Semaine du 27 avril au 3 mai 2005

 

Histoire

Les quatre écoles juridiques de l’islam

 

 
 
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Les quatre écoles juridiques de l’islam

Les imams Malek, Ibn Hambel, Chafeï et Abou Hanifa ont été les fondateurs des quatre écoles juridiques, de qui se réclame l’ensemble de la communauté islamique à travers tout l’espace géographique, du Golfe persique à l’Atlantique.

Les luttes fratricides au nom de l’orthodoxie et beaucoup plus pour le pouvoir politique, ont commencé avec une rare violence à la disparition du premier calife du Prophète, Abou Bakr. Cet acharnement, cette obsession à vouloir revenir aux sources, à la pureté, à l’intégralité de la loi et de l’éthique islamique a d’abord et surtout des motivations religieuses, mais en apparence seulement. Mais elle démontre aussi et surtout, selon la conjoncture, les circonstances et les périodes, des rivalités tribales, ethniques, dynastiques, nationales et idéologiques, et les vainqueurs ne manquent jamais d’imposer par la force des armes des nouveaux postulats, un nouveau mode de pensée et des concepts géopolitiques en complète contradiction avec ce qui avait force de loi auparavant, en définitif, un monde instable, vecteur de violence et d’anarchie.

Devant le sunnisme, qui fait le plus souvent preuve de réalisme politique, tenant compte de la conjoncture socio-économique et des rapports de force en présence, se dresse en face de lui le chiisme intransigeant qui apparaît toujours porteur de passion, d’ésotérisme et de violence débridée.

La liberté des rapports entre le musulman et Dieu son créateur, donne le droit et impose à tout croyant, le devoir d’interpréter le Coran, explique la pluralité des sensibilités au cours des deux premiers siècles de l’Hégire, qui créent à leur tour une multitude d’écoles, de théologiens, de juristes, etc. Il est relativement facile de cerner et de comprendre l’importance primordiale prise par le fik’h, science  de la loi, appelé aussi “droit musulman” par les Occidentaux. Le Coran et la Sunna étant intouchables et intangibles, le fik’h est pour le musulman la recherche d’une façon de vivre, une conception de la vie, une philosophie, en réalité un “projet de société idéale”, à la disposition de l’ensemble de la communauté islamique.

C’est à l’orée du règne de la dynastie abbasside, ennemie de la dynastie ommeyade, qu’émergent les quatre écoles juridiques, qu’on a dénommé en Occident les “quatre rites” de l’islam, ce qui est complètement faux et tendancieux, et qui régentent jusqu’à nos jours, l’espace géographique de la communauté islamique.

Le rite de l’école juridique hanéfite, du nom de son promoteur, Abou Hanifa (mort en 150 de l’Hégire) et le chaféïsme sont pratiqués par les musulmans non arabophones (Turcs, Afghans, Pakistanais etChinois). C’est relativement l’école juridique la plus tolérante, et qui laisse une large marge très importante au jugement personnel, raisonnable et censé aux croyants. Ses adeptes insistent néanmoins sur le nécessaire retour servile (taqlid), qui poussera à la stratification, qui domine sur la méthode, l’effort et la réflexion et la recherche personnelle, hardie et enrichissante, orientation recommandée par le Prophète Mohammed, que la bénédiction soit sur lui.

L’école malékite, fondée par Malek Ibn Annès (né à Médine et décédé en 179 de l’Hégire - 795 de l’ère chrétienne) s’est implantée surtout en Afrique (Egypte, Maghreb, Afrique noire). L’imam Malek appel au consensus et au jugement personnel du croyant, tout en recommandant la préservation du principe de l’intérêt général de l’ensemble de la communauté (el maslaha). Elle tient compte des coutumes et des traditions régionales et locales. Cette conception de la vie a souffert à ses débuts de la disparition de l’hytihad, entraînant une stagnation, puis un recul paralysant des sciences religieuses, laissant une brèche, un vide immense, et la pénétration pernicieuse des superstitions, vecteurs de décadence, de luttes fratricides pour le pouvoir politique et l’affaiblissement de toute la communauté.

Les Chaféïstes se réclament de l’imam Chafeï, mort en 204 de l’Hégire (820 de l’ère chrétienne), un Arabe de la tribu des Koréchites. Il passa les dernières années de sa vie au Caire, aux Philippines et surtout en Indonésie. Elle a deux objectifs fondamentaux : elle insiste et valorise la Sunna en tant que seule source de droit de l’yma, non pas seulement en tant que consensus des savants, et de l’élite, mais de toute la communauté dans sa composante et dans la globalité. L’école hambilite se réclame d’Ahmed Ibn Hambel (décédé en 241 de l’Hégire), a été formé à Baghdad : c’était un traditionnaliste intégral, qui défendait avec acharnement et une érudition aussi vaste que variée, l’unicité de l’islam et ses valeurs morales. Il était très dur, intransigeant, et prônait une éthique rigoureuse, qui l’emportait, d’après lui, sur les solutions juridiques.

De par son rigorisme et sa piété qui frise le fanatisme, le hanbalisme a le plus souvent touché les couches populaires les plus déshéritées. Il a profondément marqué de son empreinte, au début du XIVe siècle, Ibn Tamya, réformateur et grand penseur, qui s’est farouchement opposé à l’invasion mongole et qui, pourtant, se réclamait de l’islam.

Ibn Tamya peut être considéré comme le précurseur du courant fondamentaliste qui agite à l’heure actuelle le monde musulman du Golfe persique à l’océan Atlantique. Le grand penseur (Ibn Tamya) sera à l’origine d’un mouvement, le wahabisme ; imprégnés par la lecture de son œuvre, le cheikh Mohamed Abdelwahab et l’émir Mohamed Ibn Saoud donnent naissance au courant wahabiste, qui chassera, par les armes, les hachémites de La Mecque et de la péninsule arabique en 1920.

Chenouf Ahmed Boudi

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