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Industrie nationale du médicament
Prodiphal, les
regrets d’un producteur
Le contraste est
saisissant entre le chaos de l’extérieur et l’harmonie qui domine
l’intérieur. Dès que le lourd portail bleu de l’usine Prodiphal
s’est ouvert, on ne pouvait se défaire du sentiment de passer d’un
monde à un autre. Passer de l’anarchie et la désorganisation à
l’ordre et à la rigueur.
En fait, c’est
tout le paradoxe qui règne dans la zone industrielle de Rouiba, la
plus grande d’Afrique. Les dernières technologies et les dernières
méthodes managériales sont logées dans cette espèce de no man’s land
caractérisé par ses chaussées défoncées et ses nids de poules à
démolir le plus solide des 4X4 ainsi que ses lampadaires tordus qui
n’éclairent plus rien depuis belle lurette.
«Lorsqu’on sort
tard le soir, nous sommes obligés de partir en convoi pour éviter
les agressions» nous explique Hakim Belarbi, responsable du site de
production et qui n’est autre que l’un des fils du fondateur de
l’entreprise.
La manière dont
nous sommes accueillis, poliment mais fermement, renseigne sur
l’atmosphère de rigueur qui plombe un peu l’ambiance. Un climat
studieux règne sur les lieux. Implantée sur 10 000 m2, l’usine
tourne depuis 2005 avec 147 employés. «Une partie de notre personnel
possède un profil universitaire et est souvent issue de la formation
médicale», indique Hakim Belarbi. C’est certes important, mais ce
n’est pas essentiel. Prodiphal est en fait façonneur, pour de grands
laboratoires, de produits qu’on n’imaginerait pas fabriqués en
Algérie.
Une éventualité
qui n’a été rendue possible qu’en répondant rigoureusement aux
conditions de fabrication qui règnent dans les usines du même type
qui se trouvent en Europe ou aux Etats-Unis. D’ailleurs, les Belarbi
ne sont pas peu fiers de leur réalisation, et comment ne le
seraient-ils pas. Ils arrivent à convaincre leurs clients en mettant
en place une production qui répond aux mêmes normes et aux mêmes
exigences qui existent dans les pays les plus avancés.
On nous interdira
la visite des installations de production. Normal, le risque n’est
pas toléré ici. Mais on pourra visiter le magasin où sont entreposés
matières premières et produits finis.
Quand on sait
qu’un système de pression évacue en permanence l’air vers
l’extérieur des installations de production, pour éviter les risques
de contamination, il est normal que ceux qui viennent de l’extérieur
ne soient pas autorisés à pénétrer dans l’atelier proprement dit.
Prodiphal est en
fait un exemple type de la politique adoptée en matière de
production pharmaceutique. L’accumulation primitive de la richesse,
pour reprendre Karl Marx, a permis la mise en place de structures de
production qui réduisent, en principe, la facture d’importation. Des
infrastructures qui n’ont pas manqué de susciter les appétits de
grands groupes pharmaceutiques internationaux, notamment français,
qui ont voulu opérer une OPA sur Prodiphal. «On aurait pu vendre et
vivre aujourd’hui de nos rentes», souligne Hakim Belarbi.
Inutiles ?
De telles
installations et une telle rigueur peuvent paraître complètement
désuets quand on sait que les importateurs ne sont plus tenus de se
mettre à la fabrication.
Effectivement, le
tournant que vient de prendre le secteur de la production
pharmaceutique concerne au premier chef les industriels qui ont joué
le jeu en optant pour la production, comme stipulé dans le cahier
des charges des importateurs.
Aujourd’hui, on ne
va pas non plus fermer ce joyau industriel ; alors, la solution est
de continuer à importer, même si Hakim Belarbi précise qu’en termes
de marges il n’y a pas photo. «Nous gagnons plus sur les produits en
les fabriquant, mais la survie de l’entreprise dépend maintenant de
l’importation».
Prodiphal est
aussi l’un des trois plus grands importateurs avec Biopharm et LPA,
qui ont réalisé 220 millions de dollars d’importation sur les 600 du
total de la facture de l’année 2004. Cependant, il est difficile de
voir que cet investissement dans l’importation n’a pas eu un effet
positif puisque le site de production de la zone industrielle de
Rouiba réalise une plus-value importante. Mais Hakim Belarbi ne
commente pas plus les décisions incompréhensibles des pouvoirs
publics.
Quelle
politique ?
Il faut savoir
qu’en 2003, ce qui était défendu, c’est d’abord la production
nationale. A cette époque, le ministère de la Santé répondait aux
demandes du Syndicat algérien de l'industrie pharmaceutique (SAIP)
qui exigeait l’inscription de nouveaux importateurs par le refus,
alors que la politique pharmaceutique du pays tendait vers un
protectionnisme avéré de la production nationale et une limitation
de l’importation. Dans le même temps, on indiquait que «l’année 2004
sera une inauguration nouvelle pour la production nationale avec une
nouvelle gamme de produits». C’est du moins ce que déclarait le
docteur Nibouche, directeur de la pharmacie au ministère de la
Santé. Mieux encore, on avait annoncé des mesures et des directives
visant le réaménagement de la nomenclature et le retrait de leurs
autorisations à certains importateurs qui n'avaient pas respecté
leurs engagements.
«Désormais, les
produits qui ne répondent pas aux critères essentiels seront
importés dans une liste restrictive. La liste leur sera communiquée
début mars. Un délai de 10 mois est fixé aux opérateurs aux grands
chiffres d'affaires afin de lancer la mise à niveau de la
production. Faute de quoi, des mesures
réglementaires seront prises». En 2001, 27 entreprises
avaient été arrêtées et 16 autres en 2002. Prodiphal était dans
l’œil du cyclone. Il était cité parmi les entreprises qui ne
s’étaient pas conformées aux cahiers des charges en ne produisant
pas des produits dits essentiels et se voyait menacée de se voir
retirer les autorisations à l'importation. Des mesures importantes
étaient attendues, «y compris dans les pharmacies hospitalières».
Aujourd’hui, comme
on le sait, on a autorisé le gré à gré pour une cinquantaine de
produits hospitaliers.
Le marché algérien
du médicament est un des plus important en Afrique. Classée
troisième après l’Egypte et l’Afrique du Sud par ses importations,
l’Algérie enregistre une croissance constante (une demande de
l’ordre de 600 millions de dollars), alors que la couverture
thérapeutique est assurée pour une grande part par l’importation. La
production nationale est représentée par 22 à 27 unités de
fabrication de médicaments qui couvrent presque 15% des besoins du
pays, alors que 80% de cette production locale est assurée par le
groupe Saidal.
Amine Esseghir
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Encouragement du générique
Une mesure qui
en appelle d’autres
Il y a comme une
volonté des pouvoirs publics de prendre en charge sérieusement le
volet médicament. Du moins, c’est l’impression qui se dégage de la
récente décision du ministère du Travail et de la Sécurité sociale
d’établir un ″tarif de référence″ pour le remboursement des
médicaments, ce qui est de nature à favoriser la consommation des
génériques pour lesquels milite le groupe Saidal depuis plusieurs
années, rejoint ensuite par les autres producteurs du secteur privé
national. Mais, cela est-il suffisant pour effacer les effets de
plusieurs années d’indifférence envers un secteur stratégique ?
Le combat de
Saïdal pour la généralisation du générique commence à donner ses
fruits. Après une série de coups durs, assignés souvent par les
pouvoirs publics, le secteur national du médicament pourrait
bénéficier d’une meilleure prise en charge et des encouragements
dont il a besoin, si d’autres mesures sont adoptées. Pas si sûr. Car
le secteur du médicament représente un immense enjeu financier. En
2005, les importations ont dépassé le seuil du milliard d’euros,
contre près de 800 millions d’euros en 2004. La facture risquait
d’être plus importante encore pour l’année en cours, si ce n’était
le recours au tarif de référence. En effet, les médicaments
génériques coûtent en moyenne 30% moins cher (parfois 50%) que les
produits de spécialités. L’on s’attend également à ce que les grands
laboratoires réduisent eux aussi leurs prix en s’alignant sur les
prix de référence. Le but étant de ne pas perdre des parts de
marché.
Cependant, la
nouvelle démarche des pouvoirs publics de rationaliser les dépenses
de sécurité sociale par le recours aux génériques ne veut pas
nécessairement dire que l’on se dirige vers la protection de la
production nationale. L’état d’esprit actuel au sein du gouvernement
ne milite pas en faveur de cela. Bien au contraire, les mesures
prises l’année dernière avec la promulgation de l’arrêté du 6 juin
2005 portant ″cahier des conditions techniques à l’importation des
produits pharmaceutiques destinés à la médecine humaine″, montrent
parfaitement que l’on privilégie l’importation par rapport à la
production nationale. Depuis septembre 2005, l’importation du
médicament est donc complètement libre. Outre les imprécisions qu’il
contient, notamment en ce qui concerne la définition de la durée de
vie d’un médicament mis sur le marché à propos de laquelle le
l’arrêté est resté bizarrement silencieux, il n’est plus exigé des
importateurs de se lancer dans la production au bout de deux années,
comme cela était de vigueur auparavant. Encore que cette exigence
n’a jamais été systématiquement appliquée pour l’ensemble des
opérateurs du médicament qui existent sur le marché algérien.
L’indifférence des
autorités pour le marché national du médicament a été perceptible à
plusieurs reprises à travers le parcours du groupe Saidal qui n’a
pas vraiment bénéficié d’un support étatique digne de ce nom. Depuis
le plan de repêchage de l’entreprise en 1995, Saidal a été
complètement délaissée. Il faut reconnaître que ce qui a sauvé ce
fleuron de l’industrie du médicament c’est d’avoir été bien gérée de
l’intérieur, malgré les embûches mises sur sa route à l’extérieur.
Cela au moment où le discours officiel était braqué sur la nécessité
de se doter d’un système performant de santé.
De leur côté,
libérés de toute obligation, les gros importateurs n’ont aucun
intérêt dans le développement d’une industrie performante du
médicament. L’épisode de l’insuline vécu par Saidal illustre
parfaitement le désintéressement des autorités. Il a fallu plusieurs
années de lutte pour que le groupe puisse lancer la fabrication de
ce médicament (en coopération avec un laboratoire international),
aussi stratégique dans un pays qui compte plusieurs centaines de
milliers de diabétiques insulinodépendants. A quelques mois de la
sortie d’usine de l’insuline algérienne, ne voit-on pas que les plus
hautes autorités sanitaires en autorisent l’importation par un grand
laboratoire concurrent ?
Blasée par cette
expérience, Saidal s’est lancé dans la fabrication d’autres produits
comme la trithérapie contre le VIH-sida et, tout récemment, le
Tamiflu, pour doter le pays d’une capacité de réponse immédiate en
cas de grippe aviaire au lieu de compter uniquement sur
l’importation.
A ces difficultés
internes viennent s’ajouter les défis représentés par l’entrée en
vigueur de l’Accord d’association avec l’UE (depuis septembre 2005)
et ceux à venir dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC (en
phase de négociation). De l’avis des producteurs rassemblés au sein
de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), ″ faute
d’une connaissance appropriée de leur contenu et d’une compréhension
suffisante de leur portée (…), les responsables concernés au niveau
de l’administration sanitaire sous estiment les implications des
accords commerciaux négociés, et notamment les accords OMC″, affirme
l’UNOP dans un rapport publié en septembre 2005. Les producteurs
algériens y réclament des pouvoirs publics de ″promouvoir des formes
nouvelles de protection″ qui passe inévitablement par l’expression
″d’une volonté politique affirmée d’aider un secteur sensible de
l’économie″ et des soutiens publics ″à la mise à niveau, aux achats
de licences, aux politiques de développement de la qualité, aux
équipements de laboratoires de développement″. L’UNOP revendique
aussi ″des facilitations administratives et l’accès simplifié à
l’information économique et réglementaire″ ainsi qu’″un accès
privilégié aux achats publics et au marché des hôpitaux financés sur
ressources budgétaires″.
La récente mesure
d’encouragement de la consommation des médicaments génériques (dont
une large panoplie sont fabriqués localement) peut être perçue comme
étant une réponse des pouvoirs publics aux doléances des producteurs
algériens. Tout à fait louable, elle reste néanmoins insuffisante
pour protéger et développer la production nationale du médicament
qui, mine de rien, peut nous économiser plusieurs centaines de
millions d’euros.
Abdelkader
Djalil
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Lutte contre les caries dentaires
Du Zymafluor
pour les enfants scolarisés
Selon ce qui a été
annoncé il y a deux semaines sur les ondes de la radio El-Bahdja par
un responsable au ministère de la Santé, les pouvoirs publics ont
décidé de s’engager dans la prévention contre les caries dentaires
par la prescription d’un produit fluoré. Il s’agit de Zymafluor qui
sera donné à titre gracieux aux élèves du primaire et du cycle
moyen. L’opération commencera dès ce troisième trimestre dans
quelques wilayas de l’intérieur du pays. Elle sera peu à peu
généralisée à d’autres wilayas du pays.
L’Etat a donc
choisi cette manière, pas tout à fait consensuelle, pour lutter
contre la carie dentaire qui est, certes, devenue un phénomène
inquiétant qui touche les jeunes générations. L’Etat a aussi choisi
de payer la facture de cette campagne (appelée à durer plusieurs
années pour toucher plusieurs millions d’élèves).
La question est de
savoir pourquoi le recours à ce choix ? Pourquoi opter pour l'usage
d’additifs fluorés dans la lutte contre les caries dentaires sans
tester d’autres méthodes ? Pourquoi ne pas déclencher une campagne
médiatique, au sein des écoles et même en direction des adultes,
pour le brossage des dents et pour l’équilibre alimentaire, au lieu
de choisir la plus aisée des ″solutions″ qui consiste à donner un
comprimé fluoré à un enfant chaque soir avant dormir ? Les caries ne
sont pas dues au manque de fluor mais au manque d'hygiène, disent
les dentistes.
″Il est illusoire
de vouloir prévenir la carie dentaire par le seul fluor. La
prévention bucco-dentaire repose sur quatre piliers indissociables :
fluor, élimination de la plaque, conseils alimentaires et
interventions préventives du dentiste. ″L'élimination régulière de
la plaque dentaire grâce à une hygiène bucco-dentaire consciencieuse
est bien évidemment essentielle″, estiment les scientifiques.
Par ailleurs, ces
derniers mettent en garde contre le dépassement de la dose de fluor
journalière (0,1 mg/kg de l'enfant). Par ″dose journalière″, il faut
comprendre l'ensemble des prises alimentaires pouvant contenir du
fluor, y compris l'eau de boisson et celle de cuisson des aliments,
le sel de table et autres.
C’est pour cela
que les dentistes estiment qu’il faut d’abord effectuer un bilan des
différents apports dans l'alimentation avant de statuer sur
l'utilité d’un apport supplémentaire (sous forme de comprimés) de
fluor. Affaire à suivre.
A. D.
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Médicaments génériques
Pour un
meilleur usage du générique
La Caisse
nationale de sécurité sociale (CNAS), qui adopte désormais un tarif
de référence pour le remboursement des médicaments, tend avant tout
à s’aligner en cela sur les autres pays du monde qui ont adopté ce
procédé depuis des lustres. Mais elle tend aussi et surtout à gérer
son déficit pour arriver à un meilleur usage de ses ressources. Mais
quand on sait que ce tarif de référence se rapproche du prix des
médicaments génériques, l’on comprend aussi que cette pratique
encourage, on ne peut mieux, l’achat de médicaments qui coûtent peu
cher, mais ne sont pas très prisés par les malades et parfois aussi
par certains médecins qui leur préfèrent les princeps.
Beaucoup l’auront
remarqué à travers des spots télévisés, du moins ceux qui regardent
encore la chaîne nationale : la CNAS a décidé d’adopter une nouvelle
méthode de remboursement des médicaments. Les remboursements se font
désormais à partir d’un tarif de référence inscrit sur la vignette.
Pour que tout le monde, médecins, pharmaciens et patients puissent
bien comprendre cette pratique et s’habituer à ce nouveau procédé,
la CNAS a décidé, dans un premier temps, de taxer 116 produits
remboursables d’un tarif de référence. Cette opération s’étendra
ensuite pour atteindre un millier de marques. Cette méthode, pas
très compliquée, se base désormais sur le tarif de référence inscrit
sur la vignette. Cela signifie que si l’on achète un médicament qui
coûte 2 000 DA et que son tarif de référence est de 350 DA, la CNAS
rembourse ce produit en fonction de son prix de référence. Et c’est
là que les gens s’étonnent et ne comprennent pas pourquoi ils
doivent payer la différence de leur poche quand le prix du
médicament est deux ou trois fois plus élevé.
Mais ce qu’il faut
savoir, c’est que le prix de référence, défini surtout en fonction
de la disponibilité des médicaments, se rapproche beaucoup des prix
des médicaments génétiques qui ont fait leur apparition chez nous il
y a un peu plus d’une dizaine d’années, mais qui ne semblent pas
faire l’unanimité quant à leur efficacité thérapeutique. Pour
certains, ces médicaments ne sont qu’une pâle copie des princeps et
ne peuvent donc avoir toute l’efficacité souhaitée, tandis que pour
d’autres, un médicament générique a les mêmes effets thérapeutiques.
Ce dilemme ne concerne pas seulement les patients, mais aussi de
nombreux médecins qui restent eux aussi partagés et influent d’une
façon ou d’une autre sur les patients qui n’arrivent pas à trancher
entre un médicament générique abordable et un princeps dont le prix
est le plus souvent intouchable, mais qui, croit-on, guérit mieux et
plus vite.
Pourtant, depuis
que les médicaments génériques ont fait leur apparition en Algérie,
beaucoup de séminaires et de tables rondes ont été tenus pour
expliquer qu’un génétique est en fait une copie conforme d’un
princeps, dont le brevet est tombé dans le domaine public, après une
protection qui peut durer de 10 à 20 ans. Donc ce qui était
l’exclusivité d’un laboratoire qui l’a mis au point, grâce à
beaucoup de recherches, peut être fabriqué par les laboratoires qui
en expriment le désir.
Ainsi, chez nous,
Saidal, qui couvre 42% des besoins du marché national, fabrique le
médicament générique et l’on croit savoir que 29 des produits
qu’elle fabrique seront parmi les 116 taxés au tarif de référence.
D’autres
laboratoires, s’ils ne sont pas très nombreux, se sont lancés dans
la fabrication du médicament générique, mais il faut reconnaître que
la concurrence des grandes firmes internationales est de taille, car
les gens dans leur majorité font plus confiance à des médicaments
fabriqués par des laboratoires renommés.
Et parce que les
mentalités ne changent pas du jour au lendemain, que beaucoup de
médecins n’encouragent pas les malades à acheter des médicaments qui
leur coûtent moins cher, que ces malades continuent à douter de
l’efficacité thérapeutique de ces produits et que l’Etat continue à
payer très cher la facture du médicament, il a fallu trouver ce
nouveau procédé qui poussera certainement les patients à se tourner
vers le médicament générique, moins onéreux et d’un prix plus proche
du tarif de référence. Car il faut le dire, nombreux sont ceux qui
ont du mal à joindre les deux bouts et encore plus de mal à acheter
les médicaments de plus en plus chers.
Donc si ce nouveau
procédé arrange d’abord la CNAS dans la mesure où il lui permet
d’économiser 5 milliards de dinars, autrement dit il lui permettra
de mieux maîtriser ses dépenses et ses ressources et par la même
gérer son déficit, il arrange aussi la frange sociale la plus
démunie, mais aussi et surtout les malades chroniques dont la survie
dépend souvent d’un médicament. Cette frange sociale ne peut se
permettre le luxe de discuter l’efficacité thérapeutique de tel ou
tel médicament. Sa préoccupation première est toute différente. Pour
elle, il s’agit de savoir si le prix du produit est à sa portée. Et
Dieu sait qu’elles sont nombreuses, les personnes qui ne peuvent
acheter tout ce que leur prescrit le médecin. Certaines vont même
jusqu’à demander un produit de substitution si le princeps n’est pas
dans leurs moyens.
Mais il faut dire
qu’il y a aussi ceux qui tiennent aux princeps comme on tient à la
vie et ne les changent jamais pour des génétiques. Ceux-là se disent
prêts à payer la différence tant que le médicament qui leur a été
prescrit par leur médecin est fabriqué par un grand laboratoire
européen et qu’il peut leur assurer une meilleure prise en charge de
leur maladie.
Pourtant, le
laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques
assure, à qui veut bien l’écouter, que le contrôle dans ce domaine
est très rigoureux qu’il s’agisse de médicaments importés ou de
matières premières pour notre jeune industrie pharmaceutique. Dans
les deux cas, on assure que les produits sont conformes et qu’ils
répondent aux normes en vigueur.
Tout ceci doit
dissiper les craintes, mais il faut reconnaître aussi que certains
médicaments génériques importés n’ont pas une bonne efficacité
thérapeutique, ce qui fait que souvent les gens leur préfèrent des
présentations plus chères, mais à l’effet garanti.
Donc, en adoptant
cette nouvelle méthode de remboursement, on tend à encourager
l’usage des médicaments génériques. Mais si on encourage
l’importation du génétique, on devrait aussi encourager l’industrie
pharmaceutique locale, presque inexistante et qui se débat dans
beaucoup de problèmes. Cela permettrait à l’Etat de réduire
considérablement la facture des médicaments et d’utiliser cet argent
à l’amélioration du quotidien des Algériens.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Transparence dans l’approvisionnement des hôpitaux
Amar Tou admet
son échec
L’approvisionnement de nos hôpitaux serait-il trop compliqué pour
nos gestionnaires ? Il faut bien le croire, puisqu’à coups de
circulaires et de contre-circulaires, on ne sait plus quelle option
prendre pour solutionner le problème. A chaque ministre, les
autorités changent de méthode, sans jamais offrir aux malades plus
de médicaments qu’il n’en faut. L’exemple nous vient de la dernière
décision interministérielle finances-santé.
En novembre 2005,
le ministre de la Santé diffusait une circulaire relative à la
gestion des produits pharmaceutiques dans les établissements publics
de santé. Il constate, lui-même, que «des lacunes importantes, voire
graves continuent à caractériser la gestion des produits
pharmaceutiques dans les établissements publics de santé et
concernent». Il parle de «mauvaise programmation de
l'approvisionnement, mauvaise appréciation des tensions et
fréquentes ruptures des produits pharmaceutiques, non-respect de
règles de stockage et de sécurité, dispersion des lieux
d'entreposage et de distribution, insuffisance, voire absence de
traçabilité du médicament, contrôle inexistant de la destination
finale des produits, absence de recoupement fiche malade –
consommation des médicaments selon le traitement prescrit, absence
totale de gestion économique du médicament et sous-utilisation de
l'outil informatique». Le ministre fait le diagnostic, mais
n’explique pas la maladie puisque d’aucuns s’autorisent à croire
que, quelque part, certains de ces dysfonctionnements sont dus tout
simplement à la corruption et à la dilapidation auxquelles le
secteur public est habitué.
Aussi, pour une
gestion «efficiente et rationnelle» des produits pharmaceutiques,
dans l'objectif d'assurer «la disponibilité permanente à destination
exclusive du malade», le ministre a rappelé à l'ensemble des
intervenants dans la gestion de la pharmacie hospitalière les règles
devant régir le secteur dans ce domaine.
Il a demandé à ce
que plusieurs étapes soient suivies rigoureusement, à commencer par
l'élaboration des besoins. Quant à la procédure d'acquisition des
produits pharmaceutiques, Amar Tou se veut d’une intransigeance sans
pareille. «Les règles procédurales établies en matière de passation
de marché, conformément aux dispositions du décret présidentiel n°
02-250 du 24 juillet portant réglementation des marchés publics et
du décret présidentiel n° 03-301 du 11 septembre 2003 modifiant et
complétant le décret présidentiel n° 02-250 du 24 juillet 2002
portant réglementation des marchés publics, doivent être
scrupuleusement respectée, en vue d'une passation de marché
transparente, où la concurrence entre les différents fournisseurs
est effective», stipule la circulaire. En outre, «toute acquisition
de produits pharmaceutiques doit faire l'objet d'une consultation
préalable, destinée à faire jouer pleinement la concurrence et à
établir le choix des offres les plus favorables en matière de
disponibilité et de prise en charge».
Quant aux cas
exceptionnels ou d’urgence, prévus par la circulaire, toute commande
imprévue devait être adressée à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH).
Les prélèvements sur la dotation doivent être faits sur l'aval d'une
prescription ou d'un protocole de soin d'urgence et donnent lieu à
des relevés d'administration et de prélèvement. Ces relevés
permettent d'avoir un état récapitulatif servant de base de calcul
pour les quantités à délivrer par la pharmacie principale. Le
praticien chef de service est par conséquent responsable des
commandes d’urgence établies pour les besoins de son service.
L'ensemble de la
procédure décrite ci-dessus visait à assurer la traçabilité du
produit pharmaceutique dès sa réception au niveau de l'établissement
et jusqu'à sa consommation par le patient. Et tour de vis
supplémentaire, les responsables d'établissements étaient tenus
d'adresser un rapport au plus tard le 31 décembre 2005 aux services
concernés du ministère de la Santé et de mentionner, le cas échéant,
toute difficulté rencontrée dans ce cadre.
Que s’est-il passé
depuis ? Pas grand-chose. Alors que cette circulaire devait
constituer un véritable coup de pied dans la fourmilière, les
spécialistes des questions de la santé ont été étonnés d’apprendre
la publication, dans l’avant-dernier numéro du Journal officiel,
d’un arrêté interministériel daté du 6 septembre 2005( ?) fixant la
liste des produits pharmaceutiques essentiels et vitaux à acquérir
selon la procédure… de gré à gré après consultation (!).
Cet arrêté
s’appuie sur l’alinéa 2 de l’article 38 du code des marchés publics
pour permettre aux établissements hospitaliers d’acquérir les
produits pharmaceutiques essentiels et vitaux fixés en annexe du
présent arrêté. La liste des produits d’urgence publiée mérite
cependant un débat de spécialistes. Elle comprend, à côté d’autres
produits d’une nécessité qui n’est pas à démontrer, des produits
d’anesthésie, les anti-inflammatoires et antalgiques, les produits
dermatologiques, des produits de base dentaires, des bandes plâtrées
et, enfin, des films radiologiques.
On peut dire que
ces produits sont quasiment du consommable pour un hôpital qui en
utilise de grandes quantités et à propos desquels il ne peut être
toléré de pénurie.
Mais les nouvelles
règles du jeu mises en branle annulent toute l’organisation ; la
circulaire que Amar Tou a tenté de mettre en place tombe à l’eau
puisque le prétexte de l’urgence suffit à lever les obligations de
planification, de traçabilité, de destination, sans parler de
l’obligation d’une transparence totale dans la passation des
marchés.
Il semble que
certaines réformes soient dures à mettre en place. Peut-être
aurait-il fallu, tout simplement, asseoir un contrôle plus rigoureux
sur ce que font les gestionnaires et aussi les conseils médicaux
qui, parfois, sont les véritables patrons. Et plutôt que d’ouvrir la
brèche de ces fameuses urgences qui, parfois, n’en sont pas,
n’aurait-il pas fallu soumettre tout le monde à la seule rigueur de
la loi ?
Nabil Benali
Haut
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