Semaine du 27 avril au 3 mai 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Reconfigurations de fond

 

 
 
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Reconfigurations de fond

Comment pouvait-on imaginer un seul instant que les peuples de la planète et la majorité de leurs dirigeants allaient accepter sans broncher qu’un seul pays,  fut-il le plus fort du moment, puisse imposer sa volonté à plus de six milliards d’individus et mettre en œuvre en toute impunité une politique impériale digne des péplums produits par Hollywood durant les années soixante ? Comment peuvent-il admettre qu’un Etat qui se comporte en voyou international puisse décerner les étiquettes faisant des  uns les bons  élèves de la mondialisation et des autres des Etats-voyous ?

Ceux qui pensaient que la mondialisation était un long fleuve tranquille doivent certainement commencer à déchanter en observant les grands mouvements politiques qui se dessinent à travers le monde pour s’opposer à un processus qui relève plus de l’américanisation que d’une universalisation généreusement comprise. Des mouvements de légitime défense, pourrait-on dire, suite à l’attitude étonnamment agressive du couple anglo-américain dans l’affaire irakienne. Africains, Arabes, Asiatiques, Latino-Américains et même quelques Européens ont fini par comprendre que la mondialisation à la sauce néo-conservatrice ne peut pas mener à quelque chose de bon lorsqu’elle se fonde sur le  mensonge, les coups montés, la provocation et l’agression militaire pure et simple. Sans compter la dérogation permanente aux lois et règles internationales les plus élémentaires et la recherche  incessante d’un statut d’exception qui fait de l’Amérique un Etat qui refuse de ratifier  les accords de Kioto sur la protection de l’environnement, qui refuse de se soumettre à l’autorité du Tribunal pénal international et qui enfreint tous les jours les accords multilatéraux de l’OMC en exerçant sur son économie un protectionnisme digne des pires régimes dictatoriaux de l’hémisphère Sud au temps  du Mur de Berlin. Cette situation, apparue au lendemain de la chute dudit Mur, a fait de l’Amérique une superpuissance unique, dominatrice et hégémonique, qui ne se reconnaît aucune autre limite que celle qu’elle décide par elle-même, en accord avec les travaillistes du royaume de Grande-Bretagne. Comment pouvait-on imaginer un seul instant que les peuples de la planète et la majorité de leurs dirigeants allaient accepter sans broncher qu’un seul pays,  fut-il le plus fort du moment, puisse imposer sa volonté à plus de six milliards d’individus et mettre en œuvre en toute impunité une politique impériale digne des péplums produits par Hollywood durant les années soixante ? Comment peuvent-il admettre qu’un Etat qui se comporte en voyou international puisse décerner les étiquettes faisant des  uns les bons  élèves de la mondialisation et des autres des Etats-voyous ?

Aussi n’y a-t-il là que de bien rassurant  dans la résurgence d’un anti-impérialisme décliné à présent aux couleurs de la démocratie et du pluralisme. Washington ne pouvant plus accuser personne,  aujourd’hui, de rouler pour Moscou et donc pour le communisme international. D’ailleurs, plus personne n’évoque seulement le terme d’anti-impérialisme ni même l’idée d’une quelconque confrontation idéologique et encore moins militaire. Même si les penseurs du  complexe militaro-industriel américain ont tout fait pour faire émerger une nouvelle ligne de feu au plan international avec les provocations d’un terrorisme attribué à une mythique Al-Quaîda dont on sait seulement qu’elle lui assure une couverture idéale.

Malgré quelques attentats spectaculaires et des équipées coloniales bien maigres en acquis démocratiques, la nouvelle bipolarisation souhaitée par Samuel Hutington et ses amis Richard Perle et Paul Wolfowitz a bien de la peine à prendre forme tant le terrorisme reste une mécanique bien trop faible pour faire de l’opposition entre islamisme et judéo-christianisme le nouveau rideau de fer du monde. Pendant ce temps, les peuples de la Terre et une majorité de leurs dirigeants commencent à s’organiser sérieusement dans le cadre de structures qui ne sont certes pas nouvelles, mais qui ont l’avantage d’être à présent dépouillées de toute charge idéologique qui pourrait en compromettre l’aboutissement. Le NEPAD, le Partenariat stratégique entre l’Asie et l’Afrique, le prochain Sommet Afrique-Amérique latine au Brésil, la transformation progressive du mouvement des non-alignés en assemblée générale des peuples de la Terre, sans compter la prochaine adoption d’une Constitution européenne et le début d’unification des pays asiatiques dans un cadre qui se dessine lentement mais sûrement sous l’impulsion d’une Chine qui s’est enfin réveillée, indiquent clairement la voie d’une mondialisation différente, plus sociale, plus pacifique et plus sécurisée pour tous. Une mondialisation en tout cas plus multilatérale et moins contraignante pour les faibles, que l’Amérique ne voit évidemment pas d’un bon œil puisqu’elle a déjà mis dans son collimateur l’Algérie dont les dirigeants ont décidé de s’impliquer avec force dans l’ensemble des processus  internationaux aptes à créer un monde plus juste, un monde meilleur. Comme premier avertissement, la commission des affaires étrangères du Congrès américain  a donc décidé que nous étions un pays où la démocratie a connu de sérieux revers et donc pas très éloigné de pays comme l’Arabie Saoudite où on continue de couper la tête des gens sur la  place publique, ou de la Syrie où le parti baâth refuse de passer la main pour un minimum de pluralisme. Pas très sérieux tout cela, mais il faut quand même faire très attention avec une puissance  qui décide comme elle veut de qui a des armes de destruction massive et qui n’en a pas.

A. M.

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