Semaine du 26 avril au 2 mai 2006

Industrie nationale du médicament

Prodiphal, les regrets d’un producteur

Encouragement du générique

Une mesure qui en appelle d’autres

Lutte contre les caries dentaires

Du Zymafluor pour les enfants scolarisés

Médicaments génériques

Pour un meilleur usage du générique

Transparence dans l’approvisionnement des hôpitaux

Amar Tou admet son échec

 

 
 
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Industrie nationale du médicament

Prodiphal, les regrets d’un producteur

Le contraste est saisissant entre le chaos de l’extérieur et l’harmonie qui domine l’intérieur. Dès que le lourd portail bleu de l’usine Prodiphal s’est ouvert, on ne pouvait se défaire du sentiment de passer d’un monde à un autre. Passer de l’anarchie et la désorganisation à l’ordre et à la rigueur.

En fait, c’est tout le paradoxe qui règne dans la zone industrielle de Rouiba, la plus grande d’Afrique. Les dernières technologies et les dernières méthodes managériales sont logées dans cette espèce de no man’s land caractérisé par ses chaussées défoncées et ses nids de poules à démolir le plus solide des 4X4 ainsi que ses lampadaires tordus qui n’éclairent plus rien depuis belle lurette.

«Lorsqu’on sort tard le soir, nous sommes obligés de partir en convoi pour éviter les agressions» nous explique Hakim Belarbi, responsable du site de production et qui n’est autre que l’un des fils du fondateur de l’entreprise.

La manière dont nous sommes accueillis, poliment mais fermement, renseigne sur l’atmosphère de rigueur qui plombe un peu l’ambiance. Un climat studieux règne sur les lieux. Implantée sur 10 000 m2, l’usine tourne depuis 2005 avec 147 employés. «Une partie de notre personnel possède un profil universitaire et est souvent issue de la formation médicale», indique Hakim Belarbi. C’est certes important, mais ce n’est pas essentiel. Prodiphal est en fait façonneur, pour de grands laboratoires, de produits qu’on n’imaginerait pas fabriqués en Algérie.

Une éventualité qui n’a été rendue possible qu’en répondant rigoureusement aux conditions de fabrication qui règnent dans les usines du même type qui se trouvent en Europe ou aux Etats-Unis. D’ailleurs, les Belarbi ne sont pas peu fiers de leur réalisation, et comment ne le seraient-ils pas. Ils arrivent à convaincre leurs clients en mettant en place une production qui répond aux mêmes normes et aux mêmes exigences qui existent dans les pays les plus avancés.

On nous interdira la visite des installations de production. Normal, le risque n’est pas toléré ici. Mais on pourra visiter le magasin où sont entreposés matières premières et produits finis.

Quand on sait qu’un système de pression évacue en permanence l’air vers l’extérieur des installations de production, pour éviter les risques de contamination, il est normal que ceux qui viennent de l’extérieur ne soient pas autorisés à pénétrer dans l’atelier proprement dit.

Prodiphal est en fait un exemple type de la politique adoptée en matière de production pharmaceutique. L’accumulation primitive de la richesse, pour reprendre Karl Marx, a permis la mise en place de structures de production qui réduisent, en principe, la facture d’importation. Des infrastructures qui n’ont pas manqué de susciter les appétits de grands groupes pharmaceutiques internationaux, notamment français, qui ont voulu opérer une OPA sur Prodiphal. «On aurait pu vendre et vivre aujourd’hui de nos rentes», souligne Hakim Belarbi.

Inutiles ?

De telles installations et une telle rigueur peuvent paraître complètement désuets quand on sait que les importateurs ne sont plus tenus de se mettre à la fabrication.

Effectivement, le tournant que vient de prendre le secteur de la production pharmaceutique concerne au premier chef les industriels qui ont joué le jeu en optant pour la production, comme stipulé dans le cahier des charges des importateurs.

Aujourd’hui, on ne va pas non plus fermer ce joyau industriel ; alors, la solution est de continuer à importer, même si Hakim Belarbi précise qu’en termes de marges il n’y a pas photo. «Nous gagnons plus sur les produits en les fabriquant, mais la survie de l’entreprise dépend maintenant de l’importation».

Prodiphal est aussi l’un des trois plus grands importateurs avec Biopharm et LPA, qui ont réalisé 220 millions de dollars d’importation sur les 600 du total de la facture de l’année 2004. Cependant, il est difficile de voir que cet investissement dans l’importation n’a pas eu un effet positif puisque le site de production de la zone industrielle de Rouiba réalise une plus-value importante. Mais Hakim Belarbi ne commente pas plus les décisions incompréhensibles des pouvoirs publics.

Quelle politique ?

Il faut savoir qu’en 2003, ce qui était défendu, c’est d’abord la production nationale. A cette époque, le ministère de la Santé répondait aux demandes du Syndicat algérien de l'industrie pharmaceutique (SAIP) qui exigeait l’inscription de nouveaux importateurs par le refus, alors que la politique pharmaceutique du pays tendait vers un protectionnisme avéré de la production nationale et une limitation de l’importation. Dans le même temps, on indiquait que «l’année 2004 sera une inauguration nouvelle pour la production nationale avec une nouvelle gamme de produits». C’est du moins ce que déclarait le docteur Nibouche, directeur de la pharmacie au ministère de la Santé. Mieux encore, on avait annoncé des mesures et des directives visant le réaménagement de la nomenclature et le retrait de leurs autorisations à certains importateurs qui n'avaient pas respecté leurs engagements.

«Désormais, les produits qui ne répondent pas aux critères essentiels seront importés dans une liste restrictive. La liste leur sera communiquée début mars. Un délai de 10 mois est fixé aux opérateurs aux grands chiffres d'affaires afin de lancer la mise à niveau de la production. Faute de quoi, des mesures réglementaires seront prises». En 2001, 27 entreprises avaient été arrêtées et 16 autres en 2002. Prodiphal était dans l’œil du cyclone. Il était cité parmi les entreprises qui ne s’étaient pas conformées aux cahiers des charges en ne produisant pas des produits dits essentiels et se voyait menacée de se voir retirer les autorisations à l'importation. Des mesures importantes étaient attendues, «y compris dans les pharmacies hospitalières».

Aujourd’hui, comme on le sait, on a autorisé le gré à gré pour une cinquantaine de produits hospitaliers.

Le marché algérien du médicament est un des plus important en Afrique. Classée troisième après l’Egypte et l’Afrique du Sud par ses importations, l’Algérie enregistre une croissance constante (une demande de l’ordre de 600 millions de dollars), alors que la couverture thérapeutique est assurée pour une grande part par l’importation. La production nationale est représentée par 22 à 27 unités de fabrication de médicaments qui couvrent presque 15% des besoins du pays, alors que 80% de cette production locale est assurée par le groupe Saidal.

Amine Esseghir

 

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Encouragement du générique

Une mesure qui en appelle d’autres

Il y a comme une volonté des pouvoirs publics de prendre en charge sérieusement le volet médicament. Du moins, c’est l’impression qui se dégage de la récente décision du ministère du Travail et de la Sécurité sociale d’établir un ″tarif de référence″ pour le remboursement des médicaments, ce qui est de nature à favoriser la consommation des génériques pour lesquels milite le groupe Saidal depuis plusieurs années, rejoint ensuite par les autres producteurs du secteur privé national. Mais, cela est-il suffisant pour effacer les effets de plusieurs années d’indifférence envers un secteur stratégique ?

Le combat de Saïdal pour la généralisation du générique commence à donner ses fruits. Après une série de coups durs, assignés souvent par les pouvoirs publics, le secteur national du médicament pourrait bénéficier d’une meilleure prise en charge et des encouragements dont il a besoin, si d’autres mesures sont adoptées. Pas si sûr. Car le secteur du médicament représente un immense enjeu financier. En 2005, les importations ont dépassé le seuil du milliard d’euros, contre près de 800 millions d’euros en 2004. La facture risquait d’être plus importante encore pour l’année en cours, si ce n’était le recours au tarif de référence. En effet, les médicaments génériques coûtent en moyenne 30% moins cher (parfois 50%) que les produits de spécialités. L’on s’attend également à ce que les grands laboratoires réduisent eux aussi leurs prix en s’alignant sur les prix de référence. Le but étant de ne pas perdre des parts de marché.

Cependant, la nouvelle démarche des pouvoirs publics de rationaliser les dépenses de sécurité sociale par le recours aux génériques ne veut pas nécessairement dire que l’on se dirige vers la protection de la production nationale. L’état d’esprit actuel au sein du gouvernement ne milite pas en faveur de cela. Bien au contraire, les mesures prises l’année dernière avec la promulgation de l’arrêté du 6 juin 2005 portant ″cahier des conditions techniques à l’importation des produits pharmaceutiques destinés à la médecine humaine″, montrent parfaitement que l’on privilégie l’importation par rapport à la production nationale. Depuis septembre 2005, l’importation du médicament est donc complètement libre. Outre les imprécisions qu’il contient, notamment en ce qui concerne la définition de la durée de vie d’un médicament mis sur le marché à propos de laquelle le l’arrêté est resté bizarrement silencieux, il n’est plus exigé des importateurs de se lancer dans la production au bout de deux années, comme cela était de vigueur auparavant. Encore que cette exigence n’a jamais été systématiquement appliquée pour l’ensemble des opérateurs du médicament qui existent sur le marché algérien.

L’indifférence des autorités pour le marché national du médicament a été perceptible à plusieurs reprises à travers le parcours du groupe Saidal qui n’a pas vraiment bénéficié d’un support étatique digne de ce nom. Depuis le plan de repêchage de l’entreprise en 1995, Saidal a été complètement délaissée. Il faut reconnaître que ce qui a sauvé ce fleuron de l’industrie du médicament c’est d’avoir été bien gérée de l’intérieur, malgré les embûches mises sur sa route à l’extérieur. Cela au moment où le discours officiel était braqué sur la nécessité de se doter d’un système performant de santé.

De leur côté, libérés de toute obligation, les gros importateurs n’ont aucun intérêt dans le développement d’une industrie performante du médicament. L’épisode de l’insuline vécu par Saidal illustre parfaitement le désintéressement des autorités. Il a fallu plusieurs années de lutte pour que le groupe puisse lancer la fabrication de ce médicament (en coopération avec un laboratoire international), aussi stratégique dans un pays qui compte plusieurs centaines de milliers de diabétiques insulinodépendants. A quelques mois de la sortie d’usine de l’insuline algérienne, ne voit-on pas que les plus hautes autorités sanitaires en autorisent l’importation par un grand laboratoire concurrent ?

Blasée par cette expérience, Saidal s’est lancé dans la fabrication d’autres produits comme la trithérapie contre le VIH-sida et, tout récemment, le Tamiflu, pour doter le pays d’une capacité de réponse immédiate en cas de grippe aviaire au lieu de compter uniquement sur l’importation.

A ces difficultés internes viennent s’ajouter les défis représentés par l’entrée en vigueur de l’Accord d’association avec l’UE (depuis septembre 2005) et ceux à venir dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC (en phase de négociation). De l’avis des producteurs rassemblés au sein de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), ″ faute d’une connaissance appropriée de leur contenu et d’une compréhension suffisante de leur portée (…), les responsables concernés au niveau de l’administration sanitaire sous estiment les implications des accords commerciaux négociés, et notamment les accords OMC″, affirme l’UNOP dans un rapport publié en septembre 2005. Les producteurs algériens y réclament des pouvoirs publics de ″promouvoir des formes nouvelles de protection″ qui passe inévitablement par l’expression ″d’une volonté politique affirmée d’aider un secteur sensible de l’économie″ et des soutiens publics ″à la mise à niveau, aux achats de licences, aux politiques de développement de la qualité, aux équipements de laboratoires de développement″. L’UNOP revendique aussi ″des facilitations administratives et l’accès simplifié à l’information économique et réglementaire″ ainsi qu’″un accès privilégié aux achats publics et au marché des hôpitaux financés sur ressources budgétaires″.

La récente mesure d’encouragement de la consommation des médicaments génériques (dont une large panoplie sont fabriqués localement) peut être perçue comme étant une réponse des pouvoirs publics aux doléances des producteurs algériens. Tout à fait louable, elle reste néanmoins insuffisante pour protéger et développer la production nationale du médicament qui, mine de rien, peut nous économiser plusieurs centaines de millions d’euros.

Abdelkader Djalil

 

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Lutte contre les caries dentaires

Du Zymafluor pour les enfants scolarisés

Selon ce qui a été annoncé il y a deux semaines sur les ondes de la radio El-Bahdja par un responsable au ministère de la Santé, les pouvoirs publics ont décidé de s’engager dans la prévention contre les caries dentaires par la prescription d’un produit fluoré. Il s’agit de Zymafluor qui sera donné à titre gracieux aux élèves du primaire et du cycle moyen. L’opération commencera dès ce troisième trimestre dans quelques wilayas de l’intérieur du pays. Elle sera peu à peu généralisée à d’autres wilayas du pays.

L’Etat a donc choisi cette manière, pas tout à fait consensuelle, pour lutter contre la carie dentaire qui est, certes, devenue un phénomène inquiétant qui touche les jeunes générations. L’Etat a aussi choisi de payer la facture de cette campagne (appelée à durer plusieurs années pour toucher plusieurs millions d’élèves).

La question est de savoir pourquoi le recours à ce choix ? Pourquoi opter pour l'usage d’additifs fluorés dans la lutte contre les caries dentaires sans tester d’autres méthodes ? Pourquoi ne pas déclencher une campagne médiatique, au sein des écoles et même en direction des adultes, pour le brossage des dents et pour l’équilibre alimentaire, au lieu de choisir la plus aisée des ″solutions″ qui consiste à donner un comprimé fluoré à un enfant chaque soir avant dormir ? Les caries ne sont pas dues au manque de fluor mais au manque d'hygiène, disent les dentistes.

″Il est illusoire de vouloir prévenir la carie dentaire par le seul fluor. La prévention bucco-dentaire repose sur quatre piliers indissociables : fluor, élimination de la plaque, conseils alimentaires et interventions préventives du dentiste. ″L'élimination régulière de la plaque dentaire grâce à une hygiène bucco-dentaire consciencieuse est bien évidemment essentielle″, estiment les scientifiques.

Par ailleurs, ces derniers mettent en garde contre le dépassement de la dose de fluor journalière (0,1 mg/kg de l'enfant). Par ″dose journalière″, il faut comprendre l'ensemble des prises alimentaires pouvant contenir du fluor, y compris l'eau de boisson et celle de cuisson des aliments, le sel de table et autres.

C’est pour cela que les dentistes estiment qu’il faut d’abord effectuer un bilan des différents apports dans l'alimentation avant de statuer sur l'utilité d’un apport supplémentaire (sous forme de comprimés) de fluor. Affaire à suivre.

A. D.

 

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Médicaments génériques

Pour un meilleur usage du générique

La Caisse nationale de sécurité sociale (CNAS), qui adopte désormais un tarif de référence pour le remboursement des médicaments, tend avant tout à s’aligner en cela sur les autres pays du monde qui ont adopté ce procédé depuis des lustres. Mais elle tend aussi et surtout à gérer son déficit pour arriver à un meilleur usage de ses ressources. Mais quand on sait que ce tarif de référence se rapproche du prix des médicaments génériques, l’on comprend aussi que cette pratique encourage, on ne peut mieux, l’achat de médicaments qui coûtent peu cher, mais ne sont pas très prisés par les malades et parfois aussi par certains médecins qui leur préfèrent les princeps.

Beaucoup l’auront remarqué à travers des spots télévisés, du moins ceux qui regardent encore la chaîne nationale : la CNAS a décidé d’adopter une nouvelle méthode de remboursement des médicaments. Les remboursements se font désormais à partir d’un tarif de référence inscrit sur la vignette. Pour que tout le monde, médecins, pharmaciens et patients puissent bien comprendre cette pratique et s’habituer à ce nouveau procédé, la CNAS a décidé, dans un premier temps, de taxer 116 produits remboursables d’un tarif de référence. Cette opération s’étendra ensuite pour atteindre un millier de marques. Cette méthode, pas très compliquée, se base désormais sur le tarif de référence inscrit sur la vignette. Cela signifie que si l’on achète un médicament qui coûte 2 000 DA et que son tarif de référence est de 350 DA, la CNAS rembourse ce produit en fonction de son prix de référence. Et c’est là que les gens s’étonnent et ne comprennent pas pourquoi ils doivent payer la différence de leur poche quand le prix du médicament est deux ou trois fois plus élevé.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que le prix de référence, défini surtout en fonction de la disponibilité des médicaments, se rapproche beaucoup des prix des médicaments génétiques qui ont fait leur apparition chez nous il y a un peu plus d’une dizaine d’années, mais qui ne semblent pas faire l’unanimité quant à leur efficacité thérapeutique. Pour certains, ces médicaments ne sont qu’une pâle copie des princeps et ne peuvent donc avoir toute l’efficacité souhaitée, tandis que pour d’autres, un médicament générique a les mêmes effets thérapeutiques. Ce dilemme ne concerne pas seulement les patients, mais aussi de nombreux médecins qui restent eux aussi partagés et influent d’une façon ou d’une autre sur les patients qui n’arrivent pas à trancher entre un médicament générique abordable et un princeps dont le prix est le plus souvent intouchable, mais qui, croit-on, guérit mieux et plus vite.

Pourtant, depuis que les médicaments génériques ont fait leur apparition en Algérie, beaucoup de séminaires et de tables rondes ont été tenus pour expliquer qu’un génétique est en fait une copie conforme d’un princeps, dont le brevet est tombé dans le domaine public, après une protection qui peut durer de 10 à 20 ans. Donc ce qui était l’exclusivité d’un laboratoire qui l’a mis au point, grâce à beaucoup de recherches, peut être fabriqué par les laboratoires qui en expriment le désir.

Ainsi, chez nous, Saidal, qui couvre 42%  des besoins du marché national, fabrique le médicament générique et l’on croit savoir que 29 des produits qu’elle fabrique seront parmi les 116 taxés au tarif de référence.

D’autres laboratoires, s’ils ne sont pas très nombreux, se sont lancés dans la fabrication du médicament générique, mais il faut reconnaître que la concurrence des grandes firmes internationales est de taille, car les gens dans leur majorité font plus confiance à des médicaments fabriqués par des laboratoires renommés.

Et parce que les mentalités ne changent pas du jour au lendemain, que beaucoup de médecins n’encouragent pas les malades à acheter des médicaments qui leur coûtent moins cher, que ces malades continuent à douter de l’efficacité thérapeutique de ces produits et que l’Etat continue à payer très cher la facture du médicament, il a fallu trouver ce nouveau procédé qui poussera certainement les patients à se tourner vers le médicament générique, moins onéreux et d’un prix plus proche du tarif de référence. Car il faut le dire, nombreux sont ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts et encore plus de mal à acheter les médicaments de plus en plus chers.

Donc si ce nouveau procédé arrange d’abord la CNAS dans la mesure où il lui permet d’économiser 5 milliards de dinars, autrement dit il lui permettra de mieux maîtriser ses dépenses et ses ressources et par la même gérer son déficit, il arrange aussi la frange sociale la plus démunie, mais aussi et surtout les malades chroniques dont la survie dépend souvent d’un médicament. Cette frange sociale ne peut se permettre le luxe de discuter l’efficacité thérapeutique de tel ou tel médicament. Sa préoccupation première est toute différente. Pour elle, il s’agit de savoir si le prix du produit est à sa portée. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses, les personnes qui ne peuvent acheter tout ce que leur prescrit le médecin. Certaines vont même jusqu’à demander un produit de substitution si le princeps n’est pas dans leurs moyens.

Mais il faut dire qu’il y a aussi ceux qui tiennent aux princeps comme on tient à la vie et ne les changent jamais pour des génétiques. Ceux-là se disent prêts à payer la différence tant que le médicament qui leur a été prescrit par leur médecin est fabriqué par un grand laboratoire européen et qu’il peut leur assurer une meilleure prise en charge de leur maladie.

Pourtant, le laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques assure, à qui veut bien l’écouter, que le contrôle dans ce domaine est très rigoureux qu’il s’agisse de  médicaments importés ou de matières premières pour notre jeune industrie pharmaceutique. Dans les deux cas, on assure que les produits sont conformes et qu’ils répondent aux normes en vigueur.

Tout ceci doit dissiper les craintes, mais il faut reconnaître aussi que certains médicaments génériques importés n’ont pas une bonne efficacité thérapeutique, ce qui fait que souvent les gens leur préfèrent des présentations plus chères, mais à l’effet garanti.

Donc, en adoptant cette nouvelle méthode de remboursement, on tend à encourager l’usage des médicaments génériques. Mais si on encourage l’importation du génétique, on devrait aussi encourager l’industrie pharmaceutique locale, presque inexistante et qui se débat dans beaucoup de problèmes. Cela permettrait à l’Etat de réduire considérablement la facture des médicaments et d’utiliser cet argent à l’amélioration du quotidien des Algériens.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Transparence dans l’approvisionnement des hôpitaux

Amar Tou admet son échec

L’approvisionnement de nos hôpitaux serait-il trop compliqué pour nos gestionnaires ? Il faut bien le croire, puisqu’à coups de circulaires et de contre-circulaires, on ne sait plus quelle option prendre pour solutionner le problème. A chaque ministre, les autorités changent de méthode, sans jamais offrir aux malades plus de médicaments qu’il n’en faut. L’exemple nous vient de la dernière décision interministérielle finances-santé.

En novembre 2005, le ministre de la Santé diffusait une circulaire relative à la gestion des produits pharmaceutiques dans les établissements publics de santé. Il constate, lui-même, que «des lacunes importantes, voire graves continuent à caractériser la gestion des produits pharmaceutiques dans les établissements publics de santé et concernent». Il parle de «mauvaise programmation de l'approvisionnement, mauvaise appréciation des tensions et fréquentes ruptures des produits pharmaceutiques, non-respect de règles de stockage et de sécurité, dispersion des lieux d'entreposage et de distribution, insuffisance, voire absence de traçabilité du médicament, contrôle inexistant de la destination finale des produits, absence de recoupement fiche malade – consommation des médicaments selon le traitement prescrit, absence totale de gestion économique du médicament et sous-utilisation de l'outil informatique». Le ministre fait le diagnostic, mais n’explique pas la maladie puisque d’aucuns s’autorisent à croire que, quelque part, certains de ces dysfonctionnements sont dus tout simplement à la corruption et à la dilapidation auxquelles le secteur public est habitué.

Aussi, pour une gestion «efficiente et rationnelle» des produits pharmaceutiques, dans l'objectif d'assurer «la disponibilité permanente à destination exclusive du malade», le ministre a rappelé à l'ensemble des intervenants dans la gestion de la pharmacie hospitalière les règles devant régir le secteur dans ce domaine.

Il a demandé à ce que plusieurs étapes soient suivies rigoureusement, à commencer par l'élaboration des besoins. Quant à la procédure d'acquisition des produits pharmaceutiques, Amar Tou se veut d’une intransigeance sans pareille. «Les règles procédurales établies en matière de passation de marché, conformément aux dispositions du décret présidentiel n° 02-250 du 24 juillet portant réglementation des marchés publics et du décret présidentiel n° 03-301 du 11 septembre 2003 modifiant et complétant le décret présidentiel n° 02-250 du 24 juillet 2002 portant réglementation des marchés publics, doivent être scrupuleusement respectée, en vue d'une passation de marché transparente, où la concurrence entre les différents fournisseurs est effective», stipule la circulaire. En outre, «toute acquisition de produits pharmaceutiques doit faire l'objet d'une consultation préalable, destinée à faire jouer pleinement la concurrence et à établir le choix des offres les plus favorables en matière de disponibilité et de prise en charge».

Quant aux cas exceptionnels ou d’urgence, prévus par la circulaire, toute commande imprévue devait être adressée à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH). Les prélèvements sur la dotation doivent être faits sur l'aval d'une prescription ou d'un protocole de soin d'urgence et donnent lieu à des relevés d'administration et de prélèvement. Ces relevés permettent d'avoir un état récapitulatif servant de base de calcul pour les quantités à délivrer par la pharmacie principale. Le praticien chef de service est par conséquent responsable des commandes d’urgence établies pour les besoins de son service.

L'ensemble de la procédure décrite ci-dessus visait à assurer la traçabilité du produit pharmaceutique dès sa réception au niveau de l'établissement et jusqu'à sa consommation par le patient. Et tour de vis supplémentaire, les responsables d'établissements étaient tenus d'adresser un rapport au plus tard le  31 décembre 2005 aux services concernés du ministère de la Santé et de mentionner, le cas échéant, toute difficulté rencontrée dans ce cadre.

Que s’est-il passé depuis ? Pas grand-chose. Alors que cette circulaire devait constituer un véritable coup de pied dans la fourmilière, les spécialistes des questions de la santé ont été étonnés d’apprendre la publication, dans l’avant-dernier numéro du Journal officiel, d’un arrêté interministériel daté du 6 septembre 2005( ?) fixant la liste des produits pharmaceutiques essentiels et vitaux à acquérir selon la procédure… de gré à gré après consultation (!).

Cet arrêté s’appuie sur l’alinéa 2 de l’article 38  du code des marchés publics pour permettre aux établissements hospitaliers d’acquérir les produits pharmaceutiques essentiels et vitaux fixés en annexe du présent arrêté. La liste des produits d’urgence publiée mérite cependant un débat de spécialistes. Elle comprend, à côté d’autres produits d’une nécessité qui n’est pas à démontrer, des produits d’anesthésie, les anti-inflammatoires et antalgiques, les produits dermatologiques, des produits de base dentaires, des bandes plâtrées et, enfin, des films radiologiques.

On peut dire que ces produits sont quasiment du consommable pour un hôpital qui en utilise de grandes quantités et à propos desquels il ne peut être toléré de pénurie.

Mais les nouvelles règles du jeu mises en branle annulent toute l’organisation ; la circulaire que Amar Tou a tenté de mettre en place tombe à l’eau puisque le prétexte de l’urgence suffit à lever les obligations de planification, de traçabilité, de destination, sans parler de l’obligation d’une transparence totale dans la passation des marchés.

Il semble que certaines réformes soient dures à mettre en place. Peut-être aurait-il fallu, tout simplement, asseoir un contrôle plus rigoureux sur ce que font les gestionnaires et aussi les conseils médicaux qui, parfois, sont les véritables patrons. Et plutôt que d’ouvrir la brèche de ces fameuses urgences qui, parfois, n’en sont pas, n’aurait-il pas fallu soumettre tout le monde à la seule rigueur de la loi ?

Nabil Benali

 

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