervention et, partant, leur existence.

Le plus savoureux dans l’histoire étant que le Président est peut-être en train de faire avancer ses projets grâce à l’extraordinaire engagement militant de ses pires opposants, convaincus qu’en investissant les cadres de mobilisation pour l’amnistie générale ils bloquent du même coup le projet de réconciliation nationale supposé être une simple étape aujourd’hui dépassée dans la course à l’oubli des terribles drames qui ont endeuillé notre pays dix ans durant. Nous noterons à ce propos, en effet, qu’aucun comité d’aucune sorte n’a accompagné le mot d’ordre de réconciliation nationale, alors que celui d’amnistie donne l’impression de susciter de redoutables vocations politiques.

A. M.

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