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Reconfigurations de fond
Comment pouvait-on
imaginer un seul instant que les peuples de la planète et la
majorité de leurs dirigeants allaient accepter sans broncher qu’un
seul pays, fut-il le plus fort du moment, puisse imposer sa volonté
à plus de six milliards d’individus et mettre en œuvre en toute
impunité une politique impériale digne des péplums produits par
Hollywood durant les années soixante ? Comment peuvent-il admettre
qu’un Etat qui se comporte en voyou international puisse décerner
les étiquettes faisant des uns les bons élèves de la
mondialisation et des autres des Etats-voyous ?
Ceux qui pensaient
que la mondialisation était un long fleuve tranquille doivent
certainement commencer à déchanter en observant les grands
mouvements politiques qui se dessinent à travers le monde pour
s’opposer à un processus qui relève plus de l’américanisation que
d’une universalisation généreusement comprise. Des mouvements de
légitime défense, pourrait-on dire, suite à l’attitude étonnamment
agressive du couple anglo-américain dans l’affaire irakienne.
Africains, Arabes, Asiatiques, Latino-Américains et même quelques
Européens ont fini par comprendre que la mondialisation à la sauce
néo-conservatrice ne peut pas mener à quelque chose de bon
lorsqu’elle se fonde sur le mensonge, les coups montés, la
provocation et l’agression militaire pure et simple. Sans compter la
dérogation permanente aux lois et règles internationales les plus
élémentaires et la recherche incessante d’un statut d’exception qui
fait de l’Amérique un Etat qui refuse de ratifier les accords de
Kioto sur la protection de l’environnement, qui refuse de se
soumettre à l’autorité du Tribunal pénal international et qui
enfreint tous les jours les accords multilatéraux de l’OMC en
exerçant sur son économie un protectionnisme digne des pires régimes
dictatoriaux de l’hémisphère Sud au temps du Mur de Berlin. Cette
situation, apparue au lendemain de la chute dudit Mur, a fait de
l’Amérique une superpuissance unique, dominatrice et hégémonique,
qui ne se reconnaît aucune autre limite que celle qu’elle décide par
elle-même, en accord avec les travaillistes du royaume de
Grande-Bretagne. Comment pouvait-on imaginer un seul instant que les
peuples de la planète et la majorité de leurs dirigeants allaient
accepter sans broncher qu’un seul pays, fut-il le plus fort du
moment, puisse imposer sa volonté à plus de six milliards
d’individus et mettre en œuvre en toute impunité une politique
impériale digne des péplums produits par Hollywood durant les années
soixante ? Comment peuvent-il admettre qu’un Etat qui se comporte en
voyou international puisse décerner les étiquettes faisant des uns
les bons élèves de la mondialisation et des autres des Etats-voyous
?
Aussi n’y a-t-il
là que de bien rassurant dans la résurgence d’un anti-impérialisme
décliné à présent aux couleurs de la démocratie et du pluralisme.
Washington ne pouvant plus accuser personne, aujourd’hui, de rouler
pour Moscou et donc pour le communisme international. D’ailleurs,
plus personne n’évoque seulement le terme d’anti-impérialisme ni
même l’idée d’une quelconque confrontation idéologique et encore
moins militaire. Même si les penseurs du complexe
militaro-industriel américain ont tout fait pour faire émerger une
nouvelle ligne de feu au plan international avec les provocations
d’un terrorisme attribué à une mythique Al-Quaîda dont on sait
seulement qu’elle lui assure une couverture idéale.
Malgré quelques
attentats spectaculaires et des équipées coloniales bien maigres en
acquis démocratiques, la nouvelle bipolarisation souhaitée par
Samuel Hutington et ses amis Richard Perle et Paul Wolfowitz a bien
de la peine à prendre forme tant le terrorisme reste une mécanique
bien trop faible pour faire de l’opposition entre islamisme et
judéo-christianisme le nouveau rideau de fer du monde. Pendant ce
temps, les peuples de la Terre et une majorité de leurs dirigeants
commencent à s’organiser sérieusement dans le cadre de structures
qui ne sont certes pas nouvelles, mais qui ont l’avantage d’être à
présent dépouillées de toute charge idéologique qui pourrait en
compromettre l’aboutissement. Le NEPAD, le Partenariat stratégique
entre l’Asie et l’Afrique, le prochain Sommet Afrique-Amérique
latine au Brésil, la transformation progressive du mouvement des
non-alignés en assemblée générale des peuples de la Terre, sans
compter la prochaine adoption d’une Constitution européenne et le
début d’unification des pays asiatiques dans un cadre qui se dessine
lentement mais sûrement sous l’impulsion d’une Chine qui s’est enfin
réveillée, indiquent clairement la voie d’une mondialisation
différente, plus sociale, plus pacifique et plus sécurisée pour
tous. Une mondialisation en tout cas plus multilatérale et moins
contraignante pour les faibles, que l’Amérique ne voit évidemment
pas d’un bon œil puisqu’elle a déjà mis dans son collimateur
l’Algérie dont les dirigeants ont décidé de s’impliquer avec force
dans l’ensemble des processus internationaux aptes à créer un monde
plus juste, un monde meilleur. Comme premier avertissement, la
commission des affaires étrangères du Congrès américain a donc
décidé que nous étions un pays où la démocratie a connu de sérieux
revers et donc pas très éloigné de pays comme l’Arabie Saoudite où
on continue de couper la tête des gens sur la place publique, ou de
la Syrie où le parti baâth refuse de passer la main pour un minimum
de pluralisme. Pas très sérieux tout cela, mais il faut quand même
faire très attention avec une puissance qui décide comme elle veut
de qui a des armes de destruction massive et qui n’en a pas.
A. M.
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