Semaine du 26 avril au 2 mai 2006

Patrimoine

Des garde-fous contre le pillage de la mémoire

 

 
 
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Des garde-fous contre le pillage de la mémoire

Lorsque les télévisions du monde ont montré, le 14 mars 2003, cette femme tenant sa tête entre ses mains et pleurant à chaudes larmes le sort réservé au musée de Baghdad, dévasté et pillé d’un pan de patrimoine universel. On ne pouvait rester insensible à cet acte de déprédation qui a suscité un haut-le-corps au sein de l’opinion internationale. Dans le fracas des armes et l’effroi des bombes, au-delà de la tragédie humaine, des réseaux maffieux, soutenus par leurs relais et préparés minutieusement avant le déclenchement de la guerre, ont réussi à faire main basse sur un patrimoine plusieurs fois millénaire. Tout cela se passait sous l’œil passif, sinon avec la bénédiction de l’armée américaine qui a laissé faire…

Ne croyons pas au père Noël, car, si les agents de l’auguste FBI réussissent à récupérer, quelques mois plus tard, de menues pièces d’antiquités de chez les petits receleurs irakiens, en revanche, plusieurs chefs-d’œuvre atterrirent chez les antiquaires et autres collectionneurs européens, japonais, etc. Depuis 1991, plus de 150.000 pièces, dont des tablettes en terre cuite, ont fait l’objet de vols dans le pays du Tigre et de l’Euphrate. Tels sont, entre autres, les dommages collatéraux d’une guerre que l’histoire ne manquera pas d’inscrire dans ses tablettes.

D’autres pays se voient dépouillés aussi de leurs objets culturels et œuvres d’art tels le Nigeria, le Pérou ou encore la Grèce, dont les autorités se plaignent du pillage.

L’Algérie n’est pas en reste. Dans la commune de Settara, à environ 70 km de Jijel, le site de Tissilil, qui se présente comme une large bande archéologique de 5 hectares environ, revêt un intérêt historique aussi important que Djemila ou Timgad. Toute une ville y est enfouie, dont on voit les traces des constructions à la surface du sol ainsi que des pierres taillées. Cet espace archéologique a été « visité » par des prédateurs qui, il y a quelques années, avaient entrepris des fouilles pour exhumer des fragments de mosaïque. Les exemples sont légion. De nombreux sites ont subi des actes de pillage et de détérioration : le fort turc du littoral centre, le fort de Mansourah à Tlemcen, le site punique de l’Andalousie qui s’étalent sur plus de 6 hectares sur lequel est érigé un complexe touristique ou encore les pierres du mausolée royal de Maurétanie qui a fait l’objet, ces dernières années, de nombreuses dégradations par des visiteurs inconscients de la richesse et de la portée de ce patrimoine.

Traquer le tourisme du trabendo

Beaucoup d’objets provenant de vols commis durant la décennie 1990, notamment sur les différents sites et musées de Tébessa et Guelma, ont été récupérés par l’ambassade d’Algérie en Tunisie, dont la tête de Gorgone en marbre, deux stèles funéraires dédiées au dieu Saturne, une stèle votive, une pierre funéraire en calcaire et grès, etc. En 1998, on retrouve les traces d’un lot de 50.000 pièces de monnaie romaine, déposé au siège de la daïra de M’daourouch. On constate que les musées qui se trouvent dans l’Est algérien sont e plus vulnérables, surtout lorsqu’on sait que le patrimoine matériel n’est pas encore inventorié de manière scientifique au niveau des musées nationaux et régionaux. Le Grand Sud algérien n’est pas épargné ; il est convoité par des touristes « trabendistes » qui, avec la complicité d’indélicats tour operators ou spécialistes du trafic des pièces et objets d’antiquités, se mettent en porte-à-faux avec la législation portant protection des biens culturels. Ils prennent le risque de s’aventurer dans ce musée à ciel ouvert dans le but de «récolter» quelques objets archéologiques. L’affaire des groupes de touristes (suisses, allemands et autrichiens) disparus puis retrouvés, qui avait suscité des remous au sein de l’opinion publique internationale, révèle, selon Ahmed Zegri, guide et patron de l’agence de voyage Mezrirène, «la thèse d’un complot ourdi par certains lobbies tunisiens spécialisés dans le tourisme saharien» (voir El Watan du 13/04/2003). Autrement dit, le tourisme du trabendo. En clair, réussir un coup double  : dilapider les biens archéologiques algériens et entretenir, avec une affaire aussi perfide que cette prétendue disparition, l’image d’une Algérie toujours en état d’insécurité. Des touristes pirates qui ne se font pas signaler et partent à l’aventure dans le Grand Sud sans guide, avec pour seul souci de s’emparer d’objets faisant partie du patrimoine archéologique pour les vendre ou enrichir leurs collections. Alors que cela constitue une infraction et demeure passible d’une amende, voire d’un emprisonnement (loi 90-04 du 15 juin 1998 relative à la protection du patrimoine culturel).

Responsabiliser les directions de la culture

Disposant de faibles moyens matériels et humains, l’autorité archéologique qui chapeaute les quinze circonscriptions relevant de sa compétence à travers le territoire, peine à gérer, contrôler et protéger le patrimoine matériel. Le redéploiement décidé par le ministère de la Culture, susceptible de donner une dynamique nouvelle quant à la protection et la revalorisation du patrimoine, vient à point nommé. La transformation de l’Agence nationale d’archéologie (ANA) en Office de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés et la création de deux directions — l’une chargée de la protection légale des biens culturels et l’autre ayant pour mission la conservation et la restauration du patrimoine culturel — constitueront des instruments à même de mettre de l’ordre dans ce secteur qui, apprend-on, sera soutenu par la mise en place de brigades spécialisées dans la lutte contre le pillage du patrimoine.

Lors de la signature, dernièrement, d’un accord portant le projet «Routes des ksour», le représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) n’avait-il pas déclaré que le «but est de protéger le patrimoine culturel, matériel et immatériel de la région d’Adrar, de préserver cette relation physique et passionnée des habitants avec leur environnement» ?

Aussi, si le patrimoine a besoin d’une volonté d’entreprendre traduite par des décisions rapides et nombreuses qui ne peuvent émaner que du sommet, il n’en reste pas moins vrai que les 48 directions de la culture à travers le pays se doivent de veiller sur les sites qui revêtent une importance historique, en étroite collaboration avec l’autorité archéologique.

Hacène K.

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