|
Accueil.
L’avant-projet
relatif au foncier agricole déterré
Mieux vaut tard
que jamais
Un vieil adage
affirme qu’”il n’est jamais trop tard pour bien faire”. Ce “conseil”
que des sages des temps passés ont donné à leurs contemporains est
toujours de mise. Pour preuve, les pouvoirs publics, en ce janvier
2005, viennent de le mettre en application.
L’Etat décidé !
Deux avants-
projets de loi sur l’agriculture seront parachevés durant le 1er
semestre 2005, a annoncé La Tribune du samedi 22 janvier. En fait,
souligne Le Jeune Indépendant, “l’avant-projet sur le foncier
agricole” annoncé, n’est pas une nouveauté puisque, est-il rappelé,
il a été “déterré”. Ainsi est-il encore précisé par ce quotidien que
“le gouvernement vient de se surpasser en déterrant le dernier texte
qu’il avait mis au tiroir depuis quatre ans”. Et pour cause, est-il
souligné, cet avant-projet a été “l’objet de profondes divergences
entre le FLN et le président de la République, d’un côté, qui
prônent la concession, et le RND, appuyé par le chef du
gouvernement, de l’autre, qui milite pour la vente pure et simple
des terres agricoles”. Conséquence : “Le texte a été mis sous le
coude successivement par Ouyahia et Benflis” avant que Ouyahia ne
décide de l’exhumer.
En fait, c’est le
mercredi 19 janvier que l’information relative à l’examen de ces
textes en Conseil du gouvernement a été rapportée par l’ensemble des
titres de la presse écrite et ce, même si Le Maghreb s’est trompé en
annonçant son examen par le Conseil des ministres.
Le Jour d’Algérie
du même jour, qui revient sur les propos tenus par le ministre de
l’Agriculture et du Développement rural, précise que “ce projet de
loi prévoit l’annulation de toute transaction illicite ou
frauduleuse des terres agricoles”. Le rédacteur ajoutera que le
ministre,”se disant satisfait de la récente décision du ministre de
la Justice d’ouvrir le dossier de la spéculation et du trafic des
terres agricoles” réaffirmera néanmoins que “l’Etat allait réagir
sévèrement et annulera toute violation de ces terres”. La Tribune de
ce même 19 janvier traitera de la question. Il estimera que ce qui
se prépare pour le secteur du foncier est en fait “une loi contre la
prédation”. Pour le rédacteur de ce quotidien, c’est “devant tous
les dommages causés aux terres agricoles du domaine public et même
du secteur privé” que le gouvernement s’est décidé à réagir. La
Tribune ajoutera que “ce projet, s’il venait à être adopté, pourrait
faire barrière à d’autres violations et mettre fin à l’avancée du
béton sur des surfaces agricoles reconnues à haut rendement”.
Un avis que
partage l’éditorialiste de La Dépêche de Kabylie, qui rappelle que
“le dernier Conseil de gouvernement, consacré à la très sérieuse
question du foncier agricole, a également accouché, à côté des
mécanismes juridiques et judiciaires pour sauver ce qui reste à
sauve de terres arables”. Reste, estime le rédacteur de la Tribune,
que la cause de cette situation qui prévaut et du constat fait
aujourd’hui serait à chercher du côté “de la loi 87-01 sur la
restructuration du secteur qui donnait droit de jouissance aux
exploitants agricoles regroupés dans des EAC ou à titre individuel (EAI)”.
Cette loi “a été interprétée si différemment qu’il en a résulté des
dérives sans pareille, laissant place à l’appétit des extensions
urbaines animées par des promoteurs immobiliers et autres passés
maîtres dans la spéculation foncière”.
Le quotidien
arabophone El Khabar daté du samedi 22 janvier 2005 rappelle
qu’après avoir constaté “que les spéculateurs du foncier ont pris la
place des vrais agriculteurs”, le chef du gouvernement “Ouyahia a
annulé la circulaire autorisant le désistement du droit de
jouissance au profit d’autres agriculteurs”. Selon le quotidien
arabophone, cette décision a été transmise à tous les ministères
concernés et à toutes les wilayas. Cette circulaire date du 15
juillet 2002, est-il souligné.
Le peuple n’est
plus dupe !
Le Soir d’Algérie,
qui revient sur la question dans son édition du dimanche 23 janvier
en prenant exemple sur Bouchaoui, estime que “cette région agricole
par excellence, avec ses 1 850 hectares, est une parfaite
illustration de la mauvaise gestion où clientélisme, népotisme,
passe-droit, corruption et impunité se sont érigés en mode de
gouvernance des années durant”. La conséquence est, souligne le
rédacteur de ce quotidien, que “des dizaines d’hectares de terres
agricoles destinées à être travaillées dans le cadre d’exploitations
agricoles collectives ou individuelles (EAC/EAI) ont été accaparés
par des individus bien introduits dans le système, ayant le bras
long ou tout simplement bourrés de fric, devenus du jour au
lendemain de grands propriétaires terriens”. Du reste, Le Soir
d’Algérie affirme que “force est de constater que devant l’ampleur
des dégâts engendrés par des années de gestion catastrophique du
foncier dans cette localité, les déclarations de Taïeb Belaïz
(ministre de la Justice, ndlr) qui a déclaré que “les terres soient
rendues à leur propriétaire légal : le peuple” ne s’avèrent être
qu’un vœu pieux”.
De son côté
l’éditorialiste du Jour d’Algérie n’a pas manqué de réagir à la
déclaration du ministre de la Justice : “Que de forfaitures auront
été perpétrées au nom du peuple”, a-t-il ironisé. Reste, a-t-il
souligné, que “l’intention était (…) bonne et les élans du cœur
sincères, mais le peuple est une telle abstraction que des entités
plus concrètes ont tôt fait d’accaparer tout ce qui devait lui
revenir et se poser en vrais barrages sur les chemins d’une
répartition équitable du revenu national”. C’est pourquoi, a-t-il
suggéré, “serait-il plus judicieux qu’à l’avenir, nos responsables
cessent d’invoquer le peuple lorsqu’en vérité il ne s’agit que de
faire respecter le Droit”.
A défaut de…
Et à
l’éditorialiste de préciser “un Droit qui n’est lui-même que l’enjeu
permanent de luttes d’intérêts féroces, très éloignées des
préoccupations du… peuple”. Sur cette base, il conclura que “les
gens sont aujourd’hui moins dupes et souhaitent qu’à défaut de “leur
rendre Bouchaoui” on leur construise juste plus de routes pour se
déplacer en toute sécurité et plus d’hôpitaux pour se soigner à
temps”.
Quoi qu’il en
soit, estimera pour sa part El Watan, qui évoque dans son édition du
mercredi 19 janvier la question des terres agricoles envahies par
l’urbanisation sauvage, l’intervention de l’Etat est tardive. Reste,
soulignera ce quotidien, “s”il est quasiment trop tard pour
récupérer les terrains agricoles ravagés par le béton, la
préservation des terrains qui ont pu échapper à la prédation devra
être au centre de toutes les préoccupations”.
Nadia Kerraz
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |