Semaine du 27 avril au 3 mai 2005

 

La trame du mercredi

Election partielle

 

 
 
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Election partielle

Abdelaziz Belkhadem veut avoir l’air de quelqu’un qui ne se fait pas de souci ni pour lui-même ni pour son parti. Lui faire le reproche de tenter cet exercice serait injuste. D’autant qu’il n’est pas mauvais quand il s’agit de donner le change. Encore qu’il faille reconnaître que savoir masquer ses véritables sentiments est un talent qu’il n’est pas le seul à cultiver. Le goût du secret et de l’intrigue se partage assez équitablement parmi un personnel politique aux affaires depuis toujours. Ce qui d’ailleurs n’enlève rien au mérite du ministre des Affaires étrangères et néanmoins secrétaire général du FLN, l’ex-parti unique toujours unique dans ses vicissitudes. Il n’est pas donné à n’importe qui de réussir à faire croire que son moral est au beau fixe, que tout va bien dans le  parti – qui poursuit son chemin sur l’impulsion donnée par le récent congrès de la réconciliation, avec en point de mire la reconquête des positions perdues, ce qui se traduira inévitablement par l’éviction de cet “indu occupant” qui se nomme RND – alors même que l’on est en butte à une dissidence en Kabylie qui peut très bien signifier que la rémission dont on a bénéficié, grâce d’ailleurs à l’aide du président de la République, est en train de prendre fin ! Il faut du métier pour cela !

Abdelaziz Bouteflika a si bien minimisé ce qui ressemble fort à une remise en cause de son autorité de chef du parti,  susceptible de s’étendre comme un feu de brousse à d’autres mouhafadate, qu’il s’est même permis de donner à penser, sur une question de journaliste, en prenant soin toutefois d’adopter le ton juste de la plaisanterie, que le premier poste lui reviendrait dans le prochain remaniement gouvernemental.

Mais remarquons combien le jeu de scène est parfait et comme il recouvre plusieurs significations, forcément contradictoires. Si bien que si demain A. Belkhadem n’est pas chef du gouvernement à la place d’Ahmed Ouyahia, contrairement à ce qu’il a dit par la posture et le sourire entendu, il n’aura en aucune manière perdu la face puisque l’événement ne l’aura pas fait mentir, s’il ne l’a pas non plus intronisé.

Son inquiétude pourtant doit être aujourd’hui très grande. Presque aussi grande que celle qui travaille pour le moment son compagnon d’infortune  et néanmoins rival, dont il veut prendre la place, Ahmed Ouyahia, sinon plus grande encore.

Par expérience, on serait porté à penser que des deux, c’est le premier qui est le plus menacé, ou qui se sent le plus menacé, étant donné que l’apparence est par définition trompeuse, plus encore lorsqu’ils s’agit d’aussi bons comédiens. Car, en plus de la révolte de l’écrasante majorité des élus FLN en Kabylie, il y a la malédiction qui poursuit tout particulièrement l’ex-parti unique, et dont il a été plusieurs fois question ici même, selon  laquelle le FLN ne se porte jamais aussi bien qu’après un revers et jamais aussi mal qu’à la suite d’un succès. En effet, sans ce funeste arrêt du sort, pense-t-on que le FLN serait aujourd’hui menacé d’une rechute dans  la dissension à laquelle il a eu le plus grand à remédier et à si peu de distance encore du congrès de la réconciliation ?

51 élus sur un total de 211 ont accepté de remettre leur mandat comme les y invitait la direction, reconnaît lui-même le nouveau secrétaire général, qui n’a pas l’air de se rendre compte que le public a dès lors le droit de conclure que c’est là, tout compte fait, une bonne mesure de l’influence réelle qui est la sienne dans le parti. L’explication qu’il donne du grand écart entre les deux chiffres, comme quoi la direction n’a pas donné d’ordre en l’occurrence, mais seulement un conseil aux élus, bien loin de relativiser le résultat du sondage, ajoute au contraire à sa pertinence.

N’étant pas mis en demeure de choisir entre leur mandat – qui dans tous les cas de figure s’achève dans deux ans – et leur parti, les “sondés” se trouvaient en quelque sorte dans les meilleures conditions pour dire ce qu’ils pensaient de la légitimité de celui qui s’est avisé de leur indiquer ce qu’ils avaient à faire. L’élection partielle que le FLN a organisé malgré lui en son sein, on dirait seulement sous l’effet de la malédiction pesant sur lui, se traduit donc par un résultat sans équivoque : la contestation sourde à l’encontre de la nouvelle direction.

Le replâtrage effectué par le 8e congrès bis n’a pas encore séché que réapparaissent déjà les anciennes fissures.

 

M. Habili

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