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Nouvelle visite médicale du président Bouteflika
Les dessous
d’une controverse
Présentée comme
une simple consultation post-opératoire, le déplacement de
Bouteflika en France, le 19 avril, a provoqué une avalanche de
réactions au sein de la droite et de l'extrême-droite française. Les
raisons de cette levée de boucliers ? Le report de la signature du
traité d’amitié entre Alger et Paris prévue pour la fin 2005 et le
récent rapprochement entre l’Algérie et les Etats-Unis, deux
événements exploités médiatiquement par la droite de l’Hexagone pour
ratisser large dans l’électorat séduit ces dernières années par l’extrême-droite.
Des responsables
politiques français de droite et d'extrême-droite ont dénoncé la
visite du président de la République à l’hôpital militaire du
Val-de-Grâce, intervenant trois jours après ses violentes
déclarations à l’encontre de la période coloniale. ″La colonisation
a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre
langue, de nos traditions″, avait déclaré Abdelaziz Bouteflika de
Constantine, en signalant en fait un constat déjà établi par des
dirigeants et responsables algériens après la visite du ministre
français des Affaires étrangères en Algérie.
On retiendra
pourtant que la présence du chef de l’Etat en France a été d’abord
annoncée par le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen (il
semblerait même que l’information ait été rapportée le mercredi 19
avril sur une chaîne télévisée arabe), avant d’être confirmée par la
présidence de la République algérienne, puis par le Quai d’Orsay
comme un suivi médical de routine s’imposant de lui-même après
l’hospitalisation du mois de novembre dernier. ″Je trouve scandaleux
que M. Bouteflika se permette de dire cela publiquement et le
lendemain d’être chez nous pour se faire soigner″, s’est alors
offusqué le dirigeant du FN, en confirmant ô combien ″le
colonialisme est un mauvais élève″ puisque tant d’archives, tant
d’ouvrages et tant de déclarations publiques n’ont cessé de comparer
la colonisation à un génocide. Le président du FN a même eu le
toupet de demander à Paris ″d'exiger″ du président Bouteflika des
excuses officielles.
Le numéro 2 du MPF,
Guillaume Peltier, a aussi critiqué les propos tenus par le chef de
l’Etat à Constantine, entretenant la provocation autour du ″rôle
positif″ de la France coloniale en Algérie. D’autres personnalités
politiques françaises ont aussi saisi cette opportunité pour
embarrasser le premier magistrat du pays et, avec lui, la nation
algérienne, et dans le même temps mener campagne en prévision des
prochaines échéances électorales, à l’exemple de Bernard Debré,
député UMP de Paris, qui exerce comme chef de service urologie de
l’hôpital Cochin. ″Quand un ulcère hémorragique a été traité puis
guéri, il s'agit d'effectuer un simple contrôle fibroscopique qui
peut être fait dans n'importe quel hôpital algérien. On peut se
demander pourquoi Bouteflika vient à Paris pour un contrôle aussi
simple″, a indiqué le professeur Debré au journal Le Parisien.
Deux mois après
l'abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février louant le passé
glorieux de la colonisation française, le ministre des Affaires
étrangères, Philippe Douste-Blazy, a aussi récidivé, confirmant par
la même les séquelles paternalistes de l’homme politique. Réagissant
sur les ondes d’une radio française aux propos du président
Bouteflika, M. Douste-Blazy a brandi la carte révisionniste, en
notant : ″Dans toutes les affaires de colonisation, il y a eu deux
moments : le moment de la conquête qui est toujours un moment
d'horreur (…) puis une fois que vous êtes sur la terre nouvellement
conquise, il y a des femmes et des hommes qui travaillent et qui
vont instruire des enfants″. Le chef de la diplomatie française n’a
toutefois pas voulu trop tirer sur la ficelle, intérêt oblige, en
confiant plus loin : ″Plutôt que de polémiquer, plutôt que
d'employer des mots comme cela, il est important pour l'Algérie
comme pour la France de regarder devant, de construire ensemble,
parce que, par l'histoire et par la géographie, nous sommes liés à
l'Algérie.″ Puis d’appeler à la construction d’une relation
bilatérale ″sur l'avenir, sur la vision, pas sur la rancœur″.
Des journaux
français se sont exprimés quant à l’entretien de la xénophobie et de
l’amalgame entre le passé colonial de la France et la France de l’après-référendum
de 1961. Ainsi, ″les propos anti-français″ du président de la
République prouvent, pour certains, que sa nouvelle hospitalisation
(la troisième) ″est due à une brusque aggravation de son état de
santé″.
Il y a lieu de
relever que lors d'une visite effectuée à Washington, les 12 et 13
avril dernier, c’est-à-dire au lendemain de l’arrivée à Alger de son
homologue français, le ministre algérien des Affaires étrangères,
Mohamed Bedjaoui, avait carrément soutenu que Paris n'avait ″pas le
même poids″ en Algérie que les Etats-Unis. M. Bedjaoui avait par
ailleurs insisté sur l'intention d'Alger de développer ses relations
avec Washington, devenu notre premier client avec un volume
d'échanges de l’ordre de 12 milliards de dollars. Le ministre des AE
avait également rappelé que la loi française de février 2005 avait
terni les relations algéro-françaises et ce, malgré l'abrogation de
l’article 4.
Les déclarations
de Mohamed Bedjaoui sont on ne peut plus claires concernant le choix
des autorités algériennes pour la puissance US, très justement
légitimé par la realpolitik et les intérêts de l’Algérie. Seulement,
connaissant le profil de cet illustre diplomate et surtout les
réserves dues à son poste, il y a de quoi s’étonner de l’audace de
sa rhétorique, ″excessive″pour certains et ″provocatrice″ pour
d’autres. Il n’empêche, cette audace a été apparemment fort
appréciée par son homologue américaine, qui s’est empressée d’agiter
un pacte unissant les deux pays vieux de plusieurs siècles.
La visite de
Bedjaoui aux Etats-Unis et tout ce qui s’en est suivi comme
déclarations, symboles et réactions médiatiques, en particulier en
Algérie, a fini par exacerber une France qui garde, d’une manière ou
d’une autre, un pied dans son ex-colonie et qui ne désespère pas
d’arracher son traité d’amitié. Faut-il ″détrôner″ Paris pour la
remplacer par Washington, pourrait-on dire, ou est-il possible
d’aller vers des rapports de respect de la souveraineté de chaque
partie, sachant que cette question est de plus en plus problématique
avec le nouvel ordre mondial qui se dessine actuellement ? Telle
sont les questions de fond qui font hélas défaut dans les débats en
Algérie, alors qu’elles sont les mieux indiquées pour prévenir
contre les visions chauvines, mais aussi contre les nouvelles formes
de ″protectorat″.
Concernant les
propos tenus par le président de la République à l’Est du pays, que
ce soit pour les massacres du 8 mai 1945 ou pour le refus de la
réhabilitation du tombeau de Massinissa, Abdelaziz Bouteflika y a vu
seulement la volonté de l'ancienne puissance coloniale de détruire
de manière irrémédiable l'identité algérienne. Rien n’a été dit sur
la responsabilité des dirigeants, de l’élite et des partis
politiques algériens. Le chef de l’Etat a même appelé au changement
de la ″mentalité des Algériens″, sans omettre de souhaiter un ″ciao
bello″ en direction des jeunes qui rêvent de visas et de réprimander
les citoyens, non organisés et non structurés, qui versent dans
l’émeute et les troubles. Ces réactions sont pour le moins étranges,
d’après des observateurs, qui y voient une certaine similitude avec
les répliques de l’ancien Président algérien au début des années
1990.
Pourtant, de
l’avis de l’historien français Benjamin Stora, les critiques de
Bouteflika sont motivées, entres autres, par ″le sentiment national
très puissant en Algérie″ et la persistance d’un ″contentieux″ ayant
un lien direct avec la position française vis-à-vis du Sahara
occidental et le traitement des visas. Pour Stora, ces éléments
expliqueraient par conséquent pourquoi l’Algérie veut se rapprocher
tant de Washington et même de Moscou.
Au-delà des
batailles menées des deux côtés de la Méditerranée, obéissant
essentiellement à plusieurs logiques (dont celles électorales,
géopolitiques et géoéconomiques), la défaillance en matière de
communication a touché du doigt une vieille maladie. Celle de la
non-transparence sur les questions se rapportant au ″secret médical″
entourant la maladie non seulement du président Bouteflika, mais
également celles des chefs d’Etat, en Algérie et ailleurs.
Z’hor Chérief
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