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Patrimoine
Des garde-fous
contre le pillage de la mémoire
Lorsque les
télévisions du monde ont montré, le 14 mars 2003, cette femme tenant
sa tête entre ses mains et pleurant à chaudes larmes le sort réservé
au musée de Baghdad, dévasté et pillé d’un pan de patrimoine
universel. On ne pouvait rester insensible à cet acte de déprédation
qui a suscité un haut-le-corps au sein de l’opinion internationale.
Dans le fracas des armes et l’effroi des bombes, au-delà de la
tragédie humaine, des réseaux maffieux, soutenus par leurs relais et
préparés minutieusement avant le déclenchement de la guerre, ont
réussi à faire main basse sur un patrimoine plusieurs fois
millénaire. Tout cela se passait sous l’œil passif, sinon avec la
bénédiction de l’armée américaine qui a laissé faire…
Ne croyons pas au
père Noël, car, si les agents de l’auguste FBI réussissent à
récupérer, quelques mois plus tard, de menues pièces d’antiquités de
chez les petits receleurs irakiens, en revanche, plusieurs
chefs-d’œuvre atterrirent chez les antiquaires et autres
collectionneurs européens, japonais, etc. Depuis 1991, plus de
150.000 pièces, dont des tablettes en terre cuite, ont fait l’objet
de vols dans le pays du Tigre et de l’Euphrate. Tels sont, entre
autres, les dommages collatéraux d’une guerre que l’histoire ne
manquera pas d’inscrire dans ses tablettes.
D’autres pays se
voient dépouillés aussi de leurs objets culturels et œuvres d’art
tels le Nigeria, le Pérou ou encore la Grèce, dont les autorités se
plaignent du pillage.
L’Algérie n’est
pas en reste. Dans la commune de Settara, à environ 70 km de Jijel,
le site de Tissilil, qui se présente comme une large bande
archéologique de 5 hectares environ, revêt un intérêt historique
aussi important que Djemila ou Timgad. Toute une ville y est
enfouie, dont on voit les traces des constructions à la surface du
sol ainsi que des pierres taillées. Cet espace archéologique a été
« visité » par des prédateurs qui, il y a quelques années, avaient
entrepris des fouilles pour exhumer des fragments de mosaïque. Les
exemples sont légion. De nombreux sites ont subi des actes de
pillage et de détérioration : le fort turc du littoral centre, le
fort de Mansourah à Tlemcen, le site punique de l’Andalousie qui
s’étalent sur plus de 6 hectares sur lequel est érigé un complexe
touristique ou encore les pierres du mausolée royal de Maurétanie
qui a fait l’objet, ces dernières années, de nombreuses dégradations
par des visiteurs inconscients de la richesse et de la portée de ce
patrimoine.
Traquer le tourisme du trabendo
Beaucoup d’objets
provenant de vols commis durant la décennie 1990, notamment sur les
différents sites et musées de Tébessa et Guelma, ont été récupérés
par l’ambassade d’Algérie en Tunisie, dont la tête de Gorgone en
marbre, deux stèles funéraires dédiées au dieu Saturne, une stèle
votive, une pierre funéraire en calcaire et grès, etc. En 1998, on
retrouve les traces d’un lot de 50.000 pièces de monnaie romaine,
déposé au siège de la daïra de M’daourouch. On constate que les
musées qui se trouvent dans l’Est algérien sont e plus vulnérables,
surtout lorsqu’on sait que le patrimoine matériel n’est pas encore
inventorié de manière scientifique au niveau des musées nationaux et
régionaux. Le Grand Sud algérien n’est pas épargné ; il est convoité
par des touristes « trabendistes » qui, avec la complicité
d’indélicats tour operators ou spécialistes du trafic des pièces et
objets d’antiquités, se mettent en porte-à-faux avec la législation
portant protection des biens culturels. Ils prennent le risque de
s’aventurer dans ce musée à ciel ouvert dans le but de «récolter»
quelques objets archéologiques. L’affaire des groupes de touristes
(suisses, allemands et autrichiens) disparus puis retrouvés, qui
avait suscité des remous au sein de l’opinion publique
internationale, révèle, selon Ahmed Zegri, guide et patron de
l’agence de voyage Mezrirène, «la thèse d’un complot ourdi par
certains lobbies tunisiens spécialisés dans le tourisme saharien»
(voir El Watan du 13/04/2003). Autrement dit, le tourisme du
trabendo. En clair, réussir un coup double : dilapider les biens
archéologiques algériens et entretenir, avec une affaire aussi
perfide que cette prétendue disparition, l’image d’une Algérie
toujours en état d’insécurité. Des touristes pirates qui ne se font
pas signaler et partent à l’aventure dans le Grand Sud sans guide,
avec pour seul souci de s’emparer d’objets faisant partie du
patrimoine archéologique pour les vendre ou enrichir leurs
collections. Alors que cela constitue une infraction et demeure
passible d’une amende, voire d’un emprisonnement (loi 90-04 du 15
juin 1998 relative à la protection du patrimoine culturel).
Responsabiliser les directions de la
culture
Disposant de
faibles moyens matériels et humains, l’autorité archéologique qui
chapeaute les quinze circonscriptions relevant de sa compétence à
travers le territoire, peine à gérer, contrôler et protéger le
patrimoine matériel. Le redéploiement décidé par le ministère de la
Culture, susceptible de donner une dynamique nouvelle quant à la
protection et la revalorisation du patrimoine, vient à point nommé.
La transformation de l’Agence nationale d’archéologie (ANA) en
Office de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés et
la création de deux directions — l’une chargée de la protection
légale des biens culturels et l’autre ayant pour mission la
conservation et la restauration du patrimoine culturel —
constitueront des instruments à même de mettre de l’ordre dans ce
secteur qui, apprend-on, sera soutenu par la mise en place de
brigades spécialisées dans la lutte contre le pillage du patrimoine.
Lors de la
signature, dernièrement, d’un accord portant le projet «Routes des
ksour», le représentant du Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD) n’avait-il pas déclaré que le «but est de
protéger le patrimoine culturel, matériel et immatériel de la région
d’Adrar, de préserver cette relation physique et passionnée des
habitants avec leur environnement» ?
Aussi, si le
patrimoine a besoin d’une volonté d’entreprendre traduite par des
décisions rapides et nombreuses qui ne peuvent émaner que du sommet,
il n’en reste pas moins vrai que les 48 directions de la culture à
travers le pays se doivent de veiller sur les sites qui revêtent une
importance historique, en étroite collaboration avec l’autorité
archéologique.
Hacène K.
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